Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

CatégorieOuvrages peu soignés ou mal finis

Iqbal, « La Métaphysique en Perse »

éd. Actes Sud, coll. Bibliothèque de l’islam, Arles

Il s’agit de Mohammad Iqbal *, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse » ** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 » Lisez la suite›

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal.

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ».

Iqbal, « Reconstruire la pensée religieuse de l’islam »

éd. du Rocher-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Monaco-Paris

Il s’agit de Mohammad Iqbal *, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse » ** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 » Lisez la suite›

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal.

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ».

« Harṣa Vardhana, empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps »

éd. J.-B. Istas, Louvain

Il s’agit de l’« Hymne aux huit grands temples sacrés » (« Aṣṭa mahâ śrî caitya stotra » *) et autres poésies du roi Soleil-de-vertu (Śîlâditya **), plus célèbre dans l’histoire et la littérature de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vardhana ***. La figure de ce roi — dramaturge, poète, ami naturel des religions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus nettement dessinées de l’Inde classique. Outre ses monnaies et inscriptions, deux témoignages de première main nous renseignent sur lui. Le courtisan Bâṇa, qui bénéficia de ses largesses, a rédigé sa vie romancée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣacarita ») — une vie qui s’arrête, cependant, inopinément au huitième chapitre, soit que le biographe l’ait laissée inachevée, soit que les siècles en aient fait disparaître les dernières pages. À ce témoignage s’ajoute celui du pèlerin chinois Xuanzang, qui passa en Inde plus de douze ans, et qui nous a donné, dans les « Mémoires » relatifs à son voyage, de nombreux détails sur un roi qui fut, à la fois, son hôte et ami. Le portrait concordant dressé par ces documents nous représente Harṣa à la tête d’une armée formidable, qui ne comptait pas moins de soixante mille éléphants et cent mille hommes de cavalerie ; mais loin d’abuser de sa puissance, il était au contraire aussi pacifique qu’il était pieux. « Et par sa sage administration, il répandit partout l’union et la paix ; il… pratiqua le bien au point d’oublier le sommeil et le manger », rapporte Xuanzang ****. « Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes *****, dans les villages, dans les carrefours, au croisement des chemins, il fit bâtir des maisons de secours, où l’on déposait des aliments, des breuvages et des médicaments pour les donner en aumône aux voyageurs… et aux indigents. Ces distributions bienfaisantes ne cessaient jamais. » Rempli de zèle pour la foi du Bouddha, Harṣa était en même temps rempli de tolérance pour toute spiritualité. Il convoquait régulièrement une espèce de grande assemblée de tous les religieux versés dans les livres, pour laquelle il épuisait le trésor et les magasins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libéralité royale perce à jour également dans les œuvres littéraires qui lui sont attribuées — trois pièces de théâtre et deux poésies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splendeur non seulement en Inde, mais à l’étranger. Lisez la suite›

* Autrefois transcrit « Aṣṭa-mahā-çrī-caitya-stotra », « Aṣṭhaṃahāśri caityastotra » ou « Ashta-maha-sri-chaitya-stotra ».

** Parfois transcrit Çîlâditya.

*** Autrefois transcrit Harça, Harcha ou Harsha.

**** « Mémoires sur les contrées occidentales », liv. V, ch. 61.

***** Les Chinois comptaient cinq Indes correspondant aux quatre points cardinaux avec, au milieu, l’Inde centrale.

Nguyễn Đình Chiểu, « “Dương Từ Hà Mậu” : un pamphlet longtemps censuré »

éd. J. Ouaknine, Montreuil-sous-bois

Il s’agit du « Dương Từ-Hà Mậu » de Nguyễn Đình Chiểu, également connu sous le surnom de Đồ Chiểu (« le bachelier Chiểu »), poète vietnamien, confucianiste engagé. Il naquit au village de Tân Thới formant actuellement l’un des quartiers de Saïgon. En 1847, il se rendit à la capitale Hué avec l’intention de se présenter au concours de licencié, qui devait avoir lieu deux ans plus tard. Mais la nouvelle de la mort de sa mère, survenue entre-temps, lui causa une telle douleur qu’ayant abandonné toute idée de passer le concours, il renonça à la gloire littéraire et retourna dans son village pour se livrer entièrement au deuil. Cependant, en cours de route, un second malheur le frappa : il devint aveugle ; et malgré les soins donnés par les médecins, ses yeux ne purent être sauvés. À son retour, les villageois ne l’en prièrent pas moins d’ouvrir une école sur ce qu’ils avaient entendu dire de ses hautes connaissances. Ce fut probablement vers cette époque qu’il lut — ou plutôt se fit lire par quelques étudiants — le traité chinois intitulé « Manuel de l’Ouest » ; et voyant, dans ce qui y était dit, une incitation à promouvoir les devoirs d’attachement et de reconnaissance non seulement envers nos parents, mais envers tous les hommes — au rebours des bouddhistes qui cherchaient à s’en détacher — il y puisa le sujet d’un poème moralisateur : le « Lục Vân Tiên ». Il le fit suivre bientôt d’un pamphlet en vers : le « Dương Từ-Hà Mậu », mettant en scène deux personnages : un bouddhiste Dương Từ et un catholique Hà Mậu ; mais le discours y est quelquefois si âprement et si violemment antireligieux, qu’il est désapprouvé par ceux mêmes qui en partagent les convictions confucéennes. Lisez la suite›

Parny, « Œuvres complètes. Tome II. Les Galanteries de la Bible • Le Paradis perdu • Goddam • Les Rose-Croix »

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, chevalier de Parny, poète et créole qui doit la meilleure partie de sa renommée à ses « Élégies » érotiques et ses « Chansons madécasses » (XVIIIe siècle). Chateaubriand les savait par cœur, et il écrivit à l’homme dont les vers faisaient ses délices pour lui demander la permission de le voir : « Parny me répondit poliment ; je me rendis chez lui, rue de Cléry. Je trouvai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage marqué de petite vérole. Il me rendit ma visite ; je le présentai à mes sœurs. Il aimait peu la société et il en fut bientôt chassé par la politique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus semblable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fallait que le ciel de l’Inde, une fontaine, un palmier et une femme. Il redoutait le bruit, cherchait à glisser dans la vie sans être aperçu… et n’était trahi dans son obscurité que par… sa lyre » *. Mais le premier trait distinctif du « seul poète élégiaque que la France ait encore produit », comme l’appelait Chateaubriand **, était sa bonté et sa sympathie. Sensible partout aux malheurs de l’humanité, Parny déplorait le sort de l’Inde affamée, ravagée par la politique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colonies de la France dont la nourriture était « saine et assez abondante », mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au coucher du soleil : « Non, je ne saurais me plaire », écrivait-il *** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — « non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m’accoutume à une bizarrerie si révoltante ». Lisez la suite›

* « Mémoires d’outre-tombe », liv. IV, ch. 12.

** « Essai historique sur les révolutions », liv. I, part. 1, ch. 22.

*** « Tome IV », p. 130.

Maïmonide, « Épître sur la persécution • Épître au Yémen • Épître sur la résurrection • Introduction au chapitre “Helèq” »

éd. Verdier, coll. Les Dix Paroles, Lagrasse

Il s’agit d’une traduction indirecte de l’« Épître au Yémen » (« Al-risala al-Yamaniyya » *) et autres œuvres de Rabbi Moïse ben Maïmon **, dit Maïmonide. C’est l’un des philosophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, lesquels ont coutume de dire pour exprimer leur admiration envers lui : « Depuis Moïse (le prophète) jusqu’à Moïse (le philosophe), il n’y a point eu d’autre Moïse » (« Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé » ***). Dans les livres hébraïques, il est souvent désigné par le nom de Rambam **** composé, selon l’usage juif, des lettres initiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est souvent cité sous les noms de Moïse le Cordouan (Moses Cordubensis), parce qu’il naquit à Cordoue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyptius), parce que, chassé par les persécutions religieuses des Almohades, il dut se réfugier en Égypte, où il devint premier médecin du Sultan. On aurait pu ajouter à ces noms celui de Moïse le Provençal, parce que la Provence donna asile à la plus grande partie des Juifs expulsés du midi de l’Espagne ; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que « Le Guide des égarés » fut traduit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhuda ibn Tibon *****, lequel entama sa traduction du vivant même de Maïmonide. Dans l’« Épître à Rabbi Samuel ibn Tibon sur la traduction du “Guide des égarés” » et l’« Épître à la communauté de Lunel », Maïmonide fait de cette communauté provençale son héritière spirituelle : « Je suis », dit-il ******, « [un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affermissez-vous ! Fortifiez vos cœurs ; car je viens proclamer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour brandir l’étendard de Moïse, ni pour approfondir les paroles des maîtres du Talmud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes continuellement absorbés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes ; vous, dépositaires de l’intellect et du savoir ! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été égarée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à travers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Maghreb, dans notre malheur, nous avons appris quel décret a été prononcé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemption. » Lisez la suite›

* Parfois transcrit « Al-risāla al-Yamanīya » ou « Al-risālah al-Yamanīyah ».

