Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

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Ôé, « Une Vie de chien »

dans Stéphane Nadaud, « Les Japons de Kenzaburô Ôé » (éd. Demopolis, Paris), p. 141-162

dans Stéphane Nadaud, « Les Japons de Kenzaburô Ôé » (éd. Demopolis, Paris), p. 141-162

Il s’agit de la nouvelle « Une Vie de chien » (« Kimyô na shigoto » *, littéralement « Un Drôle de travail ») de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 奇妙な仕事 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt » (« M/T to mori no fushigi no monogatari » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « M/Tと森のフシギの物語 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Lettres aux années de nostalgie : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Lettres aux années de nostalgie » (« Natsukashii toshi e no tegami » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 懐かしい年への手紙 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Adieu, mon livre ! : roman »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit du roman « Adieu, mon livre ! » (« Sayônara, watashi no hon yo ! » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « さようなら,私の本よ! ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Le Jeu du siècle »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Jeu du siècle » (« Man’en gannen no futtobôru » *, littéralement « Football en l’an 1 de l’ère Man’en ») de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 万延元年のフットボール ». Parfois transcrit « Man’en gannen no football ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants : récit »

éd. Gallimard, coll. Haute Enfance, Paris

éd. Gallimard, coll. Haute Enfance, Paris

Il s’agit du roman « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants » (« Memushiri ko.uchi » *) de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 芽むしり仔撃ち ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Dites-nous comment survivre à notre folie »

éd. Gallimard, coll. Folio, Paris

éd. Gallimard, coll. Folio, Paris

Il s’agit de « Dites-nous comment survivre à notre folie » (« Warera no kyôki wo ikinobiru michi wo oshie yo » *) et autres nouvelles de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « われらの狂気を生き延びる道を教えよ ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Le Faste des morts : nouvelles »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du « Faste des morts » (« Shisha no ogori » *) et autres nouvelles de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 死者の奢り ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Ôé, « Une Existence tranquille »

éd. Gallimard, coll. Folio, Paris

éd. Gallimard, coll. Folio, Paris

Il s’agit d’« Une Existence tranquille » (« Shizukana seikatsu » *) et autres nouvelles de M. Kenzaburô Ôé **, un des derniers représentants de la littérature d’après-guerre. Il naquit dans une périphérie du monde appelée Japon, et qui plus est, dans un village périphérique de ce pays. C’était un beau village perdu au cœur des grandes forêts de l’île de Shikoku, où sa famille habitait depuis des centaines d’années sans que personne ne s’en fût jamais éloigné ; son père venait d’y mourir. « L’angoisse de la mort et de la folie m’avait saisi pour ne plus me lâcher, depuis la mort soudaine de mon père », dit-il ***. À dix-sept ans, dans un ouvrage d’un professeur de Tôkyô intitulé « Furansu runesansu danshô » **** (« Fragments de la Renaissance française »), M. Ôé découvrait, avec un enthousiasme débordant, les humanistes et le combat qu’ils avaient mené pour répandre leurs idées. Et c’est pour étudier ces idées-là — capables, pensait-il, de le protéger des tentations nihilistes d’un Mishima — qu’il quitta les forêts natales, et qu’il se rendit en ville pour prendre un train de nuit pour Tôkyô. L’idée de devenir le disciple de M. Kazuo Watanabé *****, ce professeur de littérature française dont il faisait d’ores et déjà son maître à penser pour la vie, était là pour le soutenir dans l’épreuve que représentait ce voyage. Dans l’immense métropole, M. Ôé se montra un étudiant brillant, mais renfermé, solitaire, et bégayant à cause de son accent provincial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le déprimait, et tout en prenant des tranquillisants avec du whisky, il faisait des esquisses de romans. « Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit qu’un jour ils seraient publiés en français par les éditions Gallimard et que j’offrirais celui qui me semblerait le mieux traduit à mon professeur. Tout en gardant cette idée à l’esprit, j’ai tenté diverses expériences d’écriture romanesque… C’est ce que j’ai toujours tenté de faire, et je ne le regrette pas, mais j’ai aussi toujours eu le sentiment en parallèle de ne jamais [avoir écrit] un roman libéré de cette obsession, équilibré, bien construit », dit-il Lisez la suite›

* En japonais « 静かな生活 ».

