Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Lu You, « Le Vieil Homme qui n’en fait qu’à sa guise »

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Lu You*, poète chinois (XIIᵉ siècle). Ses œuvres, très soignées, manifestent cependant les défauts littéraires de leur époque, dans leur application extrême à se conformer absolument aux règles, dans leur froideur de composition, dans l’effort minutieux de reproduire la manière classique — effort, qui même lorsqu’il réussit, a le tort de rester visible. Lu You l’avoua lui-même :

« Étudiant malhabile en mes premiers vers,
Combien souvent le génie d’autrui me fut une aide !
Trop conscient de ma faiblesse et d’un souffle débile,
Je n’osais aspirer à une renommée creuse…
Certes les talents ne manquent pas en ce monde :
Quelque chose d’imperceptible les sépare du génie
 »**.

Malgré cette difficulté qu’il eut à lutter contre les tendances décadentes de son époque, Lu You fut un poète fécond et d’une inspiration extrêmement diverse : il sut exprimer dans ses œuvres tantôt le patriotisme, tantôt la beauté d’un paysage, tantôt — surtout vers la fin de sa vie — le détachement d’un sage. Lisez la suite →

* En chinois 陸游. Autrefois transcrit Lou Yeou ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu (陸羽), l’auteur du « Classique du thé », qui vécut quatre siècles plus tôt. 

** Dans « Anthologie de la poésie chinoise classique », p. 46. 

« Lu You : mandarin, poète et résistant de la Chine des Song »

éd. Presses universitaires d’Aix-Marseille, Aix-en-Provence

Il s’agit de Lu You*, poète chinois (XIIᵉ siècle). Ses œuvres, très soignées, manifestent cependant les défauts littéraires de leur époque, dans leur application extrême à se conformer absolument aux règles, dans leur froideur de composition, dans l’effort minutieux de reproduire la manière classique — effort, qui même lorsqu’il réussit, a le tort de rester visible. Lu You l’avoua lui-même :

« Étudiant malhabile en mes premiers vers,
Combien souvent le génie d’autrui me fut une aide !
Trop conscient de ma faiblesse et d’un souffle débile,
Je n’osais aspirer à une renommée creuse…
Certes les talents ne manquent pas en ce monde :
Quelque chose d’imperceptible les sépare du génie
 »**.

Malgré cette difficulté qu’il eut à lutter contre les tendances décadentes de son époque, Lu You fut un poète fécond et d’une inspiration extrêmement diverse : il sut exprimer dans ses œuvres tantôt le patriotisme, tantôt la beauté d’un paysage, tantôt — surtout vers la fin de sa vie — le détachement d’un sage. Lisez la suite →

* En chinois 陸游. Autrefois transcrit Lou Yeou ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu (陸羽), l’auteur du « Classique du thé », qui vécut quatre siècles plus tôt. 

** Dans « Anthologie de la poésie chinoise classique », p. 46. 

Li Qing zhao, « Œuvres poétiques complètes »

éd. Gallimard, coll. Unesco d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Li Qing zhao*, poétesse chinoise (XIIᵉ siècle ap. J.-C.). Née dans une famille mandarinale très cultivée, elle épousa à dix-huit ans un homme qui fut grand bibliophile et collectionneur d’objets anciens**. Les deux époux vécurent heureux au milieu des livres et des objets d’art, dont dix chambres de leur maison étaient remplies. Mais l’invasion des Jin fit brûler ce trésor, et obligea les deux époux à se réfugier au sud du fleuve Bleu : « Les habitants », raconte Li Qing zhao***, « s’enfuient, de l’est à l’ouest, du sud au nord. Les montagnards projettent d’entrer dans les villes. Les citadins pensent à gagner les montagnes et les forêts. Aux heures de midi, on voit stationner de longues files de réfugiés. Il n’y a plus personne qui ne soit sans abri ». Quatre ans plus tard, Li Qing zhao perdit son mari, et fut réduite à mener une vie instable sans trouver le repos. Aussi, si ses premières œuvres reflètent la période heureuse de sa vie, celles qui suivent l’exode vers le sud et la mort de l’époux expriment la douleur. Eh bien ! ce n’est que dans ces dernières œuvres, composées sur la route et au milieu des hasards, que Li Qing zhao montre des qualités propres à une grande poétesse, et j’ose dire que ses souffrances, ses regrets, ses larmes sont la moitié de son génie. Lisez la suite →

* En chinois 李清照. Autrefois transcrit Li Ts’ing-tchao, Li-tsing-chao, Li Ch’ing-chao ou Li Quingzhao. 

** Cet homme s’appelait Zhao Ming cheng (趙明誠). 

*** « Postface au “Catalogue des inscriptions sur pierre et sur bronze (金石錄)” de Zhao Ming cheng ». 

Cioran, « Œuvres »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

Il s’agit de M. Emil Cioran, également connu sous le nom d’Émile Michel Cioran, intellectuel roumain d’expression française. Comment peut-on être Français ? comment peut-on disposer d’une langue si subtile et ne pas réussir à exprimer les significations de l’homme d’aujourd’hui ?, se demandait M. Cioran. Il lui semblait que le monde actuel était terriblement intéressant, et son seul regret était de ne pas pouvoir y participer davantage — à cause de lui-même, ou plutôt à cause de la civilisation villageoise qui était celle de la Roumanie. Mais arrivé en France, il fut supris de voir que la France même, autrement douée et placée, ne participait plus aux choses, ni même ne leur assignait un nom. Il lui semblait pourtant que la vocation de cette nation était de comprendre les autres et de leur faire comprendre. Mais depuis le XXᵉ siècle, la France demandait des explications, au lieu d’en donner. « J’étais allé loin pour chercher le soleil et le soleil, enfin trouvé, m’était hostile. Et si j’allais me jeter du haut de la falaise ? Pendant que je faisais des considérations plutôt sombres, tout en regardant ces pins, ces rochers, ces vagues, je sentis soudain à quel point j’étais rivé à ce bel univers maudit. »*

