Mot-cleftanka (littérature)

sujet

Michinaga, « Notes journalières. Tome II »

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

Il s’agit du « Midô kanpakuki »* (« Notes journalières », ou littéralement « Notes du grand chancelier de la chapelle ») de Fujiwara no Michinaga**, ministre qui présida à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). « Cet âge-ci, oui, cet âge est vraiment mien quand je puis penser que rien ne vient diminuer la plénitude de la lune »***. L’auteur de ce poème, Michinaga, présenta pendant toute sa vie le spectacle indescriptible d’un homme béni par la fortune. En étalant avec prodigalité son immense fortune dans des dons fastueux aux monastères, il conserva le pouvoir ministériel sous trois Empereurs avant de le transmettre à ses fils. Sans manifester aucun talent particulier, aucun don remarquable, aucun dessein politique neuf ou original, il releva pourtant les rites et la musique à moitié tombés ; il donna à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes lettrées, quelques bons généraux aussi, et de nombreux prêtres. On le vénéra à l’égal d’un bouddha incarné ; sa splendeur inspira les tout premiers ouvrages d’histoire nationale : l’« Eiga monogatari »**** (« Dit de magnificence ») et l’« Ôkagami »***** (« Grand Miroir »). « C’est autour de [Michinaga] que se développa cette civilisation originale et extrêmement brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui malheureusement a été limitée à une classe particulière, celle des nobles de la Cour, et à une région très restreinte, celle de la capitale et de ses abords immédiats ; l’ensemble du pays, en dehors des monastères provinciaux, restait plongé dans un état semi-barbare et une grande pauvreté ; …le mauvais état des voies de communication, fort peu développées jusqu’à l’époque moderne, empêchait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour », dit Françoise Petit

* En japonais « 御堂関白記 ». Parfois transcrit « Midô kampakuki ». Haut

** En japonais 藤原道長. Autrefois transcrit Foujiwara no Mitchinaga. Haut

*** Michinaga, « Poèmes », p. 114. Haut

**** En japonais « 栄花物語 ». Autrefois transcrit « Eigwa monogatari ». Haut

***** En japonais « 大鏡 ». Autrefois transcrit « Oh-kagami ». Haut

Michinaga, « Notes journalières. Tome I »

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

Il s’agit du « Midô kanpakuki »* (« Notes journalières », ou littéralement « Notes du grand chancelier de la chapelle ») de Fujiwara no Michinaga**, ministre qui présida à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). « Cet âge-ci, oui, cet âge est vraiment mien quand je puis penser que rien ne vient diminuer la plénitude de la lune »***. L’auteur de ce poème, Michinaga, présenta pendant toute sa vie le spectacle indescriptible d’un homme béni par la fortune. En étalant avec prodigalité son immense fortune dans des dons fastueux aux monastères, il conserva le pouvoir ministériel sous trois Empereurs avant de le transmettre à ses fils. Sans manifester aucun talent particulier, aucun don remarquable, aucun dessein politique neuf ou original, il releva pourtant les rites et la musique à moitié tombés ; il donna à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes lettrées, quelques bons généraux aussi, et de nombreux prêtres. On le vénéra à l’égal d’un bouddha incarné ; sa splendeur inspira les tout premiers ouvrages d’histoire nationale : l’« Eiga monogatari »**** (« Dit de magnificence ») et l’« Ôkagami »***** (« Grand Miroir »). « C’est autour de [Michinaga] que se développa cette civilisation originale et extrêmement brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui malheureusement a été limitée à une classe particulière, celle des nobles de la Cour, et à une région très restreinte, celle de la capitale et de ses abords immédiats ; l’ensemble du pays, en dehors des monastères provinciaux, restait plongé dans un état semi-barbare et une grande pauvreté ; …le mauvais état des voies de communication, fort peu développées jusqu’à l’époque moderne, empêchait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour », dit Françoise Petit

* En japonais « 御堂関白記 ». Parfois transcrit « Midô kampakuki ». Haut

** En japonais 藤原道長. Autrefois transcrit Foujiwara no Mitchinaga. Haut

*** Michinaga, « Poèmes », p. 114. Haut

**** En japonais « 栄花物語 ». Autrefois transcrit « Eigwa monogatari ». Haut

***** En japonais « 大鏡 ». Autrefois transcrit « Oh-kagami ». Haut

Michinaga, « Poèmes »

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

Il s’agit des poèmes de Fujiwara no Michinaga*, ministre qui présida à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). « Cet âge-ci, oui, cet âge est vraiment mien quand je puis penser que rien ne vient diminuer la plénitude de la lune »**. L’auteur de ce poème, Michinaga, présenta pendant toute sa vie le spectacle indescriptible d’un homme béni par la fortune. En étalant avec prodigalité son immense fortune dans des dons fastueux aux monastères, il conserva le pouvoir ministériel sous trois Empereurs avant de le transmettre à ses fils. Sans manifester aucun talent particulier, aucun don remarquable, aucun dessein politique neuf ou original, il releva pourtant les rites et la musique à moitié tombés ; il donna à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes lettrées, quelques bons généraux aussi, et de nombreux prêtres. On le vénéra à l’égal d’un bouddha incarné ; sa splendeur inspira les tout premiers ouvrages d’histoire nationale : l’« Eiga monogatari »*** (« Dit de magnificence ») et l’« Ôkagami »**** (« Grand Miroir »). « C’est autour de [Michinaga] que se développa cette civilisation originale et extrêmement brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui malheureusement a été limitée à une classe particulière, celle des nobles de la Cour, et à une région très restreinte, celle de la capitale et de ses abords immédiats ; l’ensemble du pays, en dehors des monastères provinciaux, restait plongé dans un état semi-barbare et une grande pauvreté ; …le mauvais état des voies de communication, fort peu développées jusqu’à l’époque moderne, empêchait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour », dit Françoise Petit

* En japonais 藤原道長. Autrefois transcrit Foujiwara no Mitchinaga. Haut

** p. 114. Haut

*** En japonais « 栄花物語 ». Autrefois transcrit « Eigwa monogatari ». Haut

**** En japonais « 大鏡 ». Autrefois transcrit « Oh-kagami ». Haut

« Man-yôshû. Livres VII, VIII et IX »

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

Il s’agit du « Man-yô-shû »* (« Recueil d’une myriade de feuilles »**), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Man-yô-shû » et le « Kokin-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenus de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres, enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamentés sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent**** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ».

* En japonais « 万葉集 ». Parfois transcrit « Manjóšú », « Manyôśû », « Man-yô-siû », « Man-yo-siou », « Manyoschu », « Manyôshou », « Manyoshiu », « Mannyoshu » ou « Mannyochou ». Haut

** Titre obscur. « Yô » () veut dire « feuille » ou « génération » ; de sorte qu’on peut entendre soit « Recueil de feuilles innombrables », comme celles d’un grand arbre ou d’un grand livre, soit « Recueil de toutes les générations ». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut

« Man-yôshû. Livres IV, V et VI »

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Cergy

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Cergy

Il s’agit du « Man-yô-shû »* (« Recueil d’une myriade de feuilles »**), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Man-yô-shû » et le « Kokin-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenus de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres, enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamentés sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent**** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ».

* En japonais « 万葉集 ». Parfois transcrit « Manjóšú », « Manyôśû », « Man-yô-siû », « Man-yo-siou », « Manyoschu », « Manyôshou », « Manyoshiu », « Mannyoshu » ou « Mannyochou ». Haut

** Titre obscur. « Yô » () veut dire « feuille » ou « génération » ; de sorte qu’on peut entendre soit « Recueil de feuilles innombrables », comme celles d’un grand arbre ou d’un grand livre, soit « Recueil de toutes les générations ». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut

« Le Monument poétique de Heian : le “Kokinshû”. Tome II. Chefs-d’œuvre »

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Kokin-waka-shû »* (« Recueil de poésies de jadis et naguère »), plus connu sous le titre abrégé de « Kokin-shû »** (« Recueil de jadis et naguère »), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Kokin-shû » et le « Man-yô-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenus de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres, enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamentés sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent**** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ».

* En japonais « 古今和歌集 ». Autrefois transcrit « Kokinn Ouaka Chou ». Haut

** En japonais « 古今集 ». Autrefois transcrit « Kokinnchou » ou « Kokinciou ». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut

« Le Monument poétique de Heian : le “Kokinshû”. Tome I. Préface de Ki no Tsurayuki »

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Kokin-waka-shû »* (« Recueil de poésies de jadis et naguère »), plus connu sous le titre abrégé de « Kokin-shû »** (« Recueil de jadis et naguère »), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Kokin-shû » et le « Man-yô-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenus de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres, enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamentés sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent**** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ».

* En japonais « 古今和歌集 ». Autrefois transcrit « Kokinn Ouaka Chou ». Haut

** En japonais « 古今集 ». Autrefois transcrit « Kokinnchou » ou « Kokinciou ». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut

Murasaki-shikibu, « Poèmes »

éd. Publications orientalistes de France, Paris

éd. Publications orientalistes de France, Paris

Il s’agit du « Recueil de Murasaki-shikibu » (« Murasaki-shikibu shû »*). Le chef-d’œuvre de la prose qu’est le « Dit du genji » fait parfois oublier que son auteur était aussi comptée parmi les trente-six « génies de la poésie », autant pour les sept cent quatre-vingt-quatorze poèmes qu’elle attribue aux personnages de son roman, que pour ceux, plus personnels, que contient son « Recueil ».

« Il m’est arrivé parfois de rester assise parmi [les autres dames de la Cour], complètement désemparée. Ce n’est point tant que je craignisse la médisance, mais excédée, je finissais par avoir l’air tout à fait égarée, ce qui fait que l’une après l’autre maintenant me dit : “Vous cachiez bien votre jeu ! Quand tout le monde vous détestait, disant et pensant que vous étiez maniérée, distante, d’un abord peu amène, imbue de vos dits, prétentieuse et férue de poésie… voici qu’on vous trouve étrangement bonne personne, à croire qu’il s’agit de quelqu’un d’autre !” »** Tel est l’un des seuls passages de son « Journal » où la dame Murasaki-shikibu rapporte des propos sur son propre compte. C’est un passage révélateur. « Femme d’une nature renfermée »***, elle était convaincue que les gens ne la comprenaient pas. Elle prenait peu de plaisir au commerce de la société et elle avait la réputation, assez exceptionnelle dans son cercle, d’être prude.

* En japonais « 紫式部集 ». Haut

** « Journal ; traduit du japonais par René Sieffert », p. 101. Haut

*** id. p. 93. Haut

Murasaki-shikibu, « Le Dit du genji. Tome II. Impermanence »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit du genji » (« Genji monogatari »*) de la dame Murasaki-shikibu**, roman qui marque le sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise. « De tous les trésors du Japon, le “Dit du genji” est de loin le plus précieux. »*** On suppose que ce roman monumental fut composé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende associe sa composition au temple d’Ishiyama****, à l’extrémité méridionale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Murasaki-shikibu se retira, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accoudée à sa table, elle contemplait le lac Biwa dont la nappe argentée réfléchissait la lune étincelante et, la sérénité des choses entrant dans son cœur, elle écrivait, d’un pinceau tranquille et inspiré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visitez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous montreront la chambre où le « Dit du genji » fut écrit, et l’encrier même dont la romancière se servit — preuves qui, si elles ne satisfont pas les historiens rigoureux, sont bien suffisantes pour convaincre les visiteurs ordinaires. « Le “Dit du genji” est une chose inexplicable », dit un Empereur japonais*****. « Il ne peut être l’ouvrage d’une personne ordinaire. » Comment, en effet, expliquer ce chef-d’œuvre complexe où, sur un fond d’exquises observations empruntées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les rencontres intimes entre cavaliers et dames, mais aussi les rivages de l’exil ou la paix religieuse d’un ermitage, peuvent offrir de plus charmant à une romancière, on voit se détacher une constellation de quelque trois cents personnages, dont l’unité est assurée par la présence centrale d’un don Juan au cœur sensible — le « genji »****** ? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces personnages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuellement leurs émotions ? Quoi qu’il en soit, convenons avec M. René Sieffert******* « qu’il s’agit là… du roman psychologique le plus étonnant, par sa subtilité et sa pénétration, qui ait jamais été écrit dans aucune langue ».

* En japonais « 源氏物語 ». Autrefois transcrit « Gen-zi mono-gatari », « Ghenzi monogatari », « Guendji monogatari », « Guenji-monogatari », « Ghenndji monoghatari », « Ghenji monogatari » ou « Ghennji monogatari ». Haut

** En japonais 紫式部. Autrefois transcrit Mourasaki Chikibou, Mouraçaki Shikibou ou Mourasaki Sikibou. Haut

*** Ichijô Kaneyoshi, « Kachô yosei » (« Images de fleurs et d’oiseaux »), inédit en français. Haut

**** En japonais 石山寺. Haut

***** L’Empereur Juntoku. Haut

****** « Genji » est un titre honorifique accordé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refusée la qualité d’héritier ou d’héritière. Haut

******* Dans Philippe Pons, « “Le Dit du genji”, un fleuve sans fin : un entretien ». Haut

Murasaki-shikibu, « Le Dit du genji. Tome I. Magnificence »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit du genji » (« Genji monogatari »*) de la dame Murasaki-shikibu**, roman qui marque le sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise. « De tous les trésors du Japon, le “Dit du genji” est de loin le plus précieux. »*** On suppose que ce roman monumental fut composé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende associe sa composition au temple d’Ishiyama****, à l’extrémité méridionale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Murasaki-shikibu se retira, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accoudée à sa table, elle contemplait le lac Biwa dont la nappe argentée réfléchissait la lune étincelante et, la sérénité des choses entrant dans son cœur, elle écrivait, d’un pinceau tranquille et inspiré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visitez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous montreront la chambre où le « Dit du genji » fut écrit, et l’encrier même dont la romancière se servit — preuves qui, si elles ne satisfont pas les historiens rigoureux, sont bien suffisantes pour convaincre les visiteurs ordinaires. « Le “Dit du genji” est une chose inexplicable », dit un Empereur japonais*****. « Il ne peut être l’ouvrage d’une personne ordinaire. » Comment, en effet, expliquer ce chef-d’œuvre complexe où, sur un fond d’exquises observations empruntées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les rencontres intimes entre cavaliers et dames, mais aussi les rivages de l’exil ou la paix religieuse d’un ermitage, peuvent offrir de plus charmant à une romancière, on voit se détacher une constellation de quelque trois cents personnages, dont l’unité est assurée par la présence centrale d’un don Juan au cœur sensible — le « genji »****** ? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces personnages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuellement leurs émotions ? Quoi qu’il en soit, convenons avec M. René Sieffert******* « qu’il s’agit là… du roman psychologique le plus étonnant, par sa subtilité et sa pénétration, qui ait jamais été écrit dans aucune langue ».

* En japonais « 源氏物語 ». Autrefois transcrit « Gen-zi mono-gatari », « Ghenzi monogatari », « Guendji monogatari », « Guenji-monogatari », « Ghenndji monoghatari », « Ghenji monogatari » ou « Ghennji monogatari ». Haut

** En japonais 紫式部. Autrefois transcrit Mourasaki Chikibou, Mouraçaki Shikibou ou Mourasaki Sikibou. Haut

*** Ichijô Kaneyoshi, « Kachô yosei » (« Images de fleurs et d’oiseaux »), inédit en français. Haut

**** En japonais 石山寺. Haut

***** L’Empereur Juntoku. Haut

****** « Genji » est un titre honorifique accordé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refusée la qualité d’héritier ou d’héritière. Haut

******* Dans Philippe Pons, « “Le Dit du genji”, un fleuve sans fin : un entretien ». Haut

« Contes d’Ise, “Ise monogatari” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une traduction de l’« Ise monogatari »* (« Récits d’Ise »). Ce recueil de cent vingt-cinq anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 伊勢物語 ». Autrefois transcrit « Icé monogatari » ou « Içé monogatari ». Haut

** « Préface aux “Contes de Yamato” », p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut

« Contes de Yamato »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit d’une traduction du « Yamato monogatari »* (« Récits de Yamato »). Ce recueil de cent soixante-treize anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert**, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari »*** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ».

* En japonais « 大和物語 ». Haut

** p. 10. Haut

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ». Haut