Mot-clefvoyages

le marquis Costa de Beauregard, « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Mé­langes ti­rés d’un por­te­feuille mi­li­taire » du mar­quis Jo­seph-Henri Costa de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Sa­voie, et sur­tout ami in­time du comte Jo­seph de Maistre. L’amitié des deux hommes da­tait de très loin : ils s’étaient connus à Tu­rin, où l’un était of­fi­cier et l’autre étu­diant. Chaque an­née, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Lé­man, avec ses arbres sé­cu­laires se mi­rant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades in­fi­nies. C’est là que Maistre ve­nait goû­ter ses « plai­sirs d’automne »1. C’est là qu’il « ver­bait » avec le mar­quis et la mar­quise au su­jet de la Ré­pu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment dé­cré­tée, à l’heure où l’Europe en­tière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait de­vant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette fu­neste voi­sine, qui di­vi­sait les meilleurs es­prits du temps ; et tout en se dé­fen­dant d’aimer la France, ils ne sa­vaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre su­jet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il ap­pe­lait « les deux bras » de la na­tion fran­çaise, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son ca­rac­tère »2, main­te­nait et pro­cla­mait la vo­ca­tion de cette na­tion : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née dé­co­rée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en al­lant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes »3 — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses « Consi­dé­ra­tions sur la France » et il je­tait sur le pa­pier les im­pro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un es­prit peut-être in­fé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­déré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses em­por­te­ments ex­ces­sifs. Quant à la mar­quise, elle ap­por­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son ba­billage et de ses di­vi­na­tions po­li­tiques. « Quelles per­sonnes, bon Dieu ! Quelles soi­rées ! Quelles conver­sa­tions ! », se sou­vien­dra Maistre4 avec nos­tal­gie.

  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 92. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome I », p. 24-25. Haut
  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 311. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome XIII », p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Mé­langes ti­rés d’un por­te­feuille mi­li­taire » du mar­quis Jo­seph-Henri Costa de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Sa­voie, et sur­tout ami in­time du comte Jo­seph de Maistre. L’amitié des deux hommes da­tait de très loin : ils s’étaient connus à Tu­rin, où l’un était of­fi­cier et l’autre étu­diant. Chaque an­née, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Lé­man, avec ses arbres sé­cu­laires se mi­rant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades in­fi­nies. C’est là que Maistre ve­nait goû­ter ses « plai­sirs d’automne »1. C’est là qu’il « ver­bait » avec le mar­quis et la mar­quise au su­jet de la Ré­pu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment dé­cré­tée, à l’heure où l’Europe en­tière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait de­vant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette fu­neste voi­sine, qui di­vi­sait les meilleurs es­prits du temps ; et tout en se dé­fen­dant d’aimer la France, ils ne sa­vaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre su­jet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il ap­pe­lait « les deux bras » de la na­tion fran­çaise, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son ca­rac­tère »2, main­te­nait et pro­cla­mait la vo­ca­tion de cette na­tion : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née dé­co­rée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en al­lant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes »3 — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses « Consi­dé­ra­tions sur la France » et il je­tait sur le pa­pier les im­pro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un es­prit peut-être in­fé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­déré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses em­por­te­ments ex­ces­sifs. Quant à la mar­quise, elle ap­por­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son ba­billage et de ses di­vi­na­tions po­li­tiques. « Quelles per­sonnes, bon Dieu ! Quelles soi­rées ! Quelles conver­sa­tions ! », se sou­vien­dra Maistre4 avec nos­tal­gie.

  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 92. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome I », p. 24-25. Haut
  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 311. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome XIII », p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, « Un Homme d’autrefois : souvenirs recueillis par son arrière-petit-fils »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs » du mar­quis Jo­seph-Henri Costa de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Sa­voie, et sur­tout ami in­time du comte Jo­seph de Maistre. L’amitié des deux hommes da­tait de très loin : ils s’étaient connus à Tu­rin, où l’un était of­fi­cier et l’autre étu­diant. Chaque an­née, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Lé­man, avec ses arbres sé­cu­laires se mi­rant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades in­fi­nies. C’est là que Maistre ve­nait goû­ter ses « plai­sirs d’automne »1. C’est là qu’il « ver­bait » avec le mar­quis et la mar­quise au su­jet de la Ré­pu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment dé­cré­tée, à l’heure où l’Europe en­tière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait de­vant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette fu­neste voi­sine, qui di­vi­sait les meilleurs es­prits du temps ; et tout en se dé­fen­dant d’aimer la France, ils ne sa­vaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre su­jet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il ap­pe­lait « les deux bras » de la na­tion fran­çaise, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son ca­rac­tère »2, main­te­nait et pro­cla­mait la vo­ca­tion de cette na­tion : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née dé­co­rée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en al­lant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes »3 — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses « Consi­dé­ra­tions sur la France » et il je­tait sur le pa­pier les im­pro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un es­prit peut-être in­fé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­déré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses em­por­te­ments ex­ces­sifs. Quant à la mar­quise, elle ap­por­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son ba­billage et de ses di­vi­na­tions po­li­tiques. « Quelles per­sonnes, bon Dieu ! Quelles soi­rées ! Quelles conver­sa­tions ! », se sou­vien­dra Maistre4 avec nos­tal­gie.

  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 92. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome I », p. 24-25. Haut
  1. « Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs », p. 311. Haut
  2. « Œuvres com­plètes. Tome XIII », p. 315. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome IV »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « His­toire du Ca­nada » du frère Ga­briel Sa­gard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fi­dè­le­ment dé­crit le quo­ti­dien des In­diens parmi les­quels il vé­cut pen­dant près d’un an, ainsi que l’œuvre di­vine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le re­gard au ciel, il vint s’enfoncer dans les so­li­tudes du Ca­nada. Il en a tiré deux re­la­tions : « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons » et « His­toire du Ca­nada », qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou ré­duites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sa­gard par­tit de Pa­ris, à pied et sans ar­gent, voya­geant « à l’apostolique »1, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit « de rendre le tri­but à la mer [de vo­mir] » tout au long des trois mois et six jours de na­vi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour ar­ri­ver à la ville de Qué­bec. De là, « ayant tra­versé d’île en île » en pe­tit ca­not, il prit terre au pays des Hu­rons tant dé­siré « par un jour de di­manche, fête de Saint-Ber­nard2, en­vi­ron midi, [alors] que le so­leil don­nait à plomb »3. Tous les In­diens sor­tirent de leurs ca­banes pour ve­nir le voir et lui firent un fort bon ac­cueil à leur fa­çon ; et par des ca­resses ex­tra­or­di­naires, ils lui té­moi­gnèrent « l’aise et le conten­te­ment » qu’ils avaient de sa ve­nue. Notre zélé re­li­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue hu­ronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : « J’écrivais, et ob­ser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mé­moires que j’étudiais et ré­pé­tais de­vant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner… ; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Ga­briel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Ga­briel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dé­si­rais sa­voir »4. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si mi­sé­rable. Peu à peu, aussi, il ap­prit la langue des In­diens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux ; il les at­ten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur ; et comme il se mon­trait tou­jours si bon en­vers eux, il les per­suada ai­sé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Es­pa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race in­dienne. Au Nord, les An­glais la re­fou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides dé­serts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xa­vier Mar­mier

  1. « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons », p. 7. Haut
  2. Le 20 août. Haut
  1. id. p. 81. Haut
  2. id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « His­toire du Ca­nada » du frère Ga­briel Sa­gard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fi­dè­le­ment dé­crit le quo­ti­dien des In­diens parmi les­quels il vé­cut pen­dant près d’un an, ainsi que l’œuvre di­vine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le re­gard au ciel, il vint s’enfoncer dans les so­li­tudes du Ca­nada. Il en a tiré deux re­la­tions : « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons » et « His­toire du Ca­nada », qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou ré­duites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sa­gard par­tit de Pa­ris, à pied et sans ar­gent, voya­geant « à l’apostolique »1, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit « de rendre le tri­but à la mer [de vo­mir] » tout au long des trois mois et six jours de na­vi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour ar­ri­ver à la ville de Qué­bec. De là, « ayant tra­versé d’île en île » en pe­tit ca­not, il prit terre au pays des Hu­rons tant dé­siré « par un jour de di­manche, fête de Saint-Ber­nard2, en­vi­ron midi, [alors] que le so­leil don­nait à plomb »3. Tous les In­diens sor­tirent de leurs ca­banes pour ve­nir le voir et lui firent un fort bon ac­cueil à leur fa­çon ; et par des ca­resses ex­tra­or­di­naires, ils lui té­moi­gnèrent « l’aise et le conten­te­ment » qu’ils avaient de sa ve­nue. Notre zélé re­li­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue hu­ronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : « J’écrivais, et ob­ser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mé­moires que j’étudiais et ré­pé­tais de­vant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner… ; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Ga­briel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Ga­briel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dé­si­rais sa­voir »4. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si mi­sé­rable. Peu à peu, aussi, il ap­prit la langue des In­diens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux ; il les at­ten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur ; et comme il se mon­trait tou­jours si bon en­vers eux, il les per­suada ai­sé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Es­pa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race in­dienne. Au Nord, les An­glais la re­fou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides dé­serts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xa­vier Mar­mier

  1. « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons », p. 7. Haut
  2. Le 20 août. Haut
  1. id. p. 81. Haut
  2. id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « His­toire du Ca­nada » du frère Ga­briel Sa­gard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fi­dè­le­ment dé­crit le quo­ti­dien des In­diens parmi les­quels il vé­cut pen­dant près d’un an, ainsi que l’œuvre di­vine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le re­gard au ciel, il vint s’enfoncer dans les so­li­tudes du Ca­nada. Il en a tiré deux re­la­tions : « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons » et « His­toire du Ca­nada », qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou ré­duites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sa­gard par­tit de Pa­ris, à pied et sans ar­gent, voya­geant « à l’apostolique »1, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit « de rendre le tri­but à la mer [de vo­mir] » tout au long des trois mois et six jours de na­vi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour ar­ri­ver à la ville de Qué­bec. De là, « ayant tra­versé d’île en île » en pe­tit ca­not, il prit terre au pays des Hu­rons tant dé­siré « par un jour de di­manche, fête de Saint-Ber­nard2, en­vi­ron midi, [alors] que le so­leil don­nait à plomb »3. Tous les In­diens sor­tirent de leurs ca­banes pour ve­nir le voir et lui firent un fort bon ac­cueil à leur fa­çon ; et par des ca­resses ex­tra­or­di­naires, ils lui té­moi­gnèrent « l’aise et le conten­te­ment » qu’ils avaient de sa ve­nue. Notre zélé re­li­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue hu­ronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : « J’écrivais, et ob­ser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mé­moires que j’étudiais et ré­pé­tais de­vant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner… ; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Ga­briel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Ga­briel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dé­si­rais sa­voir »4. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si mi­sé­rable. Peu à peu, aussi, il ap­prit la langue des In­diens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux ; il les at­ten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur ; et comme il se mon­trait tou­jours si bon en­vers eux, il les per­suada ai­sé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Es­pa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race in­dienne. Au Nord, les An­glais la re­fou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides dé­serts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xa­vier Mar­mier

  1. « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons », p. 7. Haut
  2. Le 20 août. Haut
  1. id. p. 81. Haut
  2. id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « His­toire du Ca­nada » du frère Ga­briel Sa­gard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fi­dè­le­ment dé­crit le quo­ti­dien des In­diens parmi les­quels il vé­cut pen­dant près d’un an, ainsi que l’œuvre di­vine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le re­gard au ciel, il vint s’enfoncer dans les so­li­tudes du Ca­nada. Il en a tiré deux re­la­tions : « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons » et « His­toire du Ca­nada », qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou ré­duites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sa­gard par­tit de Pa­ris, à pied et sans ar­gent, voya­geant « à l’apostolique »1, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit « de rendre le tri­but à la mer [de vo­mir] » tout au long des trois mois et six jours de na­vi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour ar­ri­ver à la ville de Qué­bec. De là, « ayant tra­versé d’île en île » en pe­tit ca­not, il prit terre au pays des Hu­rons tant dé­siré « par un jour de di­manche, fête de Saint-Ber­nard2, en­vi­ron midi, [alors] que le so­leil don­nait à plomb »3. Tous les In­diens sor­tirent de leurs ca­banes pour ve­nir le voir et lui firent un fort bon ac­cueil à leur fa­çon ; et par des ca­resses ex­tra­or­di­naires, ils lui té­moi­gnèrent « l’aise et le conten­te­ment » qu’ils avaient de sa ve­nue. Notre zélé re­li­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue hu­ronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : « J’écrivais, et ob­ser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mé­moires que j’étudiais et ré­pé­tais de­vant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner… ; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Ga­briel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Ga­briel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dé­si­rais sa­voir »4. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si mi­sé­rable. Peu à peu, aussi, il ap­prit la langue des In­diens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux ; il les at­ten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur ; et comme il se mon­trait tou­jours si bon en­vers eux, il les per­suada ai­sé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Es­pa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race in­dienne. Au Nord, les An­glais la re­fou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides dé­serts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xa­vier Mar­mier

  1. « Le Grand Voyage du pays des Hu­rons », p. 7. Haut
  2. Le 20 août. Haut
  1. id. p. 81. Haut
  2. id. p. 87-88. Haut

Volney, « La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « La Loi na­tu­relle, ou Prin­cipes phy­siques de la mo­rale »1 de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille pa­rente, qui l’abandonna dans un pe­tit col­lège d’Ancenis. Le ré­gime de ce col­lège était fort mau­vais, et la santé des en­fants y était à peine soi­gnée ; le di­rec­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne ve­nait ja­mais le voir et ne pa­rais­sait ja­mais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que té­moigne un père en­vers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par na­ture, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la mé­di­ta­tion so­li­taire et ta­ci­turne, et son gé­nie n’attendait que d’être li­béré pour se dé­ve­lop­per et pour prendre un es­sor ra­pide. L’occasion ne tarda pas à se pré­sen­ter : une mo­dique somme d’argent lui échut. Il ré­so­lut de l’employer à ac­qué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Sy­rie et l’Égypte lui pa­rurent les pays les plus propres aux ob­ser­va­tions his­to­riques et mo­rales dont il vou­lait s’occuper. « Je me sé­pa­re­rai », se pro­mit-il2, « des so­cié­tés cor­rom­pues ; je m’éloignerai des pa­lais où l’âme se dé­prave par la sa­tiété, et des ca­banes où elle s’avilit par la mi­sère ; j’irai dans la so­li­tude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les mo­nu­ments an­ciens… par quels mo­biles s’élèvent et s’abaissent les Em­pires ; de quelles causes naissent la pros­pé­rité et les mal­heurs des na­tions ; sur quels prin­cipes en­fin doivent s’établir la paix des so­cié­tés et le bon­heur des hommes. » Mais pour vi­si­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne sau­rait ap­pré­cier le gé­nie et le ca­rac­tère d’une na­tion : la tra­duc­tion des in­ter­prètes n’a ja­mais l’effet d’un en­tre­tien di­rect », pen­sait-il3. Cette dif­fi­culté ne re­buta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Eu­rope, il alla s’enfermer du­rant huit mois dans un couvent du Li­ban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

  1. Éga­le­ment connu sous le titre de « Ca­té­chisme du ci­toyen fran­çais ». Haut
  2. « Les Ruines », p. 19. Haut
  1. « Pré­face à “Voyage en Sy­rie et en Égypte” ». Haut

Chateaubriand, « Mémoires d’outre-tombe. Tome II »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Quarto, Pa­ris

Il s’agit des « Mé­moires d’outre-tombe » de Fran­çois René de Cha­teau­briand, au­teur et po­li­tique fran­çais, père du ro­man­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, « comme au confluent de deux fleuves »1, et de voir les ca­rac­tères op­po­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sorti des en­trailles de l’ancienne mo­nar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se plaça contre la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il resta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la fa­mille de Na­po­léon Bo­na­parte. Même fougue, même éclat, même mé­lan­co­lie mo­derne. Si les Bour­bons avaient mieux ap­pré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur de­venu res­plen­dis­sant comme un « large so­leil ». Le pa­ral­lèle qu’il fait dans ses « Mé­moires d’outre-tombe » entre l’Empire et la mo­nar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du po­li­tique : « Re­tom­ber de Bo­na­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­lité dans le néant ; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­miné avec Na­po­léon ?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur ? Je rou­gis en [y] pen­sant ». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans es­pé­rance, il était ob­sédé par un passé à ja­mais éva­noui et tombé dans le néant. « Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mé­pri­ser cette vie », écri­vait-il2 en son­geant qu’il était lui-même une ruine en­core plus chan­ce­lante. Au­cune pen­sée ne ve­nait le conso­ler ex­cepté la re­li­gion chré­tienne, à la­quelle il était re­venu avec cha­leur et avec vé­hé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : « Ma mère, après avoir été je­tée à soixante-douze ans dans des ca­chots où elle vit pé­rir une par­tie de ses en­fants, ex­pira en­fin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient re­lé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Es­sai sur les Ré­vo­lu­tions”] ré­pan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume ; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette re­li­gion dans la­quelle j’avais été élevé. Ma sœur me manda le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus ; elle était morte aussi des suites de son em­pri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frappé ; je suis de­venu chré­tien »

  1. « Mé­moires d’outre-tombe », liv. XLIII, ch. 8. Haut
  1. « Études his­to­riques ». Haut

Chateaubriand, « Mémoires d’outre-tombe. Tome I »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Quarto, Pa­ris

Il s’agit des « Mé­moires d’outre-tombe » de Fran­çois René de Cha­teau­briand, au­teur et po­li­tique fran­çais, père du ro­man­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, « comme au confluent de deux fleuves »1, et de voir les ca­rac­tères op­po­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sorti des en­trailles de l’ancienne mo­nar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se plaça contre la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il resta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la fa­mille de Na­po­léon Bo­na­parte. Même fougue, même éclat, même mé­lan­co­lie mo­derne. Si les Bour­bons avaient mieux ap­pré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur de­venu res­plen­dis­sant comme un « large so­leil ». Le pa­ral­lèle qu’il fait dans ses « Mé­moires d’outre-tombe » entre l’Empire et la mo­nar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du po­li­tique : « Re­tom­ber de Bo­na­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­lité dans le néant ; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­miné avec Na­po­léon ?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur ? Je rou­gis en [y] pen­sant ». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans es­pé­rance, il était ob­sédé par un passé à ja­mais éva­noui et tombé dans le néant. « Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mé­pri­ser cette vie », écri­vait-il2 en son­geant qu’il était lui-même une ruine en­core plus chan­ce­lante. Au­cune pen­sée ne ve­nait le conso­ler ex­cepté la re­li­gion chré­tienne, à la­quelle il était re­venu avec cha­leur et avec vé­hé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : « Ma mère, après avoir été je­tée à soixante-douze ans dans des ca­chots où elle vit pé­rir une par­tie de ses en­fants, ex­pira en­fin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient re­lé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Es­sai sur les Ré­vo­lu­tions”] ré­pan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume ; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette re­li­gion dans la­quelle j’avais été élevé. Ma sœur me manda le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus ; elle était morte aussi des suites de son em­pri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frappé ; je suis de­venu chré­tien »

  1. « Mé­moires d’outre-tombe », liv. XLIII, ch. 8. Haut
  1. « Études his­to­riques ». Haut

Faxian, « Mémoire sur les pays bouddhiques »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit du « Mé­moire sur les pays boud­dhiques »1 (« Fo guo ji »2) de Faxian3. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une sé­rie de bio­gra­phies et de mé­moires où se trouvent re­la­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre pa­trie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés in­sur­mon­tables : « Ils sont al­lés jusqu’aux li­mites du monde et ils ont vu là où toutes choses fi­nissent »4. L’immense en­tre­prise sino-in­dienne de ces pè­le­rins, qui s’en al­laient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être sa­luée — au-delà de son sens re­li­gieux — comme l’une des ma­ni­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de re­mon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude ap­pre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de ma­nus­crits, qu’ils em­me­naient avec eux au re­tour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, en­tou­rés de dis­ciples. Leur im­por­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut in­ouïe. N’eût été leur rôle de mé­dia­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute ja­mais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les pé­rils et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, au­raient pu dé­cou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre de­vaient tra­ver­ser des dé­serts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les os­se­ments des bêtes et des gens qui y avaient trouvé la mort ; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer ha­sar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux5 dé­clare en pré­am­bule de sa « Re­la­tion sur les moines émi­nents qui al­lèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest » : « Consi­dé­rons de­puis les temps an­ciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sa­cri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient re­ve­nir, [et] ce­pen­dant, la voie triom­phante était se­mée de dif­fi­cul­tés ; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des di­zaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui en­tre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et donna des ré­sul­tats vé­ri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les im­men­si­tés des dé­serts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du so­leil qui crache son ar­deur ; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gi­gan­tesque ».

  1. Au­tre­fois tra­duit « Re­la­tion des royaumes boud­dhiques ». Haut
  2. En chi­nois « 佛國記 ». Au­tre­fois trans­crit « Foĕ kouĕ ki », « Foe kue ki », « Fo kouo ki » ou « Fo kuo chi ». Éga­le­ment connu sous le titre de « 法顯傳 » (« Fa xian zhuan »), c’est-à-dire « Bio­gra­phie de Faxian ». Au­tre­fois trans­crit « Fa-hien-tch’ouen », « Fa-hien tchouan » ou « Fa-hsien chuan ». Haut
  3. En chi­nois 法顯. Par­fois trans­crit Fă Hian, Fah-hiyan, Fa-hein, Fa-hien ou Fa-hsien. Haut
  1. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde ». Haut
  2. Yi­jing. Haut

Huili et Yancong, « Histoire de la vie de Xuanzang et de ses voyages dans l’Inde, depuis l’an 629 jusqu’en 645 »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la « Bio­gra­phie de Xuan­zang », ou lit­té­ra­le­ment « Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi du mo­nas­tère de la Grande Bien­veillance »1 (« Da ci en si san zang fa shi zhuan »2) de Huili3 et Yan­cong4. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une sé­rie de bio­gra­phies et de mé­moires où se trouvent re­la­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre pa­trie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés in­sur­mon­tables : « Ils sont al­lés jusqu’aux li­mites du monde et ils ont vu là où toutes choses fi­nissent »5. L’immense en­tre­prise sino-in­dienne de ces pè­le­rins, qui s’en al­laient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être sa­luée — au-delà de son sens re­li­gieux — comme l’une des ma­ni­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de re­mon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude ap­pre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de ma­nus­crits, qu’ils em­me­naient avec eux au re­tour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, en­tou­rés de dis­ciples. Leur im­por­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut in­ouïe. N’eût été leur rôle de mé­dia­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute ja­mais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les pé­rils et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, au­raient pu dé­cou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre de­vaient tra­ver­ser des dé­serts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les os­se­ments des bêtes et des gens qui y avaient trouvé la mort ; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer ha­sar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux6 dé­clare en pré­am­bule de sa « Re­la­tion sur les moines émi­nents qui al­lèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest » : « Consi­dé­rons de­puis les temps an­ciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sa­cri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient re­ve­nir, [et] ce­pen­dant, la voie triom­phante était se­mée de dif­fi­cul­tés ; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des di­zaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui en­tre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et donna des ré­sul­tats vé­ri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les im­men­si­tés des dé­serts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du so­leil qui crache son ar­deur ; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gi­gan­tesque ».

  1. Au­tre­fois tra­duit « His­toire de la vie de Hiouen-thsang », « His­toire du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du couvent de la Grande Bien­fai­sance », « La Vie de Maître San­zang du mo­nas­tère de la Grande Bien­veillance », « Bio­gra­phie du Maître Tri­piṭaka du temple de la Grande Com­pas­sion » ou « Bio­gra­phie du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du mo­nas­tère de la Grande Com­pas­sion ». Haut
  2. En chi­nois « 大慈恩寺三藏法師傳 ». Au­tre­fois trans­crit « Ta-ts’e-’en-sse-san-thsang-fa-sse-tch’ouen », « Ta-ts’eu-ngen-sseu san-tsang fa-che tchouan », « Ta-tz’u-en-szu san-tsang fa-shih chuan » ou « Ta-tz’u-en-ssu san-tsang fa-shih chuan ». Éga­le­ment connu sous le titre al­longé de « 大唐大慈恩寺三藏法師傳 » (« Da Tang da ci en si san zang fa shi zhuan »), c’est-à-dire « Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi ré­si­dant au mo­nas­tère de la Grande Bien­veillance à l’époque des grands Tang ». Haut
  3. En chi­nois 慧立. Par­fois trans­crit Hoeï-li, Houei-li, Kwui Li ou Hwui-li. Haut
  1. En chi­nois 彥悰. Par­fois trans­crit Yen-thsang, Yen-thsong, Yen-ts’ong ou Yen Ts’ung. Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde ». Haut
  3. Yi­jing. Haut

Xuanzang, « Mémoires sur les contrées occidentales. Tome II. Livres IX à XII »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Mé­moires sur les contrées de l’Ouest1 à l’époque des grands Tang »2 (« Da Tang xi yu ji »3) de Xuan­zang4. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une sé­rie de bio­gra­phies et de mé­moires où se trouvent re­la­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre pa­trie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés in­sur­mon­tables : « Ils sont al­lés jusqu’aux li­mites du monde et ils ont vu là où toutes choses fi­nissent »5. L’immense en­tre­prise sino-in­dienne de ces pè­le­rins, qui s’en al­laient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être sa­luée — au-delà de son sens re­li­gieux — comme l’une des ma­ni­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de re­mon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude ap­pre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de ma­nus­crits, qu’ils em­me­naient avec eux au re­tour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, en­tou­rés de dis­ciples. Leur im­por­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut in­ouïe. N’eût été leur rôle de mé­dia­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute ja­mais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les pé­rils et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, au­raient pu dé­cou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre de­vaient tra­ver­ser des dé­serts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les os­se­ments des bêtes et des gens qui y avaient trouvé la mort ; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer ha­sar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux6 dé­clare en pré­am­bule de sa « Re­la­tion sur les moines émi­nents qui al­lèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest » : « Consi­dé­rons de­puis les temps an­ciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sa­cri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient re­ve­nir, [et] ce­pen­dant, la voie triom­phante était se­mée de dif­fi­cul­tés ; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des di­zaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui en­tre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et donna des ré­sul­tats vé­ri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les im­men­si­tés des dé­serts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du so­leil qui crache son ar­deur ; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gi­gan­tesque ».

  1. L’Asie cen­trale et l’Inde, si­tuées à l’Ouest de l’Empire chi­nois. Haut
  2. Au­tre­fois tra­duit « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales, com­po­sés sous la dy­nas­tie des grands Thang ». Haut
  3. En chi­nois « 大唐西域記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ta-Thang-si-yu-ki », « Ta-Thang-hsi-yu-tchi » ou « Ta T’ang hsi-yü chi ». Éga­le­ment connu sous le titre abrégé de « 西域記 ». Au­tre­fois trans­crit « Hsi-yü-chih ». Haut
  1. En chi­nois 玄奘. Par­fois trans­crit Hiuen-tchoang, Hiuen Tsiang, Hiouen-thsang, Hiuan-tsang, Hsuang-tsang, Hsüan-tsang, Hwen Thsang, Hüan Chwang, Yuan Chwang ou Zuan­zang. Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde ». Haut
  3. Yi­jing. Haut