** En japonais 大江健三郎.

*** « L’Homme, être fragile » (« 壊れものとしての人間 »), inédit en français.

**** En japonais « フランス・ルネサンス断章 ».

***** En japonais 渡辺一夫.

Szymborska, « Je ne sais quelles gens »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « Je ne sais quelles gens » (« Jacyś ludzie ») et autres œuvres de Mme Wisława Szymborska, poétesse polonaise, lauréate du prix Nobel de littérature, mais aussi traductrice de la poésie française du XVIe-XVIIe siècle (celle de d’Aubigné et de Viau notamment). La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits et nuancée. Car il n’y a que les fanatiques et démagogues qui, forts de « quelques slogans hurlés à tue-tête », sont persuadés de « savoir », dit Mme Szymborska **** ; l’inspiration du poète, elle, naît d’un éternel « je ne sais pas » et ne procède d’aucune filiation. Un poème comme « Le Bouclier » (« Tarcza »), que les censeurs disent appartenir au premier ensemble, est frappé pour cette raison d’un anathème injuste et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, une jeune enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant armes et chars à destination d’Indochine. Et « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème *****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** « Le Poète et le Monde », p. 287.

***** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Szymborska, « De la mort sans exagérer »

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

Il s’agit de « De la mort sans exagérer » (« O śmierci bez przesady ») et autres œuvres de Mme Wisława Szymborska, poétesse polonaise, lauréate du prix Nobel de littérature, mais aussi traductrice de la poésie française du XVIe-XVIIe siècle (celle de d’Aubigné et de Viau notamment). La bien-pensance, le « politiquement correct » veut que cette poétesse ait débuté sa carrière deux fois : la première avec ses poèmes communistes : « Réjouissons-nous de la construction d’une ville socialiste » (« Na powitanie budowy socjalistycznego miasta »), « Notre ouvrier parle des impérialistes » (« Robotnik nasz mówi o imperialistach »), « Lénine » (« Lenin »), etc ; et la seconde fois avec ses poèmes de la maturité artistique, taciturnes sur les grands sujets de société et à l’écart du débat politique. Il est convenu de dire que la première Szymborska n’est pas la Szymborska réelle ; que son entrée communiste est une entrée ratée, un « faux départ » sans rapport avec « l’image que l’on se fait de la lauréate du prix Nobel » * ; un « fruit d’étourdissements idéologiques » ** auxquels n’a pu résister la personnalité « jeune et extraordinairement impressionnable » *** de notre poétesse. Cette façon de scinder une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confrontée aux faits et nuancée. Car il n’y a que les fanatiques et démagogues qui, forts de « quelques slogans hurlés à tue-tête », sont persuadés de « savoir », dit Mme Szymborska **** ; l’inspiration du poète, elle, naît d’un éternel « je ne sais pas » et ne procède d’aucune filiation. Un poème comme « Le Bouclier » (« Tarcza »), que les censeurs disent appartenir au premier ensemble, est frappé pour cette raison d’un anathème injuste et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pourtant, il n’a rien d’une propagande. Il fut écrit par Mme Szymborska en l’honneur d’une jeune communiste française, une jeune enfant, qui s’était couchée sur les rails pour bloquer un train transportant armes et chars à destination d’Indochine. Et « le corps » de l’héroïne devint « un solide bouclier pour les jeunes filles du Viêt-nam », dit le poème *****. Lisez la suite›

* Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

** « De la mort sans exagérer », p. 7.

*** Dans Wojciech Tomasik, « Pour la défense de “Tarcza” », p. 8.

**** « Le Poète et le Monde », p. 287.

***** En polonais
« Ciało młodej francuskiej dziewczyny —
Silna tarcza dla dziewcząt Vietnamu ».

Pamuk, « Cevdet Bey et ses Fils : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Cevdet Bey et ses Fils » (« Cevdet Bey ve Oğulları ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « Neige : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Neige » (« Kar ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « Mon nom est Rouge : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Mon nom est Rouge » (« Benim Adım Kırmızı ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « Le Musée de l’innocence : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Musée de l’innocence » (« Masumiyet Müzesi ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « Le Livre noir : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Livre noir » (« Kara Kitap ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « Le Château blanc : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « Le Château blanc » (« Beyaz Kale ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « La Vie nouvelle : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « La Vie nouvelle » (« Yeni Hayat ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Pamuk, « La Maison du silence : roman »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman « La Maison du silence » (« Sessiz Ev ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

García Márquez, « Cent Ans de solitude : roman »

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

Il s’agit de « Cent Ans de solitude » (« Cien Años de soledad ») de M. Gabriel García Márquez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Márquez, il y a Macondo, ce village mythique de l’Amérique latine, qui ressemble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce village qui, à l’origine, n’était qu’« une ruelle avec une rivière à l’une de ses extrémités » * et qui, suite à la fièvre bananière, aux puanteurs, à la voracité, à la corruption amenées par la United Fruit Company, se transforma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe « qui ont cessé de rendre service à la création » **. Vers 1910, quand les Yankees y débarquèrent pour la première fois, avec leurs langoureuses épouses portant de grands chapeaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nouveaux venus venaient y chercher. Dotés de moyens autrefois réservés à Dieu, les Yankees modifièrent le régime des pluies, précipitèrent le cycle des récoltes et firent sortir la rivière du lit qu’elle occupait depuis toujours. Et pour qu’ils pussent trouver dans cet endroit toute la dignité due à de beaux et riches seigneurs, et qu’ils n’eussent pas à endurer la chaleur, l’insalubrité, les privations du village, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bordées de palmiers, avec des maisons aux fenêtres grillagées, aux piscines bleu turquoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce paradis de rêve s’étendait, comme autour d’un poulailler, une clôture électrifiée, surprotégée par les rondes incessantes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les campements où s’entassaient les milliers d’ouvriers de la compagnie bananière n’étaient que de minables abris à toit de palme, montés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de moustiques achevaient la saignée des exploités. Pour ces ouvriers qui arrivaient sans maîtresses, les Yankees firent aménager des bordels encore plus vastes que le village, « et par un glorieux mercredi, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles babyloniennes rompues à des procédés immémoriaux et pourvues de toutes sortes d’onguents et accessoires pour stimuler les désarmés, dégourdir les timides, assouvir les voraces » ***. La putasserie s’étendit à certaines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre-maître enjôleur pour quelques pesos. Lisez la suite›

* En espagnol « un callejón con un río en un extremo ».

** En espagnol « que han dejado de prestar servicio a la creación ».

*** En espagnol « y un miércoles de gloria, llevaron un tren cargado de putas inverosímiles, hembras babilónicas adiestradas en recursos inmemoriales, y provistas de toda clase de ungüentos y dispositivos para estimular a los inermes, despabilar a los tímidos, saciar a los voraces ».

García Márquez, « Douze Contes vagabonds »

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit de « Douze Contes vagabonds » (« Doce Cuentos peregrinos ») de M. Gabriel García Márquez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Márquez, il y a Macondo, ce village mythique de l’Amérique latine, qui ressemble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce village qui, à l’origine, n’était qu’« une ruelle avec une rivière à l’une de ses extrémités » * et qui, suite à la fièvre bananière, aux puanteurs, à la voracité, à la corruption amenées par la United Fruit Company, se transforma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe « qui ont cessé de rendre service à la création » **. Vers 1910, quand les Yankees y débarquèrent pour la première fois, avec leurs langoureuses épouses portant de grands chapeaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nouveaux venus venaient y chercher. Dotés de moyens autrefois réservés à Dieu, les Yankees modifièrent le régime des pluies, précipitèrent le cycle des récoltes et firent sortir la rivière du lit qu’elle occupait depuis toujours. Et pour qu’ils pussent trouver dans cet endroit toute la dignité due à de beaux et riches seigneurs, et qu’ils n’eussent pas à endurer la chaleur, l’insalubrité, les privations du village, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bordées de palmiers, avec des maisons aux fenêtres grillagées, aux piscines bleu turquoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce paradis de rêve s’étendait, comme autour d’un poulailler, une clôture électrifiée, surprotégée par les rondes incessantes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les campements où s’entassaient les milliers d’ouvriers de la compagnie bananière n’étaient que de minables abris à toit de palme, montés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de moustiques achevaient la saignée des exploités. Pour ces ouvriers qui arrivaient sans maîtresses, les Yankees firent aménager des bordels encore plus vastes que le village, « et par un glorieux mercredi, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles babyloniennes rompues à des procédés immémoriaux et pourvues de toutes sortes d’onguents et accessoires pour stimuler les désarmés, dégourdir les timides, assouvir les voraces » ***. La putasserie s’étendit à certaines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre-maître enjôleur pour quelques pesos. Lisez la suite›

* En espagnol « un callejón con un río en un extremo ».

** En espagnol « que han dejado de prestar servicio a la creación ».

*** En espagnol « y un miércoles de gloria, llevaron un tren cargado de putas inverosímiles, hembras babilónicas adiestradas en recursos inmemoriales, y provistas de toda clase de ungüentos y dispositivos para estimular a los inermes, despabilar a los tímidos, saciar a los voraces ».