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CatégorieTrès bons ouvrages

Andreïev, «Vers les étoiles»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit de la pièce de théâtre «Vers les étoiles» («K zvioz­dam»*) de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «К звёздам». Par­fois trans­crit «K zvëz­dam». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «Récits complets. Tome V. Le Journal de Satan [et Autres Récits]»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit du «Jour­nal de Satan» («Dnev­nik Sata­ny»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «Дневник Сатаны». Par­fois trans­crit «Dnev­nik Sata­ni». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «[Récits complets. Tome III.] Judas Iscariote [et Autres Récits]»

éd. J. Corti, coll. Les Massicotés, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Les Mas­si­co­tés, Paris

Il s’agit de l’«His­toire des sept pen­dus»*Rass­kaz o semi pové­chen­nykh»**), «Judas Isca­riote» («Iou­da Iska­riot»***) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev****, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* Par­fois tra­duit «Le Conte des sept pen­dus». Haut

** En russe «Рассказ о семи повешенных». Par­fois trans­crit «Rass­kaz o semi povešen­nyx», «Rass­kaz o semi povešen­nych», «Ras­kaz o semi povešen­nyh» ou «Rass­kaz o semi pove­shen­nykh». Haut

*** En russe «Иуда Искариот». Par­fois trans­crit «Iuda Iska­riot». Haut

**** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «Récits complets. Tome II. Dans le brouillard et Autres Récits»

éd. J. Corti, Paris

éd. J. Cor­ti, Paris

Il s’agit de «Dans le brouillard» («V tou­ma­né»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «В тумане». Par­fois trans­crit «V tumane». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «Récits complets. Tome I. Le Gouffre et Autres Récits»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit du «Gouffre» («Bezd­na»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «Бездна». Par­fois trans­crit «Biezd­na». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

«Visite chez Lu You, poète chinois du XIIe siècle»

dans « Une Robe de papier pour Xue Tao : choix de textes inédits de littérature chinoise » (éd. Espaces & Signes, Paris), p. 9-13

dans «Une Robe de papier pour Xue Tao : choix de textes inédits de lit­té­ra­ture chi­noise» (éd. Espaces & Signes, Paris), p. 9-13

Il s’agit de Lu You*, un des poètes chi­nois les plus féconds (XIIe siècle apr. J.-C.). La quan­ti­té innom­brable des com­po­si­tions poé­tiques de Lu You (dix mille de conser­vées, un nombre égal de per­dues) ne manque pas d’étonner, et le sino­logue est comme sur­pris et effrayé quand il voit se déployer devant lui le vaste champ de ces poé­sies, ne sachant trop quelles limites impo­ser à son étude; et sur­tout, hési­tant à faire un choix. Si, dans ce des­sein, il se fie au goût des autoch­tones, c’est-à-dire s’il aborde seule­ment les poé­sies regar­dées comme sublimes par les Chi­nois, il fera fausse route. Trop sou­vent, celles-ci ne sont appré­ciées que pour leurs thèmes patrio­tiques et leur esprit de résis­tance, qui ser­vi­ront de modèles aux «Poé­sies com­plètes» d’un Mao Tsé-toung. En véri­té, Lu You fut un poète d’une ins­pi­ra­tion extrê­me­ment variée. Les fleurs qu’il cueillit furent des plus diverses. Il abor­da, en effet, presque tous les sujets; il prit son bien là où il le trou­va; et les pro­cla­ma­tions patrio­tiques de ses pre­mières œuvres ont ten­dance à s’éclipser, sur­tout vers la fin de sa vie, devant un éloge des pay­sages cam­pa­gnards ou le déta­che­ment d’un sage niché au fond des mon­tagnes et forêts : «Son œuvre pro­li­fique tisse la chro­nique de son quo­ti­dien, avec… un pen­chant inné pour la nature et les joies de la vie cam­pa­gnarde qui le rap­proche de Tao Yuan ming. Sa phi­lo­so­phie de la vie, ins­pi­rée par le déta­che­ment taoïste, trans­pa­raît dans “Adresse à mes visi­teurs” : “À l’ombre des mûriers les sen­teurs de cent herbes / À midi le vent frais le bruit des dévi­doirs à soie / Visi­teurs, tai­sez-vous sur les affaires du monde / Et par­ta­gez plu­tôt avec monts et forêts la longue jour­née d’été”», explique M. Guil­hem Fabre**. Lu You appe­lait son ate­lier «le nid aux livres» («shu chao»***). Il n’y rece­vait pas d’invités et n’y accueillait pas son épouse ni ses enfants. Per­chés sur les éta­gères, ali­gnés par devant, cou­chés pêle-mêle sur son lit, où qu’on por­tât le regard, on y voyait des livres. Qu’il man­geât, bût, se levât ou s’assît; qu’il souf­frît ou gémît; qu’il fût triste ou se mît en colère, ce n’était jamais sans un livre. Si d’aventure il son­geait à sor­tir, le désordre inex­tri­cable des livres l’enserrait comme des branches entre­mê­lées, et il ne pou­vait avan­cer. Alors, il disait en riant : «N’est-ce pas là ce que j’appelle mon “nid”?»****

* En chi­nois 陸游. Autre­fois trans­crit Lou Yeou, Lu Yiu ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu, l’auteur du «Clas­sique du thé», qui vécut quatre siècles plus tôt. Haut

** «Ins­tants éter­nels : cent et quelques poèmes connus par cœur en Chine» (éd. La Dif­fé­rence, Paris), p. 261. Haut

*** En chi­nois 書巢. Haut

**** «Visite chez Lu You, poète chi­nois du XIIe siècle», p. 11. Haut

«Lapérouse et ses Compagnons dans la baie d’Hudson : textes»

éd. La Découvrance, La Rochelle

éd. La Décou­vrance, La Rochelle

Il s’agit du «Jour­nal de navi­ga­tion»* de Jean-Fran­çois de La Pérouse et de la «Rela­tion de l’expédition com­man­dée par La Pérouse pour la [des­truc­tion] des éta­blis­se­ments anglais de la baie d’Hudson» de Paul Mon­ne­ron. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste**, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Jour­nal de la cam­pagne du “Sceptre” com­man­dé par M. de Lapé­rouse, capi­taine de vais­seau ayant sous ses ordres les fré­gates l’“Astrée” et l’“Enga­geante”». Haut

** «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

le major de Rostaing, «Prise et Destruction des forts anglais du Prince-de-Galles et d’York [Factory]» • La Pérouse, «Rapport au ministre de la Marine sur cette expédition»

dans « Revue du Dauphiné et du Vivarais », 1879, p. 507-524

dans «Revue du Dau­phi­né et du Viva­rais», 1879, p. 507-524

Il s’agit de la «Rela­tion inédite : prise et des­truc­tion des forts anglais du Prince-de-Galles et d’York [Fac­to­ry]» du major Joseph de Ros­taing et du «Rap­port au ministre de la Marine et des Colo­nies sur l’expédition de la baie d’Hudson»* de Jean-Fran­çois de La Pérouse. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste**, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Lettre écrite au mar­quis de Cas­tries, ministre et secré­taire d’État au dépar­te­ment de la Marine, par M. de La Pérouse, capi­taine de vais­seau, com­man­dant une divi­sion du roi; à bord du “Sceptre”, dans le détroit d’Hudson, le 6 sep­tembre 1782». Haut

** «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

La Monneraye, «Souvenirs de 1760 à 1791»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit de l’«Expé­di­tion de la baie d’Hudson (1782)» et autres sou­ve­nirs de Pierre-Bru­no-Jean de La Mon­ne­raye. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste*, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

Ôgai, «Vengeance sur la plaine du temple Goji-in et Autres Récits historiques»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit des «Der­niers Mots» («Sai­go no ikku»*), «Ven­geance sur la plaine du temple Goji-in» («Gojiin­ga­ha­ra no kata­kiu­chi»**) et autres nou­velles de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «最後の一句». Haut

** En japo­nais «護持院原の敵討». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Le Testament d’Okitsu Yagoemon, “Okitsu Yagoemon no isho”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 155-175

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 155-175

Il s’agit du «Tes­ta­ment d’Okitsu Yagoe­mon» («Okit­su Yagoe­mon no isho»*) de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «興津弥五右衛門の遺書». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «La Danseuse»

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

éd. du Rocher, coll. Nou­velle, Mona­co

Il s’agit de «La Dan­seuse»*Mai­hime»**) de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Bal­le­rine». Haut

** En japo­nais «舞姫». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «L’Intendant Sanshô : récits»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit du «Clan Abe»*Abe ichi­zo­ku»**) et de «L’Intendant San­shô»***San­shô dayû»****) de Mori Ôgai*****, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»******. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*******, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»********) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Famille Abe» ou «La Famille des Abe». Haut

** En japo­nais «阿部一族». Haut

*** Par­fois tra­duit «Le Com­man­dant San­shô». Haut

**** En japo­nais «山椒大夫». Haut

***** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

****** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

******* «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

******** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut