Aller au contenu

Mot-clefpoésie lyrique

sujet

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Rimbaud, «Œuvres : des Ardennes au désert»

éd. Pocket, coll. Pocket classiques, Paris

éd. Pocket, coll. Pocket clas­siques, Paris

Il s’agit d’Arthur Rim­baud, poète fran­çais (XIXe siècle). Les bêtises se sont accu­mu­lées sur le compte de Rim­baud, mais peut-être qu’il est cou­pable de les avoir per­mises, et de ne pas avoir ren­du impos­sibles cer­taines inter­pré­ta­tions extra­va­gantes, en se plai­sant, dans la seconde par­tie de son œuvre, à faire des phrases sans suite, des phrases d’un esprit fou, détra­qué, déré­glé, des phrases dont il se réser­vait la tra­duc­tion, et dont il disait : «Ça dit ce que ça dit, lit­té­ra­le­ment et dans tous les sens»*; «Je notais l’inexprimable, je fixais des ver­tiges»**; «J’ai seul la clef de cette parade sau­vage»***; etc. Mais nous n’avons pas envie de nous décou­ra­ger d’avance. Nous avons envie, au contraire, de savoir, très déci­dé­ment, à quoi nous en tenir sur cette seconde par­tie si contro­ver­sée. La bonne méthode est d’aller pas à pas, com­men­çant par le viol de Rim­baud. Et d’abord, qu’est-ce qui per­met de par­ler de viol? Un de ses poèmes le per­met, qui porte le titre du «Cœur v[i]olé», et qui repro­duit, avec des mots qui ne s’inventent pas, les scènes abo­mi­nables aux­quelles Rim­baud a été obli­gé de se sou­mettre sous la vio­lence des ignobles indi­vi­dus au milieu des­quels il s’est trou­vé en pleine Com­mune de Paris (mai 1871), lui si jeune :

«Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur cou­vert de capo­ral :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe :
Sous les quo­li­bets de la troupe
Qui pousse un rire géné­ral,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur cou­vert de capo­ral!
Ithy­phal­liques et piou­piesques,
Leurs quo­li­bets l’ont dépra­vé!
», etc.

* À sa mère, à pro­pos d’«Une Sai­son en enfer». Haut

** «Alchi­mie du Verbe». Haut

*** «Parade». Haut

Catulle, «Les Poésies»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Catulle*, poète latin (Ie siècle av. J.-C.), qui s’est essayé dans tous les genres, devan­çant Vir­gile dans l’épopée, Horace dans l’ode, Ovide, Tibulle, Pro­perce dans l’élégie amou­reuse, Mar­tial dans l’épigramme et ce que nous appe­lons la poé­sie légère. Sous un air de sim­pli­ci­té extrême, et ne for­mant pas cent pages, son petit livre, ce «nou­vel enfant d’une muse badine» comme il l’appelle**, est une annonce com­plète, une sorte de pré­lude à toute la poé­sie du siècle d’Auguste. On se figure géné­ra­le­ment que les Romains de cette époque étaient le peuple le plus poli­cé de l’Antiquité; c’est une erreur grave, que les poé­sies de Catulle suf­fi­raient au besoin pour démen­tir. Enri­chis tout à coup par les dépouilles des peuples qu’ils avaient conquis, les Romains pas­sèrent, sans tran­si­tion, de la dis­ci­pline sévère des camps aux dérè­gle­ments des débauches, des fes­tins, de toutes les dépenses, et aux excès les plus cra­pu­leux. Sal­luste écrit*** : «Dès que les richesses eurent com­men­cé à être hono­rées… la ver­tu per­dit son influence, la pau­vre­té devint un opprobre, et l’antique sim­pli­ci­té fut regar­dée comme une affec­ta­tion mal­veillante. Par les richesses, on a vu se répandre par­mi notre jeu­nesse, avec l’orgueil, la débauche et la cupi­di­té; puis… la pro­di­ga­li­té de son patri­moine, la convoi­tise de la for­tune d’autrui, l’entier mépris de l’honneur, de la pudi­ci­té, des choses divines et humaines… Les hommes se pros­ti­tuaient comme des femmes, et les femmes affi­chaient leur impu­di­ci­té». C’est au milieu de cette socié­té mi-bar­bare, mi-civi­li­sée que vécut notre poète. Ami de tous les plai­sirs et de la bonne chère, joyeux viveur de la grande ville, amant volage de ces beau­tés vénales pour les­quelles se rui­nait la jeu­nesse d’alors, il se vit obli­gé de mettre en gage ses biens pour s’adonner aux charmes dan­ge­reux de la pas­sion amou­reuse. Dans un mor­ceau célèbre, tout à coup il s’interrompt et se reproche le mau­vais usage qu’il fait de ses loi­sirs. Il se dit à lui-même : «Prends-y garde, Catulle, [tes loi­sirs] te seront funestes. Ils ont pris trop d’empire sur ton âme. N’oublie pas qu’ils ont per­du les rois et les Empires»

* En latin Gaius Vale­rius Catul­lus. Haut

** p. 3. Haut

*** «Conju­ra­tion de Cati­li­na», ch. 12. Haut

Hugo, «Notre-Dame de Paris. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Notre-Dame de Paris» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Notre-Dame de Paris. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Notre-Dame de Paris» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Han d’Islande»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Han d’Islande» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «L’Art d’être grand-père»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Art d’être grand-père» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Bug-Jargal • Le Dernier Jour d’un condamné • Claude Gueux»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Der­nier Jour d’un condam­né» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Tyrtée, «Les Chants»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Tyr­tée*, poète grec (VIIe siècle av. J.-C.) qui chan­ta le bon­heur de com­battre et de mou­rir pour la patrie, la misère et l’éternel opprobre qui s’attachent au lâche, l’immortalité qui récom­pense le héros en le fai­sant vivre dans une éter­nelle jeu­nesse; bref, la ver­tu guer­rière éle­vée au-des­sus de tout. Nous n’avons plus de Tyr­tée que trois chants. Ils suf­fisent à jus­ti­fier les éloges don­nés par Pla­ton qui, dans son pre­mier livre des «Lois», dit : «Ô Tyr­tée, chantre divin, tu es à mes yeux un homme sage et ver­tueux»**; et par Horace qui, dans son «Art poé­tique», dit : «Aux accents d’Homère et de Tyr­tée, l’âme des héros, aux com­bats exci­tée, tres­saillait»***. Mais le plus bel éloge de tous est celui que lui don­na le fameux chef des trois cents Spar­tiates, Léo­ni­das, lorsqu’il répon­dit à quelqu’un qui vou­lait savoir en quel degré d’estime il tenait Tyr­tée : «Je le crois propre», dit-il****, «à ins­pi­rer de l’ardeur aux jeunes gens. Ses poé­sies les pénètrent d’un sen­ti­ment si vif d’enthousiasme, que dans les com­bats ils affrontent sans ména­ge­ment les plus grands dan­gers». Bien que peu variés, ses vers sont tou­jours héroïques et sublimes. On y entend le cli­que­tis des armes, les cris de mort et de vic­toire; on y sent, avec un autre poète*****, que «l’acier, le fer, le marbre ne sont rien; il n’est qu’un seul rem­part : le bras du citoyen». Ce n’est pas éton­nant qu’avec tant de cha­leur patrio­tique, Tyr­tée ait enflam­mé les cœurs des jeunes Spar­tiates, si inflam­mables par ailleurs. Il est bien dom­mage que le peu qui nous reste de lui ne soit pas plus éten­du ou mieux connu. «Les vers de Tyr­tée sont un des plus éner­giques encou­ra­ge­ments au patrio­tisme que pré­sente la lit­té­ra­ture, et aus­si l’un des plus simples, l’un de ceux qui, par la clar­té de la forme et la viva­ci­té de l’image, sont le plus assu­rés de trou­ver tou­jours et par­tout le che­min du cœur», dit Alfred Croi­set

* En grec Τυρταῖος. Haut

** En grec «Ὦ Τύρταιε, ποιητὰ θειότατε, δοκεῖς… σοφὸς ἡμῖν εἶναι καὶ ἀγαθός». Haut

*** En latin «Home­rus Tyrtæusque mares ani­mos in Mar­tia bel­la ver­si­bus exa­cuit». Haut

**** Dans Plu­tarque, «Les Vies des hommes illustres», vies d’Agis et de Cléo­mène. Haut

***** Alcée. Haut

Sappho, «La Poésie»

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

Il s’agit de «La Poé­sie» («Melê»*) de Sap­pho de Les­bos** (VIIe siècle av. J.-C.), la poé­tesse la plus renom­mée de toute la Grèce par ses vers et par ses amours, et l’une des seules femmes de l’Antiquité dont la voix ait tra­ver­sé les siècles. Stra­bon la consi­dère comme «un mer­veilleux pro­dige» et pré­cise : «Je ne sache pas que, dans tout le cours des temps dont l’histoire a gar­dé le sou­ve­nir, aucune femme ait pu, même de loin, sous le rap­port du génie lyrique, riva­li­ser avec elle»***. J’ajouterais aus­si les mots que l’auteur du «Voyage du jeune Ana­char­sis en Grèce» met dans la bouche d’un citoyen de Myti­lène et qui contiennent un résu­mé élo­quent des hom­mages ren­dus par les Grecs au talent de Sap­pho : «Elle a peint tout ce que la nature offre de plus riant. Elle l’a peint avec les cou­leurs les mieux assor­ties, et ces cou­leurs elle sait au besoin tel­le­ment les nuan­cer, qu’il en résulte tou­jours un heu­reux mélange d’ombres et de lumières… Mais avec quelle force de génie nous entraîne-t-elle lorsqu’elle décrit les charmes, les trans­ports et l’ivresse de l’amour! Quels tableaux! Quelle cha­leur! Domi­née, comme la Pythie, par le dieu qui l’agite, elle jette sur le papier des expres­sions enflam­mées; ses sen­ti­ments y tombent comme une grêle de traits, comme une pluie de feu qui va tout consu­mer». Toutes ces qua­li­tés la firent sur­nom­mer la dixième des Muses : «Les Muses, dit-on, sont au nombre de neuf. Quelle erreur! Voi­ci encore Sap­pho de Les­bos qui fait dix»****. On raconte que Sap­pho épou­sa, fort jeune, le plus riche habi­tant d’une île voi­sine, mais qu’elle en devint veuve aus­si­tôt. Le culte de la poé­sie fut dès ce moment sa plus chère occu­pa­tion. Elle réunit autour d’elle plu­sieurs filles, dont elle fit ses élèves ou ses amantes; car il faut savoir que son ardeur amou­reuse, dont Ovide pré­tend qu’elle était «non moindre que le feu de l’Etna» («Ætnæo non minor igne»), s’étendait sur les per­sonnes de son sexe. Il ne nous reste, du grand nombre de ses odes, épi­grammes, élé­gies et épi­tha­lames, que quelques petits frag­ments qui se trouvent dis­sé­mi­nés dans les anciens scho­liastes, et sur­tout une ode entière que Sap­pho fit à la louange d’une de ses maî­tresses.

* En grec «Μέλη». Haut

** En grec Σαπφὼ ἡ Λεσϐία. «Mais son nom authen­tique était Ψάπφω (Psap­phô), au témoi­gnage de la poé­tesse elle-même et de mon­naies myti­lé­niennes. Des mon­naies d’Érésos ont la forme sim­pli­fiée Σαπφώ (Sap­phô) qui est deve­nue en grec la forme la plus com­mune et a abou­ti fina­le­ment à Σαφώ (Saphô)», dit Aimé Puech. Haut

*** En grec «ἡ Σαπφώ, θαυμαστόν τι χρῆμα· οὐ γὰρ ἴσμεν ἐν τῷ τοσούτῳ χρόνῳ τῷ μνημονευομένῳ φανεῖσάν τινα γυναῖκα ἐνάμιλλον οὐδὲ κατὰ μικρὸν ἐκείνῃ ποιήσεως χάριν». Haut

**** Pla­ton dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

Pindare, «Olympiques • Pythiques • Néméennes • Isthmiques • Fragments»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Pin­dare*, poète grec (Ve siècle av. J.-C.). Pau­sa­nias rap­porte «qu’étant tout jeune et s’en allant à Thes­pies pen­dant les grandes cha­leurs, Pin­dare fut sur­pris du som­meil vers le milieu de la jour­née, et que s’étant mis hors du che­min pour se repo­ser, des abeilles vinrent faire leur miel sur ses lèvres; ce qui fut la pre­mière marque du génie que devait avoir Pin­dare à la poé­sie»**. Car cette mer­veille, qu’on dit être aus­si arri­vée par la suite à Pla­ton et à saint Ambroise, a tou­jours été regar­dée comme le pré­sage d’une extra­or­di­naire habi­le­té dans le dis­cours. Plu­tarque cite Pin­dare plus d’une fois, et tou­jours avec éloge. Horace le pro­clame le pre­mier des poètes lyriques et se sert de cette com­pa­rai­son éner­gique*** : «Comme des­cend de la mon­tagne la course d’un fleuve que les pluies ont enflé par-des­sus ses rives fami­lières; ain­si bouillonne et se pré­ci­pite, immense, Pin­dare à la bouche pro­fonde». On peut dire que Pin­dare était très dévot et très reli­gieux envers les dieux, et l’on en voit des preuves dans plu­sieurs de ses frag­ments, comme quand il dit «que l’homme ne sau­rait, avec sa faible intel­li­gence, péné­trer les des­seins des dieux»****. Et ailleurs : «Les âmes des impies volent sous le ciel, autour de la terre, en proie à de cruelles dou­leurs, sous le joug de maux inévi­tables. Mais au ciel habitent les âmes des justes dont la voix célèbre, dans des hymnes, la grande divi­ni­té»*****. Pla­ton qua­li­fie Pin­dare de «divin» («theios»******) et rap­pelle, dans le «Ménon», ses vers sur l’immortalité de l’âme : «Pin­dare dit que l’âme humaine est immor­telle; que tan­tôt elle s’éclipse (ce qu’il appelle mou­rir), tan­tôt elle repa­raît, mais qu’elle ne périt jamais; que pour cette rai­son, il faut mener la vie la plus sainte pos­sible, car “les âmes qui ont payé à Pro­ser­pine la dette de leurs anciennes fautes, elle les rend au bout de neuf ans à la lumière du soleil”»*******. Hélas! ce beau frag­ment appar­tient à quelque ode de Pin­dare que nous n’avons plus. De tant d’œuvres du grand poète, il n’est res­té que la por­tion presque la plus pro­fane. Ses hymnes à Jupi­ter, ses péans ou chants à Apol­lon, ses dithy­rambes, ses hymnes à Cérès et au dieu Pan, ses pro­so­dies ou chants de pro­ces­sion, ses hymnes pour les vierges, ses enthro­nismes ou chants d’inauguration sacer­do­tale, ses hypor­chèmes ou chants mêlés aux danses reli­gieuses, toute sa litur­gie poé­tique enfin s’est per­due dès long­temps, dans la ruine même de l’ancien culte. Il ne s’est conser­vé que ses odes célé­brant les quatre jeux publics de la Grèce : les jeux pythiques ou de Delphes, les jeux isth­miques ou de Corinthe, ceux de Némée et ceux d’Olympie.

* En grec Πίνδαρος. Haut

** «Des­crip­tion de la Grèce», liv. IX, ch. 23. Haut

*** «Odes», liv. IV, poème 2. Haut

**** p. 299. Haut

***** p. 310. Haut

****** En grec θεῖος. Haut

******* «Ménon», 81b. Cor­res­pond à p. 310. Haut