Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Pham Duy Khiêm, « Légendes des terres sereines »

éd. Taupin, Hanoï

Il s’agit de légendes vietnamiennes, empruntées à la tradition populaire, mais dont la poésie qui s’en dégage et la pureté de l’expression appartiennent, par une moitié, à M. Pham Duy Khiêm*. Né en 1908, orphelin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assidus de remporter, au lycée Albert-Sarraut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le baccalauréat classique, qu’il fut le premier Vietnamien à passer, il partit en France terminer ses études, en pauvre boursier. À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plusieurs de ses compatriotes prirent très mal et qu’aucun d’eux n’imita, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée française. Ses amis lui écrivirent pour lui en demander les raisons. « Il y a péril, un homme se lève — pourquoi lui demander des raisons ? C’est plutôt à ceux qui se tiennent cois à fournir les raisons qu’ils auraient pour s’abstenir », répondit-il d’au-delà des mers Lisez la suite →

* En vietnamien Phạm Duy Khiêm. 

« La forêt se mit à pleurer : chansons populaires bulgares »

éd. électronique

Il s’agit d’une anthologie des chansons traditionnelles de la Bulgarie, chansons qui restent aujourd’hui encore une réalité artistique vivante dans ce pays — une expression des souffrances et des douleurs nationales, une confession des désirs, des aspirations, des rêves populaires, une part sacrée de la vie quotidienne du peuple. En effet, dans l’histoire littéraire de la Bulgarie, les chansons traditionnelles occupent la page la plus précieuse et la plus intéressante. Elles témoignent d’un travail artistique ininterrompu chez les masses populaires et poursuivi à travers de longs siècles ; de dons poétiques manifestes même aux heures les plus noires de l’oppression turque ; d’un génie collectif toujours fécond et étonnamment puissant. « Ces chansons sont l’œuvre d’un peuple qui jusqu’à il y a un siècle n’avait pas une littérature propre, dont il pût faire étalage sur le comptoir de la vanité mondiale », dit un critique bulgare*. « Dans toute notre littérature d’avant le siècle dernier, il n’y a rien de bulgare, hormis l’alphabet. Lisez la suite →

* Pentcho Slaveykov. 

« Les Mille monts de lune : poèmes [bouddhiques] de Corée »

éd. A. Michel, coll. Les Carnets du calligraphe, Paris

Il s’agit d’une anthologie de la poésie bouddhique de la Corée (VIIᵉ-XXᵉ siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut, qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sont presque toujours ceux qui sentent avec le plus de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. De là cette charmante pudeur, ce quelque chose de voilé, de discret, d’exquis, aussi éloigné de la rhétorique du sentiment, trop commune aux poésies profanes, que de la rhétorique de la religion, qui éclate d’une manière admirable dans leurs vers :

« Le vent agite les sourcils du saule,
Le cœur tremble.
De chaque vallée montent les nuages Lisez la suite →

* En coréen « 무언무심 ». 

** « Préface à “Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne” », p. 12. 

« Ivresse de brumes, griserie de nuages : poésie bouddhique coréenne »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une anthologie de la poésie bouddhique de la Corée (XIIIᵉ-XVIᵉ siècle). « Écrire un poème fut une des façons de pratiquer la méditation. Écrire “sans paroles et sans pensées”* est le principe de cette poésie bouddhique », dit Mme Ok-sung Ann-Baron**. « De nombreux moines poètes écrivaient dans cet esprit avec une grande sobriété de moyens. C’est ce ton sobre, brut, qui donne cette atmosphère si particulière à cette poésie — celui d’un monolithe sculpté avec des outils rudimentaires. » Les moines bouddhistes écartent tout raffinement de leur poésie. Ils ne prennent pour modèle que la nature, éternelle compagne de leur solitude. Hommes peu expansifs, ils sont presque toujours ceux qui sentent avec le plus de profondeur ; car plus le sentiment est profond, moins il tend à s’exprimer. De là cette charmante pudeur, ce quelque chose de voilé, de discret, d’exquis, aussi éloigné de la rhétorique du sentiment, trop commune aux poésies profanes, que de la rhétorique de la religion, qui éclate d’une manière admirable dans leurs vers :

« Les couleurs de la montagne se reflètent sur le vêtement,
La lumière d’automne raccompagne l’éclat du couchant.
Vent pur, le pin de lui-même bruit Lisez la suite →

* En coréen « 무언무심 ». 

