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«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome III. Voyages au Laos et chez les sauvages du Sud-Est de l’Indochine»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome II. Exposé des travaux de la mission»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome I. Exposé des travaux de la mission»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Études diverses. Tome III. Recherches sur l’histoire naturelle de l’Indochine orientale»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Études diverses. Tome II. Recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Études diverses. Tome I. Recherches sur la littérature du Cambodge, du Laos et du Siam»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

Tchouang-tseu, «L’Œuvre complète»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu*, pen­seur taoïste, un des plus grands maîtres de la prose chi­noise (IVe siècle av. J.-C.). Lais­sé pour compte durant des siècles, il exer­ce­ra une influence tar­dive, mais sans cesse crois­sante, tant sur les taoïstes que sur les boud­dhistes, et en l’an 742 apr. J.-C. l’Empereur chi­nois pro­mul­gue­ra un édit pour cano­ni­ser son «Œuvre com­plète», désor­mais un clas­sique, qui se ver­ra attri­buer le titre post­hume de «Clas­sique authen­tique de la splen­deur méri­dio­nale» («Nan­hua zhen­jing»**). En Tchouang-tseu, nous ren­con­trons un phi­lo­sophe ori­gi­nal dont le lan­gage de poète, plein d’images har­dies, d’artifices lit­té­raires, pos­sède un attrait incon­nu aux autres pen­seurs de la Chine. Son «Œuvre com­plète» prend l’aspect d’allégories mys­tiques; de pen­sées non seule­ment réflé­chies et démon­trées, mais res­sen­ties et péné­trant tout son être. Sa phi­lo­so­phie, c’est le quié­tisme natu­ra­liste. «Natu­ra­liste», car selon Tchouang-tseu, tout est bien à l’état natu­rel; tout dégé­nère entre les mains de l’homme. «Quié­tisme», car pour retrou­ver en soi la splen­deur ori­gi­nelle de la nature, il faut une tran­quilli­té comme celle de l’eau inerte; un calme comme celui du miroir : «Si la tran­quilli­té de l’eau per­met de reflé­ter les choses, que ne peut celle de l’esprit? Qu’il est tran­quille, l’esprit du saint! Il est le miroir de l’univers et de tous les êtres»***. L’acte suprême est de ne point inter­ve­nir, et la parole suprême est de ne rien dire : «La nasse sert à prendre le pois­son; quand le pois­son est pris, oubliez la nasse. Le piège sert à cap­tu­rer le lièvre; quand le lièvre est pris, oubliez le piège. La parole sert à expri­mer l’idée; quand l’idée est sai­sie, oubliez la parole. [Où] pour­rais-je ren­con­trer quelqu’un qui oublie la parole, et dia­lo­guer avec lui?»**** La parole n’est pas sûre, car c’est d’elle que pro­viennent toutes les dis­tinc­tions éta­blies arti­fi­ciel­le­ment par l’homme. Or, l’univers est indis­tinct, infor­mel, et soi-même est aus­si l’autre : «Jadis, Tchouang-tseu rêva qu’il était un papillon vol­ti­geant et satis­fait de son sort et igno­rant qu’il était Tchouang-tseu lui-même; brus­que­ment, il s’éveilla et s’aperçut avec éton­ne­ment qu’il était Tchouang-tseu. Il ne sut plus si c’était Tchouang-tseu rêvant qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tchouang-tseu»

* En chi­nois 莊子. Par­fois trans­crit Tchouang-tsée, Tchoang-tseu, Tchoang-tzeu, Tchouang-tsze, Tchuang-tze, Chwang-tsze, Chuang-tze, Choang-tzu, Zhuang Si, Zhouang­zi ou Zhuang­zi. Éga­le­ment connu sous le nom de Tchouang Tcheou (莊周). Par­fois trans­crit Tchuang-tcheou, Chuang Chou, Zhouang Zhou ou Zhuang Zhou. Haut

** En chi­nois «南華真經». Par­fois trans­crit «Nan-houa tcheng-king», «Nan-hoà-cienn ching», «Nan hwa chin king», «Nan-hoa-tchenn king», «Nan-houa tchen-tsing» ou «Nan-hua chen ching». Éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «南華經» («Nan­hua­jing»). Haut

*** p. 111. Haut

**** p. 221. Haut

Hérodote, «L’Enquête. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut

Hérodote, «L’Enquête. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut