Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

« Anthologie grecque, d’après le manuscrit palatin. Tome I »

XIXᵉ siècle

Il s’agit de l’« Anthologie grecque ». Le mot d’anthologie, composé d’« anthos »* (« fleur ») et de « legô »** (« cueillir »), signifie en général un choix agréable de pièces de vers ou de prose dans une langue quelconque ; mais, plus particulièrement et par excellence, ce mot désigne l’« Anthologie grecque ». Méléagre*** (IIᵉ-Iᵉ siècle av. J.-C.) fut le premier collecteur de ces quatre mille petits poèmes qu’on appelle « Anthologie », et qu’il nomma lui-même « Guirlande » (« Stephanos »****), parce qu’il regarda son recueil comme une guirlande de fleurs, et qu’il symbolisa chacun des poètes grecs par une fleur assortie : telle poétesse par un lis, telle autre par un iris, Sappho par une rose, l’élégiaque Callimaque par le myrte, Archiloque le satirique par la feuille d’acanthe « aux piquants redoutables », et ainsi de suite. Philippe de Thessalonique***** (IIᵉ siècle ap. J.-C.) et Agathias****** (VIᵉ siècle ap. J.-C.) publièrent des anthologies d’après le même procédé. Au Xᵉ siècle ap. J.-C. Constantin Céphalas******* s’empara de toutes ces anthologies pour en coordonner une nouvelle, conservée dans ce qu’il est convenu d’appeler le « manuscrit palatin »********. Enfin, quatre cents ans après, Maxime Planude*********, un moine de Constantinople, plus prude que délicat, remania sous prétexte de décence le travail de Céphalas. Lisez la suite →

* En grec ἄνθος. 

** En grec λέγω. 

*** En grec Μελέαγρος. Parfois transcrit Méléagros. « Méléagros est un bien étrange poète qui naquit en Judée, près du lac de Génésareth. Juif ? ou Syrien ? ou Grec ? On ne sait. Mais amoureux des femmes hébraïques et des poètes de l’Hellas », dit Pierre Louÿs (« Lettre à Paul Valéry du 31.X.1891 » dans Suzanne Larnaudie, « Paul Valéry et la Grèce », éd. Droz, Genève, p. 38). 

**** En grec « Στέφανος ». 

***** En grec Φίλιππος ὁ Θεσσαλονικεύς. 

****** En grec Ἀγαθίας. 

******* En grec Κωνσταντῖνος ὁ Κεϕαλᾶς. 

******** Longtemps inconnu, le « manuscrit palatin » fut découvert par Friedrich Sylburg, à Heidelberg, dans la Bibliothèque palatine. 

********* En grec Μάξιμος Πλανούδης. 

« Proverbes et autres citations populaires du Viêt-nam »

éd. J. Ouaknine, Montreuil-sous-bois

Il s’agit d’un recueil de proverbes vietnamiens. L’origine des proverbes doit remonter aux premiers âges du monde. Dès que les hommes, mus par un instinct irrésistible, se furent réunis en société ; dès qu’ils eurent constitué un langage suffisant à l’expression de leurs besoins, les proverbes prirent naissance et furent comme le résumé naturel des idées communes de l’humanité. « S’ils avaient pu se conserver, s’ils étaient parvenus jusqu’à nous sous leur forme primitive », dit Pierre-Marie Quitard*, « ils seraient le plus curieux monument du progrès des premières sociétés ; ils jetteraient un jour merveilleux sur l’histoire de la civilisation, dont ils marqueraient le point de départ avec une irrécusable fidélité. » La Bible, qui nous ramène bien avant les siècles et les millénaires de civilisation, dit : « Celui qui applique son âme à réfléchir… recherche le sens secret des proverbes et revient sans cesse sur les énigmes des maximes »**. Les sept sages de la Grèce et Pythagore eurent la même pensée que la Bible. Confucius imita les proverbes et fut à son tour imité par ses disciples. Lisez la suite →

* « Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française », p. V. 

** « Livre de l’Ecclésiastique », XXXIX, 1-3. 

Hallâj, « Recueil du “Dîwân” • Hymnes et Prières • Sentences prophétiques et philosophiques »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj*. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq »**), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi »***, il fut supplicié en l’an 922 ap. J.-C.

On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, Hallâj ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors il se tut un long moment ; puis il s’écria : « vérité, vérité »****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi »*****. Shiblî étendit son tapis. Alors Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? »******. Et, après avoir terminé cette prière, il dit :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite →

* En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Halládž, Hallay, Hallac, Ḥallāǧ ou Hallage. « Ce sobriquet de “cardeur (de coton)” donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père, que par allusion au sien propre », dit Louis Massignon (« La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142). 

** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ». 

*** « Recueil du “Dîwân” », p. 129. 

**** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620. 

***** Dans id. p. 649. 

****** III, 185. 

Hallâj, « Le Livre “Tâwasîn” • Le Jardin de la connaissance »

éd. Albouraq, Beyrouth

Il s’agit du « Livre du Tâ et du Sîn » (« Kitâb al-Tâ-wa-Sîn »*) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj**. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq »***), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi »****, il fut supplicié en l’an 922 ap. J.-C.

On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, Hallâj ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors il se tut un long moment ; puis il s’écria : « vérité, vérité »*****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi »******. Shiblî étendit son tapis. Alors Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? »*******. Et, après avoir terminé cette prière, il dit :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite →

* En arabe « كتاب الطاوسين ». Par suite d’une faute, « كتاب الطواسين », transcrit « Kitâb al-Tawâsîn » ou « Kitaab at-Tawaaseen ». 

** En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Halládž, Hallay, Hallac, Ḥallāǧ ou Hallage. « Ce sobriquet de “cardeur (de coton)” donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père, que par allusion au sien propre », dit Louis Massignon (« La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142). 

*** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ». 

**** « Recueil du “Dîwân” », p. 129. 

***** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620. 

****** Dans id. p. 649. 

******* III, 185. 

« Les Proverbes populaires arabes de Bagdad : 421 de l’hégire, 1030 ap. J.-C. »

dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I. La Vie de Hallâj » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des idées, Paris), p. 314-316

Il s’agit d’un recueil de proverbes irakiens. L’origine des proverbes doit remonter aux premiers âges du monde. Dès que les hommes, mus par un instinct irrésistible, se furent réunis en société ; dès qu’ils eurent constitué un langage suffisant à l’expression de leurs besoins, les proverbes prirent naissance et furent comme le résumé naturel des idées communes de l’humanité. « S’ils avaient pu se conserver, s’ils étaient parvenus jusqu’à nous sous leur forme primitive », dit Pierre-Marie Quitard*, « ils seraient le plus curieux monument du progrès des premières sociétés ; ils jetteraient un jour merveilleux sur l’histoire de la civilisation, dont ils marqueraient le point de départ avec une irrécusable fidélité. » La Bible, qui nous ramène bien avant les siècles et les millénaires de civilisation, dit : « Celui qui applique son âme à réfléchir… recherche le sens secret des proverbes et revient sans cesse sur les énigmes des maximes »**. Les sept sages de la Grèce et Pythagore eurent la même pensée que la Bible. Confucius imita les proverbes et fut à son tour imité par ses disciples. Lisez la suite →

* « Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française », p. V. 

** « Livre de l’Ecclésiastique », XXXIX, 1-3. 

Hujwirî, « Somme spirituelle »

éd. Sindbad, coll. La Bibliothèque de l’islam, Paris

Il s’agit d’Abû’l-Hasan ‘Alî ibn ‘Uthmân al-Jullâbî al-Hujwirî*, théologien persan né à Ghazna, dans l’actuel Afghanistan (XIᵉ siècle ap. J.-C.). On ne connaît guère sa biographie, sinon qu’il fit de nombreux voyages, et qu’il visita la Syrie, le Turkistan, l’Azerbaïdjan, l’Irak et les bords de la mer Caspienne. Le dernier de ses voyages fut celui qu’il effectua à Lahore, dans l’actuel Pakistan, où il fut obligé, pour une raison ou une autre, de rester pendant cinquante ans. Dans son « Kashf al-Mahjûb »** (« Somme spirituelle », ou littéralement « Le Dévoilement des choses cachées »), il se plaint de la perte de ses livres restés à Ghazna : « Mon cheikh », dit-il***, « racontait d’autres anecdotes [encore], mais il m’est impossible d’en rapporter plus, mes livres ayant été laissés à Ghazna — que Dieu la protège ! — tandis que moi-même je suis forcé de rester à Lahore qui est une dépendance de Mûltân, parmi les gens vils ». C’est bien curieux que ces « gens vils » aient édifié, depuis, un immense sanctuaire en son nom et honneur.

Le « Kashf al-Mahjûb » est le premier traité de soufisme écrit en langue persane. On peut le diviser en trois parties : introduction sur le caractère et la signification de cette doctrine ; notices sur les soufis et leurs écoles ; dogmes et pratiques. Hélas ! ce traité a d’énergiques partis pris. Le soufisme, tel que le conçoit Hujwirî, ressemble fort à ce qu’est l’islamisme : il consiste surtout dans l’austérité des mœurs, dans la répression du luxe, dans une animosité systématique envers les femmes ; tout cela conçu non comme une discipline privée qu’on accepte pour soi, mais comme une loi d’État, dont le roi et les princes sont les gardiens. Dans une foule de cas, sous prétexte d’hérésie, Hujwirî atténue, altère, explique mal ce qui touche à l’extase des soufis mystiques. Il avoue que ces soufis, quelque inégaux et peu corrects qu’ils soient, ont de beaux traits ; il les cite et ils sont si beaux qu’ils font lire sa critique : « Toutes les paroles d’al-Hallâj », dit-il****, « ressemblent à celles des débutants : certaines sont plus fortes, d’autres plus faibles, d’autres plus faciles, d’autres plus inconvenantes… Il vous faut savoir que les paroles d’al-Hallâj ne doivent pas être prises comme modèles, car il était un extatique, non pondéré, et un homme doit être pondéré avant que ses paroles fassent autorité… On rapporte qu’il disait “que les langues qui parlent sont la destruction des cœurs silencieux”… En vérité, cette phrase est dépourvue de sens ». Lisez la suite →

* En persan هجویری. Parfois transcrit Houdjviri, Houjwiri, Hodjvîri, Hajvery, Hajveri, Hajweri, Hujweri, Hujwuri ou Hujwiry. 

** En persan « کشف‌المحجوب ». Parfois transcrit « Kachf al-Mahjoûb », « Kashf ul-Mahjūb », « Kašf al-Maḥǧûb » ou « Kaschf-ol Mahdjoub ». 

*** p. 120. 

**** p. 183-185. 

Pindare, « Olympiques • Pythiques • Néméennes • Isthmiques • Fragments »

XIXᵉ siècle

Il s’agit de Pindare*, poète grec (Vᵉ siècle av. J.-C.). Pausanias rapporte « qu’étant jeune et s’en allant à Thespies pendant les grandes chaleurs, Pindare fut surpris du sommeil vers le milieu de la journée, et que s’étant mis hors du chemin pour se reposer, des abeilles vinrent faire leur miel sur ses lèvres ; ce qui fut la première marque du génie que devait avoir Pindare à la poésie »**. Car cette merveille, qu’on dit être aussi arrivée par la suite à Platon et à saint Ambroise, a toujours été regardée comme le présage d’une extraordinaire habileté dans le discours. Aussi, Athénée ne parle-t-il jamais de Pindare sans y joindre cette épithète : « ho megalophônotatos Pindaros »***, c’est-à-dire « le sublime Pindare aux discours grandiloquents ».

À l’égard des mœurs, on peut dire que Pindare était très dévot et religieux envers les Dieux, et l’on en voit des preuves dans plusieurs de ses fragments, comme quand il dit « que l’homme ne saurait, avec sa faible intelligence, pénétrer les desseins des Dieux »****. Et ailleurs : « Les âmes des impies volent sous le ciel, autour de la terre, en proie à de cruelles douleurs, sous le joug de maux inévitables. Mais au ciel habitent les âmes des justes dont la voix célèbre, dans des hymnes, la grande divinité »*****. Platon qualifie Pindare de « divin »******, et rapporte quantité de témoignages de ce poète sur l’immortalité de l’âme : « Pindare », dit-il, « soutient que l’âme humaine est immortelle ; que tantôt elle termine sa vie — ce qu’on appelle mourir — tantôt elle la recommence, mais qu’elle ne périt jamais ; que, pour cette raison, il faut mener la vie la plus sainte qu’il est possible »*******. Hélas ! des poèmes de Pindare, il n’est resté que la portion presque la plus profane. Ses hymnes à Jupiter, ses péans ou chants à Apollon, ses dithyrambes, ses hymnes à Cérès et au dieu Pan, ses prosodies ou chants de procession, ses enthronismes ou chants d’inauguration sacerdotale, ses hymnes pour les vierges, ses hyporchèmes ou chants mêlés aux danses religieuses, toute sa liturgie poétique enfin s’est perdue dès longtemps, sans doute dans la ruine même de l’ancien culte. Il ne s’est conservé que ses odes célèbrant les quatre jeux publics de la Grèce : les jeux pythiques ou de Delphes, les jeux isthmiques ou de Corinthe, ceux de Némée, et ceux d’Olympie. Lisez la suite →

* En grec Πίνδαρος. 

** « Description de la Grèce », liv. IX, ch. 23. 

*** « ὁ μεγαλοφωνότατος Πίνδαρος ». 

**** p. 299. 

***** p. 310. 

****** En grec θεῖος. 

******* « Dialogue de Ménon », 81b. 

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