Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Avant-propos

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L’an 2010, vers la fin de l’hiver, alors que je me promenais sur le mont Royal, j’ai eu l’idée de composer ces notes sur la littérature ancienne et moderne ; c’est pourquoi je les remets au public avec le titre « Notes du mont Royal ». En cherchant à justifier un travail si au-dessus de mes forces, je me suis souvenu d’un dicton oriental : « Si l’on ne peut tout embrasser, ce n’est pas une raison pour tout abandonner ». Je sais qu’il existe déjà une multitude d’encyclopédies ou d’ouvrages de référence, dont je contesterai d’autant moins la valeur que je les lis et que je m’y réfère ; mais tous traitent d’objets particuliers, ou ne sont, dans les choses générales, que des nomenclatures. Je voudrais qu’à travers mes notes, chaque auteur apparaisse devant vous, non plus comme ces ouvrages, entouré de mots secs et abstraits, non plus comme dans nos collèges, réduit à une allusion fugitive et éloignée, mais avec la grandeur et la sensibilité qui lui sont propres. « Ce qui est vraiment instructif », dit Jean-François de La Harpe *, « c’est l’examen raisonné de chaque auteur ; c’est l’exact résumé des beautés et des défauts ; c’est cet emploi continuel du jugement… Et ne craignons pas de revenir sur des auteurs trop connus. Que de choses à connaître encore dans ce que nous croyons savoir le mieux ! »

« Si l’on ne peut tout embrasser, ce n’est pas une raison pour tout abandonner »

On dit de telle ou telle littérature qu’elle est grecque, persane ou française ; qu’elle est baroque, romantique ou réaliste. Et moi, je dis qu’elle est humaine, et que les hommes l’inventent et s’y plaisent partout où ils se trouvent. Car un auteur, ce n’est pas qu’un génie national, ce n’est pas qu’un courant littéraire ; c’est un être humain. Mes notes seraient sans signification si le cœur de cet être ne s’y révélait pas complètement, en même temps que son œuvre. Je pourrai, par ailleurs, me consoler de n’avoir pas été inutile si le peu de moments que vous passerez ici vous incite à en consacrer d’autres à la lecture des grands chefs-d’œuvre, mal compris dans notre enfance, faits pour un âge plus mûr, mais trop souvent négligés dans les distractions de notre vie dissipée. Qui d’entre nous, en relisant quelque classique, n’est pas souvent étonné d’y voir ce qu’il n’avait pas encore vu ? Et pour finir par un autre précepte de La Harpe ** : « Évoquons sans crainte ces hommes illustres… rassemblons, s’il est possible, tous les rayons de leur gloire pour en former le jour de la vérité, et faisons de tant de clartés réunies un foyer de lumière qui repousse les ténèbres dont la barbarie menace de nous envelopper… C’est auprès de nous que viendra se réfugier leur gloire outragée, et que reposeront entiers… leurs monuments que l’on voudrait mutiler ».

Yoto Yotov

* « Cours de littérature ancienne et moderne ; suivi du Tableau de la littérature au XIXe siècle par Chénier et du Tableau de la littérature au XVIe siècle par MM. Saint-Marc Girardin et Philarète Chasles. Tome I », p. 14.

** id. p. 14-15.