Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

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« Écrits de Maître Wen, [ou] Livre de la pénétration du mystère »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit de la version moderne du « Classique de la pénétration du mystère » * (« Tongxuan zhenjing » **), plus connu sous le titre de « Wen-zi » ***, ouvrage attribué au philosophe taoïste du même nom qui l’aurait composé pour éclaircir les enseignements de son maître Lao-tseu. En effet, beaucoup de passages débutent par « Lao-tseu dit » et se veulent être un commentaire de ses théories, mais un commentaire qui en fournirait l’application pratique. Pourtant, si l’on excepte les dernières décennies, le « Wen-zi » n’a jamais vraiment retenu l’attention des lettrés chinois, qui élevaient des doutes sur son authenticité. Les Anciens n’ont légué à son sujet qu’une courte notice bibliographique (Ier siècle av. J.-C.) décrivant l’ouvrage comme des dialogues entre Wen-zi (Maître Wen), disciple immédiat de Lao-tseu, et le roi Ping. Or, le seul monarque suffisamment connu à avoir porté ce nom étant Ping des Zhou ****, qui vécut deux siècles avant (!) Lao-tseu, on a dès le départ suspecté le « Wen-zi » de prétendre être plus ancien qu’il ne l’était. De plus, la version première, présentée dans la notice, s’était perdue sous la dynastie des Han. Une version moderne parut par la suite, mais elle ne représentait pas dans son intégrité l’œuvre originale. Seul son cinquième chapitre, intitulé « La Voie et la Vertu », était rédigé sous forme de dialogues. Tout le reste montrait un caractère composite et copiait ou imitait des passages entiers du « Huainan zi » ou d’autres livres qui, réunis dans le sien, grinçaient les uns contre les autres comme des dents ébréchées. « Un faux a donné naissance à un autre faux », concluait un lettré chinois *****. Or, voici qu’en 1973 on découvrit à Dingzhou ****** dans une tombe royale scellée en 55 av. J.-C. deux cent soixante-dix-sept tiges de bambou portant des bribes de la version ancienne du « Wen-zi ». Un incendie, provoqué par des pilleurs de tombe, les avait calcinées à demi, et leur état laissait si fort à désirer qu’il fallut plus de vingt ans de travail à l’équipe chargée de leur déchiffrement pour que parût la transcription. Le « Wen-zi » sur tiges de bambou, loin de faire avancer la question de l’authenticité de l’œuvre, n’a fait que l’obscurcir davantage. Nous sommes en présence de deux versions distinctes, rédigées par des auteurs différents, à des époques éloignées l’une de l’autre. Lisez la suite›

* Autrefois traduit « “King” approfondissant l’origine des choses ».

** En chinois « 通玄真經 ». Autrefois transcrit « Toung-youèn tchin king », « T’ong-yuen-tchin-king » ou « T’ung hsüan chen ching ».

*** En chinois « 文子 ». Autrefois transcrit « Wen-tze », « Wen-tzu » ou « Wen-tseu ».

**** En chinois 周平王.

***** Liang Qichao (梁啟超).

****** En chinois 定州. Anciennement Dingxian (定縣).

Manilius, « Astronomicon. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de Marcus Manilius, auteur latin (Ier siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.), autant poète qu’astronome ou astrologue, et dont l’œuvre décrit le monde comme une immense machine dont Dieu est la Raison suprême et le grand horloger. La vie de Manilius paraît avoir été celle d’un savant enthousiaste, mais retiré, parce qu’aucune source antique ne nous parle de lui. Quintillien, qui mentionne un grand nombre d’écrivains, ne dit rien sur notre savant, qui leur est pourtant supérieur. On a prétendu, d’après quelques tournures insolites qu’on ne trouve pas aisément chez des auteurs du même siècle, qu’il était un étranger. Cependant faut-il s’étonner que, traitant un sujet neuf et inhabituel, il ait employé des formes également inhabituelles ? Manilius le sentait lui-même et il s’en excuse dès les premières lignes de son poème : « Je serai », dit-il, « le premier des Romains qui ferai entendre sur l’Hélicon ces nouveaux concerts ». Il vivait, en tout cas, sous le règne d’Auguste, parce qu’il s’adresse à cet Empereur comme à un personnage contemporain. Et puis, dans un passage du livre I *, il fait allusion à la défaite de Varus ** comme à un événement tout récent. Or, elle survint en 9 apr. J.-C. Manilius a laissé à la postérité un unique poème intitulé « Astronomiques » (« Astronomicon » ***) et qui est intéressant à plus d’un titre. Il touche, à vrai dire, bien plus à l’astrologie qu’à l’astronomie, parce que, des cinq livres qu’il contient, le premier seulement se rapporte à la sphéricité de la Terre, à la division du ciel, aux comètes ; les quatre autres sont purement astrologiques et sont une sorte de traité complet de l’horoscope. Lisez la suite›

* v. 898-901.

** À Teutobourg, en Germanie.

*** Calqué sur le grec « Astronomikôn » (« Ἀστρονομικῶν »).

Manilius, « Astronomicon. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de Marcus Manilius, auteur latin (Ier siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.), autant poète qu’astronome ou astrologue, et dont l’œuvre décrit le monde comme une immense machine dont Dieu est la Raison suprême et le grand horloger. La vie de Manilius paraît avoir été celle d’un savant enthousiaste, mais retiré, parce qu’aucune source antique ne nous parle de lui. Quintillien, qui mentionne un grand nombre d’écrivains, ne dit rien sur notre savant, qui leur est pourtant supérieur. On a prétendu, d’après quelques tournures insolites qu’on ne trouve pas aisément chez des auteurs du même siècle, qu’il était un étranger. Cependant faut-il s’étonner que, traitant un sujet neuf et inhabituel, il ait employé des formes également inhabituelles ? Manilius le sentait lui-même et il s’en excuse dès les premières lignes de son poème : « Je serai », dit-il, « le premier des Romains qui ferai entendre sur l’Hélicon ces nouveaux concerts ». Il vivait, en tout cas, sous le règne d’Auguste, parce qu’il s’adresse à cet Empereur comme à un personnage contemporain. Et puis, dans un passage du livre I *, il fait allusion à la défaite de Varus ** comme à un événement tout récent. Or, elle survint en 9 apr. J.-C. Manilius a laissé à la postérité un unique poème intitulé « Astronomiques » (« Astronomicon » ***) et qui est intéressant à plus d’un titre. Il touche, à vrai dire, bien plus à l’astrologie qu’à l’astronomie, parce que, des cinq livres qu’il contient, le premier seulement se rapporte à la sphéricité de la Terre, à la division du ciel, aux comètes ; les quatre autres sont purement astrologiques et sont une sorte de traité complet de l’horoscope. Lisez la suite›

* v. 898-901.

** À Teutobourg, en Germanie.

*** Calqué sur le grec « Astronomikôn » (« Ἀστρονομικῶν »).

Chalcondyle, « L’Histoire de la décadence de l’Empire grec et établissement de celui des Turcs »

XVIᵉ siècle

XVIe siècle

Il s’agit de Laonic Chalcondyle, Athénien du XVe siècle apr. J.-C. qui a écrit en dix livres « L’Histoire de la décadence de l’Empire grec et établissement de celui des Turcs ». J’adopte la manière la plus commune d’orthographier son nom en français, qui est de supprimer une des syllabes pour éviter le redoublement, écrivant Chalcondyle au lieu de Chalcocondyle *. Quant à son prénom de Laonic **, quelques-uns préfèrent le changer en celui de Nicolas, dont il est, en effet, le verlan. Quoi qu’il en soit, « L’Histoire » de Chalcondyle parle avec étendue des guerres des Grecs et autres chrétiens contre les Turcs ; elle commence vers l’an 1300 (date depuis laquelle les affaires des Grecs allèrent toujours de mal en pis) jusqu’à leur destruction et ruine finale par Mehmed II, qui prit Constantinople en l’an 1453. Chassé de sa patrie par ces funestes événements, Chalcondyle a évoqué, mieux qu’aucun autre avant lui, les souffrances de sa Grèce natale et a ainsi rappelé vers l’Orient l’attention de l’Europe oublieuse et indifférente. La douleur qu’il ressent d’être exilé, ne le rend pas injuste pour autant. Il fait preuve d’une grande objectivité à l’égard des Turcs ; il vante leurs qualités et leur rigoureuse discipline, qu’il oppose aux discordes et aux vices de ses compatriotes. Par ailleurs, malgré l’inaction de l’Europe, il montre une sincère estime pour les États qui témoignent du moins quelque sympathie à la cause grecque, surtout pour la France qui, tant de fois, prit l’initiative des croisades. Écoutons-le épuiser toutes les formules d’une vive admiration pour le nom français : « Je dirai… ceci des Français », dit-il, « que c’est une nation très noble et fort ancienne ; riche, opulente et de grand pouvoir. Et d’autant qu’[en] toutes ces choses ils surmontent et passent de bien loin tous les autres peuples de l’Occident, aussi… c’est à eux [que], de droit, l’autorité souveraine et l’administration de l’Empire romain doit appartenir ». Et aussi : « On sait assez que cette nation est fort ancienne sur toutes [les] autres, et qu’elle s’est davantage acquis une très grande et magnifique gloire pour avoir, tant de fois, vaincu et rembarré les barbares qui étaient sortis de l’Afrique, durant même que *** l’Empire romain était comme annexé et héréditaire à [sa] couronne ». Lisez la suite›

* En grec Χαλκοκονδύλης. Parfois transcrit Chalcondile, Chalcocondyle, Chalcocondyles ou Chalkokondylès.

** En grec Λαόνικος. Parfois transcrit Laonice, Laonique, Laonikos, Laonicos ou Laonicus.

*** « Durant même que » signifie « au moment même où, dans le même temps que ».

« Quatre Sagas légendaires d’Islande »

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

Il s’agit de la « Saga d’Egil le Manchot et d’Asmund Tueur-de-guerriers-fauves » (« Egils Saga einhenda ok Ásmundar berserkjabana ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« La Saga des Sturlungar »

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du nord-Racines, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du nord-Racines, Paris

Il s’agit de la « Saga des Sturlungar » (« Sturlunga Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Vikings de Jómsborg, “Jómsvíkinga Saga” »

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

Il s’agit des « Vikings de Jómsborg » (« Jómsvíkinga Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« La Saga [des Völsungar :] Sigurðr ou la parole donnée »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

Il s’agit de la « Saga des Völsungar » (« Völsunga Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« La Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent • La Saga de Hallfredr le Scalde difficile »

éd. Joseph K., Nantes

éd. Joseph K., Nantes

Il s’agit de la « Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent » (« Gunnlaugs Saga ormstungu ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Deux Sagas islandaises légendaires »

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

Il s’agit de la « Saga de Gautrekr » (« Gautreks Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« La Saga des Orcadiens, “Orkneyinga Saga” »

éd. Aubier, Paris

éd. Aubier, Paris

Il s’agit de la « Saga des Orcadiens » (« Orkneyinga Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Saga de Hrólfr kraki, “Hrólfs Saga kraka” »

éd. Anacharsis, Toulouse

éd. Anacharsis, Toulouse

Il s’agit de la « Saga de Hrólfr kraki » (« Hrólfs Saga kraka ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Les Sagas miniatures, “Þættir” »

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

Il s’agit du « Dit d’Ormr fils de Stórólfr » (« Orms Þáttr Stórólfssonar ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« La Saga de Thorir aux Poules, “Hœnsa-Þóris Saga” »

éd. du Porte-glaive, coll. Lumière du septentrion-Islande, Paris

éd. du Porte-glaive, coll. Lumière du septentrion-Islande, Paris

Il s’agit de la « Saga de Thorir aux Poules » (« Hænsa-Þóris Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Saga d’Oddr aux Flèches • Saga de Ketill le Saumon • Saga de Grímr à la Joue velue »

éd. Anacharsis, coll. Famagouste, Toulouse

éd. Anacharsis, coll. Famagouste, Toulouse

Il s’agit de la « Saga d’Oddr aux Flèches » (« Örvar-Odds Saga ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

« Sagas islandaises »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de la « Saga d’Eiríkr le Rouge » (« Eiríks Saga rauða ») et autres sagas islandaises. Durant le siècle et demi de leur rédaction, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur intensité dramatique, par leur style ramassé et presque bourru, par leur réalisme dur, tempéré d’héroïsme et d’exemples de vertu, comme la lecture favorite des hommes du Nord et comme le fleuron de l’art narratif européen. Le mot « saga » vient du verbe « segja » (« dire », « raconter »), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, « sige » ; suédois, « säga » ; allemand, « sagen » ; néerlandais, « zeggen » ; anglais, « say ». On aurait tort cependant d’attribuer à la Scandinavie entière la paternité de ce genre qui, à une ou deux exceptions près, est typiquement et exclusivement islandais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spécialistes. Il n’est donc pas étonnant que le vulgaire regarde les habitants de cette île lointaine presque avec dédain. Il les considère comme des demi-barbares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misérables sauvages nous ont donné l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civilisations nordiques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civilisations est surnommée « le vieil islandais », cela lui paraît un paradoxe. Mais rétablissons la vérité ! L’Islande, découverte en 874 apr. J.-C., fut peuplée par les Norvégiens à partir de 930. Quel était le nombre des colons ? C’est ce que rien n’indique. On sait seulement que, parmi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comptait une majorité de familles nobles et puissantes, qui fuyaient le despotisme de Harald Ier * : « Vers la fin de la vie de Ketill », dit un saga **, « s’éleva la puissance du roi Harald à la Belle Chevelure, si bien qu’aucun [seigneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne prospérait dans le pays si le roi ne disposait à lui seul de [toutes les] prérogatives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haraldr lui destinait le même lot qu’aux autres puissants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des informations véridiques sur la haine que nous voue le roi Haraldr… ; j’ai l’impression que l’on nous donne à choisir entre deux choses : fuir le pays ou être tués chacun chez soi” ». Tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à travers les flots chercher une heureuse « terre de glace » où il n’y avait encore ni autorité, ni monarque ; où chaque chef de famille pouvait régner en liberté dans sa demeure, sans avoir peur du roi : « Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les acheter… ; on y prenait du saumon et d’autres poissons à longueur d’année », ajoute le même saga. Les émigrations devinrent en peu de temps si fréquentes et si nombreuses, que Harald Ier, craignant de voir la Norvège se dépeupler, imposa un tribut à tous ceux qui la quitteraient et parfois s’empara de leurs biens. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Haraldur et Haraldr.

** « Saga des gens du Val-au-Saumon ».

Rutilius Namatianus, « Sur son retour »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit du poème latin « Sur son retour, ou Itinéraire » (« De reditu suo, sive Itinerarium ») de Claudius Rutilius Namatianus *. Tout ce qu’on sait de l’auteur nous vient de son poème. Originaire de la Gaule, d’un milieu de grands propriétaires de la Narbonnaise, tous représentants de la haute aristocratie, il fut nommé chef des services de la police (« magister officiorum »), puis préfet de Rome en 414 apr. J.-C. Le début de « Sur son retour » exprime de façon inoubliable l’attachement à la fois intellectuel et affectif qu’inspirait à ce fonctionnaire la grandeur de Rome, au moment même où elle allait être foulée aux pieds des barbares. Qui ne se rappelle, parmi ceux qui l’ont lu, son éloge plein d’amour pour cette Cité éternelle ; plein de tendresse pour cette reine vénérable ; plein de regret pour cet astre sur le point de s’éclipser ? « Écoute », dit-il **, « ô reine si belle d’un monde qui t’appartient, ô Rome, admise parmi les astres du ciel !… Illustre par des guerres justes et une paix sans insolence, ta gloire t’a portée au faîte de la puissance… Le regard… est brouillé par l’éclat de tes temples ; ainsi doivent être, je pense, les demeures des Dieux… » Mais, quelque agrément qu’il trouvât dans la capitale du monde, Rutilius Namatianus la quitta en 417 apr. J.-C. pour voler au secours de sa Gaule natale, et tâcher de réparer par sa présence et son autorité les maux que les barbares venaient d’y causer : « Ma fortune », dit-il ***, « m’arrache à [la Ville] aimée et, enfant de la Gaule, les campagnes gauloises me rappellent. Elles sont, certes, fort enlaidies par de longues guerres ; mais, moins elles sont avenantes, plus elles sont à plaindre ». Ce voyage lui inspira le poème qui a sauvé son nom de l’oubli. Rutilius Namatianus y décrit ce qu’il voit ; et ses descriptions sont fort touchantes, surtout lorsqu’il parle du délabrement de la latinité. La vue des vestiges ; des remparts effondrés ; des monuments ensevelis sous de vastes décombres, lui suggère cette pensée : « Ne nous indignons pas si les corps des mortels ont une fin : des exemples nous montrent que les villes peuvent mourir ! » (« Non indignemur mortalia corpora solvi : cernimus exemplis oppida posse mori ! »). Ce cri de douleur du noble Romain qui sent tout chanceler autour de lui a quelque chose de sublime. Il est dommage que son poème ne soit pas parvenu en entier. Nous n’en avons que le livre I (644 vers) et le début du livre II (68 vers), ainsi que deux passages mutilés découverts en 1973. La fin est perdue. Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Numantianus et Numatianus.

** liv. I, v. 47-96.

*** liv. I, v. 19-24.

« Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII »

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apocryphes qu’on appelle « Oracles sibyllins » (« Sibylliakoi Chrêsmoi » *) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chrétiens pour pasticher les « Livres sibyllins » des païens. La sibylle était une femme inspirée, qui entrait en extase et qui annonçait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écrivait ses prophéties sur des feuilles volantes qu’elle plaçait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consulter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait laissées, avant qu’elles fussent dispersées par les quatre vents. Le premier témoignage la concernant est celui d’Héraclite qui dit : « La sibylle, ni souriante, ni fardée, ni parfumée, de sa bouche délirante se faisant entendre, franchit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On localisait de façon variée cette devineresse idéale, cette incarnation surhumaine, presque dégagée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arriva à en compter plusieurs : la sibylle phrygienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les historiens, l’une d’entre elles vint à Rome et proposa à Tarquin le Superbe de lui vendre neuf « Livres » de prophéties qu’elle lui assura être authentiques ; Tarquin lui en demanda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle radotait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et proposa à Tarquin les six autres pour le même prix. Tarquin la crut encore plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla encore trois autres, sans baisser le prix, ce procédé parut si extraordinaire à Tarquin, qu’il accepta. Quel était le contenu de ces « Livres sibyllins » ? On n’a jamais cessé à Rome de garder là-dessus un secret absolu, en considération du danger qu’il aurait pu y avoir à interpréter les oracles de façon arbitraire, et on a toujours réservé aux moments d’urgence nationale la consultation de ces « Livres ». Deux magistrats appelés « duumviri sacris faciundis » avaient pour charge d’en dégager le sens et les conséquences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en présentait et à condition que le Sénat l’ordonnât. Autrement, il ne leur était pas permis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trouvaient encore à Rome, et le crédit dont ils jouissaient ne paraissait pas devoir faiblir de sitôt, lorsque Stilicon, cédant à la propagande chrétienne, ordonna leur destruction. Il faut laisser parler le poète Rutilius Namatianus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le forfait du sinistre Stilicon », dit Rutilius Namatianus **, « car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brûlant les oracles secourables de la sibylle [et en] détruisant le gage irrévocable de la domination éternelle [de Rome] ». Lisez la suite›

* En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ».

** « Sur son retour », liv. II, v. 41-60.

« Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V »

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apocryphes qu’on appelle « Oracles sibyllins » (« Sibylliakoi Chrêsmoi » *) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chrétiens pour pasticher les « Livres sibyllins » des païens. La sibylle était une femme inspirée, qui entrait en extase et qui annonçait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écrivait ses prophéties sur des feuilles volantes qu’elle plaçait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consulter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait laissées, avant qu’elles fussent dispersées par les quatre vents. Le premier témoignage la concernant est celui d’Héraclite qui dit : « La sibylle, ni souriante, ni fardée, ni parfumée, de sa bouche délirante se faisant entendre, franchit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On localisait de façon variée cette devineresse idéale, cette incarnation surhumaine, presque dégagée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arriva à en compter plusieurs : la sibylle phrygienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les historiens, l’une d’entre elles vint à Rome et proposa à Tarquin le Superbe de lui vendre neuf « Livres » de prophéties qu’elle lui assura être authentiques ; Tarquin lui en demanda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle radotait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et proposa à Tarquin les six autres pour le même prix. Tarquin la crut encore plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla encore trois autres, sans baisser le prix, ce procédé parut si extraordinaire à Tarquin, qu’il accepta. Quel était le contenu de ces « Livres sibyllins » ? On n’a jamais cessé à Rome de garder là-dessus un secret absolu, en considération du danger qu’il aurait pu y avoir à interpréter les oracles de façon arbitraire, et on a toujours réservé aux moments d’urgence nationale la consultation de ces « Livres ». Deux magistrats appelés « duumviri sacris faciundis » avaient pour charge d’en dégager le sens et les conséquences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en présentait et à condition que le Sénat l’ordonnât. Autrement, il ne leur était pas permis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trouvaient encore à Rome, et le crédit dont ils jouissaient ne paraissait pas devoir faiblir de sitôt, lorsque Stilicon, cédant à la propagande chrétienne, ordonna leur destruction. Il faut laisser parler le poète Rutilius Namatianus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le forfait du sinistre Stilicon », dit Rutilius Namatianus **, « car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brûlant les oracles secourables de la sibylle [et en] détruisant le gage irrévocable de la domination éternelle [de Rome] ». Lisez la suite›

* En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ».

** « Sur son retour », liv. II, v. 41-60.

Eunape, « Vies de philosophes et de sophistes. Tome II »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit des « Vies de philosophes et de sophistes » (« Bioi philosophôn kai sophistôn » *) d’Eunape de Sardes **, biographe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Oriental, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût sous l’Empire romain d’Orient, il ne se considérait ni comme sujet de l’Empire, ni encore moins comme chrétien ; car il fut élevé dans la religion païenne et dans le polythéisme traditionnel des Hellènes. Tous les penseurs qui feront plus tard l’objet de ses « Vies » seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une religion et à une tradition expirantes. Eunape eut pour premier maître le philosophe Chrysanthe, son compatriote et son parent par alliance ***. Il apprit auprès de lui aussi bien les œuvres des poètes que celles des philosophes ou des orateurs. À quinze ans, il fit le voyage obligé de tout intellectuel d’alors à Athènes. Arrivé malade et fiévreux, il reçut une hospitalité très généreuse dans la maison de Prohérésius, sophiste d’origine arménienne, qui le soigna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affection et une admiration qu’il consignera plus tard dans ses « Vies ». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rappelé à Sardes par un ordre familial : « une école de sophistique m’était offerte », dit-il ****, « tous m’appelaient dans cette intention ». Rentré dans sa ville natale, il y retrouva son premier maître, Chrysanthe ; et bien qu’il eût à enseigner les matières sophistiques à ses propres élèves durant la matinée, il courait dès le début de l’après-midi chez Chrysanthe, pour discuter à ses côtés des doctrines plus hautes et plus divines de la philosophie, lors de promenades très longues, mais très profitables : « On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensorcelé par ses exposés », dit-il *****. C’est probablement au cours d’une de ces promenades que Chrysanthe instigua Eunape à composer une œuvre en l’honneur des philosophes, des médecins et des sophistes célèbres dont il était le contemporain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est parvenue en entier. Grosse de vingt-deux notices biographiques, elle parle non des doctrines de ces divers personnages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véritable intérêt que par les indices qu’ils fournissent, quelquefois très vagues, d’autres fois plus précis, sur le caractère des temps et des hommes auxquels ils se rapportent : « Dans ces biographies il faut distinguer deux parties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tradition ; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les premiers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plotin ; il y en a un peu plus sur Porphyre ; un peu plus encore sur Jamblique ; mais ensuite, les biographies deviennent plus étendues », explique Victor Cousin. Lisez la suite›

* En grec « Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν ».

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autrefois transcrit Eunapius de Sardes.

*** « Chrysanthe avait une épouse du nom de Mélitè qu’il admirait plus que tout ; elle était ma cousine », dit Eunape (VII, 48).

**** X, 87.

***** XXIII, 32.

Eunape, « Vies de philosophes et de sophistes. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit des « Vies de philosophes et de sophistes » (« Bioi philosophôn kai sophistôn » *) d’Eunape de Sardes **, biographe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Oriental, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût sous l’Empire romain d’Orient, il ne se considérait ni comme sujet de l’Empire, ni encore moins comme chrétien ; car il fut élevé dans la religion païenne et dans le polythéisme traditionnel des Hellènes. Tous les penseurs qui feront plus tard l’objet de ses « Vies » seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une religion et à une tradition expirantes. Eunape eut pour premier maître le philosophe Chrysanthe, son compatriote et son parent par alliance ***. Il apprit auprès de lui aussi bien les œuvres des poètes que celles des philosophes ou des orateurs. À quinze ans, il fit le voyage obligé de tout intellectuel d’alors à Athènes. Arrivé malade et fiévreux, il reçut une hospitalité très généreuse dans la maison de Prohérésius, sophiste d’origine arménienne, qui le soigna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affection et une admiration qu’il consignera plus tard dans ses « Vies ». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rappelé à Sardes par un ordre familial : « une école de sophistique m’était offerte », dit-il ****, « tous m’appelaient dans cette intention ». Rentré dans sa ville natale, il y retrouva son premier maître, Chrysanthe ; et bien qu’il eût à enseigner les matières sophistiques à ses propres élèves durant la matinée, il courait dès le début de l’après-midi chez Chrysanthe, pour discuter à ses côtés des doctrines plus hautes et plus divines de la philosophie, lors de promenades très longues, mais très profitables : « On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensorcelé par ses exposés », dit-il *****. C’est probablement au cours d’une de ces promenades que Chrysanthe instigua Eunape à composer une œuvre en l’honneur des philosophes, des médecins et des sophistes célèbres dont il était le contemporain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est parvenue en entier. Grosse de vingt-deux notices biographiques, elle parle non des doctrines de ces divers personnages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véritable intérêt que par les indices qu’ils fournissent, quelquefois très vagues, d’autres fois plus précis, sur le caractère des temps et des hommes auxquels ils se rapportent : « Dans ces biographies il faut distinguer deux parties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tradition ; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les premiers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plotin ; il y en a un peu plus sur Porphyre ; un peu plus encore sur Jamblique ; mais ensuite, les biographies deviennent plus étendues », explique Victor Cousin. Lisez la suite›

* En grec « Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν ».

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autrefois transcrit Eunapius de Sardes.

*** « Chrysanthe avait une épouse du nom de Mélitè qu’il admirait plus que tout ; elle était ma cousine », dit Eunape (VII, 48).

**** X, 87.

***** XXIII, 32.