þÿHeredia, « Ruvres poétiques complètes. Tome I » éd. Les Belles Lettres, coll. Les Textes français, Paris Il s agit des « Trophées » (XIXI siècle), l unique Suvre du poète José-Maria de Heredia[1. En espagnol José María de Heredia. À ne pas confondre avec José María Heredia y Heredia, l auteur de la « Méditation sur la pyramide de Cholula » et de l « Ode au Niagara », qui vécut un siècle plus tôt.] et le dernier coup d essai des Parnassiens pour ramener dans la poésie française un développement antique et traditionnel. L impression que fit l antiquité sur les Parnassiens fut très profonde. Mécontents du monde industriel où les poètes devenaient d heure en heure plus inutiles et où l art restait présent non par droit, mais par charité et comme un décor insignifiant, les Parnassiens coururent en troupe vers les temples ruinés de l antiquité. Ils s attachèrent à elle. Ils se firent ses serviteurs ; ils se montrèrent injustes pour tout ce qui ne la touchait pas : « Allons respectueusement demander des leçons à la Muse ionienne ! C est & une richesse si grande que d avoir, à l abri des & émotions fiévreuses de l art mélancolique et tourmenté de nos époques modernes, un refuge dans le monde jeune et serein de la poésie antique ! Plaignons ceux dont la pensée ne pénètre jamais dans cette région à la fois héroïque et paisible où se meuvent les poètes, les guerriers et les sages »[2. Victor de Laprade, « Questions d art et de morale ».]. Telle fut la doctrine des Parnassiens. Or, tous s accordent à reconnaître que ce fut Heredia qui appliqua cette doctrine avec le plus de sûreté et d imperturbable confiance  sans concession, sans mélange impur et sans défaillance. Tableau par ~drawfox5 Heredia naquit sur l île de Cuba, où il passa une enfance nue, libre et rêveuse. La mère de Heredia était Française ; elle savait le latin et lisait les poètes. Ce fut elle qui osa soustraire son garçon aux influences espagnoles. Après les leçons journalières, le petit Heredia s en allait jouer « la tête farcie de noms olympiens » ; il cherchait des centaures aux creux des gorges et embrassait les arbres « pour y deviner les dryades »[3. Miodrag Ibrovac, « José-Maria de Heredia. Sa vie " son Suvre ».]. Il projetait sur toute chose le merveilleux qu il apprenait de sa mère ou qu il trouvait en lui-même. Proche de la Nature, il conversait avec elle ; il lui parlait et entendait sa voix. En face de la mer Caraïbe, de ses « lames furieuses qui rongent éternellement les falaises »[4. Vers inédits de Heredia. Yann Mortelette, « Les Trophées oubliés » dans « Revue d Histoire littéraire de la France », vol. 106, nº 3, p. 700.], les sentiments de vague, de terreur, d infini et de beauté, qui montaient dans son âme, lui révélaient tout un cycle de dieux mélancoliques, capricieux, insaisissables[5. Une des filles de Heredia, Mme Gérard d Houville, a mis en roman l enfance cubaine de son père : « Il était vite devenu l ami des pêcheurs et, en particulier, d un grand nègre surnommé par lui Neptune & Neptune, en réalité, s appelait Urbano ; un peu fou, disait-on, bizarre et mélancolique & mais l enfant lui plaisait et il l emmenait dans son kayak. L enfant et Neptune allaient ainsi jusqu aux endroits où l on peut voir les îlots de coraux blancs se figer à l infini à fleur de vagues, et les champs immenses d anémones violettes, striées de blanc & Urbano, plus sombre que la belle nuit bleue, avant de précipiter son filet dans la mer, le déployait, vaste et haut, à travers l espace ; alors, pendant une seconde féerique, dans l entrecroisement des mailles aériennes, on voyait palpiter les astres vivants et le grand pêcheur noir semblait quelque puissant dieu marin, prêt à la capture des étoiles ». « Le Séducteur », p. 113-114.]. À la mort de son père, Heredia fut envoyé en France, au collège Saint-Vincent de Senlis. Il avait neuf ans lorsqu il y entra et seize lorsqu il en sortit. Entre les murs séculaires de Saint-Vincent, il acquit une connaissance solide de l antiquité classique, un goût délicat des travaux de l esprit, une nuance de religion qui rendra ses vers plus résignés et plus sereins que ceux de son maître Leconte de Lisle. Un jour de relâche, Heredia et son précepteur se promenaient en ville lorsqu ils croisèrent un homme, vêtu d un manteau rouge, qui tenait sous son bras une volaille. Ce bizarre personnage leur dit en s éloignant à grands pas : « Je vais sacrifier un coq à Esculape »[6. Dans Maurice Barrès, « Discours de réception », F. Juven, Paris.]. C était Gérard de Nerval, qui logeait à Senlis pour écrire ses derniers récits sous la dictée de la démence ; et cet enchanteur avait reconnu, d un coup d Sil, que Heredia méritait d entendre parler des dieux. Voici un passage qui donnera une idée de la manière de Heredia : « Le quadrige, au galop de ses étalons blancs, Monte au faîte du ciel, et les chaudes haleines Ont fait onduler l or bariolé des plaines. La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs. La forêt masse en vain ses feuillages plus lents ; Le Soleil, à travers les cimes incertaines Et l ombre où rit le timbre argentin des fontaines, Se glisse, darde et luit en jeux étincelants. C est l heure flamboyante où, par la ronce et l herbe, Bondissant au milieu des molosses, superbe, Dans les clameurs de mort, le sang et les abois, Faisant voler les traits de la corde tendue, Les cheveux dénoués, haletante, éperdue, Invincible, Artémis épouvante les bois »[7. p. 42.]. Téléchargez des Suvres tombées dans le domaine public Édition de 1893 [Taille : 5,4 Mo] http://www.notesdumontroyal.com/document/41a.pdf Édition de 1893 ; autre copie [Taille : 2,8 Mo] http://www.notesdumontroyal.com/document/41a2.pdf Édition de 1914 [Taille : 19,4 Mo]. http://www.notesdumontroyal.com/document/41b.pdf Téléchargez des enregistrements sonores Onze sonnets de Heredia, lus par René Depasse [Taille : 3,5 Mo] http://www.notesdumontroyal.com/document/41a.zip Cinq sonnets de Heredia, lus par Vincent Planchon [Taille : 3,7 Mo]. http://www.notesdumontroyal.com/document/41b.zip Bibliographie succincte en langue française Victor de Laprade, « Questions d art et de morale » (XIXI siècle) [Taille : 30,3 Mo] http://www.notesdumontroyal.com/document/41r2.pdf Miodrag Ibrovac, « José-Maria de Heredia. Sa vie " son Suvre », Les Presses françaises, Paris Eugène-Melchior de Vogüé, « Devant le siècle. Au panorama du siècle " le Comte d Antraigues " les Trophées  de J.-M. de Heredia " deux bronzes " etc. » (XIXI siècle) [Taille : 11,5 Mo]. http://www.notesdumontroyal.com/document/41r1.pdf français, France, José-Maria de Heredia, Parnasse, parnassien, poésie, sonnet Notes du Mont-Royal © 2010-2012