Mot-cleféducation

sujet

Schiller, « Esthétique »

XIXe siècle

Il s’agit des « Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme » (« Briefe über die ästhetische Erziehung des Menschen ») et autres traités philosophiques de Schiller. L’espace compris entre les années 1792 et 1795 marque un répit dans les productions théâtrales de Schiller. Donnant quelque attention aux tendances de son temps, le dramaturge se livre à de grandes réflexions sur l’écart qu’il observe entre la forme moderne de l’humanité et la forme ancienne — la grecque particulièrement. Selon Schiller, à l’époque de l’heureux éveil grec, l’homme, à la fois philosophe et artiste, à la fois délicat et énergique, ne renfermait pas son activité dans les limites de ses fonctions ; il possédait en soi l’essence totale de l’humanité ; et favorable indifféremment à toutes les manifestations humaines, il n’en protégeait aucune exclusivement. « Comme il en est autrement chez nous autres, modernes ! », dit Schiller*. Chez nous, l’image de l’espèce est distribuée, dispersée dans les individus à l’état de fragments, de telle sorte que les forces spirituelles de l’humanité se montrent séparées, et qu’il faut additionner la série des individus pour reconstituer la totalité de l’espèce. « Chez nous… nous voyons non seulement des individus isolés, mais des classes entières d’hommes ne développer qu’une partie de leurs facultés », dit Schiller**. C’est la civilisation elle-même qui a fait cette blessure au monde moderne. Aussitôt que, d’une part, une expérience plus étendue eut amené une division plus exacte des sciences, et que, de l’autre, la machine compliquée des États eut rendu nécessaire une séparation plus rigoureuse des classes et des tâches sociales, le lien intime de la nature humaine fut rompu. Une pernicieuse lutte succéda à l’harmonie qui régnait entre les diverses sphères humaines. « La raison intuitive et la raison spéculative se renfermèrent hostilement dans leurs domaines séparés, dont elles commencèrent à garder les frontières avec méfiance et jalousie », dit Schiller***. Éternellement enchaîné à un seul petit fragment du tout, l’homme moderne ne se forme que comme fragment ; n’ayant sans cesse dans l’oreille que le bruit monotone de la roue qu’il fait tourner, il ne développe jamais l’harmonie de sa nature ; et au lieu d’imprimer à son être le cachet de l’humanité, il finit par n’être plus que l’empreinte de l’occupation à laquelle il se consacre, de la science qu’il cultive. Et Schiller de conclure : « Quel que soit le profit résultant… de ce perfectionnement distinct et spécial des facultés humaines, on ne peut nier que ce… soit une cause de souffrance et comme une malédiction pour les individus. Les exercices du gymnase forment, il est vrai, des corps athlétiques, mais ce n’est que par le jeu libre et égal des membres que se développe la beauté. De même, la tension des forces spirituelles isolées peut créer des hommes extraordinaires ; mais ce n’est que l’équilibre… de ces forces qui peut produire des hommes heureux et accomplis »

* p. 202. Haut

** id. Haut

*** p. 203. Haut

Liu Qingzhi, « La “Siao Hio”, ou Morale de la jeunesse »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « La Petite Étude » (« Xiao Xue »*), recueil de trois cent quatre-vingt-six sentences, préceptes et exemples. Jadis, c’était l’un des livres incontournables de la littérature chinoise, parce qu’il servait à former l’éducation de la nation entière. Dès qu’un enfant, de quelque condition qu’il fût — depuis le fils de l’Empereur jusqu’au fils du moindre de ses sujets — avait atteint l’âge de huit ans, c’était ce livre, en effet, qu’on lui mettait entre les mains pour lui enseigner la façon dont il fallait interroger, et celle dont il fallait répondre aux interrogations des autres ; pour l’instruire des devoirs de la civilité, des coutumes et des rites ; pour lui faire des leçons sur la procédure et la forme qu’il devait observer devant les autres, suivant ce qu’ils étaient — ou ses supérieurs, ou ses inférieurs, ou simplement ses égaux. Tout cela formait ce qu’on appelait « la petite étude », c’est-à-dire l’enseignement inférieur, la petite école ; c’était à quoi on occupait l’enfant jusqu’à l’âge de quinze ans. Parvenu à cet âge, on l’appliquait à « la grande étude », ce qui est d’ailleurs le titre d’un des quatre classiques rédigés par les disciples de Confucius. Les sentences, préceptes et exemples de « La Petite Étude » sont empruntés pour la plupart au « Mémorial des rites » et rangés dans un ordre assez défectueux, tel chapitre contenant souvent ce qui devrait se trouver dans tel autre. On ne peut nier que les principes en soient, en général, édifiants, et qu’il y ait des modèles d’une vertu réelle ; mais on y trouve, en même temps, l’observation de certaines pratiques établies par les préjugés et par la routine, qui paraissent assez puériles. Un des disciples de Zhu Xi**, Liu Qingzhi*** (XIIe siècle), a composé ce livre. Zhu Xi l’a ensuite mis dans l’ordre où nous le voyons et a ajouté une introduction où il dit**** : « Puisque l’homme, pendant l’enfance, ne peut encore ni savoir, ni réfléchir, ni régler ses actes, il faut que, prenant les discours profonds des sages, leurs traités fondamentaux, on les lui mette tous les jours sous les yeux, on les lui infiltre dans les oreilles, on en remplisse son intérieur. Si l’on tarde, il s’habitue à se former selon son caprice et il reste obstinément ce qu’il s’est habitué à être ».

* En chinois « 小學 ». Parfois transcrit « Siao Hio ». Haut

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En chinois 劉清之. Haut

**** p. 9-10. Haut

Yi Hwang, « Étude de la sagesse en dix diagrammes »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

Il s’agit de Yi Hwang*, un des néo-confucianistes les plus connus de la Corée ; celui, en tout cas, qui contribua le plus à implanter dans ce pays, d’une manière parfois doctrinaire et intransigeante, l’école chinoise de Zhu Xi**. Pendant la première moitié de sa vie, Yi Hwang fit carrière de fonctionnaire lettré, et après plusieurs promotions, il acquit une réputation d’intégrité et de courage. Mais son intérêt était ailleurs que dans la vie active, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tombé malade, il acheta les « Œuvres complètes » de Zhu Xi, dont il ne connaissait pas encore le contenu, et il décida de se construire à T’oegye*** un petit ermitage et de se consacrer à leur lecture. « Jour après jour je fermais ma porte, m’asseyais calmement et lisais les livres. Je réalisai peu à peu combien le contenu en était savoureux et combien leur sens n’avait pas de limites. Par ailleurs, j’éprouvais beaucoup d’émotions à la lecture des lettres », raconte-t-il****. Et ailleurs : « Ah ! si seulement, dans ma jeunesse, je m’étais fermement décidé à vivre dans les endroits reculés, en construisant une hutte et en me consacrant à étudier et à remédier aux déficiences de ma culture spirituelle, j’aurais gagné trois décennies, ma santé se serait améliorée, mon étude aurait porté des fruits et aujourd’hui toutes les créatures terrestres me rempliraient de joie ! Comment n’ai-je pas pu comprendre cela… ? »***** Cette seconde partie de sa vie, dévouée à l’étude, fut ponctuée de nombreuses publications, où Yi Hwang suivit, jusque dans les plus minutieux détails, les enseignements de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y offrait pas toujours la largeur d’esprit et l’accent propre et autochtone qui caractérisaient son grand contemporain Yulgok. Sa logique était claire et pénétrante, mais en ce qui concernait les enseignements de Zhu Xi, il ne faisait aucun compromis, les érigeant en stricte orthodoxie. « Les résultats furent dévastateurs. La version de Yi Hwang du néo-confucianisme de Zhu Xi — idéologie dominante de la Corée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par essence une doctrine intolérante. Ses adeptes furent particulièrement rapides à rejeter et à supprimer les autres enseignements… Cela aboutit, à la fin, à la réduction du monde à un “concept unique” et à la préoccupation croissante de l’idéologie correcte, récompensant la scolastique la plus aride ou bien l’orthodoxie. »

* En coréen 이황. Haut

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En coréen 퇴계. Haut

**** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 136. Haut

***** Dans Tcho Hye-young, « Préface à l’“Étude de la sagesse en dix diagrammes” », p. 15. Haut

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit des « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens » (« Kyŏngmong yogyŏl »*, littéralement « Principes essentiels pour repousser l’ignorance juvénile »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où on la croit exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 격몽요결 », en chinois « 擊蒙要訣 ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut

Yulgok, « Anthologie de la sagesse extrême-orientale »

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

Il s’agit de l’« Anthologie de la sagesse extrême-orientale » (« Sŏnghak chipyo »*, littéralement « Recueil essentiel de l’étude de la sagesse »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où on la croit exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 성학집요 », en chinois « 聖學輯要 ». Parfois transcrit « Song-hak tchi-pyo » ou « Seonghak jibyo ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut

Lessing, « Choix des plus belles fables »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Fables » (« Fabeln ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Ernst et Falk : causeries pour francs-maçons »

éd. Dervy, coll. Petite Bibliothèque de la franc-maçonnerie, Paris

éd. Dervy, coll. Petite Bibliothèque de la franc-maçonnerie, Paris

Il s’agit d’« Ernst et Falk : causeries pour francs-maçons » (« Ernst und Falk : Gespräche für Freimaurer ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Dramaturgie de Hambourg »

éd. Klincksieck, coll. Germanistique, Paris

éd. Klincksieck, coll. Germanistique, Paris

Il s’agit de la « Dramaturgie de Hambourg » (« Hamburgische Dramaturgie ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Du Laocoon, ou Des limites respectives de la poésie et de la peinture »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Laocoon, ou Des limites respectives de la poésie et de la peinture » (« Laokoon, oder Über die Grenzen der Malerei und Poesie ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Théâtre complet. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Philotas » et autres pièces de théâtre de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Théâtre complet. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Minna de Barnhelm » (« Minna von Barnhelm ») et autres pièces de théâtre de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Théâtre complet. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Nathan le Sage » (« Nathan der Weise ») et autres pièces de théâtre de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « L’Éducation du genre humain, “Die Erziehung des Menschengeschlechts” »

éd. Aubier-Montaigne, coll. bilingue des classiques étrangers, Paris

éd. Aubier-Montaigne, coll. bilingue des classiques étrangers, Paris

Il s’agit de « L’Éducation du genre humain »* (« Die Erziehung des Menschengeschlechts ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »** a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël***, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe****, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing*****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez******. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* Parfois traduit « L’Éducation de l’humanité ». Haut

** « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

*** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

**** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

***** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

****** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut