Aller au contenu

Mot-clefvie

sujet

Maupertuis, «Œuvres. Tome IV»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’«Accord des dif­fé­rentes lois de la nature qui avaient jusqu’ici paru incom­pa­tibles» et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Mau­per­tuis*, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui démon­tra que la Terre était effec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait pré­vu New­ton. Mau­per­tuis com­men­ça sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mili­taire ne lui firent pas négli­ger pour autant l’étude des mathé­ma­tiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonc­tions et pos­tu­la une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit remar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus habile can­di­dat par­mi ceux s’étant pré­sen­tés : «Le plus digne de la place», répon­dit l’abbé**, «n’est pas celui qui est le plus habile; c’est celui qui est le plus capable de le deve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne» (pro­nos­tic qui fut véri­fié par la suite). Le livre des «Prin­ci­pia mathe­ma­ti­ca» de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton venait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit séjour­ner en Angle­terre; il trou­va les dis­ciples de ce grand homme; il devint leur émule. Et en quit­tant fina­le­ment l’Angleterre, il en rap­por­ta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés solides, qui bâtirent sa répu­ta­tion. Il devint «le pre­mier» en France, comme dit «l’Encyclopédie», «qui ait osé se décla­rer ouver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon citoyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour atta­quer cette phy­sique il a eu besoin d’un cou­rage dont on doit lui savoir gré».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment capi­taine de cava­le­rie, bri­ga­dier des armées du Roi, et capi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beau­melle, «Vie de Mau­per­tuis». Haut

Maupertuis, «Œuvres. Tome III»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la «Rela­tion du voyage fait par ordre du Roi au cercle polaire» et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Mau­per­tuis*, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui démon­tra que la Terre était effec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait pré­vu New­ton. Mau­per­tuis com­men­ça sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mili­taire ne lui firent pas négli­ger pour autant l’étude des mathé­ma­tiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonc­tions et pos­tu­la une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit remar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus habile can­di­dat par­mi ceux s’étant pré­sen­tés : «Le plus digne de la place», répon­dit l’abbé**, «n’est pas celui qui est le plus habile; c’est celui qui est le plus capable de le deve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne» (pro­nos­tic qui fut véri­fié par la suite). Le livre des «Prin­ci­pia mathe­ma­ti­ca» de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton venait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit séjour­ner en Angle­terre; il trou­va les dis­ciples de ce grand homme; il devint leur émule. Et en quit­tant fina­le­ment l’Angleterre, il en rap­por­ta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés solides, qui bâtirent sa répu­ta­tion. Il devint «le pre­mier» en France, comme dit «l’Encyclopédie», «qui ait osé se décla­rer ouver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon citoyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour atta­quer cette phy­sique il a eu besoin d’un cou­rage dont on doit lui savoir gré».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment capi­taine de cava­le­rie, bri­ga­dier des armées du Roi, et capi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beau­melle, «Vie de Mau­per­tuis». Haut

Maupertuis, «Œuvres. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la «Lettre sur le pro­grès des sciences» et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Mau­per­tuis*, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui démon­tra que la Terre était effec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait pré­vu New­ton. Mau­per­tuis com­men­ça sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mili­taire ne lui firent pas négli­ger pour autant l’étude des mathé­ma­tiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonc­tions et pos­tu­la une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit remar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus habile can­di­dat par­mi ceux s’étant pré­sen­tés : «Le plus digne de la place», répon­dit l’abbé**, «n’est pas celui qui est le plus habile; c’est celui qui est le plus capable de le deve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne» (pro­nos­tic qui fut véri­fié par la suite). Le livre des «Prin­ci­pia mathe­ma­ti­ca» de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton venait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit séjour­ner en Angle­terre; il trou­va les dis­ciples de ce grand homme; il devint leur émule. Et en quit­tant fina­le­ment l’Angleterre, il en rap­por­ta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés solides, qui bâtirent sa répu­ta­tion. Il devint «le pre­mier» en France, comme dit «l’Encyclopédie», «qui ait osé se décla­rer ouver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon citoyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour atta­quer cette phy­sique il a eu besoin d’un cou­rage dont on doit lui savoir gré».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment capi­taine de cava­le­rie, bri­ga­dier des armées du Roi, et capi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beau­melle, «Vie de Mau­per­tuis». Haut

