Mot-clefIrak

pays, gentilé ou langue

Junayd, « Enseignement spirituel : traités, lettres, oraisons et sentences »

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

Il s’agit de Junayd Baghdâdî*, maître soufi de Bagdad (IXe-Xe siècle apr. J.-C.), qui posa les bases solides sur lesquelles allaient s’élever les grands systèmes de la mystique musulmane. Bien qu’il enseignât dans sa maison et ne dirigeât pas une communauté, ses contemporains lui décernèrent le titre de « Seigneur de la Tribu spirituelle » (« Sayyid al-Tâ’ifa »**). L’un d’eux rapporte*** : « Mes yeux n’avaient jamais contemplé quelqu’un comme Junayd Baghdâdî : les écrivains venaient à lui pour son style, les philosophes le recherchaient pour la profondeur de ses pensées, les poètes se rendaient auprès de lui pour ses métaphores, les théologiens pour sa dialectique ; et le niveau de son discours était toujours plus élevé que le leur, en intelligence, éloquence et enseignement ». Junayd vénérait Bâyazîd Bistâmî, l’extravagant partisan de l’union divine, dont il traduisit les « Dits extatiques », et au sujet duquel il déclarait : « Bâyazîd avait réalisé un premier état spirituel dans lequel “toutes les choses avaient disparu pour lui”, et un second état dans lequel “cette disparition avait disparu” »****. Cette phrase difficile veut dire : Dans un premier temps, le soufi, ivre sous l’emprise divine, perd son existence individuelle et disparaît ; mais cette ivresse elle-même doit disparaître pour que le soufi puisse évacuer de son âme les maux funestes de l’hébétude et de la confusion et revenir à la vie : « Il sera [de nouveau], après n’avoir pas été, là où il avait été… Il sera “un existant qui est”, après avoir été “un existant privé d’être”. Il en est ainsi, parce qu’il sera passé de l’ivresse de l’emprise divine à la lucidité du dégrisement »*****. Dit autrement, la recherche « de l’ivresse, de l’enivrement » (« sukr »), « de la disparition, de l’anéantissement » (« fanâ’ ») est jouissive, car elle libère la conscience humaine des tracas qu’elle connaît d’habitude ; mais cette recherche, d’après Junayd, ne convient qu’aux débutants ; elle doit céder le pas « à la sobriété, au dégrisement » (« sahw »), « à la pérennisation, à la permanence » (« baqâ’ ») pour que celui qui avait disparu puisse reprendre sa place parmi les hommes, désormais lucide, dégrisé, mais investi de la présence permanente de Dieu.

* En arabe الجنيد البغدادي. Parfois transcrit Djonéid, Djonaïd, Djouneïd, Djuneid, Djunaid, al-Djunayd, Dschuneid, Dschunaid, Dschuneyd, Dschonaid, Dschoneid, Cüneyd, Cünayd, Cüneid, el-Joneid, Joneyd, Jonayd, al-Jonaid, Juneyd, Juneid, Junaïd, al-Jounayd, Jouneyd, Jouneïd, Ǵonayd, Ǧunaid ou al-Ǧunayd. Haut

** En arabe سيد الطائفة. Autrefois transcrit Saïyid-i Tâïfa, Saiyidu ’ṭ-Ṭāifa ou Sayyid-ut-Taifa. Haut

*** p. 12-13. Haut

**** p. 197. Haut

***** p. 151. Haut

Abû al-Faraj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” : une anthologie »

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Musiques sur le fleuve : les plus belles pages du “Kitâb al-Aghâni” »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Notices anecdotiques sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’islamisme »

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

« Mémoire sur l’ouvrage intitulé “Kitâb Alagâni”, c’est-à-dire “Recueil de chansons”, [d’Abû al-Faraj] »

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla »*), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc**. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris*** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. »

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ». Haut

** Préface à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Moténabbi, « Le Livre des sabres : choix de poèmes »

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou’ltayyib*, surnommé Moténabbi**, orgueilleux poète de Cour, rendu célèbre en servant différents princes arabes, en chantant leurs hauts faits et leurs bienfaits, en se brouillant avec eux, en se vengeant par des satires des louanges qu’il leur avait données auparavant. Ses poèmes ont quelquefois de la beauté dans leur éloquence ; mais, plus souvent encore, ils ne brillent que par ce singulier mélange d’insolence et de politesse, de bassesse et d’orgueil qui distingue les courtisans ; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple porteur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se vantât beaucoup de sa noblesse. Dès sa jeunesse, il fut tourmenté par une ambition incommensurable, réconfortée par les succès de sa poésie, qui était payée très chèrement par les princes auxquels il s’attachait. Bientôt, la tête lui tourna, et il crut pouvoir passer à un aussi juste titre pour prophète en vers, que Mahomet l’avait été en prose ; cela lui valut le surnom de Moténabbi (« celui qui se prétend prophète »). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réaliser cet idéal ; quand le temps et les occasions le détrompèrent en le rappelant à une vie si brève, si ordinaire, si fatalement humaine ; quand il songea que des pans entiers de son ambitieuse nature resteraient à jamais ensevelis dans l’ombre, ce fut un débordement d’une amertume sans pareille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de rechercher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et devenir altruisme, se transforme en égoïsme haineux et malveillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Joseph Daher***. Témoin les vers suivants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui inspirent : « Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe ».

* En arabe أبو الطيب. Parfois transcrit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut

** En arabe المتنبي. Parfois transcrit Motanabbî, Motanabby, Moténabby, Motenabi, Motenebbi, Moutanabbi, Moutanabi, Mutanabi ou Mutanabbī. Haut

*** « Essai sur le pessimisme chez le poète arabe al-Mutanabbī », p. 54. Haut

Sayyâb, « Le Golfe et le Fleuve : poèmes »

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb*, poète irakien, qui a affranchi la poésie arabe de deux mille ans de métrique pour la soumettre aux contraintes de la vie nouvelle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit village natal de Djaykoûr** qu’il assimile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »***. Cette terre parée de rires, de chants et de parfums représente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloigné que par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines »****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur son bateau, hanté par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »*****. Comme Achille qui aimerait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle »******. On voit que c’est en mélangeant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb produit l’alliage de sa poésie : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il*******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; tandis que Djaykoûr est une source de l’innocence « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

* En arabe بدر شاكر السياب. Autrefois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur. Haut

*** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ». Haut

***** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ». Haut

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Sayyâb, « Les Poèmes de Djaykoûr »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb*, poète irakien, qui a affranchi la poésie arabe de deux mille ans de métrique pour la soumettre aux contraintes de la vie nouvelle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit village natal de Djaykoûr** qu’il assimile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »***. Cette terre parée de rires, de chants et de parfums représente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloigné que par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines »****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur son bateau, hanté par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »*****. Comme Achille qui aimerait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle »******. On voit que c’est en mélangeant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb produit l’alliage de sa poésie : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il*******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; tandis que Djaykoûr est une source de l’innocence « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

* En arabe بدر شاكر السياب. Autrefois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur. Haut

*** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ». Haut

***** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ». Haut

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla »*), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc**. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris*** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. »

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ». Haut

** Préface à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Abou-Nowâs, « Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes »

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers »**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »**** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals »

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Abou-Nowâs, « Poèmes bachiques et libertins »

éd. Verticales, Paris

éd. Verticales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers »**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »**** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals »

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Muḥâsibî, « Le “Kitāb al-Tawahhum” : une vision humaine des fins dernières »

éd. Klincksieck, coll. Études arabes et islamiques, Paris

éd. Klincksieck, coll. Études arabes et islamiques, Paris

Il s’agit du traité « Kitâb al-Tawahhum »* (« Livre de la vision des fins dernières »**) de Ḥârith ibn Asad***, théologien et mystique arabe, plus connu sous le surnom de Muḥâsibî**** (« l’examinateur de conscience »). Né à Bassorah l’an 781 apr. J.-C., il vint de bonne heure à Bagdad, où il mourut l’an 857. Il fit de l’examen de conscience un moteur de la perfection spirituelle. À la manière des commerçants, les hommes devraient, chaque jour, dresser le bilan de ce qui a été positif ou négatif dans leur comportement, de leurs « profits » et « pertes ». C’est cela l’examen de conscience. De la vie extérieure de Muḥâsibî, nous ne savons presque rien, sinon qu’elle fut d’un grand ascétisme. « Si la moitié du monde était à mes côtés, cela ne me procurerait aucune réjouissance ; et si la moitié du monde était loin de moi, de cet éloignement je ne ressentirais aucun vide », dit-il*****. Et aussi : « Dieu préfère, entre deux commandements positifs, le plus dur »******. Il faut avouer que ses œuvres exégétiques satisfont peu le goût moderne : la culture coranique et traditionnelle y est trop accentuée. Seul le « Kitâb al-Tawahhum » fait exception à cet égard. Il n’est pas l’œuvre du théologien, mais celle de l’écrivain. Il traite des fins dernières, c’est-à-dire des châtiments terribles qui seront infligés, en Enfer, aux hommes ayant désobéi à Dieu ; et des joies charnelles que les houris******* réserveront, au Paradis, aux hommes ayant observé Ses lois. Ce qui frappe, c’est l’admirable style dans lequel ces joies charnelles sont décrites. Par contraste avec la vie austère de Muḥâsibî, il y a dans le « Kitâb al-Tawahhum » un désir inavoué et qui donne à l’œuvre toute sa valeur.

* En arabe « كتاب التّوهّم ». Parfois transcrit « Kitab at Tawahum », « Kitab al Tawahhoum » ou « Kitâb al Tawahhom ». Haut

** Parfois traduit « Le Livre sur la vision des dernières choses ». Haut

*** En arabe الحارث بن أسد. Haut

**** En arabe المحاسبي. Parfois transcrit Muhasiby, Muhassibi, Mouhassibi, Mohassibi ou Moḥâsibî. Haut

***** Dans Mahmoud, « Al-Moḥâsibî : un mystique », p. 29. Haut

****** Dans Massignon, « Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane », p. 252. Haut

******* Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut