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Ibn Rushd (Averroès), «Accord de la religion et de la philosophie : traité»

éd. Imprimerie orientale P. Fontana, Alger

éd. Impri­me­rie orien­tale P. Fon­ta­na, Alger

Il s’agit de l’«Accord de la reli­gion et de la phi­lo­so­phie» d’Ibn Rushd* (XIIe siècle apr. J.-C.), trai­té dont le titre lit­té­ral est «Exa­men cri­tique et Solu­tion de la ques­tion de l’accord entre la loi reli­gieuse et la phi­lo­so­phie» («Faṣl al-maḳâl wa-taḳ­rîr mâ bayn al-sharî‘a wa-l-ḥik­ma min al-ittiṣâl»**). De tous les phi­lo­sophes que l’islam don­na à l’Espagne, celui qui lais­sa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants com­men­taires des écrits d’Aris­tote, ce fut Ibn Rushd, éga­le­ment connu sous les noms cor­rom­pus d’Averois, Aven-Roez ou Aver­roès***. Son Anda­lou­sie natale était un coin pri­vi­lé­gié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait éta­bli, à par­tir du Xe siècle, une tolé­rance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. «Chré­tiens, juifs, musul­mans par­laient la même langue, chan­taient les mêmes poé­sies, par­ti­ci­paient aux mêmes études lit­té­raires et scien­ti­fiques. Toutes les bar­rières qui séparent les hommes étaient tom­bées; tous tra­vaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civi­li­sa­tion com­mune», dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf****, calife de l’Andalousie et contem­po­rain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus let­tré de son temps. L’illustre phi­lo­sophe Ibn Tho­faïl obtint à sa Cour une grande influence et en pro­fi­ta pour y atti­rer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu expri­mé par Yûsuf et sur les ins­tances d’Ibn Tho­faïl qu’Ibn Rushd entre­prit de com­men­ter Aris­tote. Jamais ce der­nier n’avait reçu de soins aus­si éten­dus et aus­si dévoués que ceux que lui pro­di­gue­ra Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. «Mais la cause fatale qui a étouf­fé chez les musul­mans les plus beaux germes de déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel, le fana­tisme reli­gieux, pré­pa­rait déjà la ruine [de la phi­lo­so­phie]», dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études ration­nelles se déchaîne sur toute la sur­face du monde musul­man. Bien­tôt il suf­fi­ra de dire d’un homme : «Un tel tra­vaille à la phi­lo­so­phie ou donne des leçons d’astronomie», pour que les gens du peuple lui appliquent immé­dia­te­ment le nom d’«impie», de «mécréant», etc.; et que, si par mal­heur il per­sé­vère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa mai­son.

* En arabe ابن رشد. Par­fois trans­crit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd. Haut

** En arabe «فصل المقال وتقرير ما بين الشريعة والحكمة من الاتصال». Par­fois trans­crit «Façl el maqâl wa-taq­rîr ma baïn ech-charî‘a wa-l-hik­ma min el-itti­çâl». Haut

*** Par sub­sti­tu­tion d’Aven (Aben) à Ibn. Haut

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Par­fois trans­crit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoû­çof ou Abou-Ya’coub You­souf. Haut

Aristote, «Grande Morale»

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », nº 23, p. 3-90

dans «Revue de l’Institut catho­lique de Paris», no 23, p. 3-90

Il s’agit de la «Grande Morale» («Êthi­ka mega­la»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ μεγάλα». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Aristote, «Éthique à Eudème»

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Mont­réal, coll. Biblio­thèque des textes phi­lo­so­phiques, Paris-Mont­réal

Il s’agit de l’«Éthique à Eudème» («Êthi­ka Eudê­mia»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ Εὐδήμια». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Aristote, «Éthique de Nicomaque»

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Paris

Il s’agit de l’«Éthique à Nico­maque» («Êthi­ka Niko­ma­cheia»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ Νικομάχεια». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Sayyâb, «Le Golfe et le Fleuve : poèmes»

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sind­bad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-La Petite Biblio­thèque de Sind­bad, Arles

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb*, poète ira­kien, qui a affran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de métrique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère; et son père s’étant rema­rié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se remet­tra jamais, et le début d’une démarche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée subi­te­ment par la mala­die. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit vil­lage natal de Djay­koûr** qu’il assi­mile à l’authenticité, à la terre «[de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut»***. Cette terre parée de rires, de chants et de par­fums repré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par «le choc métal­lique de l’argent» et «la rumeur des machines»****. Comme Sind­bad le Marin ou Ulysse sur son bateau, han­té par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embar­quer sur le crois­sant de lune et «péré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port»*****. Comme Achille qui aime­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être «un enfant affa­mé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spec­tacle»******. On voit que c’est en mélan­geant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : «L’expression directe de ce qui n’est pas poé­sie», dit-il*******, «ne peut deve­nir poé­tique. Où est alors la solu­tion? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gar­dé leur inten­si­té et leur fraî­cheur; il s’en ser­vi­ra comme maté­riaux pour bâtir les mondes qui défie­ront la logique de l’or et de l’acier». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Paris, le paran­gon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où «des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux», où «l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains»; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence «avec un hori­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant»

* En arabe بدر شاكر السياب. Autre­fois trans­crit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut

*** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

**** Poème «L’Élégie de Djay­koûr». Haut

***** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

****** Poème «Iqbâl et la Nuit». Haut

******* Dans «Les Cahiers de l’Oronte», p. 90. Haut

Sayyâb, «Les Poèmes de Djaykoûr»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment-de-Rivière

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb*, poète ira­kien, qui a affran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de métrique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère; et son père s’étant rema­rié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se remet­tra jamais, et le début d’une démarche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée subi­te­ment par la mala­die. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit vil­lage natal de Djay­koûr** qu’il assi­mile à l’authenticité, à la terre «[de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut»***. Cette terre parée de rires, de chants et de par­fums repré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par «le choc métal­lique de l’argent» et «la rumeur des machines»****. Comme Sind­bad le Marin ou Ulysse sur son bateau, han­té par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embar­quer sur le crois­sant de lune et «péré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port»*****. Comme Achille qui aime­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être «un enfant affa­mé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spec­tacle»******. On voit que c’est en mélan­geant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : «L’expression directe de ce qui n’est pas poé­sie», dit-il*******, «ne peut deve­nir poé­tique. Où est alors la solu­tion? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gar­dé leur inten­si­té et leur fraî­cheur; il s’en ser­vi­ra comme maté­riaux pour bâtir les mondes qui défie­ront la logique de l’or et de l’acier». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Paris, le paran­gon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où «des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux», où «l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains»; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence «avec un hori­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant»

* En arabe بدر شاكر السياب. Autre­fois trans­crit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut

*** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

**** Poème «L’Élégie de Djay­koûr». Haut

***** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

****** Poème «Iqbâl et la Nuit». Haut

******* Dans «Les Cahiers de l’Oronte», p. 90. Haut

García Márquez, «Cent Ans de solitude : roman»

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

Il s’agit de «Cent Ans de soli­tude» («Cien Años de sole­dad») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «Douze Contes vagabonds»

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. Gras­set-Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit de «Douze Contes vaga­bonds» («Doce Cuen­tos per­egri­nos») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «Le Général dans son labyrinthe : roman»

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. Gras­set-Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit du «Géné­ral dans son laby­rinthe» («El Gene­ral en su labe­rin­to») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «La Mala Hora : roman»

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. Gras­set-Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit de «La Mala Hora» de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «L’Automne du patriarche : roman»

éd. B. Grasset, Paris

éd. B. Gras­set, Paris

Il s’agit de «L’Automne du patriarche» («El Otoño del patriar­ca») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «Pas de lettre pour le colonel»

éd. B. Grasset, Paris

éd. B. Gras­set, Paris

Il s’agit de «Pas de lettre pour le colo­nel» («El coro­nel no tiene quien le escri­ba») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut

García Márquez, «L’Amour aux temps du choléra : roman»

éd. Grasset-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. Gras­set-Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit de «L’Amour aux temps du cho­lé­ra» («El Amor en los tiem­pos del cóle­ra») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut