Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Saikaku, « Contes des provinces • Vingt parangons d’impiété filiale de notre pays »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Saikaku shokoku banashi »* (« Contes des provinces par Saikaku ») et du « Honchô nijû fukô »** (« Vingt parangons d’impiété filiale de notre pays ») par Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra entièrement à l’art du roman, où il devint un maître célèbre, et le plus habile des écrivains. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde éphémère » (« ukiyo »****), prend pour sujets les bourgeois, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à l’indécence, font qu’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un chroniqueur hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hitogokoro »*****) comme il dit lui-même******.

Tableau par Tsukioka Yoshitoshi

Voici un passage qui donnera une idée du style du « Saikaku shokoku banashi » : « Il passait les jours de printemps sous les fleurs des Montagnes de l’Est, les nuits d’automne sous la lune de l’étang de Hirosawa, ignorant les peines de ce monde inconsistant, cet homme heureux qui brassait le “saké” dans le quartier de Kami-chôja, métier qui laisse des loisirs au printemps et en été. Longtemps il avait souhaité un enfant, quand une fille unique lui fut enfin accordée ; il lui avait donné une nourrice et l’avait élevée avec soin ; elle était maintenant dans sa quatorzième année, et comme c’était une belle fille sans rien que l’on pût qualifier de défaut, bien des gens sans doute la recherchaient.

Sa mère ne songeait qu’à hâter ce qui ne pouvait tarder, et elle avait préparé jusqu’aux plus petits accessoires pour le mariage, mais sans accepter encore aucune des propositions venues d’ici ou là. Or, cependant qu’ils comparaient entre eux les gendres possibles, cherchant celui qui fût comme la fleur de la capitale, la jeune fille prit froid et tomba malade ; on la fit voir à tous les médecins de la ville, on lui prodigua les soins, mais rien n’y fit. Hélas, elle quitta ce monde comme si elle s’était endormie, et la douleur des parents fut infinie »*******.

Bibliographie succincte en langue française

  • « Saikaku, Hirayama Tôgo » dans « Encyclopédie de la littérature » (éd. Librairie générale française, coll. Le Livre de poche : encyclopédies d’aujourd’hui, Paris)
  • Kuni Matsuo, « Histoire de la littérature japonaise : des temps archaïques à 1935 » (éd. Société française d’éditions littéraires et techniques, coll. Galerie d’histoire littéraire, Paris)
  • Daniel Struve, « Ihara Saikaku, un romancier japonais du XVIIᵉ siècle » (éd. Presses universitaires de France, coll. Orientales, Paris).

* En japonais « 西鶴諸国ばなし ». 

** En japonais « 本朝二十不孝 ». 

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. 

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». 

***** En japonais « 世の人心 ». 

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. 

******* p. 61.