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Gogol, «Œuvres complètes»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit des «Âmes mortes» («Miort­vyïé dou­chi»*) et autres œuvres de Nico­las Gogol**. L’un des infor­ma­teurs du vicomte de Vogüé pour «Le Roman russe», un vieil homme de lettres***, lui avait dit un jour : «Nous sommes tous sor­tis du “Man­teau” de Gogol»****. Cette for­mule, pro­non­cée d’abord en fran­çais, a plu. Elle témoigne du fait que Gogol était deve­nu le modèle de la prose, comme Pou­ch­kine — le modèle de la poé­sie. Elle a beau­coup été citée. On la connaît. On connaît bien moins Gogol lui-même qui, à plu­sieurs égards, était un homme étrange et mys­té­rieux. On peut le dire, il y avait en lui quelque chose du démon. Un pou­voir sur­na­tu­rel fai­sait étin­ce­ler ses yeux; et il sem­blait, par moments, que l’irrationnel et l’effrayant le péné­traient de part en part et impri­maient sur ses œuvres une marque inef­fa­çable. Si, ensuite, la lit­té­ra­ture russe s’est signa­lée par une cer­taine exal­ta­tion déré­glée, tour­men­tée, une cer­taine contra­dic­tion inté­rieure, une psy­chose guet­tant constam­ment, cachée au tour­nant; si elle a même favo­ri­sé ces carac­tères, elle a sui­vi en cela l’exemple de Gogol. Cet auteur mi-russe, mi-ukrai­nien avait une nature double et vivait dans un monde dédou­blé — le monde réel et le monde des rêves lou­foques, ter­ri­fiants. Et non seule­ment ces deux mondes paral­lèles se ren­con­traient, mais encore ils se contor­sion­naient et se confon­daient d’une façon extra­va­gante dans son esprit déli­rant, un peu «comme deux piliers qui se reflètent dans l’eau se livrent aux contor­sions les plus folles quand les remous de l’onde s’y prêtent»*****. C’est «Le Nez» («Nos»******), ana­gramme du «Rêve» («Son»*******), où ce génie si par­ti­cu­lier de Gogol s’est déployé libre­ment pour la toute pre­mière fois. Que l’on pense au début de la nou­velle : «À son immense stu­pé­fac­tion, il s’aperçut que la place que son nez devait occu­per ne pré­sen­tait plus qu’une sur­face lisse! Tout alar­mé, Kova­liov se fit appor­ter de l’eau et se frot­ta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien dis­pa­ru!» Toutes les fon­da­tions du réel vacillent. Mais le fonc­tion­naire gogo­lien est à peine conscient de ce qui lui arrive. Confron­té à une ville absurde, fan­tas­ma­go­rique, un «Gogol­grad» inquié­tant, où le diable lui-même allume les lampes et éclaire les choses pour les mon­trer sous un aspect illu­soire, ce petit homme gru­gé, muti­lé, floué avance à tâtons dans la brume, en s’accrochant orgueilleu­se­ment et pué­ri­le­ment à ses fonc­tions et à son grade. «La ville a beau lui jouer les tours les plus pen­dables, le ber­ner ou le châ­trer momen­ta­né­ment, ce per­son­nage… insi­gni­fiant ne renonce jamais à s’incruster, à s’enraciner, fût-ce dans l’inexistant. [Il] res­te­ra cha­touilleux sur son grade et ses pré­ro­ga­tives bureau­cra­tiques jusqu’à [sa] dis­so­lu­tion com­plète dans le non-être… Inchan­gé, il réap­pa­raî­tra chez un Kaf­ka», explique M. Georges Nivat.

* En russe «Мёртвые души». Autre­fois trans­crit «Miort­via dou­chi», «Meurt­via dou­chi», «Miort­vyye dushi» ou «Mert­vye duši». Haut

** En russe Николай Гоголь. Par­fois trans­crit Niko­laj Gogol, Niko­laï Gogol ou Nico­laï Gogol. Haut

*** Sans doute Dmi­tri Gri­go­ro­vitch. Une remarque à la page 208 du «Roman russe» le laisse pen­ser : «M. Gri­go­ro­vitch, qui tient une place hono­rée dans les lettres…, m’a confir­mé cette anec­dote». Haut

**** «Le Roman russe», p. 96. Haut

***** Vla­di­mir Nabo­kov, «Niko­laï Gogol». Haut

****** En russe «Нос». Haut

******* En russe «Сон». Haut

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XIII. Lettres 1907-2092 (20 août 1752-30 décembre 1753)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XII. Lettres 1723-1906 (20 juin 1751-18 août 1752)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XI. Lettres 1570-1722 (2 juillet 1750-19 juin 1751)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome X. Lettres 1391-1569 (26 avril 1749-2 juillet 1750)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome IX. Lettres 1217-1390 (11 mars 1748-25 avril 1749)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VIII. Lettres 1026-1216 (19 juillet 1746-11 octobre 1747)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VII. Lettres 897-1025 (11 septembre 1745-17 juillet 1746)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VI. Lettres 761-896 (23 octobre 1744-10 septembre 1745)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome V. Lettres 636-760 (3 janvier 1744-21 octobre 1744)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut