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Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome III.] Art et Utopie : les derniers “Fragments” (1799-1800)»

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École normale supérieure, coll. Æsthetica, Paris

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École nor­male supé­rieure, coll. Æsthe­ti­ca, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome II.] Semences»

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome I.] Le Brouillon général : matériaux pour une encyclopédistique (1798-1799)»

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «Henri d’Ofterdingen, “Heinrich von Ofterdingen”»

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

Il s’agit d’«Hen­ri d’Ofterdingen» («Hein­rich von Ofter­din­gen») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment

Il s’agit des «Dis­ciples à Saïs» («Die Lehr­linge zu Sais») et autres œuvres de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Nezâmî, «Layla et Majnûn»

éd. Fayard, Paris

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une ver­sion per­sane du «Maj­nûn et Lay­lâ»*, légende de l’amour impos­sible et par­fait, ou par­fait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répan­due en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célé­bri­té égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec les­quelles elle pré­sente plus d’un trait de res­sem­blance. «Il n’est pas si indif­fé­rent, pour­tant, de pen­ser que l’amour, bien avant de trou­ver le che­min de notre Occi­dent, avait chan­té si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots», explique M. André Miquel. Maj­nûn et Lay­lâ vivaient un peu après Maho­met. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à ali­men­ter l’amour, ain­si que la proxi­mi­té des camps, agglu­ti­nés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient don­ner natu­rel­le­ment aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tri­bus dif­fé­rentes l’occasion de se voir et faire naître les pas­sions les plus vives. Mais, en même temps, la néces­si­té de chan­ger fré­quem­ment de place, pour aller cher­cher au loin d’abondants pâtu­rages, devait contra­rier non moins sou­vent les amours nais­santes : «Déjà deux jeunes cœurs lan­guis­saient l’un pour l’autre; déjà leurs sou­pirs, aus­si brû­lants que l’air enflam­mé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes; la jeune fille, timide, s’éloigne len­te­ment en dévo­rant ses larmes, et son amant, res­té seul en proie à sa dou­leur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre déses­poir»**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Ara­bie Maj­nûn et Lay­lâ, mais aus­si Jamîl et Buthay­na, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Par­fois tra­duit «Mec­nun et Ley­lâ», «Megnoun et Leï­leh», «Magnoun et Leï­la», «Med­j­noun et Leï­lé», «Med­jnūn et Leylā», «Mad­j­noûn et Ley­lî», «Mad­j­noune et Lei­ly», «Mad­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­noun et Lei­la», «Maj­noon et Lei­li», «Med­gnoun et Lei­leh», «Mej­noûn et Laï­la», «Mad­j­non et Lalé», «Maj­noune et Ley­la», «Maǧnūn et Laylā», «Maj­noun et Lai­li», «Muj­noon et Lai­li» ou «May­nun et Lay­la». Haut

** Antoine-Léo­nard de Ché­zy, «Pré­face au “Med­j­noun et Leï­lâ” de Djâ­mî». Haut

le père Porée, «Le Paresseux : comédie»

dans « Théâtre européen, nouvelle collection. Théâtre latin moderne » (XIXᵉ siècle), p. 1-42

dans «Théâtre euro­péen, nou­velle col­lec­tion. Théâtre latin moderne» (XIXe siècle), p. 1-42

Il s’agit de la comé­die «Le Pares­seux» («Otio­sus») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

le père Porée, «Le Joueur : comédie»

dans « Théâtre européen, nouvelle collection. Théâtre latin moderne » (XIXᵉ siècle), p. 43-76

dans «Théâtre euro­péen, nou­velle col­lec­tion. Théâtre latin moderne» (XIXe siècle), p. 43-76

Il s’agit de la comé­die «Le Joueur» («Alea­tor») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

«Théâtre jésuite néo-latin et Antiquité : sur le “Brutus” de Charles Porée (1708)»

éd. École française de Rome, coll. de l’École française de Rome, Rome

éd. École fran­çaise de Rome, coll. de l’École fran­çaise de Rome, Rome

Il s’agit de la tra­gé­die «Bru­tus» du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

le père Porée, «“De theatro”, Discours sur les spectacles»

éd. Société de littératures classiques, coll. des Rééditions de textes du XVIIᵉ siècle, Toulouse

éd. Socié­té de lit­té­ra­tures clas­siques, coll. des Réédi­tions de textes du XVIIe siècle, Tou­louse

Il s’agit du «Dis­cours sur les spec­tacles» («De thea­tro») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut