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Mot-clefpoésie religieuse indienne (de l’Inde)

sujet

Bhartrihari, «Les Stances érotiques, morales et religieuses»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Trois Cen­tu­ries de qua­trains» («Śata­ka­traya»*) de Bhar­tri­ha­ri**, l’un des plus grands poètes d’expression sans­crite (VIIe siècle apr. J.-C. sans doute). L’oubli et l’indifférence où tombent cer­taines œuvres de l’esprit humain est quelque chose de sin­gu­lier. Cet oubli est injuste; mais, à bien des égards, je me l’explique. Cepen­dant, jamais je ne m’expliquerai l’oubli qui frappe Bhar­tri­ha­ri. Lui qui a été, pour­tant, le pre­mier poète hin­dou à être tra­duit en Europe. Lui dont Iqbal a dit : «Regarde ce chan­teur de [mon] pays! Par la grâce de son regard, la rosée se trans­forme en perles. Ce poète à l’œuvre sub­tile qui s’appelle Bhar­tri­ha­ri pos­sède une nature sem­blable aux nuages de feu»***. Ses qua­trains, à la fois ardents et sereins, qui chantent toutes les jouis­sances et qui les trouvent toutes vaines, méditent, plu­sieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas, dans un style intem­po­rel d’une incon­tes­table élé­va­tion. Ils sont au nombre de trois cents, par­ta­gés en trois par­ties égales : la pre­mière est éro­tique****, la deuxième — morale*****, la troi­sième et der­nière traite de l’impermanence, en inci­tant à la vie contem­pla­tive et au renon­ce­ment au monde******. Une légende digne des «Mille et une Nuits» cir­cule à ce pro­pos : Bhar­tri­ha­ri aurait été roi, assis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Ujjain*******). Ayant reçu d’un saint homme un fruit pré­cieux qui confé­rait l’immortalité, il l’offrit à la reine. La reine le don­na au conseiller, son adul­tère amant; le conseiller — à une autre femme; de sorte que, pas­sant ain­si de main en main, cette ambroi­sie par­vint à une ser­vante qui fut aper­çue par le roi. Dégoû­té du monde par l’infidélité de son épouse, lais­sant là le pou­voir et les gran­deurs, Bhar­tri­ha­ri s’en alla sans regret d’Ujjayinî. Ses qua­trains le montrent vivant désor­mais en ascète, après avoir fixé son séjour à Béna­rès, sur le bord de la rivière des dieux, le Gange (3.87). Il se nour­rit d’aumônes; il habite par­mi les hommes sans avoir de rap­ports avec eux (3.95). Vêtu seule­ment d’un pagne qui couvre sa nudi­té, il fuit avec effroi la diver­si­té des appa­rences maté­rielles et il crie à haute voix : «Shi­va! Shi­va!» (3.85). «N’accorde aucune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la For­tune! C’est une cour­ti­sane vénale qui aban­donne ses amants sur un fron­ce­ment de sour­cil… Pre­nons la saie d’ascète et allons de porte en porte dans les rues de Béna­rès, en atten­dant que l’aumône nous tombe dans la main que nous ten­dons en guise d’écuelle», écrit-il (3.66).

* En sans­crit «शतकत्रय». Par­fois trans­crit «Sha­ta­ka­traya». Haut

** En sans­crit भर्तृहरि. Par­fois trans­crit Bar­throu­her­ri, Bhar­thru­ha­ri, Bhar­tri­he­ri, Bhartṛ­ha­ri ou Bartṛ­ha­ri. Haut

*** «Le Livre de l’éternité», p. 132. Haut

**** «Śṛṅ­gâ­raśa­ta­kam» («शृङ्गारशतकम्»). Par­fois trans­crit «Shrin­gâ­ra Çata­ka» ou «Śhriṅgā­raś­ha­ta­ka». Haut

***** «Nîtiśa­ta­kam» («नीतिशतकम्»). Par­fois trans­crit «Nîtî Çata­ka» ou «Nītīś­ha­ta­ka». Haut

****** «Vai­râ­gyaśa­ta­kam» («वैराग्यशतकम्»). Par­fois trans­crit «Vai­râ­gya Çata­ka», «Vai­râ­gya­sha­ta­ka» ou «Vai­ra­gya Sha­ta­kam». Haut

******* En hin­di उज्जैन. Par­fois trans­crit Ugein, Ogein, Ojein, Odjain, Oud­jayin, Oud­jeïn, Udjein, Ouj­jeïn ou Ouj­jain. Haut

«Kabir : une expérience mystique au-delà des religions»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

Jñân-dev, «L’Invocation, le “Haripāṭh”»

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Publi­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit de «L’Invocation» («Haripāṭh»*) de Jñân-dev**, le père de la poé­sie reli­gieuse marathe (XIIIe siècle apr. J.-C.). On l’appelle aus­si Jñân-eśvar***, «eśvar» et «dev» étant des titres d’honneur presque syno­nymes et signi­fiant «divin». Le père de Jñân-dev s’était vu excom­mu­nié de la caste des brah­manes pour avoir adop­té la vie ascé­tique contre la volon­té des siens et sans avoir accom­pli ses devoirs. Rap­pe­lé dans le siècle, il eut quatre enfants qui tous devaient héri­ter de ses goûts monas­tiques. La situa­tion d’excommunié, cepen­dant, lui pesait sur le cœur : aus­si prit-il un jour, en com­pa­gnie de sa fidèle épouse, un rac­cour­ci vers l’au-delà en se jetant dans les eaux sacrales du Gange. Aban­don­nés, les quatre enfants ne per­dirent pas cou­rage et réso­lurent même de recon­qué­rir leur rang par la lit­té­ra­ture. Jñân-dev inven­ta le genre de poèmes appe­lé «Abhang»****Psaumes») ser­vant à expri­mer la dévo­tion pas­sion­née à Dieu. Inven­ta, c’est peut-être trop dire. Il lui don­na ses lettres de créance et il en fit le genre poé­tique par­ti­cu­lier de la langue marathe. En choi­sis­sant cette langue orale, il per­mit à la reli­gion hin­doue de péné­trer dans tous les foyers de ses conci­toyens : «Sans Jñân-dev», explique le père Guy-Aphraate Deleu­ry*****, «l’hindouisme aurait per­du le contact avec la grande masse du peuple qui, en tous pays et à toutes les époques de l’histoire, est le réser­voir de la vie : il serait deve­nu l’apanage d’une petite secte de let­trés, l’orgueil d’un petit groupe d’initiés gar­dant jalou­se­ment pour eux un héri­tage deve­nu sté­rile». Les pèle­rins ne tar­dèrent pas à adop­ter les «Abhang» pour accom­pa­gner leurs longues marches, et comme ils n’hésitaient pas à ajou­ter au réper­toire des vers de leur propre com­po­si­tion, c’est un immense tré­sor poé­tique qui se consti­tua ain­si de siècle en siècle, de Jñân-dev à Tou­kâ-râm, en pas­sant par Nâm-dev. Dans l’avant-dernier vers de chaque «Abhang» appa­raît le nom de son auteur; mais cela n’en garan­tit pas l’authenticité, n’importe quel chantre pou­vant signer du nom de son auteur favo­ri. Par­mi les neuf cents «Abhang» qui sont attri­bués expres­sé­ment à Jñân-dev, il y en a aus­si cer­tai­ne­ment qui ne sont pas de sa main; mais ce n’est pas une rai­son pour sup­po­ser l’existence de deux ou trois Jñân-dev por­tant le même nom, comme l’ont sup­po­sé quelques savants.

* En marathe «हरिपाठ». Par­fois trans­crit «Hari­pa­tha». Haut

** En marathe ज्ञानदेव. Par­fois trans­crit Jnan Déva, Jna­na­de­va, Dñān­dev ou Dñyān­dev. Haut

*** En marathe ज्ञानेश्वर. Par­fois trans­crit Jnan Iswar, Jna­ne­sh­war, Jna­ne­sh­wa­ra, Jna­ne­sh­va­ra, Jna­ne­sh­var, Jna­nes­wa­ra, Jna­nes­war, Jnâ­ne­ç­var, Jñâ­ne­ç­va­ra, Gya­nes­war, Gya­ne­sh­war, Gya­ne­sh­wa­ra, Gya­ne­sh­va­ra, Dnyá­ne­sh­var, Dnya­ne­sh­wa­ra, Dnyā­ne­sh­war, Dnyá­neś­va­ra ou Dñyā­neś­var. Haut

**** En marathe «अभंग». Par­fois trans­crit «Abhan­ga» ou «Abhaṃg». Lit­té­ra­le­ment «Vers inin­ter­rom­pus». Haut

***** «Pré­face aux “Psaumes du pèle­rin” de Tou­kâ-râm», p. 21-22. Haut

Narasiṃha, «Au point du jour : les “prabhātiyāṃ”»

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Publi­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit des «Prières du matin» («Prabhâ­tiyâṃ»*) de Nara­siṃ­ha Mahe­tâ**, poète et saint hin­dou (XVe siècle apr. J.-C.), éga­le­ment connu sous le nom sim­pli­fié de Nar­si Meh­ta. L’État du Guja­rat vénère en lui son plus grand écri­vain, son «âdi kavi» (son «pre­mier poète»). Nara­siṃ­ha ne fut pas, en réa­li­té, le pre­mier. Les décou­vertes modernes ont révé­lé toute une lit­té­ra­ture guja­ra­tie datant déjà du XIIe siècle. Mais il reste vrai que Nara­siṃ­ha est le pre­mier en impor­tance, et le seul dont l’œuvre a été trans­mise de géné­ra­tion en géné­ra­tion, jouis­sant tou­jours d’une grande popu­la­ri­té. Gand­hi, l’autre fils célèbre du Guja­rat, s’est réfé­ré à lui à maintes reprises et lui a emprun­té le terme «fidèles de Dieu» pour dési­gner les intou­chables. En effet, dans un de ses poèmes auto­bio­gra­phiques, Nara­siṃ­ha nous raconte com­ment les intou­chables le sup­plièrent, un jour, de venir faire un réci­tal chez eux, et com­ment il accep­ta d’y aller, en fai­sant fi des inter­dits. Toute sa vie ensuite, il fut per­sé­cu­té par les sar­casmes et le mépris des brah­manes nâga­ra, aux­quels il appar­te­nait, et qui for­maient la caste la plus éle­vée du Guja­rat; une fois, il se vit for­cé de leur répondre dans une dis­cus­sion publique : «Je suis ain­si, je suis tel que vous me dites! Le seul mau­vais, plus mau­vais que le plus mau­vais! Trai­tez-moi comme vous vou­drez, mais mon amour est encore plus fort. Je suis ce Nara­siṃ­ha qui agit à la légère, mais… tous ceux qui se croient supé­rieurs aux “fidèles de Dieu”, vai­ne­ment passent leur vie»***. La légende rap­porte qu’à ces mots, Viṣṇu Lui-même appa­rut au milieu du cénacle et, en guise d’approbation, jeta une guir­lande autour du cou de notre poète.

* En guja­ra­ti «પ્રભાતિયાં». Haut

** En guja­ra­ti નરસિંહ મહેતા. Par­fois trans­crit Nar­sinh Meh­ta, Nar­singh Meh­ta, Nar­sim­ha Meh­ta ou Nara­sin­ha Meh­ta. Lui-même a choi­si, par humi­li­té, de ne don­ner le plus sou­vent que le dimi­nu­tif de son nom : Nara­saiṃyo (નરસૈંયો). Haut

*** p. 21. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Toukâ-râm, «Psaumes du pèlerin»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Tou­kâ-râm*, poète mys­tique marathe (XVIIe siècle apr. J.-C.), dont les mil­liers de «Psaumes» («Abhang»**) montrent la plus haute ins­pi­ra­tion et consti­tuent l’un des points culmi­nants de la poé­sie reli­gieuse hin­doue. La vie de ce petit bou­ti­quier deve­nu célèbre dévot nous est bien connue, autant grâce aux détails qu’il nous four­nit lui-même dans cer­tains de ses «Psaumes» que grâce aux rela­tions de ses dis­ciples. Son père avait une bou­tique dans un obs­cur vil­lage, per­du au milieu des terres à millet. Et quelle bou­tique! Une pauvre échoppe plu­tôt, où le pro­prié­taire se tenait accrou­pi au milieu de son éta­lage, entre des sacs de grains et des bottes de piments. Mais tous les ans, pen­dant trois semaines, il fer­mait la bou­tique et, avec son fils, il pre­nait le che­min du pèle­ri­nage de Pand­har­pour. Trois semaines mer­veilleuses! Ils tra­ver­saient des vil­lages pavoi­sés pour l’arrivée des pèle­rins, comme s’il s’était agi de l’arrivée d’un roi. À chaque étape où ils s’arrêtaient, c’était la fête, le bruit, les rires! Enfin, l’enchantement de Pand­har­pour : «Adieu, adieu, Pand­har­pour!», dit Tou­kâ-râm (psaume XXIV). «Les pèle­rins se mettent en voie. Ils marchent dans le sou­ve­nir des céré­mo­nies qu’ils ont vues. Paroles dites ou enten­dues ont gra­vé l’amour en leur cœur. Ils vont, par­mi les ban­nières ocres, les cym­bales et les tam­bours. Ils se racontent leur bon­heur.» Mais tout ce bon­heur s’évanouit le jour où le père de Tou­kâ-râm mou­rut. Plus de jeux, plus de prières! Un cau­che­mar de sou­cis s’abattit sur les épaules de Tou­kâ-râm, qui devint, à quinze ans, bou­ti­quier à son tour. Et voi­ci que sur­vint une année de grande famine. L’épouse qu’il avait prise entre-temps, mou­rut en gémis­sant : «Du pain, du pain!» (psaume II). Ce mal­heur le cou­vrit de honte : «La vie», dit-il, «me devint insup­por­table; mon com­merce péri­cli­tait sous mes yeux… Je déci­dai alors de suivre mon ancien pen­chant [pour les dévo­tions]. À la fête du onzième jour***, je me mis à chan­ter l’office; mon esprit, sans pra­tique, était gauche. J’appris par cœur, dans la confiance et le res­pect, cer­taines paroles des saints; quand ils enton­naient un psaume, je repre­nais après eux le refrain : la foi puri­fia mon esprit». Peu à peu on vint l’écouter. Les dis­ciples se firent de plus en plus nom­breux autour de lui. Mais il dut faire face, en même temps, à une sourde oppo­si­tion du milieu brah­ma­nique, qui voyait d’un mau­vais œil l’ascension de ce pay­san illet­tré. L’orage écla­ta le jour où une brah­mane vint deman­der à Tou­kâ-râm de lui accor­der l’initiation. Les auto­ri­tés furent aler­tées, et des sanc­tions — ordon­nées. Tou­kâ-râm s’y sou­mit : entou­ré de ses dis­ciples en larmes, il des­cen­dit près de l’eau et lan­ça, comme requis, les cahiers de ses «Psaumes» dans la rivière. Puis, il s’assit sur le bord et entra en médi­ta­tion. Pen­dant treize jours, il res­ta sans man­ger, plon­gé dans une prière intense. Enfin, il dit : «Depuis treize jours je jeûne, et Toi, [mon Dieu], Tu n’es pas encore venu!… Je vais détruire ma vie, [mon Dieu]. Me voi­ci main­te­nant à bout… Je pars noyer mon souffle dans la Can­drabhâ­ga****» (psaume L). À ces mots, les cahiers repa­rurent à la sur­face, et la rivière les dépo­sa, intacts, aux pieds du dévot pleu­rant de joie. Désor­mais, l’opposition se tut.

* En marathe तुकाराम. Par­fois trans­crit Too­ka­ram, Tukâ Râma ou Tuka­ram. Haut

** En marathe «अभंग». Par­fois trans­crit «Abhan­ga» ou «Abhaṃg». Lit­té­ra­le­ment «Vers inin­ter­rom­pus». Haut

*** La «fête du onzième jour» est celle du dieu Viṭ­ho­bâ (विठोबा), dont le prin­ci­pal sanc­tuaire est à Pand­har­pour. Haut

**** La Can­drabhâ­ga (चंद्रभाग) est une rivière de l’Inde et du Pakis­tan. Elle prend sa source dans deux tor­rents de l’Himalaya (Can­dra et Bhâ­ga) qui se réunissent à Tan­di. Elle cor­res­pond à l’actuelle Che­nab. «En te plon­geant dans la rivière Can­drabhâ­ga, tous tes péchés se dis­sou­dront aus­si­tôt», dit Nâm-dev («Psaumes du tailleur», psaume «Com­ment sor­tir du cycle des nais­sances»). Haut

Vâlmîki, «Le Rāmāyaṇa»

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Ency­clo­pé­die de la Pléiade, Paris

Il s’agit du «Râmâyaṇa»* de Vâl­mî­ki**. Le «Râmâyaṇa» res­semble à un de ces grands monu­ments où toute une nation se recon­naît et s’admire avec com­plai­sance, et qui excitent la curio­si­té des autres peuples. Toute l’Inde se recon­naît et s’admire dans cette monu­men­tale «Iliade» de vingt-quatre mille ver­sets, dont l’Homère s’appelle Vâl­mî­ki; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poé­sie indienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère indien que sur l’Homère grec; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier mil­lé­naire av. J.-C.). Dans le cha­pitre I.2, il est racon­té que c’est Brah­mâ lui-même, le créa­teur des mondes, qui a inci­té Vâl­mî­ki à écrire cette épo­pée, en pro­met­tant au poète que «tant qu’il y aura sur terre des mon­tagnes et des rivières, l’histoire du “Râmâyaṇa” cir­cu­le­ra dans les mondes». La pro­messe a été tenue. Les éloges dithy­ram­biques de Miche­let, les pages enthou­siastes de Laprade attestent l’émotion qui sai­sit aujourd’hui encore les esprits culti­vés en pré­sence de ce chef-d’œuvre : «L’année… où j’ai pu lire le grand poème sacré de l’Inde, le divin “Râmâyaṇa”… me res­te­ra chère et bénie… “La réci­ta­tion d’un seul vers de ce poème suf­fit à laver de ses fautes même celui qui en com­met chaque jour”***… Notre péché per­ma­nent, la lie, le levain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poé­sie l’emporte et nous puri­fie. Qui­conque a séché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râmâyaṇa”… Qui­conque a trop fait, trop vou­lu, qu’il boive à cette coupe pro­fonde un long trait de vie, de jeu­nesse», dit Miche­let****. C’est que, dans tout le cours de cette épo­pée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme pro­vi­soires : homme, ani­mal, plante, rien de défi­ni­tif, rien d’immuable. De là ce res­pect et cette crainte reli­gieuse de la nature, qui four­nissent à la poé­sie de Vâl­mî­ki des détails si tou­chants; de là aus­si ces médi­ta­tions rêveuses, ces pein­tures de la vie ascé­tique, enfin ces dis­ser­ta­tions phi­lo­so­phiques, qui tiennent non moins de place que les com­bats. Celle-ci par exemple : «La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y oppo­ser? Les hommes se réjouissent quand le soleil se lève, ils se réjouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heu­reux de voir com­men­cer une sai­son nou­velle, comme si c’était un renou­veau : mais le retour des sai­sons ne fait qu’épuiser la vigueur des créa­tures»*****. Quelle gran­deur dans ces ver­sets pleins de mélan­co­lie!

* En sans­crit «रामायण». «Râmâyaṇa» signi­fie «La Marche de Râma». Autre­fois tra­duit «La Râmaïde». Haut

** En sans­crit वाल्मीकि. Haut

*** «Râmâyaṇa», ch. VII.111. Haut

**** «Bible de l’humanité. Tome I», p. 1-2. Haut

***** «Râmâyaṇa», ch. II.105. Haut

Kabîr, «Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes»

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Jayadeva, «“Gita govinda”, Le Chant du berger : poème»

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans «Théo­lo­gie hin­doue» (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du «Gîta govin­da»*Le Chant du bou­vier»), pièce à la fois chan­tée et dan­sée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jaya­de­va**, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des légendes. On raconte qu’à la mort de ses parents, le poète se mit en route vers le temple de Jagan­nâ­tha avec l’intention d’y ado­rer Kṛṣṇa. En che­min, cepen­dant, il tom­ba d’inanition, acca­blé par la cha­leur du soleil. Un bou­vier, qui gar­dait son trou­peau aux alen­tours, l’aperçut et vint le secou­rir en lui offrant du lait caillé. Lorsque Jaya­de­va arri­va enfin au temple, quelle ne fut pas sa sur­prise quand il vit, à la place de la sta­tue de Jagan­nâ­tha, le jeune homme qu’il venait de quit­ter! Com­pre­nant à l’instant que son sau­veur était en réa­li­té Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du «Gîta govin­da». On pré­tend éga­le­ment que le poète hési­tait un jour à écrire un vers sus­cep­tible de cri­tique, et avant de prendre une déci­sion, il pré­pa­ra la page, puis des­cen­dit se bai­gner à la rivière. Pen­dant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jaya­de­va, écri­vit sur la page le vers qui avait embar­ras­sé Jaya­de­va, lais­sa le car­net ouvert et se reti­ra. Lorsque Jaya­de­va revint et qu’il vit cela, il fut éton­né et inter­ro­gea sa femme à ce sujet. Elle lui dit : «Vous êtes reve­nu et avez écrit ce vers : quel autre que vous aurait tou­ché à votre car­net?»*** Jaya­de­va, très tou­ché par cet évé­ne­ment, alla dans la forêt, où il vit un arbre éton­nant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du «Gîta govin­da».

* En sans­crit «गीत गोविन्द». Autre­fois trans­crit «Geet govin­da», «Gee­ta govin­da», «Gita­go­win­da», «Ghi­ta govin­da» ou «Guî­ta govin­da». Haut

** En sans­crit जयदेव. Autre­fois trans­crit Jai­dev, Jaya­dev, Dscha­ja­de­vas ou Djaya­dé­va. Haut

*** Dans Gar­cin de Tas­sy, «His­toire de la lit­té­ra­ture hin­doui et hin­dous­ta­ni, 2e édi­tion. Tome II», p. 72. Haut