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Mizubayashi, «Une Langue venue d’ailleurs»

éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

Il s’agit d’«Une Langue venue d’ailleurs» de M. Aki­ra Mizu­baya­shi, un Japo­nais d’expression fran­çaise (XXIe siècle). À l’âge de dix-huit ans, raconte M. Mizu­baya­shi, les écrits intimes de M. Ari­ma­sa Mori pro­vo­quèrent chez lui «un bou­le­ver­se­ment, un séisme inté­rieur d’une force inéga­lée»* et l’orientèrent d’une façon déci­sive vers le fran­çais et la culture qui en est indis­so­ciable. M. Mori avait été le pre­mier qui avait vu, dans cette langue et cette culture, une retraite pro­vi­soire où chaque Japo­nais pou­vait pui­ser des forces nou­velles pour faire adve­nir un jour un État meilleur; le pre­mier qui avait fait le vœu solen­nel de refaire sa vie, de recom­men­cer de zéro, en s’appropriant entiè­re­ment cette civi­li­sa­tion fran­çaise qui n’était pas la sienne, mais qu’il véné­rait. Dans «Babi­ron no nagare no hoto­ri nite»**, sous-titré en fran­çais «Sur les fleuves de Baby­lone», M. Mori avait écrit : «Je dois avan­cer dans l’effort d’appropriation hum­ble­ment, petit à petit, même si j’ai à peine le niveau d’un petit éco­lier ou d’un gamin d’école mater­nelle. Que les paroles pro­duites dans et à tra­vers la langue fran­çaise finissent par deve­nir équi­va­lentes à la chose, tel est pour moi l’objectif à atteindre. C’est seule­ment à ce moment-là que le fond des choses se révé­le­ra sous un nou­veau jour, s’incarnera dans une nou­velle vie; un monde nou­veau poin­dra. Si je réus­sis à éprou­ver, un tant soit peu, ce sen­ti­ment-là, c’est gagné! Pour le reste, je dois apprendre comme un enfant». Ain­si donc, devant l’exigence de la langue fran­çaise, qui lui appa­rais­sait comme un moyen d’atteindre «le fond des choses», M. Mori avait accep­té — acte inouï pour un intel­lec­tuel for­mé au Japon et ensei­gnant à la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té de Tôkyô — de tout réap­prendre et de se recon­naître dans la figure sidé­rante d’«un petit éco­lier». M. Mizu­baya­shi fut frap­pé comme par la foudre par ce texte. À peine avait-il lu le pas­sage dont j’ai extrait les lignes pré­cé­dentes, qu’il crut y entendre un appel à naître à «une nou­velle vie» par l’apprentissage du fran­çais; à pen­ser autre­ment son rap­port à l’autre, au monde; à s’arracher à sa langue natale, aux codes du confor­misme, de la sou­mis­sion, du res­pect impo­sé qu’elle véhi­cu­lait; à goû­ter au plai­sir de la liber­té : «Le texte de Mori me deman­dait, depuis la hau­teur insoup­çon­née d’un dis­cours phi­lo­so­phique et sur un ton aus­tère défiant toute atti­tude vel­léi­taire, si j’étais prêt à me lan­cer dans une telle aven­ture…; à m’offrir le luxe ou le risque d’une deuxième nais­sance, d’une seconde vie impure, hybride, sans doute plus longue, plus aléa­toire, plus expo­sée à des ébran­le­ments impré­vi­sibles, plus obs­ti­né­ment ques­tion­neuse que la pre­mière — [auto­suf­fi­sante], peu­plée de cer­ti­tudes, ten­dan­ciel­le­ment repliée sur elle-même et, par cela même, par­fois infa­tuée d’elle-même. Ma réponse fut, sans une seconde d’hésitation, oui!»

* «Une Langue venue d’ailleurs», p. 28. Haut

** En japo­nais «バビロンの流れのほとりにて», inédit en fran­çais. Haut

Mizubayashi, «Un Amour de “Mille-ans” : roman»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit d’«Un Amour de “Mille-ans”» de M. Aki­ra Mizu­baya­shi, un Japo­nais d’expression fran­çaise (XXIe siècle). À l’âge de dix-huit ans, raconte M. Mizu­baya­shi, les écrits intimes de M. Ari­ma­sa Mori pro­vo­quèrent chez lui «un bou­le­ver­se­ment, un séisme inté­rieur d’une force inéga­lée»* et l’orientèrent d’une façon déci­sive vers le fran­çais et la culture qui en est indis­so­ciable. M. Mori avait été le pre­mier qui avait vu, dans cette langue et cette culture, une retraite pro­vi­soire où chaque Japo­nais pou­vait pui­ser des forces nou­velles pour faire adve­nir un jour un État meilleur; le pre­mier qui avait fait le vœu solen­nel de refaire sa vie, de recom­men­cer de zéro, en s’appropriant entiè­re­ment cette civi­li­sa­tion fran­çaise qui n’était pas la sienne, mais qu’il véné­rait. Dans «Babi­ron no nagare no hoto­ri nite»**, sous-titré en fran­çais «Sur les fleuves de Baby­lone», M. Mori avait écrit : «Je dois avan­cer dans l’effort d’appropriation hum­ble­ment, petit à petit, même si j’ai à peine le niveau d’un petit éco­lier ou d’un gamin d’école mater­nelle. Que les paroles pro­duites dans et à tra­vers la langue fran­çaise finissent par deve­nir équi­va­lentes à la chose, tel est pour moi l’objectif à atteindre. C’est seule­ment à ce moment-là que le fond des choses se révé­le­ra sous un nou­veau jour, s’incarnera dans une nou­velle vie; un monde nou­veau poin­dra. Si je réus­sis à éprou­ver, un tant soit peu, ce sen­ti­ment-là, c’est gagné! Pour le reste, je dois apprendre comme un enfant». Ain­si donc, devant l’exigence de la langue fran­çaise, qui lui appa­rais­sait comme un moyen d’atteindre «le fond des choses», M. Mori avait accep­té — acte inouï pour un intel­lec­tuel for­mé au Japon et ensei­gnant à la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té de Tôkyô — de tout réap­prendre et de se recon­naître dans la figure sidé­rante d’«un petit éco­lier». M. Mizu­baya­shi fut frap­pé comme par la foudre par ce texte. À peine avait-il lu le pas­sage dont j’ai extrait les lignes pré­cé­dentes, qu’il crut y entendre un appel à naître à «une nou­velle vie» par l’apprentissage du fran­çais; à pen­ser autre­ment son rap­port à l’autre, au monde; à s’arracher à sa langue natale, aux codes du confor­misme, de la sou­mis­sion, du res­pect impo­sé qu’elle véhi­cu­lait; à goû­ter au plai­sir de la liber­té : «Le texte de Mori me deman­dait, depuis la hau­teur insoup­çon­née d’un dis­cours phi­lo­so­phique et sur un ton aus­tère défiant toute atti­tude vel­léi­taire, si j’étais prêt à me lan­cer dans une telle aven­ture…; à m’offrir le luxe ou le risque d’une deuxième nais­sance, d’une seconde vie impure, hybride, sans doute plus longue, plus aléa­toire, plus expo­sée à des ébran­le­ments impré­vi­sibles, plus obs­ti­né­ment ques­tion­neuse que la pre­mière — [auto­suf­fi­sante], peu­plée de cer­ti­tudes, ten­dan­ciel­le­ment repliée sur elle-même et, par cela même, par­fois infa­tuée d’elle-même. Ma réponse fut, sans une seconde d’hésitation, oui!»

* «Une Langue venue d’ailleurs», p. 28. Haut

** En japo­nais «バビロンの流れのほとりにて», inédit en fran­çais. Haut

Mizubayashi, «L’Île du bonheur entre le français et le japonais»

dans « L’Atelier du roman », nº 71, p. 186-196

dans «L’Atelier du roman», no 71, p. 186-196

Il s’agit de «L’Île du bon­heur entre le fran­çais et le japo­nais» de M. Aki­ra Mizu­baya­shi, un Japo­nais d’expression fran­çaise (XXIe siècle). À l’âge de dix-huit ans, raconte M. Mizu­baya­shi, les écrits intimes de M. Ari­ma­sa Mori pro­vo­quèrent chez lui «un bou­le­ver­se­ment, un séisme inté­rieur d’une force inéga­lée»* et l’orientèrent d’une façon déci­sive vers le fran­çais et la culture qui en est indis­so­ciable. M. Mori avait été le pre­mier qui avait vu, dans cette langue et cette culture, une retraite pro­vi­soire où chaque Japo­nais pou­vait pui­ser des forces nou­velles pour faire adve­nir un jour un État meilleur; le pre­mier qui avait fait le vœu solen­nel de refaire sa vie, de recom­men­cer de zéro, en s’appropriant entiè­re­ment cette civi­li­sa­tion fran­çaise qui n’était pas la sienne, mais qu’il véné­rait. Dans «Babi­ron no nagare no hoto­ri nite»**, sous-titré en fran­çais «Sur les fleuves de Baby­lone», M. Mori avait écrit : «Je dois avan­cer dans l’effort d’appropriation hum­ble­ment, petit à petit, même si j’ai à peine le niveau d’un petit éco­lier ou d’un gamin d’école mater­nelle. Que les paroles pro­duites dans et à tra­vers la langue fran­çaise finissent par deve­nir équi­va­lentes à la chose, tel est pour moi l’objectif à atteindre. C’est seule­ment à ce moment-là que le fond des choses se révé­le­ra sous un nou­veau jour, s’incarnera dans une nou­velle vie; un monde nou­veau poin­dra. Si je réus­sis à éprou­ver, un tant soit peu, ce sen­ti­ment-là, c’est gagné! Pour le reste, je dois apprendre comme un enfant». Ain­si donc, devant l’exigence de la langue fran­çaise, qui lui appa­rais­sait comme un moyen d’atteindre «le fond des choses», M. Mori avait accep­té — acte inouï pour un intel­lec­tuel for­mé au Japon et ensei­gnant à la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té de Tôkyô — de tout réap­prendre et de se recon­naître dans la figure sidé­rante d’«un petit éco­lier». M. Mizu­baya­shi fut frap­pé comme par la foudre par ce texte. À peine avait-il lu le pas­sage dont j’ai extrait les lignes pré­cé­dentes, qu’il crut y entendre un appel à naître à «une nou­velle vie» par l’apprentissage du fran­çais; à pen­ser autre­ment son rap­port à l’autre, au monde; à s’arracher à sa langue natale, aux codes du confor­misme, de la sou­mis­sion, du res­pect impo­sé qu’elle véhi­cu­lait; à goû­ter au plai­sir de la liber­té : «Le texte de Mori me deman­dait, depuis la hau­teur insoup­çon­née d’un dis­cours phi­lo­so­phique et sur un ton aus­tère défiant toute atti­tude vel­léi­taire, si j’étais prêt à me lan­cer dans une telle aven­ture…; à m’offrir le luxe ou le risque d’une deuxième nais­sance, d’une seconde vie impure, hybride, sans doute plus longue, plus aléa­toire, plus expo­sée à des ébran­le­ments impré­vi­sibles, plus obs­ti­né­ment ques­tion­neuse que la pre­mière — [auto­suf­fi­sante], peu­plée de cer­ti­tudes, ten­dan­ciel­le­ment repliée sur elle-même et, par cela même, par­fois infa­tuée d’elle-même. Ma réponse fut, sans une seconde d’hésitation, oui!»

* «Une Langue venue d’ailleurs», p. 28. Haut

** En japo­nais «バビロンの流れのほとりにて», inédit en fran­çais. Haut

Mizubayashi, «Mélodie : chronique d’une passion»

éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

Il s’agit de «Mélo­die : chro­nique d’une pas­sion» de M. Aki­ra Mizu­baya­shi, un Japo­nais d’expression fran­çaise (XXIe siècle). À l’âge de dix-huit ans, raconte M. Mizu­baya­shi, les écrits intimes de M. Ari­ma­sa Mori pro­vo­quèrent chez lui «un bou­le­ver­se­ment, un séisme inté­rieur d’une force inéga­lée»* et l’orientèrent d’une façon déci­sive vers le fran­çais et la culture qui en est indis­so­ciable. M. Mori avait été le pre­mier qui avait vu, dans cette langue et cette culture, une retraite pro­vi­soire où chaque Japo­nais pou­vait pui­ser des forces nou­velles pour faire adve­nir un jour un État meilleur; le pre­mier qui avait fait le vœu solen­nel de refaire sa vie, de recom­men­cer de zéro, en s’appropriant entiè­re­ment cette civi­li­sa­tion fran­çaise qui n’était pas la sienne, mais qu’il véné­rait. Dans «Babi­ron no nagare no hoto­ri nite»**, sous-titré en fran­çais «Sur les fleuves de Baby­lone», M. Mori avait écrit : «Je dois avan­cer dans l’effort d’appropriation hum­ble­ment, petit à petit, même si j’ai à peine le niveau d’un petit éco­lier ou d’un gamin d’école mater­nelle. Que les paroles pro­duites dans et à tra­vers la langue fran­çaise finissent par deve­nir équi­va­lentes à la chose, tel est pour moi l’objectif à atteindre. C’est seule­ment à ce moment-là que le fond des choses se révé­le­ra sous un nou­veau jour, s’incarnera dans une nou­velle vie; un monde nou­veau poin­dra. Si je réus­sis à éprou­ver, un tant soit peu, ce sen­ti­ment-là, c’est gagné! Pour le reste, je dois apprendre comme un enfant». Ain­si donc, devant l’exigence de la langue fran­çaise, qui lui appa­rais­sait comme un moyen d’atteindre «le fond des choses», M. Mori avait accep­té — acte inouï pour un intel­lec­tuel for­mé au Japon et ensei­gnant à la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té de Tôkyô — de tout réap­prendre et de se recon­naître dans la figure sidé­rante d’«un petit éco­lier». M. Mizu­baya­shi fut frap­pé comme par la foudre par ce texte. À peine avait-il lu le pas­sage dont j’ai extrait les lignes pré­cé­dentes, qu’il crut y entendre un appel à naître à «une nou­velle vie» par l’apprentissage du fran­çais; à pen­ser autre­ment son rap­port à l’autre, au monde; à s’arracher à sa langue natale, aux codes du confor­misme, de la sou­mis­sion, du res­pect impo­sé qu’elle véhi­cu­lait; à goû­ter au plai­sir de la liber­té : «Le texte de Mori me deman­dait, depuis la hau­teur insoup­çon­née d’un dis­cours phi­lo­so­phique et sur un ton aus­tère défiant toute atti­tude vel­léi­taire, si j’étais prêt à me lan­cer dans une telle aven­ture…; à m’offrir le luxe ou le risque d’une deuxième nais­sance, d’une seconde vie impure, hybride, sans doute plus longue, plus aléa­toire, plus expo­sée à des ébran­le­ments impré­vi­sibles, plus obs­ti­né­ment ques­tion­neuse que la pre­mière — [auto­suf­fi­sante], peu­plée de cer­ti­tudes, ten­dan­ciel­le­ment repliée sur elle-même et, par cela même, par­fois infa­tuée d’elle-même. Ma réponse fut, sans une seconde d’hésitation, oui!»

* «Une Langue venue d’ailleurs», p. 28. Haut

** En japo­nais «バビロンの流れのほとりにて», inédit en fran­çais. Haut

Malot, «Le Docteur Claude. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Doc­teur Claude» d’Hector Malot, roman­cier fran­çais (XIXe siècle), dont la grande mal­chance fut d’avoir sur­gi entre Bal­zac et Zola, deux génies qui firent de l’ombre au sien. «Mais par la puis­sance de son obser­va­tion, par sa com­pré­hen­sion de la vie, ses lumi­neuses et fécondes idées d’équité, de véri­té et d’humanité, par l’habile enchaî­ne­ment de ses récits… il est leur égal à tous deux», dit une jour­na­liste*, «et la pos­té­ri­té — si elle est juste et si elle en a le loi­sir — le met­tra à sa véri­table place, sur le même som­met qu’occupent l’historien de la “Comé­die humaine” et celui des “Rou­gon-Mac­quart”. Et puis, quel ferme et superbe carac­tère que Malot! Quel dés­in­té­res­se­ment!» Malot naquit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était notaire, le des­ti­nait à la même car­rière. C’est miracle que les manuels de juris­pru­dence qu’il fai­sait ava­ler à son fils ne l’aient pas à jamais dégoû­té de la lec­ture. Heu­reu­se­ment, dans un gre­nier de la mai­son, jetés en tas, se trou­vaient de vieux clas­siques, qu’avait relé­gués là leur cou­ver­ture usée : le «Roland furieux» de l’Arioste; le «Gil Blas» de Lesage; un Molière com­plet; un tome de Racine. Et ceux-là, un jour que Malot en avait ouvert un au hasard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des manuels de juris­pru­dence. «Com­bien d’heures», dit-il**, «ils m’ont fait pas­ser sous l’ardoise sur­chauf­fée ou gla­cée, char­mé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination allu­mée par une étin­celle qui ne s’est pas éteinte! Sans eux, aurais-je jamais fait des romans? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont don­né l’idée d’en écrire pour ceux qui pou­vaient souf­frir, comme je l’avais souf­fert moi-même, le sup­plice des livres ennuyeux.»

* Séve­rine (pseu­do­nyme de Caro­line Rémy) dans Cim, «Le Dîner des gens de lettres», p. 23. Haut

** «Le Roman de mes romans», p. 24-25. Haut

Malot, «Le Docteur Claude. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Doc­teur Claude» d’Hector Malot, roman­cier fran­çais (XIXe siècle), dont la grande mal­chance fut d’avoir sur­gi entre Bal­zac et Zola, deux génies qui firent de l’ombre au sien. «Mais par la puis­sance de son obser­va­tion, par sa com­pré­hen­sion de la vie, ses lumi­neuses et fécondes idées d’équité, de véri­té et d’humanité, par l’habile enchaî­ne­ment de ses récits… il est leur égal à tous deux», dit une jour­na­liste*, «et la pos­té­ri­té — si elle est juste et si elle en a le loi­sir — le met­tra à sa véri­table place, sur le même som­met qu’occupent l’historien de la “Comé­die humaine” et celui des “Rou­gon-Mac­quart”. Et puis, quel ferme et superbe carac­tère que Malot! Quel dés­in­té­res­se­ment!» Malot naquit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était notaire, le des­ti­nait à la même car­rière. C’est miracle que les manuels de juris­pru­dence qu’il fai­sait ava­ler à son fils ne l’aient pas à jamais dégoû­té de la lec­ture. Heu­reu­se­ment, dans un gre­nier de la mai­son, jetés en tas, se trou­vaient de vieux clas­siques, qu’avait relé­gués là leur cou­ver­ture usée : le «Roland furieux» de l’Arioste; le «Gil Blas» de Lesage; un Molière com­plet; un tome de Racine. Et ceux-là, un jour que Malot en avait ouvert un au hasard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des manuels de juris­pru­dence. «Com­bien d’heures», dit-il**, «ils m’ont fait pas­ser sous l’ardoise sur­chauf­fée ou gla­cée, char­mé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination allu­mée par une étin­celle qui ne s’est pas éteinte! Sans eux, aurais-je jamais fait des romans? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont don­né l’idée d’en écrire pour ceux qui pou­vaient souf­frir, comme je l’avais souf­fert moi-même, le sup­plice des livres ennuyeux.»

* Séve­rine (pseu­do­nyme de Caro­line Rémy) dans Cim, «Le Dîner des gens de lettres», p. 23. Haut

** «Le Roman de mes romans», p. 24-25. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XIII. Lettres 1907-2092 (20 août 1752-30 décembre 1753)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XII. Lettres 1723-1906 (20 juin 1751-18 août 1752)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XI. Lettres 1570-1722 (2 juillet 1750-19 juin 1751)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome X. Lettres 1391-1569 (26 avril 1749-2 juillet 1750)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome IX. Lettres 1217-1390 (11 mars 1748-25 avril 1749)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VIII. Lettres 1026-1216 (19 juillet 1746-11 octobre 1747)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VII. Lettres 897-1025 (11 septembre 1745-17 juillet 1746)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut