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Mot-clefélégies chinoises

sujet

«Élégies de Chu, “Chu ci”»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des «Élé­gies de Chu» («Chu ci»*), recueil chi­nois de vingt-cinq élé­gies ou poé­sies lyriques, dont les plus célèbres furent com­po­sées par Qu Yuan** (IIIe siècle av. J.-C.) et par son dis­ciple Song Yu*** (IIe siècle av. J.-C.). Au point de vue de la forme, les «Élé­gies de Chu» se dis­tinguent par le retour inva­riable d’une sorte d’interjection plain­tive, «xi!»****, qui se répète tous les deux vers. Quant au fond, elles n’ont d’autre but que celui d’exhaler des plaintes, et de repro­cher au roi de Chu la faute qu’il com­mit en congé­diant Qu Yuan. On raconte que ce mal­heu­reux poète avait une conduite exem­plaire; c’est pour­quoi il aima mieux mou­rir que de res­ter dans l’entourage cor­rom­pu du roi. Il s’en éloi­gna donc, et par­ve­nu aux bords de la rivière Mi Luo*****, il erra long­temps se par­lant à lui-même : il avait dénoué ses che­veux en signe de deuil et les lais­sait tom­ber sur son visage amai­gri. Un pêcheur le ren­con­trant dans cet état lui dit : «N’es-tu pas celui que l’on croyait un des plus grands de l’Empire? Com­ment donc en es-tu réduit à une pareille situa­tion?» Qu Yuan répon­dit : «Le monde entier est dans le désordre; moi seul, j’ai conser­vé ma pure­té. Tous se sont assou­pis dans l’ivresse; moi seul, je suis res­té vigi­lant. Voi­là pour­quoi je suis exi­lé». Le pêcheur dit : «Le véri­table sage ne se laisse embar­ras­ser par aucune chose et sait vivre avec son siècle. Si le monde entier est dans le désordre, pour­quoi ne sais-tu pas t’en accom­mo­der?…» Qu Yuan répon­dit : «J’ai enten­du dire que celui qui vient de se puri­fier dans un bain, prend soin de secouer la pous­sière de son bon­net et de chan­ger de vête­ments. Quel homme vou­drait donc, quand il est pur, se lais­ser souiller au contact de ce qui ne l’est pas? J’aime mieux cher­cher la mort dans les eaux de cette rivière et ser­vir de pâture aux pois­sons…» Il écri­vit alors un der­nier poème, et ser­rant une grosse pierre contre sa poi­trine, il se pré­ci­pi­ta dans la rivière Mi Luo.

* En chi­nois «楚辭». Autre­fois trans­crit «Tsou-tse», «Tch’ou ts’eu» ou «Chu tzu». Haut

** En chi­nois 屈原. Autre­fois trans­crit Kiu-youen, K’iu-yuen, K’iu Yuan, K’üh Yüan, Chhu Yuan ou Ch’ü Yüan. Haut

*** En chi­nois 宋玉. Autre­fois trans­crit Soung-yo ou Sung Yü. Haut

**** En chi­nois . Haut

***** En chi­nois 汩羅. Cette rivière, dans le Hunan, est for­mée par la confluence de la Mi et de la Luo. Haut