** p. 12. 

« Le Saule aux dix mille rameaux : anthologie de la poésie coréenne »

éd. Unesco-Langues & Mondes, coll. Bilingues L & M, Paris

Il s’agit d’une anthologie de la poésie coréenne (VIIᵉ-XIXᵉ siècle). Autrefois, pour les Coréens, les préceptes de la morale chinoise — piété filiale, fidélité au souverain, équité, modestie — étaient la principale source de l’art d’écrire. Le style, la valeur littéraire étaient subordonnés à l’orthodoxie de la pensée : un poète sage était toujours mis au-dessus d’un poète brillant. Le poète digne de ce nom se devait d’ignorer ou de condamner toute idée qui ne venait pas des Anciens, et de s’en rapprocher, sans jamais espérer les atteindre. L’originalité était condamnable pour la forme comme pour le fond ; il ne fallait ni idées neuves ni expressions recherchées. « Il en résultait que, dès qu’un écrivain trouvait dans un ouvrage classique un passage ou une phrase correspondant à l’idée qu’il avait dans l’esprit, il n’avait garde de chercher une façon de dire personnelle : il transcrivait le passage ou la phrase, joyeux de se couvrir de l’autorité d’un Ancien »*. Sauf exception, la poésie coréenne se montre donc peu originale, toujours imbue de l’esprit chinois, souvent une simple imitation. Telle qu’elle est cependant, bien inférieure aux poésies japonaise et vietnamienne qui ont su conserver une part d’originalité malgré les emprunts faits à l’étranger, elle l’emporte de beaucoup sur ce qu’ont produit les Mongols, les Mandchous et les autres élèves de la Chine. Lisez la suite →

* Maurice Courant, « Bibliographie coréenne ». 

Phạm Quỳnh, « Le Paysan tonkinois à travers le parler populaire »

éd. Nam-Phong, Hanoï

Il s’agit d’une anthologie raisonnée des chants et des proverbes du Tonkin, par Phạm Quỳnh, le plus grand érudit et critique vietnamien du siècle dernier. Né à Hanoï, le 17 décembre 1892, il fut orphelin très tôt : « Enfant, j’habitais avec ma grand-mère près de la caserne des soldats français, qui ne manquaient pas d’exciter ma curiosité comme celle de mes camarades de jeu. Un sergent-chef s’intéressa plus particulièrement à moi et me prit en affection. Il m’enseigna les premières notions de français et m’apprit à écrire »*. Intelligent, appliqué, doué d’une mémoire étonnante, Phạm Quỳnh sortit premier du Collège du protectorat et n’eut qu’un seul plan : travailler aux progrès de la littérature nationale. « Sans littérature nationale », disait-il, « il ne peut y avoir de culture nationale ; sans culture nationale, il ne peut y avoir d’indépendance intellectuelle et spirituelle ; sans indépendance intellectuelle et spirituelle, il ne peut y avoir d’indépendance politique »**. Ce fut surtout à partir de 1910 que, nommé secrétaire de l’École française d’Extrême-Orient, il se mit résolument à toutes les études spéciales que supposait son plan. Ainsi préparé, il fonda la revue « Nam-Phong » (« Vent du Sud »***), et alors seulement il entra pleinement dans son sujet. Ce que fit la revue « Nam-Phong », pendant dix-huit ans, en matière de transcription, traduction, commentaire, édition, diffusion du patrimoine vietnamien, tient du prodige. Lisez la suite →

* Dans « Hommage à Pham Quynh », p. 42. 

** Phạm Quỳnh, « Quốc-học với quốc-văn » (« Culture nationale et Littérature nationale ») dans « Nam-Phong », vol. 26, nº 164. 

*** Titre emprunté aux « Entretiens familiers de Confucius » (« 孔子家語 ») : « Jadis Shun joua du luth à cinq cordes et composa le poème “Vent du Sud”. Dans ce poème, il est dit : “La fragrance du vent du Sud doit apaiser la colère de mon peuple ; la saison du vent du Sud doit augmenter la richesse de mon peuple” ». 

Parny, « Chansons madécasses »

XVIIIᵉ siècle

Il s’agit de chansons du Madagascar (XVIIIᵉ siècle), qu’Évariste-Désiré, chevalier de Parny, ne présente que comme une traduction, mais où l’on reconnaît partout l’empreinte de son propre esprit et de son propre talent. Né à l’île de la Réunion, au sein d’une famille française, Parny fut envoyé en France dès l’âge de neuf ans. Après de brillantes études aux collèges de Rennes et de Juilly, il retourna brièvement à l’île de la Réunion, où il eut une liaison malheureuse avec une créole, dont il immortalisa le nom dans quelques vers qui firent le tour de Paris. Chateaubriand les savait par cœur, et il écrivit au poète pour lui demander la permission de le voir : « Parny me répondit poliment ; je me rendis chez lui rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite ; je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique : il était alors du vieux parti*. Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole… il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu, sacrifiait tout à sa paresse, et n’était trahi dans son obscurité que par ses plaisirs qui touchaient en passant sa lyre Lisez la suite →

* « Ce vieux parti royaliste, plein d’honneur et de probité, mais dont l’entendement est comme un cachot voûté et muré, sans porte, sans fenêtre, sans soupirail, sans aucune issue à travers laquelle se pût glisser le moindre rayon de lumière », dit Chateaubriand dans « De la restauration et de la monarchie élective ». 

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