** En hébreu רבי משה בן מימון. Parfois transcrit Moses ben Meimun, Môsheh ben Maymûn, Moïse ben Maimoun, Moyses ben Maimon, Moyse ben Maimon, Moshe ben Maymon, Mosche ben Maimon, Moše ben Majmon ou Moché ben Maïmon.

*** En hébreu « ממשה עד משה לא קם כמשה ». Parfois transcrit « Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh », « Mimosché ad Mosché, lo kam ca Mosché », « Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe », « Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe » ou « Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé ».

**** En hébreu רמב״ם.

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Parfois transcrit Samuel ben Judah ibn Tibbon, Samuel ben Yehouda ibn Tibbon ou Samuel ben Jehuda ibn Tibbon.

****** « Lettres de Fostat • La Guérison par l’esprit », p. 45 & 47-48.

Maïmonide, « Traité d’éthique, [ou] Huit Chapitres »

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

Il s’agit des « Huit Chapitres », extraits du « Livre du luminaire » * (« Kitab al-siraj » **), de Rabbi Moïse ben Maïmon ***, dit Maïmonide. C’est l’un des philosophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, lesquels ont coutume de dire pour exprimer leur admiration envers lui : « Depuis Moïse (le prophète) jusqu’à Moïse (le philosophe), il n’y a point eu d’autre Moïse » (« Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé » ****). Dans les livres hébraïques, il est souvent désigné par le nom de Rambam ***** composé, selon l’usage juif, des lettres initiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est souvent cité sous les noms de Moïse le Cordouan (Moses Cordubensis), parce qu’il naquit à Cordoue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyptius), parce que, chassé par les persécutions religieuses des Almohades, il dut se réfugier en Égypte, où il devint premier médecin du Sultan. On aurait pu ajouter à ces noms celui de Moïse le Provençal, parce que la Provence donna asile à la plus grande partie des Juifs expulsés du midi de l’Espagne ; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que « Le Guide des égarés » fut traduit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhuda ibn Tibon ******, lequel entama sa traduction du vivant même de Maïmonide. Dans l’« Épître à Rabbi Samuel ibn Tibon sur la traduction du “Guide des égarés” » et l’« Épître à la communauté de Lunel », Maïmonide fait de cette communauté provençale son héritière spirituelle : « Je suis », dit-il *******, « [un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affermissez-vous ! Fortifiez vos cœurs ; car je viens proclamer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour brandir l’étendard de Moïse, ni pour approfondir les paroles des maîtres du Talmud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes continuellement absorbés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes ; vous, dépositaires de l’intellect et du savoir ! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été égarée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à travers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Maghreb, dans notre malheur, nous avons appris quel décret a été prononcé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemption. » Lisez la suite›

* Parfois traduit « Livre de la lumière ».

** Parfois transcrit « Kitāb al-sarāj » ou « Kitab es-sirâdj ».

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Parfois transcrit Moses ben Meimun, Môsheh ben Maymûn, Moïse ben Maimoun, Moyses ben Maimon, Moyse ben Maimon, Moshe ben Maymon, Mosche ben Maimon, Moše ben Majmon ou Moché ben Maïmon.

**** En hébreu « ממשה עד משה לא קם כמשה ». Parfois transcrit « Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh », « Mimosché ad Mosché, lo kam ca Mosché », « Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe », « Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe » ou « Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé ».

***** En hébreu רמב״ם.

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Parfois transcrit Samuel ben Judah ibn Tibbon, Samuel ben Yehouda ibn Tibbon ou Samuel ben Jehuda ibn Tibbon.

******* « Lettres de Fostat • La Guérison par l’esprit », p. 45 & 47-48.

Maïmonide, « Traité des poisons »

éd. Lipschutz, Paris

Il s’agit du « Traité des poisons » (« Al-sumum wal-mutaharriz min al-adwiyah al-kitalah » *, littéralement « Des poisons et des antidotes contre les drogues mortelles » **) de Rabbi Moïse ben Maïmon ***, dit Maïmonide. C’est l’un des philosophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, lesquels ont coutume de dire pour exprimer leur admiration envers lui : « Depuis Moïse (le prophète) jusqu’à Moïse (le philosophe), il n’y a point eu d’autre Moïse » (« Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé » ****). Dans les livres hébraïques, il est souvent désigné par le nom de Rambam ***** composé, selon l’usage juif, des lettres initiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est souvent cité sous les noms de Moïse le Cordouan (Moses Cordubensis), parce qu’il naquit à Cordoue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyptius), parce que, chassé par les persécutions religieuses des Almohades, il dut se réfugier en Égypte, où il devint premier médecin du Sultan. On aurait pu ajouter à ces noms celui de Moïse le Provençal, parce que la Provence donna asile à la plus grande partie des Juifs expulsés du midi de l’Espagne ; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que « Le Guide des égarés » fut traduit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhuda ibn Tibon ******, lequel entama sa traduction du vivant même de Maïmonide. Dans l’« Épître à Rabbi Samuel ibn Tibon sur la traduction du “Guide des égarés” » et l’« Épître à la communauté de Lunel », Maïmonide fait de cette communauté provençale son héritière spirituelle : « Je suis », dit-il *******, « [un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affermissez-vous ! Fortifiez vos cœurs ; car je viens proclamer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour brandir l’étendard de Moïse, ni pour approfondir les paroles des maîtres du Talmud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes continuellement absorbés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes ; vous, dépositaires de l’intellect et du savoir ! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été égarée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à travers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Maghreb, dans notre malheur, nous avons appris quel décret a été prononcé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemption. » Lisez la suite›

* Parfois transcrit « Al-sumûm wa-al-mutaḥarriz min al-adwiya al-qitâla », « Al-sumūm wal-mutaḥarriz min al-adwiya al-qitālah », « As-somum u al-motaharriz mim al-aduiya al-qattala », « As-sumûm wa’l-mutaḥarriz min al-adwiya al-qattâla », « As-sumum wa’l-mutaharriz min al-adwiya al-quttala » ou « As-somoûm w’al-motaharriz min al-adwiya al-qattâla ».

** Parfois traduit « Des poisons et des préservatifs contre les remèdes mortels ».

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Parfois transcrit Moses ben Meimun, Môsheh ben Maymûn, Moïse ben Maimoun, Moyses ben Maimon, Moyse ben Maimon, Moshe ben Maymon, Mosche ben Maimon, Moše ben Majmon ou Moché ben Maïmon.

**** En hébreu « ממשה עד משה לא קם כמשה ». Parfois transcrit « Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh », « Mimosché ad Mosché, lo kam ca Mosché », « Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe », « Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe » ou « Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé ».

***** En hébreu רמב״ם.

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Parfois transcrit Samuel ben Judah ibn Tibbon, Samuel ben Yehouda ibn Tibbon ou Samuel ben Jehuda ibn Tibbon.

******* « Lettres de Fostat • La Guérison par l’esprit », p. 45 & 47-48.

Maïmonide, « Traité de logique »

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

Il s’agit du « Traité de logique » (« Makalah fi-sinaat al-mantik » *) de Rabbi Moïse ben Maïmon **, dit Maïmonide. C’est l’un des philosophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, lesquels ont coutume de dire pour exprimer leur admiration envers lui : « Depuis Moïse (le prophète) jusqu’à Moïse (le philosophe), il n’y a point eu d’autre Moïse » (« Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé » ***). Dans les livres hébraïques, il est souvent désigné par le nom de Rambam **** composé, selon l’usage juif, des lettres initiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est souvent cité sous les noms de Moïse le Cordouan (Moses Cordubensis), parce qu’il naquit à Cordoue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyptius), parce que, chassé par les persécutions religieuses des Almohades, il dut se réfugier en Égypte, où il devint premier médecin du Sultan. On aurait pu ajouter à ces noms celui de Moïse le Provençal, parce que la Provence donna asile à la plus grande partie des Juifs expulsés du midi de l’Espagne ; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que « Le Guide des égarés » fut traduit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhuda ibn Tibon *****, lequel entama sa traduction du vivant même de Maïmonide. Dans l’« Épître à Rabbi Samuel ibn Tibon sur la traduction du “Guide des égarés” » et l’« Épître à la communauté de Lunel », Maïmonide fait de cette communauté provençale son héritière spirituelle : « Je suis », dit-il ******, « [un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affermissez-vous ! Fortifiez vos cœurs ; car je viens proclamer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour brandir l’étendard de Moïse, ni pour approfondir les paroles des maîtres du Talmud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes continuellement absorbés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes ; vous, dépositaires de l’intellect et du savoir ! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été égarée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à travers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Maghreb, dans notre malheur, nous avons appris quel décret a été prononcé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemption. » Lisez la suite›

* Parfois transcrit « Makala fî sana‘at ’al-mantik », « Maqāla fī ṣinā‘at al-manṭiq », « Mâkâlah fi-siné at al mantik », « Maqālah fi ṣinā‘at al-mantiq » ou « Maqâla fî çinâ’at al-mantiq ».

** En hébreu רבי משה בן מימון. Parfois transcrit Moses ben Meimun, Môsheh ben Maymûn, Moïse ben Maimoun, Moyses ben Maimon, Moyse ben Maimon, Moshe ben Maymon, Mosche ben Maimon, Moše ben Majmon ou Moché ben Maïmon.

*** En hébreu « ממשה עד משה לא קם כמשה ». Parfois transcrit « Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh », « Mimosché ad Mosché, lo kam ca Mosché », « Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe », « Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe » ou « Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé ».

**** En hébreu רמב״ם.

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Parfois transcrit Samuel ben Judah ibn Tibbon, Samuel ben Yehouda ibn Tibbon ou Samuel ben Jehuda ibn Tibbon.

****** « Lettres de Fostat • La Guérison par l’esprit », p. 45 & 47-48.

Nosaka, « Nosaka aime les chats »

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit de « Nosaka aime les chats » (« Wagahai wa neko ga suki » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « 吾輩は猫が好き ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Ôé, « Le Centre de recherches sur la jeunesse en déroute »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome I. Jeunesse » (éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco), p. 61-83

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome I. Jeunesse » (éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco), p. 61-83

Il s’agit de la nouvelle « Le Centre de recherches sur la jeunesse en déroute » (« Kôtai seinen kenkyûjo » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 後退青年研究所 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Une Famille en voie de guérison »

éd. Gallimard, Paris

éd. Gallimard, Paris

Il s’agit d’une traduction indirecte du roman « Une Famille en voie de guérison » (« Kaifuku suru kazoku » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 恢復する家族 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Une Affaire personnelle : roman »

éd. Stock, coll. Nouveau Cabinet cosmopolite, Paris

éd. Stock, coll. Nouveau Cabinet cosmopolite, Paris

Il s’agit d’une traduction indirecte du roman « Une Affaire personnelle » (« Kojinteki na taiken » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 個人的な体験 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Le Jeu du siècle »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Jeu du siècle » (« Man’en gannen no futtobôru » *, littéralement « Football en l’an 1 de l’ère Man’en ») de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 万延元年のフットボール ». Parfois transcrit « Man’en gannen no football ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome IV »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

Il s’agit de la « Correspondance » et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation *, la première en date, comme la première en génie, parmi les femmes missionnaires venues évangéliser le Canada (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent composés sans souci d’agrément littéraire. Mais ils viennent d’une femme de caractère qui était, en vérité, une nature d’exception et qui, en associant son âme directement à Dieu, fit l’économie d’une dépendance par rapport aux hommes. Sa piété courageuse et son saint enthousiasme étaient assez célèbres pour que Bossuet ait pu l’appeler « la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde » **. « Au Canada, ses œuvres sont un trésor de famille », explique dom Albert Jamet. « Mais les Français de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop désintéressés. “En France”, notait Sainte-Beuve ***, “nous ne nous montrons pas toujours assez soigneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut élevée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contemplatifs de tous les temps et de tous les pays. À Québec, où elle arriva en 1639, c’est une œuvre française qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui restaient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indivis des deux Frances. » Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Barbe Acarie, née Barbe Avrillot, qui entra également en religion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt.

** « Instruction sur les états d’oraison », liv. IX. Bossuet a écrit ailleurs à une correspondante : « J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admirable, et je vous renverrai bientôt [des] extraits pour vous en servir » (« Lettres à la sœur Cornuau », lettre CIII).

*** « Port-Royal », liv. I.

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome III »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

Il s’agit de la « Correspondance » et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation *, la première en date, comme la première en génie, parmi les femmes missionnaires venues évangéliser le Canada (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent composés sans souci d’agrément littéraire. Mais ils viennent d’une femme de caractère qui était, en vérité, une nature d’exception et qui, en associant son âme directement à Dieu, fit l’économie d’une dépendance par rapport aux hommes. Sa piété courageuse et son saint enthousiasme étaient assez célèbres pour que Bossuet ait pu l’appeler « la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde » **. « Au Canada, ses œuvres sont un trésor de famille », explique dom Albert Jamet. « Mais les Français de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop désintéressés. “En France”, notait Sainte-Beuve ***, “nous ne nous montrons pas toujours assez soigneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut élevée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contemplatifs de tous les temps et de tous les pays. À Québec, où elle arriva en 1639, c’est une œuvre française qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui restaient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indivis des deux Frances. » Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Barbe Acarie, née Barbe Avrillot, qui entra également en religion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt.

** « Instruction sur les états d’oraison », liv. IX. Bossuet a écrit ailleurs à une correspondante : « J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admirable, et je vous renverrai bientôt [des] extraits pour vous en servir » (« Lettres à la sœur Cornuau », lettre CIII).

*** « Port-Royal », liv. I.

Szymborska, « Je ne sais quelles gens • Discours prononcé devant l’Académie Nobel »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « Je ne sais quelles gens » (« Jacyś ludzie ») et autres poèmes de Mme Wisława Szymborska. La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse polonaise ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits, voire abandonnée. Un poème tel que « Le Bouclier » (« Tarcza »), qui appartient au premier ensemble, subit pour cette raison une censure tout à fait inappropriée, et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande en vers. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, presque une enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant des armes et des chars destinés à la guerre d’Indochine. Ainsi, « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème ****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Szymborska, « De la mort sans exagérer »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « De la mort sans exagérer » (« O śmierci bez przesady ») et autres poèmes de Mme Wisława Szymborska. La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse polonaise ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits, voire abandonnée. Un poème tel que « Le Bouclier » (« Tarcza »), qui appartient au premier ensemble, subit pour cette raison une censure tout à fait inappropriée, et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande en vers. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, presque une enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant des armes et des chars destinés à la guerre d’Indochine. Ainsi, « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème ****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Chômin, « La Source des droits, “Kenri no minamoto” (1882) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

Il s’agit de « La Source des droits » (« Kenri no minamoto » *) de Nakae Chômin **, intellectuel japonais, chef de file des études françaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), surnommé « le Rousseau de l’Orient » ***. Il perdit son père, samouraï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Nagasaki, il y fit la rencontre des pères Louis Furet et Bernard Petitjean, venus dispenser dans cette ville portuaire un enseignement étonnamment large, allant de la grammaire française à l’artillerie navale. Attiré par les idées de la Révolution, cette « grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liberté et de l’égalité, et qui… réussit, pour la première fois, à fonder la politique sur les principes de la philosophie » ****, Chômin devint leur élève pendant deux ans. C’est sans doute sur les recommandations des saints pères qu’il partit pour Yokohama servir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de poursuivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut chargé de résumer des textes sur les institutions juridiques et politiques de la France, à l’heure où le jeune gouvernement japonais hésitait sur le modèle à suivre. Parallèlement à ce travail officiel, il traduisit pour le grand public le « Contrat social » de Rousseau, dont il fit même deux versions : l’une rédigée en japonais courant et destinée à être passée de main en main, et l’autre en chinois classique, langue des lettrés. Le « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme… » de Rousseau devint le leitmotiv d’un journal inauguré en 1881, qui allait avoir une audience extrêmement importante auprès des anciens samouraïs : « Le Journal de la liberté en Orient » (« Tôyô jiyû shimbun » *****). Le futur premier ministre, Saionji Kinmochi, en était le fondateur, et Chômin — le rédacteur en chef. L’amitié des deux hommes remontait à leur séjour à Paris. Le journal s’ouvrait par un article remarquable, où Chômin comparait le citoyen non libre « au bonsaï ou à la fleur élevée sous serre qui perd son parfum et sa couleur naturelle, et ne peut arriver à développer pleinement toute la richesse de son feuillage » ; tandis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, « embaume de tout son parfum et prend une couleur d’un vert sombre et profond ». Un mois après, la condamnation à des peines de prison de plusieurs journalistes accula le journal à cesser sa parution ; mais Chômin ne lâcha jamais le pinceau du combat. Lisez la suite›

* En japonais « 権利の源 ».

** En japonais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Tokusuke, pour lequel on trouve deux graphies : 篤助 et 篤介.

*** En japonais 東洋のルソー.

**** Dans Shinya Ida, « La Révolution française vue par Nakaé Chômin ».

***** En japonais « 東洋自由新聞 ».

Maupertuis, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Accord des différentes lois de la Nature qui avaient jusqu’ici paru incompatibles » et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis *, géomètre et philosophe français qui démontra que la Terre était effectivement aplatie aux pôles, conformément à ce qu’avait prévu Newton. Maupertuis commença sa carrière dans la compagnie des mousquetaires. Son jeune âge, le feu de son tempérament, les dissipations de sa vie militaire ne lui firent pas négliger pour autant l’étude des mathématiques, et ce goût l’emporta bientôt sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonctions et postula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Terrasson. Quelqu’un fit remarquer à ce dernier que Maupertuis n’était pas le plus habile candidat de ceux qui s’étaient présentés : « Le plus digne de la place », répondit l’abbé **, « n’est pas celui qui est le plus habile ; c’est celui qui est le plus capable de le devenir… Or, en partant de là, Maupertuis est le plus digne » (pronostic qui fut vérifié par la suite). Le livre des « Principia mathematica » de Newton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que compris. Notre académicien en fit l’objet principal de ses études. En 1728, Newton venait de mourir, comblé d’années et d’honneurs, quand Maupertuis partit séjourner en Angleterre ; il trouva les disciples de ce grand homme ; il devint leur émule. Et, en quittant finalement l’Angleterre, il en rapporta des connaissances nouvelles et des amitiés solides, qui bâtirent sa réputation. Il devint « le premier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se déclarer ouvertement newtonien. [Il] a cru qu’on pouvait être bon citoyen, sans adopter aveuglément la physique [cartésienne] de son pays, et pour attaquer cette physique il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré ». Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, marquis de Maupertuis, qui fut successivement capitaine de cavalerie, brigadier des armées du Roi, et capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Il mourut le 18 mai 1721.

** Dans La Beaumelle, « Vie de Maupertuis ».

Maupertuis, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la « Relation du voyage fait par ordre du Roi au cercle polaire » et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis *, géomètre et philosophe français qui démontra que la Terre était effectivement aplatie aux pôles, conformément à ce qu’avait prévu Newton. Maupertuis commença sa carrière dans la compagnie des mousquetaires. Son jeune âge, le feu de son tempérament, les dissipations de sa vie militaire ne lui firent pas négliger pour autant l’étude des mathématiques, et ce goût l’emporta bientôt sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonctions et postula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Terrasson. Quelqu’un fit remarquer à ce dernier que Maupertuis n’était pas le plus habile candidat de ceux qui s’étaient présentés : « Le plus digne de la place », répondit l’abbé **, « n’est pas celui qui est le plus habile ; c’est celui qui est le plus capable de le devenir… Or, en partant de là, Maupertuis est le plus digne » (pronostic qui fut vérifié par la suite). Le livre des « Principia mathematica » de Newton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que compris. Notre académicien en fit l’objet principal de ses études. En 1728, Newton venait de mourir, comblé d’années et d’honneurs, quand Maupertuis partit séjourner en Angleterre ; il trouva les disciples de ce grand homme ; il devint leur émule. Et, en quittant finalement l’Angleterre, il en rapporta des connaissances nouvelles et des amitiés solides, qui bâtirent sa réputation. Il devint « le premier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se déclarer ouvertement newtonien. [Il] a cru qu’on pouvait être bon citoyen, sans adopter aveuglément la physique [cartésienne] de son pays, et pour attaquer cette physique il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré ». Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, marquis de Maupertuis, qui fut successivement capitaine de cavalerie, brigadier des armées du Roi, et capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Il mourut le 18 mai 1721.

** Dans La Beaumelle, « Vie de Maupertuis ».

1 2 3 4 5 9