Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

CatégorieOuvrages peu soignés ou mal finis

Ôé, « Une Affaire personnelle : roman »

éd. Stock, coll. Nouveau Cabinet cosmopolite, Paris

éd. Stock, coll. Nouveau Cabinet cosmopolite, Paris

Il s’agit d’une traduction indirecte du roman « Une Affaire personnelle » (« Kojinteki na taiken » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers géants de la littérature du XXe siècle. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. À dix-sept ans, dans un ouvrage intitulé « France-Renaissance danshô » *** Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait l’humanisme, et c’est pour étudier ce mouvement d’esprit qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit jusqu’à Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé ****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 個人的な体験 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ». Parfois transcrit « Furansu renesansu danshô ».

**** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Le Jeu du siècle »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Jeu du siècle » (« Man’en gannen no football » *, littéralement « Football en l’an 1 de l’ère Man’en ») de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers géants de la littérature du XXe siècle. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. À dix-sept ans, dans un ouvrage intitulé « France-Renaissance danshô » *** Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait l’humanisme, et c’est pour étudier ce mouvement d’esprit qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit jusqu’à Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé ****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 万延元年のフットボール ». Parfois transcrit « Man’en gannen no futtobôru ».

** En japonais 大江健三郎.

*** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ». Parfois transcrit « Furansu renesansu danshô ».

**** En japonais 渡辺一夫.

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome IV »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

Il s’agit de la « Correspondance » et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation *, la première en date, comme la première en génie, parmi les femmes missionnaires qui vinrent évangéliser le Canada (XVIIe siècle). Certes, ses écrits furent composés sans souci d’agrément littéraire. Mais ils viennent d’une femme de caractère qui fut, en vérité, une nature d’exception. Sa piété courageuse et son saint enthousiasme étaient suffisamment célèbres pour que Bossuet ait pu l’appeler « la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde » **. « Au Canada, ses œuvres sont un trésor de famille », explique dom Albert Jamet. « Mais les Français de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop désintéressés. “En France”, notait Sainte-Beuve ***, “nous ne nous montrons pas toujours assez soigneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut élevée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contemplatifs de tous les temps et de tous les pays. À Québec, où elle arriva en 1639, c’est une œuvre française qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui restaient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indivis des deux Frances. » Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Barbe Acarie, née Barbe Avrillot, qui entra également en religion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt.

** « Instruction sur les états d’oraison », liv. IX. Bossuet a écrit ailleurs à une de ses correspondantes : « J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admirable, et je vous renverrai bientôt [des] extraits pour vous en servir » (« Lettres à la sœur Cornuau », lettre CIII).

*** « Port-Royal », liv. I.

Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome III »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

Il s’agit de la « Correspondance » et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation *, la première en date, comme la première en génie, parmi les femmes missionnaires qui vinrent évangéliser le Canada (XVIIe siècle). Certes, ses écrits furent composés sans souci d’agrément littéraire. Mais ils viennent d’une femme de caractère qui fut, en vérité, une nature d’exception. Sa piété courageuse et son saint enthousiasme étaient suffisamment célèbres pour que Bossuet ait pu l’appeler « la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde » **. « Au Canada, ses œuvres sont un trésor de famille », explique dom Albert Jamet. « Mais les Français de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop désintéressés. “En France”, notait Sainte-Beuve ***, “nous ne nous montrons pas toujours assez soigneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut élevée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contemplatifs de tous les temps et de tous les pays. À Québec, où elle arriva en 1639, c’est une œuvre française qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui restaient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indivis des deux Frances. » Lisez la suite›

* À ne pas confondre avec Barbe Acarie, née Barbe Avrillot, qui entra également en religion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt.

** « Instruction sur les états d’oraison », liv. IX. Bossuet a écrit ailleurs à une de ses correspondantes : « J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admirable, et je vous renverrai bientôt [des] extraits pour vous en servir » (« Lettres à la sœur Cornuau », lettre CIII).

*** « Port-Royal », liv. I.

Szymborska, « Je ne sais quelles gens • Discours prononcé devant l’Académie Nobel »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « Je ne sais quelles gens » (« Jacyś ludzie ») et autres poèmes de Mme Wisława Szymborska. La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse polonaise ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits, voire abandonnée. Un poème tel que « Le Bouclier » (« Tarcza »), qui appartient au premier ensemble, subit pour cette raison une censure tout à fait inappropriée, et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande en vers. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, presque une enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant des armes et des chars destinés à la guerre d’Indochine. Ainsi, « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème ****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Szymborska, « De la mort sans exagérer »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « De la mort sans exagérer » (« O śmierci bez przesady ») et autres poèmes de Mme Wisława Szymborska. La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse polonaise ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits, voire abandonnée. Un poème tel que « Le Bouclier » (« Tarcza »), qui appartient au premier ensemble, subit pour cette raison une censure tout à fait inappropriée, et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande en vers. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, presque une enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant des armes et des chars destinés à la guerre d’Indochine. Ainsi, « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème ****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Chômin, « La Source des droits, “Kenri no minamoto” (1882) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

Il s’agit de « La Source des droits » (« Kenri no minamoto » *) de Nakae Chômin **, intellectuel japonais, chef de file des études françaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), surnommé « le Rousseau de l’Orient » ***. Il perdit son père, samouraï de bas rang, à l’âge de quinze ans, et fut envoyé à Nagasaki. On ignore toujours dans quelles circonstances il y rencontra le père Bernard Petitjean, qui venait d’y commencer un enseignement étonnamment large, allant de la langue française à l’artillerie. Attiré par les idées de la Révolution, Chômin devint son élève pendant deux ans. C’est probablement sur les recommandations du saint père qu’il poursuivit ses études à Tôkyô et, plus tard, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut chargé de résumer des textes sur les institutions juridiques et politiques de la France, à l’heure où le jeune gouvernement japonais hésitait sur le modèle à suivre. Parallèlement à ce travail officiel, il traduisit pour le grand public le « Contrat social » de Rousseau, dont il fit même deux versions : l’une rédigée en japonais courant et destinée à être passée de main en main, et l’autre en chinois classique, langue des lettrés. Le « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme… » de Rousseau devint même le leitmotiv d’un journal, inauguré en 1881, qui allait avoir une audience très favorable auprès des anciens samouraïs : « Le Journal de la liberté en Orient » (« Tôyô jiyû shimbun » ****) ; le futur premier ministre Saionji Kinmochi en était le fondateur, et Chômin — le rédacteur en chef. L’amitié des deux hommes remontait à leur séjour à Paris. Le journal s’ouvrait par un article remarquable, où Chômin comparait le citoyen non-libre « au bonsaï ou à la fleur élevée sous serre qui perd son parfum et sa couleur naturelle, et ne peut arriver à développer pleinement toute la richesse de son feuillage » ; tandis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, « embaume de tout son parfum et prend une couleur d’un vert sombre et profond ». Un mois après, la condamnation à des peines de prison de plusieurs journalistes accula le journal à cesser sa parution ; mais Chômin ne lâcha jamais le pinceau du combat. Lisez la suite›

* En japonais « 権利の源 ».

** En japonais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Tokusuke, pour lequel on trouve deux graphies : 篤助 et 篤介.

*** En japonais 東洋のルソー.

**** En japonais « 東洋自由新聞 ».