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Sappho, «La Poésie»

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

Il s’agit de «La Poé­sie» («Melê»*) de Sap­pho de Les­bos** (VIIe siècle av. J.-C.), la poé­tesse la plus renom­mée de toute la Grèce par ses vers et par ses amours, et l’une des seules femmes de l’Antiquité dont la voix ait tra­ver­sé les siècles. Stra­bon la consi­dère comme «un mer­veilleux pro­dige» et pré­cise : «Je ne sache pas que, dans tout le cours des temps dont l’histoire a gar­dé le sou­ve­nir, aucune femme ait pu, même de loin, sous le rap­port du génie lyrique, riva­li­ser avec elle»***. J’ajouterais aus­si les mots que l’auteur du «Voyage du jeune Ana­char­sis en Grèce» met dans la bouche d’un citoyen de Myti­lène et qui contiennent un résu­mé élo­quent des hom­mages ren­dus par les Grecs au talent de Sap­pho : «Elle a peint tout ce que la nature offre de plus riant. Elle l’a peint avec les cou­leurs les mieux assor­ties, et ces cou­leurs elle sait au besoin tel­le­ment les nuan­cer, qu’il en résulte tou­jours un heu­reux mélange d’ombres et de lumières… Mais avec quelle force de génie nous entraîne-t-elle lorsqu’elle décrit les charmes, les trans­ports et l’ivresse de l’amour! Quels tableaux! Quelle cha­leur! Domi­née, comme la Pythie, par le dieu qui l’agite, elle jette sur le papier des expres­sions enflam­mées; ses sen­ti­ments y tombent comme une grêle de traits, comme une pluie de feu qui va tout consu­mer». Toutes ces qua­li­tés la firent sur­nom­mer la dixième des Muses : «Les Muses, dit-on, sont au nombre de neuf. Quelle erreur! Voi­ci encore Sap­pho de Les­bos qui fait dix»****. On raconte que Sap­pho épou­sa, fort jeune, le plus riche habi­tant d’une île voi­sine, mais qu’elle en devint veuve aus­si­tôt. Le culte de la poé­sie fut dès ce moment sa plus chère occu­pa­tion. Elle réunit autour d’elle plu­sieurs filles, dont elle fit ses élèves ou ses amantes; car il faut savoir que son ardeur amou­reuse, dont Ovide pré­tend qu’elle était «non moindre que le feu de l’Etna» («Ætnæo non minor igne»), s’étendait sur les per­sonnes de son sexe. Il ne nous reste, du grand nombre de ses odes, épi­grammes, élé­gies et épi­tha­lames, que quelques petits frag­ments qui se trouvent dis­sé­mi­nés dans les anciens scho­liastes, et sur­tout une ode entière que Sap­pho fit à la louange d’une de ses maî­tresses.

l’une des seules femmes de l’antiquité dont la voix ait tra­ver­sé les siècles

«Les ouvrages de Sap­pho (s’il est per­mis de com­pa­rer les Modernes aux Anciens) ne ren­ferment-ils pas tous les prin­cipes de Socrate sur le sujet de l’amour?», se demande Maxime de Tyr*****. «Socrate et Sap­pho me paraissent avoir dit la même chose, l’un de l’amour des hommes, et l’autre de l’amour des femmes. Ils annoncent qu’ils ont de nom­breuses amours, et que la beau­té est tou­jours sûre de les enflam­mer. Ce qu’Alcibiade, Char­mide et Phèdre sont pour Socrate; Gurin­na, Athis et Anac­to­ria le sont pour Sap­pho. Et si Socrate a pour rivaux, sous cer­tain rap­port, Pro­di­cos, Gor­gias, Thra­sy­maque et Pro­ta­go­ras; Sap­pho a pour rivales Gor­go et Andro­mède. Tan­tôt elle leur fait des reproches; tan­tôt elle les que­relle; tan­tôt elle le prend avec elles sur le même ton d’ironie qui était si fami­lier à Socrate. “Salut à Ion”******, dit Socrate. “Illustre enfant d’illustres princes, je te donne bien le bon­jour”, dit Sap­pho*******. Socrate dit qu’il n’avait vou­lu s’attacher à Alci­biade, qu’il aimait depuis long­temps, qu’après l’avoir jugé propre à l’éloquence; et Sap­pho dit : “Athis, voi­ci long­temps que je t’aimais, ô fillette qui me sem­blais sans grâce”********. Socrate tourne en ridi­cule le cos­tume et les atti­tudes des sophistes. Sap­pho parle d’“une fille des champs, une femme inex­perte à rele­ver sa jupe au-des­sus des che­villes”*********. Dio­time dit à Socrate qu’Éros n’est pas le fils d’Aphrodite, mais son laquais et son domes­tique. Sap­pho fait dire à Aphro­dite, dans une de ses odes : “Éros mon ser­vi­teur et toi”**********… Socrate traite l’amour de sophiste; Sap­pho le traite de “beau tis­seur de contes”***********. Les trans­ports d’amour de Socrate pour Phèdre sont des trans­ports de bac­chante. L’amour agite l’âme de Sap­pho “comme l’ouragan des mon­tagnes qui s’abat sur les chênes”************.»

Il n’existe pas moins de cin­quante-deux tra­duc­tions fran­çaises de «La Poé­sie», mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle d’André Bon­nard.

«Φαίνεταί μοι κῆνος ἴσος θέοισιν
Ἔμμεν’ ὤνηρ, ὄττις ἐνάντιός τοι
Ἰσδάνει καὶ πλάσιον ἆδυ φωνείσας ὐπακούει,
Καὶ γελαίσας ἰμέροεν, τό μ’ ἦ μὰν
Καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόαισεν.
Ὠς γὰρ ἔς σ’ ἴδω βρόχε’, ὤς με φώναισ’ οὐδ’ ἒν ἔτ’ εἴκει,
Ἀλλὰ κὰμ μὲν γλῶσσα ϝέαγε, λέπτον
Δ’ αὔτικα χρῶι πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
Ὀππάτεσσι δ’ οὐδ’ ἒν ὄρημμ’, ἐπιρρόμϐεισι δ’ ἄκουαι
»
— Ode dans la langue ori­gi­nale

«Il me paraît égal aux dieux
Celui qui près de toi s’assied,
Goûte la dou­ceur de ta voix
Et les délices
De ce rire qui fond mon cœur
Et le fait battre sur mes lèvres.
Sitôt que je vois ton visage,
Ma voix se brise,
Ma langue sèche dans ma bouche,
Un feu sub­til court sous ma peau,
Mes oreilles deviennent sourdes,
Mes yeux aveugles.*************»
— Ode dans la tra­duc­tion de Bon­nard

«Il me paraît égal aux dieux
L’homme qui devant toi
S’assied; qui, de près, lorsqu’agréablement
Tu chantes, t’écoute
Et lorsque tu sou­ris en fai­sant naître le désir, ce qui
Fait battre avec vio­lence mon cœur dans ma poi­trine.
Quand, en effet, je te vois, vite, des paroles,
Je n’en ai plus aucune
Toute ma langue est bri­sée; sub­til,
Un feu bien­tôt après court sous ma peau,
Mes yeux ne voient rien,
Mes oreilles bour­donnent.»
— Ode dans la tra­duc­tion d’André Lebey (XIXe siècle)

«Il me paraît égal aux dieux, le mor­tel qui, assis près de toi, peut entendre ta douce parole et voir ton gra­cieux sou­ris. C’est là le charme qui jette le trouble dans mon âme. Dès que je te vois, je ne puis plus par­ler, ma langue se glace, un feu sub­til cir­cule dans mes veines; mes yeux ne voient plus; un bruit confus bour­donne dans mes oreilles…»
— Ode dans la tra­duc­tion de Claude Bré­ghot Du Lut (XIXe siècle)

«Oui, cet heu­reux mor­tel qui près de toi repose,
Qui près de toi sans cesse et les yeux sur tes yeux
Recueille les accents de ta bouche de rose,
Me semble égal aux dieux.
Sur ta bouche est éclos un gra­cieux sou­rire,
Et mon cœur éper­du tres­saille… Je te vois,
La parole sou­dain sur mes lèvres expire…
Je demeure sans voix.
Ma langue est enchaî­née et la nuit m’environne;
Une sub­tile ardeur, de ses rapides feux,
Embrase tous mes sens… mon oreille résonne
De bruits tumul­tueux.»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Alphonse Veïs­sier-Des­combes (XIXe siècle)

«Je le vois l’égal des dieux, cet époux assis en face de toi qui écoute, de tout près, ta voix cares­sante et ton rire dési­rable. Dans mon sein, mon cœur s’en affole, je t’assure : oui, quand je te vois, aus­si­tôt je ne puis faire entendre ma voix, ma langue s’est figée, un feu sub­til, en même temps, a cou­ru sous ma peau, mes yeux ne voient plus rien, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Fran­çois Las­serre (éd. Ante­nore, Padoue)

«Il me paraît
Un vrai rival
Des dieux
L’homme qui peut
Res­ter assis
Près de toi
Ber­cé de la
Dou­ceur sans nom
De ta voix
Tu parles
Il écoute
Les notes de
Ton rire et moi
Dans ma poi­trine
Cœur stu­pide
Je t’aperçois
En un ins­tant
Il n’y a plus
Un seul son
Un seul
Dans ma bouche
Et tout à coup
Langue rom­pue
Le feu court
Fin sous ma peau
Mes pauvres yeux
Ne voient plus
L’oreille
Me bour­donne»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Jérôme Vérain (éd. Clan­cier-Gué­naud, coll. Archi­pels, Paris)

«Vie digne d’un dieu : s’asseoir devant toi dont le rire liquide s’égrène, mélo­dieux; écou­ter de tout près les chants vibrants par les­quels tu exprimes ton amour… Ô musique ado­rable de ta voix! Mon cœur hale­tant bat plus vite; mon âme muette ne peut que s’exprimer par des sou­pirs et cherche en vain des mots introu­vables. Un feu sub­til court en moi; mes oreilles tintent; mes yeux se voilent; ma langue se des­sèche»
— Ode dans la tra­duc­tion de Jean Lar­nac et Robert Sal­mon (éd. Rie­der, coll. Maîtres des lit­té­ra­tures, Paris)

«Celui-là me paraît être l’égal des dieux, l’homme qui, assis en face de toi, de tout près, écoute ta voix si douce et ce rire enchan­teur qui, je le jure, a fait fondre mon cœur dans ma poi­trine; car, dès que je t’aperçois un ins­tant, il ne m’est plus pos­sible d’articuler une parole; mais ma langue se brise, et sous ma peau, sou­dain, se glisse un feu sub­til; mes yeux sont sans regard, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de Théo­dore Rei­nach et Aimé Puech (éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris)

«Com­pa­rable aux dieux l’homme peut se van­ter
Qui se sied heu­reux vis-à-vis de tes yeux,
T’oit et voit de près de naïve dou­ceur
Sou­rire et par­ler.
Grâce qui les sens me dérobe et qui fait
Sau­te­ler dedans moi et débattre mon cœur,
T’œilladant je meurs, et ta voix s’accourcit
Faible dedans moi.
Mes sou­pirs sont lents, et ma langue d’un froid
Morne s’engourdit, subit un petit feu,
Sous ma peau s’éprend, se répand et prend cours
Qui sèche mon cœur.
Rien de mes yeux morts je ne vois, que l’horreur
D’une double nuit; mon oreille sans fin
Tin­touine et bruit»
— Ode dans la tra­duc­tion de Rémi Bel­leau, 1re ver­sion (XVIe siècle)

«Nul ne semble éga­ler mieux
Les hauts dieux
Que celui qui face-à-face
T’oit par­ler et voit la grâce
De ton sou­ris gra­cieux;
Ce qui va jusqu’au-dedans
De mes sens
Piller l’esprit qui s’égare :
Car voyant ta beau­té rare,
La voix faillir je me sens.
Ma langue morne devient,
Et me vient
Un petit feu qui furète
Des­sous ma peau ten­dre­lette,
Tant ta beau­té me retient!
Rien plus de l’œil je ne vois
Près de toi;
Tou­jours l’oreille me corne»
— Ode dans la tra­duc­tion de Rémi Bel­leau, 2e ver­sion (XVIe siècle)

«Égal aux dieux, à mon avis,
Est celui qui peut vis-à-vis
Ouïr tes gra­cieux devis
Et ce doux rire
Qui le cœur hors du sein me tire,
Qui tout l’entendement me vire
Des­sus-des­sous, tant il l’admire.
Quand je te vois,
Sou­dai­ne­ment je m’aperçois
Que toute voix défaut en moi,
Que ma langue n’a plus en soi
Rien de lan­gage.
Une rou­geur de feu volage
Me court sous le cuir au visage,
Mes yeux n’ont plus de voir l’usage;
Je sens tin­ter
Mes oreilles sans écou­ter»
— Ode dans la tra­duc­tion de Jacques Amyot (dans Plu­tarque, «De l’amour»)

«Il me paraît égal aux dieux l’homme qui, assis en face de toi, écoute ta douce voix et ton rire char­meur qui affole mon cœur. Moi, à ta vue, je reste sans voix, ma langue se brise, la fièvre me brûle, mes yeux se brouillent, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Fré­dé­rique Verv­liet (éd. Arléa, coll. Retour aux grands textes, Paris)

«Il m’éblouit, il goûte le bon­heur des dieux, cet homme qui devant toi prend place, tout près de toi écoute, cap­ti­vé, la dou­ceur de ta voix. Ah! ce désir d’aimer qui passe dans ton rire. Et c’est bien pour cela qu’un spasme étreint mon cœur dans ma poi­trine. Car si je te regarde, même un ins­tant, je ne puis plus par­ler. Mais d’abord ma langue est bri­sée, un feu sub­til sou­dain a cou­ru en fris­son sous ma peau, mes yeux ne me laissent plus voir, un sif­fle­ment tour­noie dans mes oreilles.»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Yves Bat­tis­ti­ni (éd. Impri­me­rie natio­nale, coll. La Sala­mandre, Paris)

«Qui t’oit et voit vis-à-vis
Celui (comme il m’est avis)
A gagné d’un dieu la place
Ou, si j’ose dire mieux,
De mar­cher devant les dieux
Il peut bien prendre l’audace.
Car sitôt que je te vois,
Ma maî­tresse, devant moi
Par­ler, œilla­der ou rire,
Le tout si très dou­ce­ment,
Pâmé d’ébahissement
Je ne sais que je dois dire**************.
Mon esprit s’étourdit
Et ma langue s’engourdit;
De feu tous mes sens bouillonnent.
Je sens mes yeux s’éblouir.
Ne pou­vant plus rien ouïr
Mes deux oreilles bour­donnent.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Jean-Antoine de Baïf (dans «Diverses Amours», XVIe siècle, liv. I, poème 78)

«L’homme for­tu­né qu’enivre ta pré­sence
Me semble l’égal des dieux, car il entend
Ruis­se­ler ton rire et rêver ton silence.
Et moi, san­glo­tant,

Je fris­sonne toute, et ma langue est bri­sée :
Sub­tile, une flamme a tra­ver­sé ma chair,
Et ma sueur coule ain­si que la rosée
Âpre de la mer;

Un bour­don­ne­ment rem­plit de bruits d’orage
Mes oreilles…»
— Ode dans la tra­duc­tion de Renée Vivien*************** (éd. A. Lemerre, Paris)

«Celui qui est tou­jours près de vous et qui a le bon­heur de vous entendre par­ler et de vous voir rire d’une manière si agréable, est assu­ré­ment aus­si heu­reux que les dieux. C’est ce ris et ce par­ler qui mettent le trouble dans mon cœur; car sitôt que je vous vois, la parole me manque, je deviens immo­bile, et un feu sub­til se glisse dans mes veines; mes yeux se couvrent d’épais nuages, je n’entends qu’un bruit confus»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Anne Lefebvre Dacier (XVIIe siècle)

«Un rival des dieux, tel me semble l’homme
Que je vois assis devant toi, de face,
Lui qui peut t’entendre, si proche, douce, lorsque tu parles,
Sai­sis­sante, lorsque tu ris — ce rire
Qui, en moi, a bou­le­ver­sé mon âme.
Car à peine je t’aperçois, je reste toute muette;
Et ma langue est comme bri­sée; se glisse,
Sous ma peau, sou­dain, une fine flamme;
Et mes yeux, aveugles, se vident; mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Phi­lippe Bru­net (éd. L’Âge d’homme, Lau­sanne)

«Il m’apparaît l’égal des dieux
Cet homme qui face à toi
Est assis, et proche, t’écoute par­ler dou­ce­ment
Et rire, dési­rable; ce qui certes
Dans ma poi­trine a ébran­lé mon cœur.
Dès que je te vois un ins­tant, plus aucun son ne me vient;
Mais ma langue se brise, un feu léger
Aus­si­tôt court dans ma chair,
Avec mes yeux je ne vois rien, mes oreilles résonnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Pas­cal Char­vet (éd. La Déli­rante, Paris)

«Il me semble l’égal des dieux
L’homme qui est assis à côté de toi
Et entend de tout près ta douce voix,
Et ton rire qui m’emplit de désir.
Quand j’entends ce rire, mon cœur
Se retourne dans la poi­trine; quand
Je te regarde un ins­tant, je ne peux plus par­ler.
Les mots me manquent. Un feu caché
Court sous ma peau. Je perds la vue.
Un tam­bour bat dans mes oreilles.»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Ber­nard Led­widge (éd. Mer­cure de France, Paris)

«Ce mor­tel trop heu­reux me semble assu­ré­ment
Être égal aux dieux mêmes, en son conten­te­ment,
Qui près de vous assis, se sent frap­per, s’enchante,
S’enivre du plai­sir, du doux ravis­se­ment
De vous ouïr par­ler avec tant d’agrément,
Et de vous voir riant d’une façon tou­chante
Et d’un air tout char­mant.
C’est ce ris, ce par­ler, cette grâce char­mante
Qui troublent puis­sam­ment mon âme défaillante;
Car dans un vif trans­port, sitôt que je vous vois,
Stu­pide, hors de moi, la parole mou­rante
Se perd, s’évanouit dans ma bouche trem­blante,
Et je ne me sens plus en cet ins­tant de voix
Qui serve mon attente.
Ma langue en vains efforts se brise fai­ble­ment.
Un feu sub­til, un feu dan­ge­reux, consu­mant,
S’allume dans mon corps, se glisse dans mes veines.
De nuages épais cou­verts entiè­re­ment,
Mes yeux cessent de voir, même impar­fai­te­ment;
D’un bruit vain et confus mes oreilles trop pleines
Résonnent sour­de­ment.»
— Ode dans la tra­duc­tion du baron Hilaire-Ber­nard de Lon­ge­pierre (XVIIe siècle)

«Il égale les dieux je crois
L’homme qui devant toi vient s’asseoir
Et qui tout près de toi entend
Ta voix tendre
Et ton rire enchan­teur qui a, je le jure,
Affo­lé mon cœur dans ma poi­trine
Car si je te vois un ins­tant je ne peux
Plus rien dire
Ma langue est bri­sée, sous ma peau
Un feu sub­til sou­dain se glisse
Mes yeux ne voient plus, mes oreilles sont
Bour­don­nantes»
— Ode dans la tra­duc­tion de Mme Édith Mora (éd. Flam­ma­rion, Paris)

«Il me paraît l’égal des dieux
L’homme qui en face de toi
S’assoit et de tout près écoute
Ton doux par­ler
Et ton rire déli­cieux qui a ébran­lé
Mon cœur au fond de ma poi­trine
Car dès que je te regarde, ne serait-ce qu’un ins­tant, aus­si­tôt
Je ne puis pro­non­cer plus un mot
Ma langue se brise, un feu
Sub­til court sous ma peau,
Mes yeux ne voient plus rien, je n’entends plus
Qu’un bour­don­ne­ment»
— Ode dans la tra­duc­tion d’André-Édouard Mar­ty (éd. A.-É. Mar­ty, Paris)

«Je me sens deve­nir l’égal des plus grands dieux
Lorsque, assis près de toi, je te contemple
Et goûte l’heureuse har­mo­nie de tes paroles,
Les délices de ton rire qui bou­le­verse mon cœur
Et le ren­voie à mes lèvres.
La parole me manque, je ne puis bou­ger, je deviens
Aveugle, mes oreilles se ferment.
Une flamme sub­tile se glisse dans mes veines.»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Édith de Beau­mont (éd. Com­pa­gnie fran­çaise des arts gra­phiques, Paris)

«Quel autre bon­heur ose­rait-il élire?
N’est-il pas l’égal du plus illustre roi,
Le mor­tel qui parle et se meut et res­pire
À côté de toi?
Moi, dès que j’entends ta voix claire et sub­tile
Et que sur le mien ton regard vient briller,
Telle qu’un flam­beau de résine, immo­bile,
Je me sens brû­ler.
Mes doigts brus­que­ment se crispent de délice;
De mon sang s’exalte et s’arrête le flux :
Un venin divin dans mes moelles se glisse;
Mes yeux ne voient plus.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Fer­nand Mazade (éd. J. et R. Witt­mann, Paris)

«Je regarde comme l’égal des dieux le mor­tel qui, pla­cé près de toi, écoute tes paroles enchan­te­resses, et te voit dou­ce­ment lui sou­rire. Ce sont tous ces charmes qui jettent le trouble au fond de mon âme. Dès que je te vois, la parole expire sur mes lèvres. Ma langue est muette. Je sens cou­rir de veine en veine un feu brû­lant. Mes yeux s’obscurcissent. Je n’entends qu’un bruit confus.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Julien-Jacques Mou­ton­net-Clair­fons (XVIIIe siècle)

«Heu­reuse, cher Phaôn, la beau­té jeune et tendre,
Sur qui tu fais tom­ber l’éclat de tes beaux yeux!
Le plai­sir de te voir, le charme de t’entendre
Font que dans son bon­heur elle égale les dieux.
Pour moi, dès qu’une fois tu daignes me sou­rire,
Cer­tain je ne sais quoi s’empare de mes sens;
Mon âme est tout émue, et je ne sau­rais dire
Jusqu’où va la dou­ceur du plai­sir que je sens.
Mon cœur est péné­tré d’une flamme sub­tile;
Mon oreille n’entend qu’un mur­mure confus;
Ma langue s’embarrasse, et devient immo­bile;
Je lan­guis, je sou­pire, et mon œil ne voit plus.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Fran­çois Gacon (XVIIIe siècle)

«Oui, je le regarde comme le rival des dieux, celui qui est assis devant toi, qui entend de près réson­ner ta voix mélo­dieuse, qui s’enivre du charme de ton sou­rire. Ah! c’est ce qui jette le trouble et le désordre dans mon âme. À peine je t’ai vue, que sur le bord de mes lèvres ma voix étouf­fée s’arrête, ma langue s’embarrasse, un feu rapide dans mes veines s’est répan­du, mes yeux ne voient plus, mes oreilles n’entendent plus»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Edme Billar­don de Sau­vi­gny (XVIIIe siècle)

«Heu­reux celui qui près de toi sou­pire;
Qui, sur lui seul, attire ces beaux yeux,
Ce doux accent et ce tendre sou­rire!
Il est égal aux dieux.
De veine en veine une sub­tile flamme
Court dans mon sein sitôt que je te vois;
Et dans le trouble où s’égare mon âme,
Je demeure sans voix.
Je n’entends plus; un voile est sur ma vue»
— Ode dans la tra­duc­tion de l’abbé Jacques Delille (XVIIIe siècle)

«Trop heu­reux le mor­tel qui près de toi res­pire!
Son bon­heur, cher Phaon, le rend égal aux dieux :
Il t’entend lui par­ler, il te voit lui sou­rire,
Il peut lire en tes yeux!
Et moi, pour mon tour­ment, j’ai vu briller tes charmes;
Ton lan­gage si doux, ton regard si flat­teur
Ont trou­blé mon esprit, et por­té les alarmes
Jusqu’au fond de mon cœur.
Tu parais : aus­si­tôt ma langue est immo­bile,
Mon oreille n’entend qu’un mur­mure confus,
Dans mes veines cir­cule une flamme sub­tile,
Et mon œil ne voit plus.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Louis Gorsse (XIXe siècle)

«Il me paraît éga­ler les dieux l’amant qui, près de toi, les yeux sur toi fixés, écoute ton doux par­ler et s’enivre de ton sou­ris gra­cieux — charmes puis­sants qui dans ma poi­trine bou­le­versent mon cœur. Car à ton aspect, je ne trouve plus de voix, ma langue s’embarrasse, un feu sub­til cir­cule dans mes veines, ma vue se couvre d’un nuage, un bruit confus me bour­donne aux oreilles»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Octave Por­tret (XIXe siècle)

«Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi dou­ce­ment, écoute tes ravis­santes paroles et te voit lui sou­rire; voi­là ce qui me bou­le­verse jusqu’au fond de l’âme. À peine t’ai-je vue, que la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaî­née; une flamme sub­tile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Ernest Fal­con­net (dans «Lyriques grecs», XIXe siècle)

«Il me paraît goû­ter le bon­heur des dieux,
L’heureux mor­tel qui, repo­sant près de toi,
Peut admi­rer tes ravis­santes paroles
Et ton doux sou­rire!
Mon cœur se serre dans ma poi­trine oppres­sée,
Il ne bat plus; et mon souffle hale­tant
Étreint ma gorge; ma voix expire sur mes lèvres
Quand je te regarde.
Ma langue alors est enchaî­née immo­bile;
Un feu sub­til pénètre et par­court mes chairs;
Mes yeux se troublent, tous les objets se confondent,
Mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de Louis Plan­chon (XIXe siècle)

«Celui-là me paraît être l’égal des dieux,
Qui, devant toi pla­cé, peut te voir et t’entendre,
Entendre près de toi les sons mélo­dieux
De ta voix douce et tendre,
Voir ton rire amou­reux!… ce qui trou­bla mes sens,
Ce qui jeta mon cœur dans ce brû­lant délire;
Car dès que je te vois, au même ins­tant je sens
Que je ne puis rien dire;
Ma langue est enchaî­née et ne m’obéit plus,
Le feu le plus sub­til se glisse dans mes veines,
Mes yeux ne voient plus rien, des bruits les plus confus
Mes oreilles sont pleines»
— Ode dans la tra­duc­tion de … Mar­cel­lot et … Gros­set (XIXe siècle)

«Celui-là me paraît égal aux dieux qui, assis en face de toi, écoute de près ton doux par­ler
Et ton aimable rire : ils font tres­saillir mon cœur dans mon sein, la voix n’arrive plus à mes lèvres;
Ma langue se brise, un feu sub­til court rapi­de­ment sous ma chair, mes yeux ne voient plus rien, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Émile Des­cha­nel («Sap­pho et les Les­biennes» dans «Revue des deux mondes», 1847, avril)

«Il me semble l’égal des dieux
Celui qui de ta voix s’enivre,
Qui lit son bon­heur dans tes yeux,
Et qui près de toi se sent vivre!
Ce doux sou­ris, quand je te vois,
Me trouble!… Inter­dite, oppres­sée,
Sur ma lèvre expire ma voix,
Et ma langue reste gla­cée!…
Je brûle!… Des feux incon­nus
En moi courent de veine en veine…
Je n’entends rien… je ne vois plus…»
— Ode dans la tra­duc­tion de Jules-Hen­ry Réda­rez Saint-Remy (XIXe siècle)

«Assis près de toi, dans son char­mant délire,
Il me semble égal à ces dieux qu’on admire,
Le mor­tel qui peut savou­rer ton sou­rire
Et ta douce voix.
Rien qu’en te voyant, je sens dans ma poi­trine
Fris­son­ner mon cœur d’une fièvre divine;
Sur ma lèvre en feu, le mot qu’il te des­tine
Expire vingt fois.
Ma langue est bri­sée; une flamme sou­daine
Court dans tout mon sang, glisse de veine en veine;
Mon regard s’éteint, mon oreille incer­taine
Ne peut plus ouïr.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Joseph Boul­mier (XIXe siècle)

«Assis à tes côtés, celui-là qui sou­pire,
Écou­tant de ta voix le son mélo­dieux,
Celui-là qui te voit, ô rage! lui sou­rire,
Celui-là, je le dis, il est égal aux dieux!
Dès que je t’aperçois, la voix manque à ma lèvre,
Ma langue se des­sèche et veut en vain par­ler;
Dans mes tempes en feu j’entends battre la fièvre,
Et me sens tout ensemble et tran­sir et brû­ler.»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Alexandre Dumas (dans «La San Felice», ch. XLII)

«Il me paraît égal aux dieux, l’homme qui en face de toi s’assied, et de près t’entend dou­ce­ment par­ler,
Et rire gra­cieu­se­ment. Cela m’a fait défaillir le cœur dans la poi­trine, car sitôt que je te vois, il ne me vient plus la moindre parole.
Ma langue s’embarrasse et un feu sub­til me court sous la peau, et de mes yeux je n’aperçois plus rien, et mes oreilles bour­donnent.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Léo Jou­bert («Alcée et Sapho» dans «Essais de cri­tique et d’histoire», XIXe siècle, p. 142-189)

«Il me paraît être l’égal des dieux,
Cet homme qui, pen­ché sur ta bouche ver­meille,
Enivré de la voix qui frappe son oreille,
Te dévore des yeux.
Tu lui sou­ris d’un sou­rire enchan­teur.
Cette vue, aug­men­tant le mal qui me domine,
Dans le fré­mis­se­ment qui règne en ma poi­trine
Fait tres­saillir mon cœur.
Ma voix se tait dans ma bouche, et mes sens
Brûlent d’un feu sub­til glis­sant de veine en veine;
Mon œil voi­lé s’éteint, et je per­çois à peine
Quelques bour­don­ne­ments.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Jean de La Roche-Aymon (XIXe siècle)

«Il me paraît égal aux dieux
L’homme qui, lisant dans tes yeux
Son sort, écoute avec ivresse
Ta voix enchan­te­resse,
Et te voit sou­rire; aus­si­tôt
Mon cœur fré­mit sous la tem­pête :
Quand je te vois, l’air en sur­saut
Dans ma gorge s’arrête,
Ma langue est muette, mon sang
Est brû­lé par un feu nais­sant,
Mon oreille tinte et ma vue
D’un voile est revê­tue»
— Ode dans la tra­duc­tion de Gabriel Beau (dans «La Grèce poé­tique. Ana­créon • Sap­pho • Bion • Moschus • Théo­crite», XIXe siècle)

«Il est pour moi l’égal des dieux
Celui qui près de toi peut vivre,
Qui t’entend par­ler et qu’enivre
Un regard de tes yeux.
Et moi, de l’amour qu’il t’inspire
Jalouse, dès que je te vois,
Je reste inter­dite, et la voix
Sur mes lèvres expire.
Le feu qu’allume ta beau­té
Court dans mon sang de veine en veine
Le voile d’une ombre sou­daine
Sur mes yeux est jeté.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Pros­per Yva­ren (XIXe siècle)

«Celui-là me paraît égal aux dieux qui s’assied devant toi et, de tout près, entend ta voix si douce,
Ton rire aimable, qui fond mon cœur dans ma poi­trine. Dès que mon regard t’aperçoit, la voix me manque,
Ma langue se sèche, un feu sub­til court sous ma peau, ma vue se trouble et mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Alfred Croi­set («Sap­pho» dans «His­toire de la lit­té­ra­ture grecque. Tome II. Lyrisme • Pre­miers Pro­sa­teurs • Héro­dote», XIXe siècle, p. 226-244)

«Celui qui a le bon­heur d’être assis en face de toi, d’écouter de tout près ton doux par­ler, ton rire enchan­teur, ah! je dis qu’il est l’égal des dieux immor­tels.
Le cœur me saute dans la poi­trine quand je t’entends, ma bien-aimée; à peine la voix arrive-t-elle à mes lèvres.
Non, non, je ne peux plus par­ler! Je ne vois plus rien! Car un feu sub­til me court dans tout le corps. Les oreilles me bour­donnent.»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Édouard Romil­ly (éd. E. Figuière, coll. Le Roman inter­na­tio­nal, Paris)

«Il me paraît égal aux dieux,
L’homme qui peut s’asseoir
Vis-à-vis de toi, et de près entendre
Le son de ta voix douce
Et ton rire enchan­teur,
Qui frappe de démence
Mon cœur en ma poi­trine.
Car, dès que je te vois,
Ne fût-ce qu’un ins­tant,
Je ne puis dès lors
Exha­ler aucun son.
Mais ma langue se brise,
Un feu sub­til se glisse
Aus­si­tôt sous ma chair;
Je ne vois rien de mes yeux,
Et mes oreilles bour­donnent.»
— Ode dans la tra­duc­tion de Mario Meu­nier (éd. B. Gras­set, Paris)

«Il goûte le bon­heur que connaissent les dieux
Celui qui peut auprès de toi
Se tenir et te regar­der,
Celui qui peut goû­ter la dou­ceur de ta voix,
Celui que peut tou­cher la magie de ton rire;
Mais moi, ce rire, je le sais,
Il fait fondre mon cœur en moi.
Ah! moi, sais-tu, si je te vois,
Fût-ce une seconde aus­si brève,
Tout à coup alors sur mes lèvres
Expire sans force ma joie.
Ma langue est là comme bri­sée,
Et sou­dain, au cœur de ma chair,
Un feu invi­sible a glis­sé.
Mes yeux ne voient plus rien de clair,
À mon oreille un bruit a bour­don­né.»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Robert Bra­sillach (dans «Antho­lo­gie de la poé­sie grecque», éd. Stock, Paris)

«Il me paraît l’égal des dieux, l’homme qui peut s’asseoir dans ta pré­sence et entendre de près ton doux par­ler, ton rire savou­reux, qui font battre mon cœur au fond de ma poi­trine. Car, dès que je t’aperçois, ne fût-ce qu’un ins­tant, je n’ai plus de paroles, ma langue se brise, un feu sub­til se met à cou­rir sous ma peau, mes yeux ne voient plus, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de Rolande Canu­do (éd. du Rai­sin, Paris)

«Celui-là me paraît être l’égal des dieux,
Qui s’assied face à toi, et de tout près, écoute
Ta voix si douce;
Ce rire qui sus­cite en moi la pas­sion
Et qui, je te le jure, a fait bon­dir mon cœur
Dans ma poi­trine.
Dès que je t’aperçois, en effet, un ins­tant,
Aus­si­tôt je ne puis plus même arti­cu­ler
Une parole.
Mais ma langue se brise, et sous ma peau, se glisse
Sou­dain un feu sub­til; mes yeux sont sans regards;
Mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Léon Leloir (dans «Poé­sies lyriques grecques», éd. Office de publi­ci­té, coll. Lebègue, Bruxelles)

«Il est pareil aux dieux, l’homme qui te regarde,
Sans craindre ton sou­rire et tes yeux et ta voix,
Moi, je tremble et je sue, et ma face est hagarde,
Et mon cœur — aux abois…
La cha­leur et le froid tour à tour m’envahissent;
Je ne résiste pas au délire trop fort»
— Ode dans la tra­duc­tion de Mme Mar­gue­rite Your­ce­nar (dans «La Cou­ronne et la Lyre : poèmes», éd. Gal­li­mard, Paris)

«Cet homme-là me paraît l’égal des dieux, qui s’assied devant toi et de près entend ta douce voix,
Ton rire déli­cieux qui frappe de trans­port mon cœur dans ma poi­trine. En effet, dès que je t’aperçois, la voix me manque,
Ma langue se brise, aus­si­tôt un feu sub­til court sous ma peau; ma vue s’éteint et mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion d’Henri Lebègue (dans Pseu­do-Lon­gin, «Du sublime», ch. X, sect. 2)

«Il me paraît, celui là-bas, égal aux dieux, qui face à toi est assis, et tout près écoute ta voix suave et ton rire char­meur qui a frap­pé mon cœur d’effroi, dans ma poi­trine; tant il est vrai que si peu que je te regarde, alors il ne m’est plus pos­sible de par­ler, pas même une parole; mais voi­ci que ma langue se brise, et que sub­til aus­si­tôt sous ma peau court le feu; dans mes yeux il n’y a plus un seul regard, mes oreilles bour­donnent»
— Ode dans la tra­duc­tion de M. Jackie Pigeaud (dans Pseu­do-Lon­gin, «Du sublime», ch. X, sect. 2)

«Heu­reux qui, près de toi, pour toi seule sou­pire,
Qui jouit du plai­sir de t’entendre par­ler,
Qui te voit quel­que­fois dou­ce­ment lui sou­rire,
Les dieux, dans son bon­heur, peuvent-ils l’égaler?
Je sens de veine en veine une sub­tile flamme
Cou­rir par tout mon corps, sitôt que je te vois;
Et dans les doux trans­ports où s’égare mon âme,
Je ne sau­rais trou­ver de langue, ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue,
Je n’entends plus»
— Ode dans la tra­duc­tion de Nico­las Boi­leau (dans Pseu­do-Lon­gin, «Du sublime», ch. X, sect. 2)

«Il me semble égal aux dieux, le mor­tel assis en face de toi, qui entend de près les doux sons de ta voix
Et jouit de ton char­mant sou­rire. Ta pré­sence fait pal­pi­ter mon cœur; dès que tu parais, à l’instant ma voix s’éteint,
Ma langue se refuse à par­ler, un feu sub­til se glisse rapi­de­ment dans mes veines, mes yeux ne voient plus, un bruit sourd rem­plit mes oreilles»
— Ode dans la tra­duc­tion de Louis Vau­cher (dans Pseu­do-Lon­gin, «Du sublime», ch. X, sect. 2)

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

* En grec «Μέλη». Haut

** En grec Σαπφὼ ἡ Λεσϐία. «Mais son nom authen­tique était Ψάπφω (Psap­phô), au témoi­gnage de la poé­tesse elle-même et de mon­naies myti­lé­niennes. Des mon­naies d’Érésos ont la forme sim­pli­fiée Σαπφώ (Sap­phô) qui est deve­nue en grec la forme la plus com­mune et a abou­ti fina­le­ment à Σαφώ (Saphô)», dit Aimé Puech. Haut

*** En grec «ἡ Σαπφώ, θαυμαστόν τι χρῆμα· οὐ γὰρ ἴσμεν ἐν τῷ τοσούτῳ χρόνῳ τῷ μνημονευομένῳ φανεῖσάν τινα γυναῖκα ἐνάμιλλον οὐδὲ κατὰ μικρὸν ἐκείνῃ ποιήσεως χάριν». Haut

**** Pla­ton dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

***** «Dis­ser­ta­tions», ch. XXIV. Haut

****** Début de l’«Ion» de Pla­ton. Haut

******* p. 131. Haut

******** p. 126. Haut

********* p. 215. Haut

********** p. 186. Haut

*********** p. 115. Haut

************ p. 98. Haut

************* «[Cette] ode de Sap­pho, que Lon­gin a citée et que Boi­leau a si bien tra­duite, est le modèle peut-être inimi­table d’un amour à la fois volup­tueux et brû­lant», dit Jean-Fran­çois Mar­mon­tel («Élé­ments de lit­té­ra­ture», art. «ode»). Haut

************** C’est-à-dire «ce que je dois dire». Haut

*************** Pseu­do­nyme de Pau­line Mary Tarn. Haut