le major de Rostaing, « Prise et Destruction des forts anglais du Prince-de-Galles et d’York [Factory] » • La Pérouse, « Rapport au ministre de la Marine sur cette expédition »

dans « Revue du Dauphiné et du Vivarais », 1879, p. 507-524

dans « Re­vue du Dau­phiné et du Vi­va­rais », 1879, p. 507-524

Il s’agit de la « Re­la­tion in­édite : prise et des­truc­tion des forts an­glais du Prince-de-Galles et d’York [Fac­tory] » du ma­jor Jo­seph de Ros­taing et du « Rap­port au mi­nistre de la Ma­rine et des Co­lo­nies sur l’expédition de la baie d’Hudson »1 de Jean-Fran­çois de La Pé­rouse. La cé­lé­brité du grand voyage au­tour du monde de La Pé­rouse est cause que ses pré­cé­dents ex­ploits sont res­tés dans l’ombre. La rude ex­pé­di­tion me­née par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts an­glais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des pa­piers de pre­mière im­por­tance re­la­tifs à ces faits, entre autres le « Jour­nal de na­vi­ga­tion » de La Pé­rouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un ou­bli de 230 ans. Et en­core, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter « le mythe d’une ex­pé­di­tion dans des mers in­con­nues, en réa­lité fré­quen­tées de­puis long­temps… — vi­sion trop fran­çaise des évé­ne­ments », n’a-t-il ex­posé que les dé­fauts et tu tous les mé­rites de ce « raid » — ex­pé­di­tion pour­tant dé­li­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pé­rouse s’était ac­quitté en ma­rin consommé et en homme al­liant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du de­voir. « Rien », dit cet édi­teur dans un ju­ge­ment sé­vère, pour ne pas dire in­juste2, « ne per­met de pen­ser que les ré­sul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences dé­ci­sives… [Chez les An­glais] ce pe­tit dé­sastre semble avoir été bien sup­porté, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient re­trouvé leur poste l’année sui­vante ». La Pé­rouse s’était fau­filé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que ra­re­ment d’observer la hau­teur du so­leil. Il avait na­vi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments li­gués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments an­glais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces ri­vages loin­tains ; mais il n’avait pas ou­blié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant laissé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­tité suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de re­joindre les leurs. À ce geste hu­ma­ni­taire, il en avait ajouté en­core un autre. Dans le fort d’York Fac­tory, il avait dé­cou­vert les jour­naux d’exploration de Sa­muel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus in­tacts à leur au­teur à la condi­tion que ce­lui-ci les fît im­pri­mer et pu­blier dès son re­tour en An­gle­terre.

com­man­dant presque tou­jours vain­queur dans ses mis­sions

On voit par tous ces traits que La Pé­rouse ne se dis­tin­guait pas seule­ment comme com­man­dant presque tou­jours vain­queur dans ses mis­sions ; il se re­com­man­dait par sa clé­mence et sa gé­né­ro­sité. « Parce qu’elle peut être per­çue comme un signe de fai­blesse, la ma­gna­ni­mité n’a pas tou­jours bonne presse chez les gens de guerre et de pou­voir. En sus d’être une belle vertu, la clé­mence en­vers… le vaincu peut pour­tant sou­rire [et être fa­vo­rable] à ce­lui qui la pra­tique. Sans ce res­pect de l’adversaire, La Pé­rouse ne se­rait peut-être ja­mais de­venu le grand ex­plo­ra­teur qu’il a été »3. Ce sont ces qua­li­tés per­son­nelles qui en­flam­mèrent Cha­teau­briand as­sis­tant à Brest en août 1783 au re­tour vic­to­rieux de l’escadre fran­çaise4 : « Les vais­seaux ma­nœu­vraient sous voile, se cou­vraient de feux… pré­sen­taient la poupe, la proue, le flanc, s’arrêtaient en je­tant l’ancre au mi­lieu de leur course ou conti­nuaient à vol­ti­ger sur les flots. Rien ne m’a ja­mais donné une plus haute idée de l’esprit hu­main… Tout Brest ac­cou­rut. Des cha­loupes se dé­tachent de la flotte… Les of­fi­ciers dont elles sont rem­plies, le vi­sage brûlé par le so­leil, avaient cet air étran­ger qu’on ap­porte d’un autre hé­mi­sphère, et je ne sais quoi de gai, de fier, de hardi, comme des hommes qui ve­naient de ré­ta­blir l’honneur du pa­villon na­tio­nal… Mon oncle me mon­tra La Pé­rouse dans la foule, nou­veau Cook dont la mort [sera] le se­cret des tem­pêtes. J’écoutais tout, je re­gar­dais tout, sans dire une pa­role ; mais la nuit sui­vante, plus de som­meil ! Je la pas­sais à li­vrer en ima­gi­na­tion des com­bats ou à dé­cou­vrir des terres in­con­nues ». Ce sont elles aussi qui re­tinrent l’attention de deux pro­fes­seurs de Na­po­léon Bo­na­parte, Jo­seph Le­paute Da­ge­let et Louis Monge, qui sol­li­ci­tèrent et ob­tinrent la fa­veur d’aller cou­rir les mers avec La Pé­rouse, sans avoir pu tou­te­fois faire ad­mettre leur élève. « Dans le cou­rant de 1784 », rap­porte Alexandre des Ma­zis, ca­ma­rade de Bo­na­parte, « il fut ques­tion du voyage de M. de La Pé­rouse… Bo­na­parte au­rait bien voulu dé­ployer son éner­gie dans une si belle en­tre­prise ; mais Dar­baud eut seul la pré­fé­rence. On ne put ad­mettre un plus grand nombre d’élèves. »5

Voici un pas­sage qui don­nera une idée du style du « Rap­port au mi­nistre de la Ma­rine et des Co­lo­nies » : « J’envoyai en même temps un of­fi­cier son­der ; il me rap­porta qu’il était fa­cile à nos vais­seaux d’approcher très près du fort, et je fus as­suré que, si les en­ne­mis se pro­po­saient quelques ré­sis­tances, le “Sceptre” pou­vait fa­ci­le­ment les ré­duire. Tous nos pré­pa­ra­tifs furent faits dans l’instant pour la des­cente, mais la nuit était de­ve­nue fort noire, et la ma­rée — contraire. Les cha­loupes ne se mirent en marche qu’à 2 heures du ma­tin ; on dé­bar­qua sans obs­tacles à trois quarts de lieue du fort qui était en pierre de taille et pa­rais­sait en état de faire une vi­gou­reuse dé­fense. M. de Ros­taing mar­cha avec sa troupe jusqu’à por­tée de ca­non, où il fit halte ; et n’apercevant de la part des en­ne­mis au­cune dis­po­si­tion de dé­fense, il les en­voya som­mer de se rendre. On ne fit au­cune dif­fi­culté, les portes lui furent ou­vertes, le gou­ver­neur et la gar­ni­son se ren­dirent à dis­cré­tion »6.

Téléchargez ces œuvres imprimées au format PDF

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  1. Éga­le­ment connu sous le titre de « Lettre écrite au mar­quis de Cas­tries, mi­nistre et se­cré­taire d’État au dé­par­te­ment de la Ma­rine, par M. de La Pé­rouse, ca­pi­taine de vais­seau, com­man­dant une di­vi­sion du roi ; à bord du “Sceptre”, dans le dé­troit d’Hudson, le 6 sep­tembre 1782 ». Haut
  2. « La­pé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson », p. 138. Haut
  3. M. Ar­naud de La Grange. Haut
  1. « Mé­moires d’outre-tombe », liv. II, ch. 7. Haut
  2. Dans Alain Fre­re­jean, « Na­po­léon face à la mort », ch. « Le Che­va­lier sans peur… ». Haut
  3. p. 519. Haut