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Maupertuis, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Ac­cord des dif­fé­rentes lois de la na­ture qui avaient jusqu’ici paru in­com­pa­tibles » et autres œuvres de Pierre-Louis Mo­reau de Mau­per­tuis1, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui dé­mon­tra que la Terre était ef­fec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait prévu New­ton. Mau­per­tuis com­mença sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mi­li­taire ne lui firent pas né­gli­ger pour au­tant l’étude des ma­thé­ma­tiques, et ce goût fi­nit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se dé­mit de ses fonc­tions et pos­tula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ou­verts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit re­mar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus ha­bile can­di­dat parmi ceux s’étant pré­sen­tés : « Le plus digne de la place », ré­pon­dit l’abbé2, « n’est pas ce­lui qui est le plus ha­bile ; c’est ce­lui qui est le plus ca­pable de le de­ve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne » (pro­nos­tic qui fut vé­ri­fié par la suite). Le livre des « Prin­ci­pia ma­the­ma­tica » de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus cé­lèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton ve­nait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit sé­jour­ner en An­gle­terre ; il trouva les dis­ciples de ce grand homme ; il de­vint leur émule. Et en quit­tant fi­na­le­ment l’Angleterre, il en rap­porta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés so­lides, qui bâ­tirent sa ré­pu­ta­tion. Il de­vint « le pre­mier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se dé­cla­rer ou­ver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon ci­toyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour at­ta­quer cette phy­sique il a eu be­soin d’un cou­rage dont on doit lui sa­voir gré ».

  1. À ne pas confondre avec Louis de Me­lun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment ca­pi­taine de ca­va­le­rie, bri­ga­dier des ar­mées du Roi, et ca­pi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut
  1. Dans La Beau­melle, « Vie de Mau­per­tuis ». Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la « Re­la­tion du voyage fait par ordre du Roi au cercle po­laire » et autres œuvres de Pierre-Louis Mo­reau de Mau­per­tuis1, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui dé­mon­tra que la Terre était ef­fec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait prévu New­ton. Mau­per­tuis com­mença sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mi­li­taire ne lui firent pas né­gli­ger pour au­tant l’étude des ma­thé­ma­tiques, et ce goût fi­nit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se dé­mit de ses fonc­tions et pos­tula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ou­verts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit re­mar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus ha­bile can­di­dat parmi ceux s’étant pré­sen­tés : « Le plus digne de la place », ré­pon­dit l’abbé2, « n’est pas ce­lui qui est le plus ha­bile ; c’est ce­lui qui est le plus ca­pable de le de­ve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne » (pro­nos­tic qui fut vé­ri­fié par la suite). Le livre des « Prin­ci­pia ma­the­ma­tica » de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus cé­lèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton ve­nait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit sé­jour­ner en An­gle­terre ; il trouva les dis­ciples de ce grand homme ; il de­vint leur émule. Et en quit­tant fi­na­le­ment l’Angleterre, il en rap­porta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés so­lides, qui bâ­tirent sa ré­pu­ta­tion. Il de­vint « le pre­mier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se dé­cla­rer ou­ver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon ci­toyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour at­ta­quer cette phy­sique il a eu be­soin d’un cou­rage dont on doit lui sa­voir gré ».

  1. À ne pas confondre avec Louis de Me­lun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment ca­pi­taine de ca­va­le­rie, bri­ga­dier des ar­mées du Roi, et ca­pi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut
  1. Dans La Beau­melle, « Vie de Mau­per­tuis ». Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la « Lettre sur le pro­grès des sciences » et autres œuvres de Pierre-Louis Mo­reau de Mau­per­tuis1, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui dé­mon­tra que la Terre était ef­fec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait prévu New­ton. Mau­per­tuis com­mença sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mi­li­taire ne lui firent pas né­gli­ger pour au­tant l’étude des ma­thé­ma­tiques, et ce goût fi­nit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se dé­mit de ses fonc­tions et pos­tula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ou­verts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit re­mar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus ha­bile can­di­dat parmi ceux s’étant pré­sen­tés : « Le plus digne de la place », ré­pon­dit l’abbé2, « n’est pas ce­lui qui est le plus ha­bile ; c’est ce­lui qui est le plus ca­pable de le de­ve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne » (pro­nos­tic qui fut vé­ri­fié par la suite). Le livre des « Prin­ci­pia ma­the­ma­tica » de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus cé­lèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton ve­nait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit sé­jour­ner en An­gle­terre ; il trouva les dis­ciples de ce grand homme ; il de­vint leur émule. Et en quit­tant fi­na­le­ment l’Angleterre, il en rap­porta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés so­lides, qui bâ­tirent sa ré­pu­ta­tion. Il de­vint « le pre­mier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se dé­cla­rer ou­ver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon ci­toyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour at­ta­quer cette phy­sique il a eu be­soin d’un cou­rage dont on doit lui sa­voir gré ».

  1. À ne pas confondre avec Louis de Me­lun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment ca­pi­taine de ca­va­le­rie, bri­ga­dier des ar­mées du Roi, et ca­pi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut
  1. Dans La Beau­melle, « Vie de Mau­per­tuis ». Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit du « Dis­cours sur les dif­fé­rentes fi­gures des astres » et autres œuvres de Pierre-Louis Mo­reau de Mau­per­tuis1, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui dé­mon­tra que la Terre était ef­fec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait prévu New­ton. Mau­per­tuis com­mença sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mi­li­taire ne lui firent pas né­gli­ger pour au­tant l’étude des ma­thé­ma­tiques, et ce goût fi­nit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se dé­mit de ses fonc­tions et pos­tula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ou­verts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit re­mar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus ha­bile can­di­dat parmi ceux s’étant pré­sen­tés : « Le plus digne de la place », ré­pon­dit l’abbé2, « n’est pas ce­lui qui est le plus ha­bile ; c’est ce­lui qui est le plus ca­pable de le de­ve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne » (pro­nos­tic qui fut vé­ri­fié par la suite). Le livre des « Prin­ci­pia ma­the­ma­tica » de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus cé­lèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton ve­nait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit sé­jour­ner en An­gle­terre ; il trouva les dis­ciples de ce grand homme ; il de­vint leur émule. Et en quit­tant fi­na­le­ment l’Angleterre, il en rap­porta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés so­lides, qui bâ­tirent sa ré­pu­ta­tion. Il de­vint « le pre­mier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se dé­cla­rer ou­ver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon ci­toyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour at­ta­quer cette phy­sique il a eu be­soin d’un cou­rage dont on doit lui sa­voir gré ».

  1. À ne pas confondre avec Louis de Me­lun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment ca­pi­taine de ca­va­le­rie, bri­ga­dier des ar­mées du Roi, et ca­pi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut
  1. Dans La Beau­melle, « Vie de Mau­per­tuis ». Haut

Marc Aurèle, « Pensées »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit des « Pen­sées » de Marc Au­rèle1 (IIe siècle apr. J.-C.). Nul Em­pe­reur ro­main n’eut plus à cœur le bien pu­blic que Marc Au­rèle ; nul prince ita­lien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses de­voirs. Sa vie bien­fai­sante se passa tout en­tière dans de cruelles épreuves. Il eut à apai­ser, à l’intérieur, des ré­voltes sans cesse re­nais­santes ; il vit la peste dé­vas­ter les pro­vinces les plus flo­ris­santes de l’Italie ; il épuisa ses forces à lut­ter contre les Ger­mains dans des cam­pagnes sans vic­toire dé­ci­sive ; il mou­rut avec le fu­neste pres­sen­ti­ment de l’inévitable ca­tas­trophe dont les peuples bar­bares me­na­çaient l’Empire. À me­sure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les res­pon­sa­bi­li­tés, il res­sen­tit de plus en plus le be­soin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même ; de mé­di­ter au jour le jour sous l’impression di­recte des évé­ne­ments ou des sou­ve­nirs ; de se for­ti­fier en re­pre­nant contact avec les quatre ou cinq prin­cipes où se concen­traient ses convic­tions. « Comme les mé­de­cins ont tou­jours sous la main leurs ap­pa­reils et leurs trousses pour les soins à don­ner d’urgence, de même [je] tiens tou­jours prêts les prin­cipes grâce aux­quels [je] pour­rai connaître les choses di­vines et hu­maines », dit-il dans un pas­sage ad­mi­rable2. Ce fut au cours de ses toutes der­nières ex­pé­di­tions que, campé sur les bords sau­vages du Da­nube, pro­fi­tant de quelques heures de loi­sir, il ré­di­gea en grec, en so­li­loque avec lui-même, les pages im­mor­telles des « Pen­sées » qui ont ré­vélé sa belle âme, sa vertu aus­tère, sa pro­fonde mé­lan­co­lie. « À soi-même » (« Ta eis heau­ton »3) : tel est le vé­ri­table titre de son ou­vrage. « Ja­mais on n’écrivit plus sim­ple­ment pour soi, à seule fin de dé­char­ger son cœur, sans autre té­moin que Dieu. Pas une ombre de sys­tème. Marc Au­rèle, à pro­pre­ment par­ler, n’a pas de phi­lo­so­phie ; quoiqu’il doive presque tout au stoï­cisme trans­formé par l’esprit ro­main, il n’est d’aucune école », dit Er­nest Re­nan4. En ef­fet, la phi­lo­so­phie de Marc Au­rèle ne re­pose sur autre chose que sur la rai­son. Elle ré­sulte du simple fait d’une conscience mo­rale aussi vaste, aussi éten­due que l’Empire au­quel elle com­mande. Son thème fon­da­men­tal, c’est le rat­ta­che­ment de l’homme, si chan­ce­lant et si pas­sa­ger, à l’univers per­pé­tuel et di­vin, à la « chère cité de Zeus » (« po­lis philê Dios »5) — rat­ta­che­ment qui lui ré­vèle le de­voir de la vertu et qui l’associe à l’œuvre ma­gni­fi­que­ment belle, sou­ve­rai­ne­ment juste de la créa­tion : « Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde !… Tout est fruit pour moi de ce que pro­duisent tes sai­sons, ô na­ture ! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi »6. Et plus loin : « Ma cité et ma pa­trie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde »7. Comme Ham­let de­vant le crâne, Marc Au­rèle se de­mande ce que la na­ture a fait des os d’Alexandre et de son mu­le­tier. Il a des images et des tri­via­li­tés sha­kes­pea­riennes pour peindre l’inanité des choses : « Dans un ins­tant, tu ne se­ras plus que cendre ou sque­lette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho ! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pour­ri­ture, mes­qui­ne­ries, chiens qui s’entre-mordent »8.

  1. En la­tin Mar­cus Au­re­lius An­to­ni­nus. Au­tre­fois trans­crit Marc An­to­nin. Haut
  2. liv. III, ch. 11. Haut
  3. En grec « Τὰ εἰς ἑαυτόν ». Haut
  4. « Marc-Au­rèle et la Fin du monde an­tique », p. 262. Haut
  1. En grec « πόλις φίλη Διός ». Haut
  2. liv. IV, ch. 23. Haut
  3. liv. VI, ch. 44. Haut
  4. liv. V, ch. 33. Haut

Aristote, « Grande Morale »

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », nº 23, p. 3-90

dans « Re­vue de l’Institut ca­tho­lique de Pa­ris », no 23, p. 3-90

Il s’agit de la « Grande Mo­rale » (« Êthika me­gala »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ μεγάλα ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Aristote, « Éthique à Eudème »

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Mont­réal, coll. Bi­blio­thèque des textes phi­lo­so­phiques, Pa­ris-Mont­réal

Il s’agit de l’« Éthique à Eu­dème » (« Êthika Eu­dê­mia »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ Εὐδήμια ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Aristote, « Éthique de Nicomaque »

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Pa­ris

Il s’agit de l’« Éthique à Ni­co­maque » (« Êthika Ni­ko­ma­cheia »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ Νικομάχεια ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Cioran, « Œuvres »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Quarto, Pa­ris

Il s’agit de M. Emil Cio­ran1, in­tel­lec­tuel rou­main d’expression fran­çaise (XXe siècle). Com­ment peut-on être Fran­çais ? com­ment peut-on dis­po­ser d’une langue si sub­tile et ne pas réus­sir à ex­pri­mer les si­gni­fi­ca­tions de l’homme d’aujourd’hui ?, se de­man­dait M. Cio­ran. Il lui sem­blait que le monde ac­tuel était ter­ri­ble­ment in­té­res­sant, et son seul re­gret était de ne pas pou­voir y par­ti­ci­per da­van­tage — à cause de lui-même, ou plu­tôt de son des­tin d’intellectuel rou­main : « Qui­conque est doué du sens de l’histoire », dit-il2, « ad­met­tra que… les Rou­mains ont vécu dans une in­exis­tence per­ma­nente ». Mais ar­rivé en France, M. Cio­ran fut sur­pris de voir que la France même, au­tre­ment douée et pla­cée, ne par­ti­ci­pait plus aux choses, ni même ne leur as­si­gnait un nom. Il lui sem­blait pour­tant que la vo­ca­tion pre­mière de cette na­tion était de com­prendre les autres et de leur faire com­prendre. Mais de­puis des dé­cen­nies, la France cher­chait des lu­mières au lieu d’en don­ner : « J’étais allé loin pour cher­cher le so­leil, et le so­leil, en­fin trouvé, m’était hos­tile. Et si j’allais me je­ter du haut de la fa­laise ? Pen­dant que je fai­sais des consi­dé­ra­tions plu­tôt sombres, tout en re­gar­dant ces pins, ces ro­chers, ces vagues, je sen­tis sou­dain à quel point j’étais rivé à ce bel uni­vers mau­dit », dit-il3. Si, dans son œuvre de langue rou­maine, M. Cio­ran ne ces­sait de dé­plo­rer la si­tua­tion des cultures sans des­tin, des cultures mi­neures, tou­jours res­tées ano­nymes, ses ou­vrages de langue fran­çaise offrent une vi­sion tout aussi pes­si­miste des cultures ma­jeures ayant eu ja­dis une am­bi­tion mé­ta­phy­sique et un dé­sir de trans­for­mer le monde, ar­ri­vées dé­sor­mais à une phase de dé­clin, à la per­pé­tua­tion d’une « race de sous-hommes, res­quilleurs de l’apocalypse »4. Et les unes et les autres marchent — courent même — vers un dé­sastre réel, et non vers quelque idéale per­fec­tion. Et M. Cio­ran de conclure : « Le “pro­grès” est l’équivalent mo­derne de la Chute, la ver­sion pro­fane de la dam­na­tion »5.

  1. Éga­le­ment connu sous le sur­nom d’E. M. Cio­ran. Fas­ciné par les ini­tiales d’E. M. Fors­ter, Cio­ran les adopta pour lui-même. Il di­sait qu’Emil tout court, c’était un pré­nom vul­gaire, un pré­nom de coif­feur. Haut
  2. « So­li­tude et Des­tin ». Haut
  3. « Aveux et Ana­thèmes ». Haut
  1. « Pré­cis de dé­com­po­si­tion ». Haut
  2. « La Chute dans le temps ». Haut

Tchouang-tseu, « L’Œuvre complète »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres re­pré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Pa­ris

Il s’agit de « L’Œuvre com­plète » de Tchouang-tseu1, pen­seur taoïste, un des plus grands maîtres de la prose chi­noise (IVe siècle av. J.-C.). Laissé pour compte du­rant des siècles, il exer­cera une in­fluence tar­dive, mais sans cesse crois­sante, tant sur les taoïstes que sur les boud­dhistes, et en l’an 742 apr. J.-C. l’Empereur chi­nois pro­mul­guera un édit pour ca­no­ni­ser son « Œuvre com­plète », dé­sor­mais un clas­sique, qui se verra at­tri­buer le titre post­hume de « Clas­sique au­then­tique de la splen­deur mé­ri­dio­nale » (« Nan­hua zhen­jing »2). En Tchouang-tseu, nous ren­con­trons un phi­lo­sophe ori­gi­nal dont le lan­gage de poète, plein d’images har­dies, d’artifices lit­té­raires, pos­sède un at­trait in­connu aux autres pen­seurs de la Chine. Son « Œuvre com­plète » prend l’aspect d’allégories mys­tiques ; de pen­sées non seule­ment ré­flé­chies et dé­mon­trées, mais res­sen­ties et pé­né­trant tout son être. Sa phi­lo­so­phie, c’est le quié­tisme na­tu­ra­liste. « Na­tu­ra­liste », car se­lon Tchouang-tseu, tout est bien à l’état na­tu­rel ; tout dé­gé­nère entre les mains de l’homme. « Quié­tisme », car pour re­trou­ver en soi la splen­deur ori­gi­nelle de la na­ture, il faut une tran­quillité comme celle de l’eau inerte ; un calme comme ce­lui du mi­roir : « Si la tran­quillité de l’eau per­met de re­flé­ter les choses, que ne peut celle de l’esprit ? Qu’il est tran­quille, l’esprit du saint ! Il est le mi­roir de l’univers et de tous les êtres »3. L’acte su­prême est de ne point in­ter­ve­nir, et la pa­role su­prême est de ne rien dire : « La nasse sert à prendre le pois­son ; quand le pois­son est pris, ou­bliez la nasse. Le piège sert à cap­tu­rer le lièvre ; quand le lièvre est pris, ou­bliez le piège. La pa­role sert à ex­pri­mer l’idée ; quand l’idée est sai­sie, ou­bliez la pa­role. [Où] pour­rais-je ren­con­trer quelqu’un qui ou­blie la pa­role, et dia­lo­guer avec lui ? »4 La pa­role n’est pas sûre, car c’est d’elle que pro­viennent toutes les dis­tinc­tions éta­blies ar­ti­fi­ciel­le­ment par l’homme. Or, l’univers est in­dis­tinct, in­for­mel, et soi-même est aussi l’autre : « Ja­dis, Tchouang-tseu rêva qu’il était un pa­pillon vol­ti­geant et sa­tis­fait de son sort et igno­rant qu’il était Tchouang-tseu lui-même ; brus­que­ment, il s’éveilla et s’aperçut avec éton­ne­ment qu’il était Tchouang-tseu. Il ne sut plus si c’était Tchouang-tseu rê­vant qu’il était un pa­pillon, ou un pa­pillon rê­vant qu’il était Tchouang-tseu »

  1. En chi­nois 莊子. Par­fois trans­crit Tchouang-tsée, Tchoang-tseu, Tchoang-tzeu, Tchouang-tsze, Tchuang-tze, Chwang-tsze, Chuang-tze, Choang-tzu, Zhuang Si, Zhouangzi ou Zhuangzi. Éga­le­ment connu sous le nom de Tchouang Tcheou (莊周). Par­fois trans­crit Tchuang-tcheou, Chuang Chou, Zhouang Zhou ou Zhuang Zhou. Haut
  2. En chi­nois « 南華真經 ». Par­fois trans­crit « Nan-houa tcheng-king », « Nan-hoà-cienn ching », « Nan hwa chin king », « Nan-hoa-tchenn king », « Nan-houa tchen-tsing » ou « Nan-hua chen ching ». Éga­le­ment connu sous le titre abrégé de « 南華經 » (« Nan­hua­jing »). Haut
  1. p. 111. Haut
  2. p. 221. Haut