Maupertuis, «Œuvres. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit du «Dis­cours sur les dif­fé­rentes figures des astres» et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Mau­per­tuis*, géo­mètre et phi­lo­sophe fran­çais qui démon­tra que la Terre était effec­ti­ve­ment apla­tie aux pôles, confor­mé­ment à ce qu’avait pré­vu New­ton. Mau­per­tuis com­men­ça sa car­rière dans la com­pa­gnie des mous­que­taires. Son jeune âge, le feu de son tem­pé­ra­ment, les dis­si­pa­tions de sa vie mili­taire ne lui firent pas négli­ger pour autant l’étude des mathé­ma­tiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonc­tions et pos­tu­la une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Ter­ras­son. Quelqu’un fit remar­quer à ce der­nier que Mau­per­tuis n’était pas le plus habile can­di­dat par­mi ceux s’étant pré­sen­tés : «Le plus digne de la place», répon­dit l’abbé**, «n’est pas celui qui est le plus habile; c’est celui qui est le plus capable de le deve­nir… Or, en par­tant de là, Mau­per­tuis est le plus digne» (pro­nos­tic qui fut véri­fié par la suite). Le livre des «Prin­ci­pia mathe­ma­ti­ca» de New­ton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que com­pris. Notre aca­dé­mi­cien en fit l’objet prin­ci­pal de ses études. En 1728, New­ton venait de mou­rir, com­blé d’années et d’honneurs, quand Mau­per­tuis par­tit séjour­ner en Angle­terre; il trou­va les dis­ciples de ce grand homme; il devint leur émule. Et en quit­tant fina­le­ment l’Angleterre, il en rap­por­ta des connais­sances nou­velles et des ami­tiés solides, qui bâtirent sa répu­ta­tion. Il devint «le pre­mier» en France, comme dit «l’Encyclopédie», «qui ait osé se décla­rer ouver­te­ment new­to­nien. [Il] a cru qu’on pou­vait être bon citoyen, sans adop­ter aveu­glé­ment la phy­sique [car­té­sienne] de son pays, et pour atta­quer cette phy­sique il a eu besoin d’un cou­rage dont on doit lui savoir gré».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, mar­quis de Mau­per­tuis, qui fut suc­ces­si­ve­ment capi­taine de cava­le­rie, bri­ga­dier des armées du Roi, et capi­taine-lieu­te­nant de la pre­mière com­pa­gnie des mous­que­taires. Il mou­rut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beau­melle, «Vie de Mau­per­tuis». Haut

Marc Aurèle, «Pensées»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Pen­sées» de Marc Aurèle* (IIe siècle apr. J.-C.). Nul Empe­reur romain n’eut plus à cœur le bien public que Marc Aurèle; nul prince ita­lien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses devoirs. Sa vie bien­fai­sante se pas­sa tout entière dans de cruelles épreuves. Il eut à apai­ser, à l’intérieur, des révoltes sans cesse renais­santes; il vit la peste dévas­ter les pro­vinces les plus flo­ris­santes de l’Italie; il épui­sa ses forces à lut­ter contre les Ger­mains dans des cam­pagnes sans vic­toire déci­sive; il mou­rut avec le funeste pres­sen­ti­ment de l’inévitable catas­trophe dont les peuples bar­bares mena­çaient l’Empire. À mesure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les res­pon­sa­bi­li­tés, il res­sen­tit de plus en plus le besoin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même; de médi­ter au jour le jour sous l’impression directe des évé­ne­ments ou des sou­ve­nirs; de se for­ti­fier en repre­nant contact avec les quatre ou cinq prin­cipes où se concen­traient ses convic­tions. «Comme les méde­cins ont tou­jours sous la main leurs appa­reils et leurs trousses pour les soins à don­ner d’urgence, de même [je] tiens tou­jours prêts les prin­cipes grâce aux­quels [je] pour­rai connaître les choses divines et humaines», dit-il dans un pas­sage admi­rable**. Ce fut au cours de ses toutes der­nières expé­di­tions que, cam­pé sur les bords sau­vages du Danube, pro­fi­tant de quelques heures de loi­sir, il rédi­gea en grec, en soli­loque avec lui-même, les pages immor­telles des «Pen­sées» qui ont révé­lé sa belle âme, sa ver­tu aus­tère, sa pro­fonde mélan­co­lie. «À soi-même» («Ta eis heau­ton»***) : tel est le véri­table titre de son ouvrage. «Jamais on n’écrivit plus sim­ple­ment pour soi, à seule fin de déchar­ger son cœur, sans autre témoin que Dieu. Pas une ombre de sys­tème. Marc Aurèle, à pro­pre­ment par­ler, n’a pas de phi­lo­so­phie; quoiqu’il doive presque tout au stoï­cisme trans­for­mé par l’esprit romain, il n’est d’aucune école», dit Ernest Renan****. En effet, la phi­lo­so­phie de Marc Aurèle ne repose sur autre chose que sur la rai­son. Elle résulte du simple fait d’une conscience morale aus­si vaste, aus­si éten­due que l’Empire auquel elle com­mande. Son thème fon­da­men­tal, c’est le rat­ta­che­ment de l’homme, si chan­ce­lant et si pas­sa­ger, à l’univers per­pé­tuel et divin, à la «chère cité de Zeus» («polis phi­lê Dios»*****) — rat­ta­che­ment qui lui révèle le devoir de la ver­tu et qui l’associe à l’œuvre magni­fi­que­ment belle, sou­ve­rai­ne­ment juste de la créa­tion : «Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde!… Tout est fruit pour moi de ce que pro­duisent tes sai­sons, ô nature! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi»******. Et plus loin : «Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome; en tant qu’homme, c’est le monde»*******. Comme Ham­let devant le crâne, Marc Aurèle se demande ce que la nature a fait des os d’Alexandre et de son mule­tier. Il a des images et des tri­via­li­tés sha­kes­pea­riennes pour peindre l’inanité des choses : «Dans un ins­tant, tu ne seras plus que cendre ou sque­lette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pour­ri­ture, mes­qui­ne­ries, chiens qui s’entre-mordent»********.

* En latin Mar­cus Aure­lius Anto­ni­nus. Autre­fois trans­crit Marc Anto­nin. Haut

** liv. III, ch. 11. Haut

*** En grec «Τὰ εἰς ἑαυτόν». Haut

**** «Marc-Aurèle et la Fin du monde antique», p. 262. Haut

***** En grec «πόλις φίλη Διός». Haut

****** liv. IV, ch. 23. Haut

******* liv. VI, ch. 44. Haut

******** liv. V, ch. 33. Haut

Aristote, «Grande Morale»

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », nº 23, p. 3-90

dans «Revue de l’Institut catho­lique de Paris», no 23, p. 3-90

Il s’agit de la «Grande Morale» («Êthi­ka mega­la»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ μεγάλα». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Aristote, «Éthique à Eudème»

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Mont­réal, coll. Biblio­thèque des textes phi­lo­so­phiques, Paris-Mont­réal

Il s’agit de l’«Éthique à Eudème» («Êthi­ka Eudê­mia»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ Εὐδήμια». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Aristote, «Éthique de Nicomaque»

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Paris

Il s’agit de l’«Éthique à Nico­maque» («Êthi­ka Niko­ma­cheia»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

* En grec «Ἠθικὰ Νικομάχεια». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

Cioran, «Œuvres»

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Quar­to, Paris

Il s’agit de M. Emil Cio­ran*, intel­lec­tuel rou­main d’expression fran­çaise (XXe siècle). Com­ment peut-on être Fran­çais? com­ment peut-on dis­po­ser d’une langue si sub­tile et ne pas réus­sir à expri­mer les signi­fi­ca­tions de l’homme d’aujourd’hui?, se deman­dait M. Cio­ran. Il lui sem­blait que le monde actuel était ter­ri­ble­ment inté­res­sant, et son seul regret était de ne pas pou­voir y par­ti­ci­per davan­tage — à cause de lui-même, ou plu­tôt de son des­tin d’intellectuel rou­main : «Qui­conque est doué du sens de l’histoire», dit-il**, «admet­tra que… les Rou­mains ont vécu dans une inexis­tence per­ma­nente». Mais arri­vé en France, M. Cio­ran fut sur­pris de voir que la France même, autre­ment douée et pla­cée, ne par­ti­ci­pait plus aux choses, ni même ne leur assi­gnait un nom. Il lui sem­blait pour­tant que la voca­tion pre­mière de cette nation était de com­prendre les autres et de leur faire com­prendre. Mais depuis des décen­nies, la France cher­chait des lumières au lieu d’en don­ner : «J’étais allé loin pour cher­cher le soleil, et le soleil, enfin trou­vé, m’était hos­tile. Et si j’allais me jeter du haut de la falaise? Pen­dant que je fai­sais des consi­dé­ra­tions plu­tôt sombres, tout en regar­dant ces pins, ces rochers, ces vagues, je sen­tis sou­dain à quel point j’étais rivé à ce bel uni­vers mau­dit», dit-il***. Si, dans son œuvre de langue rou­maine, M. Cio­ran ne ces­sait de déplo­rer la situa­tion des cultures sans des­tin, des cultures mineures, tou­jours res­tées ano­nymes, ses ouvrages de langue fran­çaise offrent une vision tout aus­si pes­si­miste des cultures majeures ayant eu jadis une ambi­tion méta­phy­sique et un désir de trans­for­mer le monde, arri­vées désor­mais à une phase de déclin, à la per­pé­tua­tion d’une «race de sous-hommes, res­quilleurs de l’apocalypse»****. Et les unes et les autres marchent — courent même — vers un désastre réel, et non vers quelque idéale per­fec­tion. Et M. Cio­ran de conclure : «Le “pro­grès” est l’équivalent moderne de la Chute, la ver­sion pro­fane de la dam­na­tion»*****.

* Éga­le­ment connu sous le sur­nom d’E. M. Cio­ran. Fas­ci­né par les ini­tiales d’E. M. Fors­ter, Cio­ran les adop­ta pour lui-même. Il disait qu’Emil tout court, c’était un pré­nom vul­gaire, un pré­nom de coif­feur. Haut

** «Soli­tude et Des­tin». Haut

*** «Aveux et Ana­thèmes». Haut

**** «Pré­cis de décom­po­si­tion». Haut

***** «La Chute dans le temps». Haut

Tchouang-tseu, «L’Œuvre complète»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu*, pen­seur taoïste, un des plus grands maîtres de la prose chi­noise (IVe siècle av. J.-C.). Lais­sé pour compte durant des siècles, il exer­ce­ra une influence tar­dive, mais sans cesse crois­sante, tant sur les taoïstes que sur les boud­dhistes, et en l’an 742 apr. J.-C. l’Empereur chi­nois pro­mul­gue­ra un édit pour cano­ni­ser son «Œuvre com­plète», désor­mais un clas­sique, qui se ver­ra attri­buer le titre post­hume de «Clas­sique authen­tique de la splen­deur méri­dio­nale» («Nan­hua zhen­jing»**). En Tchouang-tseu, nous ren­con­trons un phi­lo­sophe ori­gi­nal dont le lan­gage de poète, plein d’images har­dies, d’artifices lit­té­raires, pos­sède un attrait incon­nu aux autres pen­seurs de la Chine. Son «Œuvre com­plète» prend l’aspect d’allégories mys­tiques; de pen­sées non seule­ment réflé­chies et démon­trées, mais res­sen­ties et péné­trant tout son être. Sa phi­lo­so­phie, c’est le quié­tisme natu­ra­liste. «Natu­ra­liste», car selon Tchouang-tseu, tout est bien à l’état natu­rel; tout dégé­nère entre les mains de l’homme. «Quié­tisme», car pour retrou­ver en soi la splen­deur ori­gi­nelle de la nature, il faut une tran­quilli­té comme celle de l’eau inerte; un calme comme celui du miroir : «Si la tran­quilli­té de l’eau per­met de reflé­ter les choses, que ne peut celle de l’esprit? Qu’il est tran­quille, l’esprit du saint! Il est le miroir de l’univers et de tous les êtres»***. L’acte suprême est de ne point inter­ve­nir, et la parole suprême est de ne rien dire : «La nasse sert à prendre le pois­son; quand le pois­son est pris, oubliez la nasse. Le piège sert à cap­tu­rer le lièvre; quand le lièvre est pris, oubliez le piège. La parole sert à expri­mer l’idée; quand l’idée est sai­sie, oubliez la parole. [Où] pour­rais-je ren­con­trer quelqu’un qui oublie la parole, et dia­lo­guer avec lui?»**** La parole n’est pas sûre, car c’est d’elle que pro­viennent toutes les dis­tinc­tions éta­blies arti­fi­ciel­le­ment par l’homme. Or, l’univers est indis­tinct, infor­mel, et soi-même est aus­si l’autre : «Jadis, Tchouang-tseu rêva qu’il était un papillon vol­ti­geant et satis­fait de son sort et igno­rant qu’il était Tchouang-tseu lui-même; brus­que­ment, il s’éveilla et s’aperçut avec éton­ne­ment qu’il était Tchouang-tseu. Il ne sut plus si c’était Tchouang-tseu rêvant qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tchouang-tseu»

* En chi­nois 莊子. Par­fois trans­crit Tchouang-tsée, Tchoang-tseu, Tchoang-tzeu, Tchouang-tsze, Tchuang-tze, Chwang-tsze, Chuang-tze, Choang-tzu, Zhuang Si, Zhouang­zi ou Zhuang­zi. Éga­le­ment connu sous le nom de Tchouang Tcheou (莊周). Par­fois trans­crit Tchuang-tcheou, Chuang Chou, Zhouang Zhou ou Zhuang Zhou. Haut

** En chi­nois «南華真經». Par­fois trans­crit «Nan-houa tcheng-king», «Nan-hoà-cienn ching», «Nan hwa chin king», «Nan-hoa-tchenn king», «Nan-houa tchen-tsing» ou «Nan-hua chen ching». Éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «南華經» («Nan­hua­jing»). Haut

*** p. 111. Haut

**** p. 221. Haut