Aller au contenu

Mot-clefpolitique et littérature

sujet

Hugo, «Quatre-vingt-treize»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Quatre-vingt-treize» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «L’Homme qui rit. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Homme qui rit» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «L’Homme qui rit. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Homme qui rit» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Châtiments»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Châ­ti­ments» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Saadi, «Le “Boustan”, ou Verger : poème persan»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Bous­tan»*Le Ver­ger») de Saa­di**, le prince des mora­listes per­sans, l’écrivain de l’Orient qui s’accorde le mieux, je crois, avec les goûts de la vieille Europe par son inal­té­rable bon sens, par la finesse et la faci­li­té élé­gante qui carac­té­risent toute son œuvre, par la sagesse indul­gente avec laquelle il raille les tra­vers des hommes et blâme dou­ce­ment leurs folies. Saa­di naquit à Chi­raz l’an 1184 apr. J.-C. Il per­dit ses parents de bonne heure et les pleu­ra digne­ment, à en juger par ce qu’il dit sur les orphe­lins, qui lui ins­pi­rèrent quelques-uns de ses accents les plus émus : «Étends ton ombre tuté­laire sur la tête de l’orphelin… arrache l’épine qui le blesse. Ne connais-tu pas l’étendue de son mal­heur? L’arbrisseau arra­ché de ses racines peut-il encore se cou­vrir de feuillage? Quand tu vois un orphe­lin bais­ser tris­te­ment la tête… ne laisse pas cou­ler ses larmes; ce sont des larmes qui font trem­bler le trône de Dieu. Sèche avec bon­té ses yeux humides, essuie pieu­se­ment la pous­sière qui ter­nit son visage. Il a per­du l’ombre qui pro­té­geait sa tête»***. L’orphelin Saa­di par­tit pour Bag­dad, où il sui­vit les cours de Soh­ra­ver­di, cheikh non moins célèbre par ses ten­dances mys­tiques que par son éru­di­tion : «Ce cheikh véné­ré, mon guide spi­ri­tuel… pas­sait la nuit en orai­son et dès l’aube il ser­rait soi­gneu­se­ment son tapis de prière (sans l’étaler aux regards)… Je me sou­viens que la pen­sée ter­ri­fiante de l’enfer avait tenu éveillé ce saint homme pen­dant une nuit entière; le jour venu, je l’entendis qui mur­mu­rait ces mots : “Que ne m’est-il per­mis d’occuper à moi seul tout l’enfer, afin qu’il n’y ait plus de place pour d’autres dam­nés que moi!”»**** Ce fut peu de temps après avoir ter­mi­né ses études que Saa­di com­men­ça cette vie de voyages qui était une sorte d’initiation impo­sée aux dis­ciples spi­ri­tuels du sou­fisme. La faci­li­té avec laquelle les adeptes de cette doc­trine allaient d’un bout à l’autre du monde musul­man, la curio­si­té natu­relle à son jeune âge, le peu de sûre­té de son pays natal, toutes ces causes déter­mi­nèrent Saa­di à s’éloigner de la Perse pen­dant de longues années. Il par­cou­rut l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Inde; il éprou­va les nom­breux avan­tages des voyages qui «réjouissent l’esprit, pro­curent des pro­fits, font voir des mer­veilles, entendre des choses sin­gu­lières, par­cou­rir du pays, conver­ser avec des amis, acqué­rir des digni­tés et de bonnes manières… C’est ain­si que les sou­fis ont dit : “Tant que tu restes comme un otage dans ta bou­tique ou ta mai­son, jamais, ô homme vain, tu ne seras un homme. Pars et par­cours le monde avant le jour fatal où tu le quit­te­ras”»*****.

* En per­san «بوستان». Par­fois trans­crit «Boos­tan», «Bus­tân» ou «Bos­tan». Haut

** En per­san سعدی. Par­fois trans­crit Sa’dy, Sah­dy, Sadi ou Sa‘di. Haut

*** «Le “Bous­tan”, ou Ver­ger», p. 100. Haut

**** id. p. 107. Haut

***** «“Gulis­tan”, le Jar­din des roses», p. 81. Haut

Saadi, «“Gulistan”, le Jardin des roses»

éd. Seghers, Paris

éd. Seghers, Paris

Il s’agit du «Gulis­tan»*Le Jar­din des roses») de Saa­di**, le prince des mora­listes per­sans, l’écrivain de l’Orient qui s’accorde le mieux, je crois, avec les goûts de la vieille Europe par son inal­té­rable bon sens, par la finesse et la faci­li­té élé­gante qui carac­té­risent toute son œuvre, par la sagesse indul­gente avec laquelle il raille les tra­vers des hommes et blâme dou­ce­ment leurs folies. Saa­di naquit à Chi­raz l’an 1184 apr. J.-C. Il per­dit ses parents de bonne heure et les pleu­ra digne­ment, à en juger par ce qu’il dit sur les orphe­lins, qui lui ins­pi­rèrent quelques-uns de ses accents les plus émus : «Étends ton ombre tuté­laire sur la tête de l’orphelin… arrache l’épine qui le blesse. Ne connais-tu pas l’étendue de son mal­heur? L’arbrisseau arra­ché de ses racines peut-il encore se cou­vrir de feuillage? Quand tu vois un orphe­lin bais­ser tris­te­ment la tête… ne laisse pas cou­ler ses larmes; ce sont des larmes qui font trem­bler le trône de Dieu. Sèche avec bon­té ses yeux humides, essuie pieu­se­ment la pous­sière qui ter­nit son visage. Il a per­du l’ombre qui pro­té­geait sa tête»***. L’orphelin Saa­di par­tit pour Bag­dad, où il sui­vit les cours de Soh­ra­ver­di, cheikh non moins célèbre par ses ten­dances mys­tiques que par son éru­di­tion : «Ce cheikh véné­ré, mon guide spi­ri­tuel… pas­sait la nuit en orai­son et dès l’aube il ser­rait soi­gneu­se­ment son tapis de prière (sans l’étaler aux regards)… Je me sou­viens que la pen­sée ter­ri­fiante de l’enfer avait tenu éveillé ce saint homme pen­dant une nuit entière; le jour venu, je l’entendis qui mur­mu­rait ces mots : “Que ne m’est-il per­mis d’occuper à moi seul tout l’enfer, afin qu’il n’y ait plus de place pour d’autres dam­nés que moi!”»**** Ce fut peu de temps après avoir ter­mi­né ses études que Saa­di com­men­ça cette vie de voyages qui était une sorte d’initiation impo­sée aux dis­ciples spi­ri­tuels du sou­fisme. La faci­li­té avec laquelle les adeptes de cette doc­trine allaient d’un bout à l’autre du monde musul­man, la curio­si­té natu­relle à son jeune âge, le peu de sûre­té de son pays natal, toutes ces causes déter­mi­nèrent Saa­di à s’éloigner de la Perse pen­dant de longues années. Il par­cou­rut l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Inde; il éprou­va les nom­breux avan­tages des voyages qui «réjouissent l’esprit, pro­curent des pro­fits, font voir des mer­veilles, entendre des choses sin­gu­lières, par­cou­rir du pays, conver­ser avec des amis, acqué­rir des digni­tés et de bonnes manières… C’est ain­si que les sou­fis ont dit : “Tant que tu restes comme un otage dans ta bou­tique ou ta mai­son, jamais, ô homme vain, tu ne seras un homme. Pars et par­cours le monde avant le jour fatal où tu le quit­te­ras”»*****.

* En per­san «گلستان». Par­fois trans­crit «Golis­tan», «Gules­tan» ou «Goles­tân». Haut

** En per­san سعدی. Par­fois trans­crit Sa’dy, Sah­dy, Sadi ou Sa‘di. Haut

*** «Le “Bous­tan”, ou Ver­ger», p. 100. Haut

**** id. p. 107. Haut

***** «“Gulis­tan”, le Jar­din des roses», p. 81. Haut

«Le Dit des Heiké : le cycle épique des Taïra et des Minamoto»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit des Hei­ké» («Heike mono­ga­ta­ri»*). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intes­tines et de guerres achar­nées qui culmi­nèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani**, dans laquelle les Tai­ra, pro­tec­teurs du jeune Empe­reur et maîtres de Kyô­to et du Japon de l’Ouest, furent vain­cus par les Mina­mo­to, tenants du Japon orien­tal. L’incidence de ce branle-bas fut sen­sible dans le domaine lit­té­raire. Alors que l’époque pré­cé­dente, rela­ti­ve­ment pai­sible, avait vu se déve­lop­per le genre des dits cour­tois, ce furent les dits guer­riers ou «gun­ki mono­ga­ta­ri»*** qui vinrent à éclo­sion dans ces années trou­blées. Rédi­gés d’après des tra­di­tions orales, ces dits guer­riers furent réci­tés sur les mar­chés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croi­se­ments des che­mins par des «biwa-hôshi»**** — des aveugles qui por­taient l’habit des moines («hôshi») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes («biwa»*****). Ces aveugles por­taient la robe mona­cale, parce qu’ils étaient sans doute sous la pro­tec­tion des temples et des grandes bon­ze­ries. Du reste, la chro­nique qu’ils réci­taient avait pour but non pas tant de conser­ver le sou­ve­nir des héros, comme l’épopée euro­péenne, mais d’exprimer la vani­té des splen­deurs ter­restres et le néant de la gloire; et au lieu de chan­ter «les armes et l’homme», elle rap­pe­lait dès la pre­mière ligne «l’impermanence de toutes choses». «[Cette chro­nique a] pu jouer une fonc­tion rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les com­bats. Mais il s’agit aus­si de cher­cher un sens aux évé­ne­ments chao­tiques qui ont mis fin à l’ordre ancien», disent des orien­ta­listes

* En japo­nais «平家物語». Haut

** En japo­nais 一ノ谷の戦い. Haut

*** En japo­nais 軍記物語. Haut

**** En japo­nais 琵琶法師. Haut

***** «Né dans le royaume de Perse et ses régions limi­trophes, le “biwa” s’est dif­fu­sé en Asie orien­tale le long de la Route de la soie. Per­fec­tion­né en Chine, il est par­ve­nu dans l’archipel japo­nais vers le VIIIe siècle apr. J.-C.», dit M. Hyô­dô Hiro­mi (dans «De l’épopée au Japon», p. 55-56). Haut

Ovide, «Les Élégies d’Ovide, pendant son exil. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Tristes»* d’Ovide**. En l’an 8 apr. J.-C., alors que sa car­rière parais­sait plus assu­rée et plus confor­table que jamais, Ovide fut exi­lé à Tomes***, sur la mer Noire, à l’extrême limite de l’Empire. Quelle fut la cause de son exil, et quelle rai­son eut l’Empereur Auguste de pri­ver Rome et sa Cour d’un si grand poète, pour le confi­ner dans les terres bar­bares? C’est ce que l’on ignore, et ce qu’apparemment on igno­re­ra tou­jours. «Sa faute capi­tale fut d’avoir été témoin de quelque action secrète qui inté­res­sait la répu­ta­tion de l’Empereur, ou plu­tôt de quelque per­sonne qui lui était bien chère : c’est… sur quoi nos savants… qui veulent à quelque prix que ce soit devi­ner une énigme de dix-sept siècles, se trouvent fort par­ta­gés», explique le père Jean-Marin de Ker­vil­lars****. Mais lais­sons de côté les hypo­thèses innom­brables et inutiles. Il suf­fit de savoir que, dans ses mal­heurs, Ovide ne trou­va pas d’autre res­source que sa poé­sie, et qu’il l’employa tout entière à flé­chir la colère de l’Empereur : «On ne peut man­quer d’avoir de l’indulgence pour mes écrits», écrit notre poète*****, «quand on sau­ra que c’est pré­ci­sé­ment dans le temps de mon exil et au milieu de la bar­ba­rie qu’ils ont été faits. L’on s’étonnera même que, par­mi tant d’adversités, j’aie pu tra­cer un seul vers de ma main… Je n’ai point ici de livres qui puissent rani­mer ma verve et me nour­rir au tra­vail : au lieu de livres, je ne vois que des arcs tou­jours ban­dés; et je n’entends que le bruit des armes qui reten­tit de toutes parts… Ô prince le plus doux et le plus humain qui soit au monde…! Sans le mal­heur qui m’est arri­vé sur la fin de mes jours, l’honneur de votre estime m’aurait mis à cou­vert de tous les mau­vais bruits. Oui, c’est la fin de ma vie qui m’a per­du; une seule bour­rasque a sub­mer­gé ma barque échap­pée tant de fois du nau­frage. Et ce n’est pas seule­ment quelques gouttes d’eau qui ont rejailli sur moi; tous les flots de la mer et l’océan tout entier sont venus fondre sur une seule tête et m’ont englou­ti». Il est éton­nant que les cri­tiques n’aient pas fait de ces pages poi­gnantes le cas qu’elles méritent. Aux prières adres­sées à un pou­voir impla­cable, Ovide mêle la lamen­ta­tion d’un homme per­du loin des siens, loin d’une civi­li­sa­tion dont il était naguère le plus brillant repré­sen­tant. Iti­né­raire du sou­ve­nir, de la nos­tal­gie, des heures vides, son che­mi­ne­ment tou­che­ra tous ceux que l’effet de la for­tune ou les vicis­si­tudes de la guerre auront arra­chés à leur patrie.

* En latin «Tris­tia» ou «Tris­tium libri». Haut

** En latin Publius Ovi­dius Naso. Haut

*** Aujourd’hui Constanța, en Rou­ma­nie. Haut

**** «Tome I», p. X. Haut

***** id. p. 273-275 & 107 & 115. Haut

«Le Dit de Hôgen • Le Dit de Heiji : le cycle épique des Taïra et des Minamoto»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit de Hôgen» («Hôgen mono­ga­ta­ri»*) et du «Dit de Hei­ji» («Hei­ji mono­ga­ta­ri»**). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intes­tines et de guerres achar­nées qui culmi­nèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani***, dans laquelle les Tai­ra, pro­tec­teurs du jeune Empe­reur et maîtres de Kyô­to et du Japon de l’Ouest, furent vain­cus par les Mina­mo­to, tenants du Japon orien­tal. L’incidence de ce branle-bas fut sen­sible dans le domaine lit­té­raire. Alors que l’époque pré­cé­dente, rela­ti­ve­ment pai­sible, avait vu se déve­lop­per le genre des dits cour­tois, ce furent les dits guer­riers ou «gun­ki mono­ga­ta­ri»**** qui vinrent à éclo­sion dans ces années trou­blées. Rédi­gés d’après des tra­di­tions orales, ces dits guer­riers furent réci­tés sur les mar­chés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croi­se­ments des che­mins par des «biwa-hôshi»***** — des aveugles qui por­taient l’habit des moines («hôshi») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes («biwa»******). Ces aveugles por­taient la robe mona­cale, parce qu’ils étaient sans doute sous la pro­tec­tion des temples et des grandes bon­ze­ries. Du reste, la chro­nique qu’ils réci­taient avait pour but non pas tant de conser­ver le sou­ve­nir des héros, comme l’épopée euro­péenne, mais d’exprimer la vani­té des splen­deurs ter­restres et le néant de la gloire; et au lieu de chan­ter «les armes et l’homme», elle rap­pe­lait dès la pre­mière ligne «l’impermanence de toutes choses». «[Cette chro­nique a] pu jouer une fonc­tion rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les com­bats. Mais il s’agit aus­si de cher­cher un sens aux évé­ne­ments chao­tiques qui ont mis fin à l’ordre ancien», disent des orien­ta­listes

* En japo­nais «保元物語». Autre­fois trans­crit «Hôghenn mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «平治物語». Autre­fois trans­crit «Heïd­ji mono­ga­ta­ri». Haut

*** En japo­nais 一ノ谷の戦い. Haut

**** En japo­nais 軍記物語. Haut

***** En japo­nais 琵琶法師. Haut

****** «Né dans le royaume de Perse et ses régions limi­trophes, le “biwa” s’est dif­fu­sé en Asie orien­tale le long de la Route de la soie. Per­fec­tion­né en Chine, il est par­ve­nu dans l’archipel japo­nais vers le VIIIe siècle apr. J.-C.», dit M. Hyô­dô Hiro­mi (dans «De l’épopée au Japon», p. 55-56). Haut