Le destin intellectuel de M. Cioran est un des plus caractéristiques de notre temps ; sa vie montre admirablement quelques-unes des maladies qui travaillent notre époque. Avec des aptitudes philosophiques tout à fait éminentes, M. Cioran n’arriva qu’à la tristesse ; avec de vraies qualités littéraires, il ne sut donner à ses idées que la forme de journal intime, de pensées détachées et fragmentaires, de notes destinées à soi seul. Lisez la suite →

* p. 1679. 

« Hymnes spéculatifs du Véda »

éd. Gallimard, coll. Unesco d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit des hymnes hindous du « Ṛgveda »* et de l’« Atharvaveda »** (IIᵉ millénaire av. J.-C.). Il est inconcevable qu’on ose leur donner le nom de poèmes. Il est encore plus inconcevable que des prêtres aient cru faire des vers en assemblant constamment des expressions et des images qui hurlent de dégoût de se voir mises ensemble. Les lois de la langue et du bon sens, les règles suivies par les plus grands écrivains, sont bravées ici à chaque page, presque à chaque ligne. Nulle harmonie, nulles idées, ou, s’il y en a, elles sont répugnantes, une incohérence perpétuelle, voilà ce qu’on trouve dans ces hymnes dont « à parler franc, les trois quarts et demi sont du galimatias », comme dit Salomon Reinach***. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une certaine saveur mythologique :

Le « soma » (« liqueur céleste ») sort du nuage. Le nuage est une vache, où réside un lait aussi doux que le miel. Le « soma » est donc le miel ; ou plutôt c’est un « beurre » qui a des « pieds », qui a des « sabots », et qu’Indra trouve dans le nuage. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et, ce qui est plus fort, du pis d’un « mâle », par suite de la confusion des figures qui font du nuage tantôt un mâle, tantôt une femelle. Lisez la suite →

* En sanscrit « ऋग्वेद ». Autrefois transcrit « Rak-véda », « Ragveda », « Rěgveda », « Rk Veda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-véda ». 

** En sanscrit « अथर्ववेद ». 

*** « Orpheus : histoire générale des religions », p. 78. 

Alecsandri, « Les Doinas : poésies moldaves »

XIXᵉ siècle

Il s’agit des doinas recueillies par Vasile Alecsandri* (XIXᵉ siècle), vrais monuments de la littérature populaire de la Roumanie. Qu’est-ce que des doinas ? Ce sont de petites pièces de vers, qui ne portent pas de noms d’auteurs, parce qu’elles sont l’œuvre de tous, l’expression la plus directe et la plus sincère du génie du peuple roumain. Elles gardent profondément marquée l’empreinte du caractère local ; elles exhalent ce parfum délicieux des Carpates, qui ne se peut ni contrefaire, ni emprunter. Elles abondent en comparaisons pittoresques, en images gracieuses et terribles ; c’est ainsi qu’elles appellent l’argent « l’œil du diable » (« ochĭul draculuĭ ») ; la mort « la fiancée du monde » (« mirésa lumeĭ »), parce que tout homme lui est fiancé en entrant dans la vie ; elles comparent la bonté à la maternité — « bon comme le sein d’une mère » (« bun ca sinul mameĭ ») ; elles disent d’un homme supérieur qu’« il porte une étoile au front » (« cu stea în frunte ») ; d’une belle femme qu’elle est « un fragment de soleil » (« ruptă din sóre ») ; etc. Lisez la suite →

* Autrefois transcrit Basile Alecsandri, Vasilie Alecsandri, Vasili Alexandri ou Vassili Alexandri. 

« Ballades et Chants populaires de la Roumanie »

XIXᵉ siècle

Il s’agit des doinas recueillies par Vasile Alecsandri* (XIXᵉ siècle), vrais monuments de la littérature populaire de la Roumanie. Qu’est-ce que des doinas ? Ce sont de petites pièces de vers, qui ne portent pas de noms d’auteurs, parce qu’elles sont l’œuvre de tous, l’expression la plus directe et la plus sincère du génie du peuple roumain. Elles gardent profondément marquée l’empreinte du caractère local ; elles exhalent ce parfum délicieux des Carpates, qui ne se peut ni contrefaire, ni emprunter. Elles abondent en comparaisons pittoresques, en images gracieuses et terribles ; c’est ainsi qu’elles appellent l’argent « l’œil du diable » (« ochĭul draculuĭ ») ; la mort « la fiancée du monde » (« mirésa lumeĭ »), parce que tout homme lui est fiancé en entrant dans la vie ; elles comparent la bonté à la maternité — « bon comme le sein d’une mère » (« bun ca sinul mameĭ ») ; elles disent d’un homme supérieur qu’« il porte une étoile au front » (« cu stea în frunte ») ; d’une belle femme qu’elle est « un fragment de soleil » (« ruptă din sóre ») ; etc. Lisez la suite →

* Autrefois transcrit Basile Alecsandri, Vasilie Alecsandri, Vasili Alexandri ou Vassili Alexandri. 

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