Il s’agit d’une traduction partielle du « Sou shen ji »* (« À la recherche des esprits ») de Gan Bao**, historien chinois de la divination. On rapporte qu’encore enfant, Gan Bao fut témoin d’un drame de famille qui décida de sa vocation : « Son père chérissait une servante jalousée par sa mère. Quand celui-ci mourut, son épouse la fit jeter vivante au tombeau du défunt. Mais plus de dix ans après ces tragiques événements, …lorsqu’on ouvrit la tombe, on trouva la servante penchée sur le cercueil du père. Elle semblait vivante ; on l’emporta donc et, le lendemain, elle revint à la vie. Elle raconta que son défunt amant lui donnait toujours à boire et à manger, lui témoignant une affection semblable à celle qu’il avait eue pour elle de son vivant »***. Ce fut à la suite de ces circonstances que Gan Bao se mit à recueillir tout ce qui avait trait aux fantômes, aux génies, aux bêtes métamorphosées, et d’une façon plus générale, au merveilleux. Gros de quatre cent soixante-quatre récits, son « Sou shen ji » compte parmi les recueils les plus importants dans la catégorie des « choses dont Confucius ne traitait pas », des choses fantastiques****.
Voici un passage qui donnera une idée de la manière de Gan Bao : « Lorsque Yang Hu avait cinq ans, il demanda à sa nourrice d’aller lui chercher un bracelet d’or avec lequel il jouait. La nourrice répondit : “Mais tu n’as jamais eu un tel objet.” Hu alla néanmoins, parmi les mûriers, du côté du mur oriental des voisins, les Li, et y trouva le bracelet. Le maître des lieux en fut fort étonné : “Il a été perdu par mon fils défunt. Comment a-t-il pu l’obtenir ?” La nourrice lui raconta tout ce qui s’était passé. Le sieur Li soupira de chagrin. Tout le monde trouva alors cette histoire bien étrange »*****.
Téléchargez des œuvres tombées dans le domaine public
- Traduction partielle d’Édouard Chavannes [Taille : 856 Ko]
- Anthologie de Sung-nien Hsu [Taille : 3,4 Mo].
Bibliographie succincte en langue française
- Rémi Mathieu, « Démons et Merveilles dans la littérature chinoise des Six dynasties : le fantastique et l’anecdotique dans le “Soushen ji” de Gan Bao » (éd. You Feng, Paris)
- « Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois ; texte traduit, présenté et annoté par Rainier Lanselle » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris).
* En chinois « 搜神記 ». Autrefois transcrit « Cheou chen ki », « Seou chen ki », « Seu-shen-ki », « Sou shen ki » ou « Sou shen chi ». ↑
** En chinois 干寶. Autrefois transcrit Kan Pao. ↑
*** p. 18-19. ↑
**** Référence aux « Entretiens de Confucius », VII, 21 : « Le Maître ne traitait ni des prodiges, ni de la violence, ni du désordre, ni des Esprits ». ↑
***** p. 170. ↑

