Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-cleflittérature russe : sujet

« Les Auteurs du printemps russe. Galitch »

éd. Noir sur blanc, Montricher

Il s’agit de M. Alexandre Galitch *, poète-chansonnier russe (XXe siècle). Avec son penchant à la satire corrosive, son maniement de l’argot des camps, son art de saisir les détails piquants de la vie des classes inférieures ou persécutées auxquelles il appartenait, M. Galitch a inauguré, guitare au poing, le genre du court sketch mis en vers et rendu avec une sûreté étonnante dans les accents et l’intonation. Dissidentes, subversives, ses ballades gênaient le pouvoir, qui ne pouvait leur pardonner de dire à haute voix ce que l’homme de la masse, l’homme de la rue pensait tout bas. Répandues très vite grâce à la technique nouvelle du magnétophone, elles raillaient la nomenklatura bureaucratique et ses privilèges (« privilèges nomenklaturaux, trahisons nomenklaturales », chantaient-elles en refrain) ainsi que l’humeur peureuse des petits fonctionnaires comme celui qui, ayant rêvé qu’il était le géant Atlas, ne parla de son rêve « ni à sa fille ni à sa femme » (« ni dotcheri ni jené » **) pour ne pas éveiller de soupçons. Aussi, en dépit de leur qualité poétique, en dépit de la popularité de leur auteur, devenu l’une des « voix de chevet » des étudiants et anticonformistes soviétiques, elles n’avaient aucune chance d’être imprimées dans les revues autorisées. On ne les publia qu’à l’étranger : en 1969, 1972 et 1974 à Francfort sous le titre de « Chansons » (« Pesni » ***) ou « La Génération perdue » **** (« Pokolénié obretchionnykh » *****) de même qu’en 1971 à Paris sous le titre de « Poèmes de Russie » (« Poemy Rossii » ******). Ces parutions clandestines aggravèrent encore le cas de M. Galitch aux yeux des autorités. Expulsé de l’Union des écrivains et celle des cinéastes, visité par des agents de surveillance, convoqué au KGB, rayé des scènes où il avait participé en tant qu’acteur, sans parler des enregistrements de ses ballades qu’on confisquait chez ses amis, M. Galitch se vit contraint en 1974 de quitter cette Russie à laquelle il était pourtant viscéralement attaché. Lisez la suite›

* En russe Александр Галич. Parfois transcrit Alexander Galich, Aleksandr Galicz ou Aleksandr Galič. De son vrai nom Alexandre Aronovitch Guinzbourg (Александр Аронович Гинзбург). Parfois transcrit Ginsburg, Guinsbourg, Ginzburg ou Ginzbourg.

** En russe « ни дочери ни жене »

*** En russe « Песни »

**** Autrefois traduit « La Génération des condamnés ».

***** En russe « Поколение обречённых ». Parfois transcrit « Pokolenie obretchennych » ou « Pokolenie obrechennykh ».

****** En russe « Поэмы России ».

Béliaev, « L’Île des navires perdus »

éd. Lingva, coll. Classiques populaires, Lisieux

Il s’agit du roman « L’Île des navires perdus » (« Ostrov pogibših korablej » *) d’Alexandre Béliaev **, un des seuls écrivains soviétiques à avoir consacré toute son œuvre à la science-fiction. Il y a un épisode tragique dans la vie de Béliaev sans lequel nous ne comprendrions jamais que la moitié de cet écrivain ; sans lequel un côté de cet homme nous échapperait toujours. Un après-midi, le garçon qui portait le prénom ordinaire d’Alexandre, eut le désir extraordinaire de s’envoler dans les airs. Aussitôt décidé, aussitôt fait. Il attacha des balais à ses bras, monta sur le toit de la grange, et presque sans hésitation… sauta en bas. Loin de trouver le saut désagréable, il en fit, tout excité, un second et un troisième ; mais au dernier, il se fractura la colonne vertébrale et fut cloué au lit. Il sembla en voie de guérison ; mais en 1916 se déclara une tuberculose osseuse — maladie grave, dont les attaques douloureuses l’obligèrent à porter un corset orthopédique jusqu’à la fin de sa vie. Rien ne put arrêter, cependant, l’envol de son imagination. Affranchir les hommes des limites que la nature a posées, dans l’espoir que cet affranchissement élèverait leur condition et ferait d’eux les maîtres de leur destin — telle fut l’ambition de Béliaev enfermé entre les quatre murs de sa chambre d’hôpital. Ainsi, « La Tête du professeur Dowell » (« Golova professora Douélâ » ***) débarrasse l’esprit humain du corps ; « L’Homme qui ne dort jamais » (« Čelovek, kotoryj ne spit » ****) le libère du sommeil ; « Le Maître du monde » (« Vlastelin mira » *****) envisage la brillante perspective de l’homme devenu télépathe ; « L’Homme amphibie » (« Čelovek-amfibiâ » ******) décrit le premier poisson parmi les hommes ou le premier homme parmi les poissons : « L’idée est toujours la même », dit Béliaev dans ce roman, son plus important et son plus célèbre, « l’être humain n’est pas parfait. Tout en ayant acquis au cours de l’évolution bon nombre d’avantages en comparaison de ses prédateurs animaux, [il] a dans le même temps perdu beaucoup de ce qu’il possédait dans les stades plus anciens de son développement… Pourquoi ne pas rendre à l’être humain [ces] facultés ? » Lisez la suite›

* En russe « Остров погибших кораблей ».

** En russe Александр Беляев. Parfois transcrit Beljaev, Belyaev, Belâev, Belyayev, Beljajew, Beljajev, Beliaew ou Beliaiev.

*** En russe « Голова профессора Доуэля ».

**** En russe « Человек, который не спит », inédit en français.

***** En russe « Властелин мира », inédit en français.

****** En russe « Человек-амфибия ».

Béliaev, « L’Homme amphibie »

éd. L’Âge d’homme, coll. Classiques slaves, Lausanne

Il s’agit du roman « L’Homme amphibie » d’Alexandre Béliaev *, un des seuls écrivains soviétiques à avoir consacré toute son œuvre à la science-fiction. Il y a un épisode tragique dans la vie de Béliaev sans lequel nous ne comprendrions jamais que la moitié de cet écrivain ; sans lequel un côté de cet homme nous échapperait toujours. Un après-midi, le garçon qui portait le prénom ordinaire d’Alexandre, eut le désir extraordinaire de s’envoler dans les airs. Aussitôt décidé, aussitôt fait. Il attacha des balais à ses bras, monta sur le toit de la grange, et presque sans hésitation… sauta en bas. Loin de trouver le saut désagréable, il en fit, tout excité, un second et un troisième ; mais au dernier, il se fractura la colonne vertébrale et fut cloué au lit. Il sembla en voie de guérison ; mais en 1916 se déclara une tuberculose osseuse — maladie grave, dont les attaques douloureuses l’obligèrent à porter un corset orthopédique jusqu’à la fin de sa vie. Rien ne put arrêter, cependant, l’envol de son imagination. Affranchir les hommes des limites que la nature a posées, dans l’espoir que cet affranchissement élèverait leur condition et ferait d’eux les maîtres de leur destin — telle fut l’ambition de Béliaev enfermé entre les quatre murs de sa chambre d’hôpital. Ainsi, « La Tête du professeur Dowell » (« Golova professora Douélâ » **) débarrasse l’esprit humain du corps ; « L’Homme qui ne dort jamais » (« Čelovek, kotoryj ne spit » ***) le libère du sommeil ; « Le Maître du monde » (« Vlastelin mira » ****) envisage la brillante perspective de l’homme devenu télépathe ; « L’Homme amphibie » (« Čelovek-amfibiâ » *****) décrit le premier poisson parmi les hommes ou le premier homme parmi les poissons : « L’idée est toujours la même », dit Béliaev dans ce roman, son plus important et son plus célèbre, « l’être humain n’est pas parfait. Tout en ayant acquis au cours de l’évolution bon nombre d’avantages en comparaison de ses prédateurs animaux, [il] a dans le même temps perdu beaucoup de ce qu’il possédait dans les stades plus anciens de son développement… Pourquoi ne pas rendre à l’être humain [ces] facultés ? » Lisez la suite›

* En russe Александр Беляев. Parfois transcrit Beljaev, Belyaev, Belâev, Belyayev, Beljajew, Beljajev, Beliaew ou Beliaiev.

** En russe « Голова профессора Доуэля ».

*** En russe « Человек, который не спит », inédit en français.

**** En russe « Властелин мира », inédit en français.

***** En russe « Человек-амфибия ».

« Koltsov (1809-1842) »

dans « La Littérature russe : notices et extraits des principaux auteurs depuis les origines jusqu’à nos jours »

Il s’agit du « Faucheur » (« Kosar’ » *) et autres poèmes d’Alexis Vasilievitch Koltsov **, poète russe (XIXe siècle). Son père était marchand de bœufs ; et sa mère, issue d’une famille qui se livrait au même négoce, était illettrée. Né au plein cœur de la steppe, qui lui servit de première école, en même temps que de confidente des mouvements les plus intimes de son cœur, le futur poète fut élevé à la diable, sans surveillance, jouant avec les gamins des rues et barbotant à son aise dans la boue. C’est bien à lui qu’on appliquera cette parole de La Bruyère : « L’on voit certains animaux farouches, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet ils sont des hommes ». Il avait déjà neuf ans lorsqu’on songea à l’envoyer à l’école. Il n’y resta même pas un an et demi. Dès qu’il sut écrire et compter, son père le prit à la maison pour économiser le traitement d’un commis. Le petit Alexis connaissait à peine l’orthographe et il resta pour toujours brouillé avec elle, ainsi qu’avec la ponctuation et parfois même avec la grammaire. Mais la lecture était sa passion, et le peu d’argent qu’on lui donnait pour des friandises, il le consacrait à acheter les volumes des « Mille et une Nuits ». Il avait quinze ans lorsqu’un ami, fauché par une mort prématurée, eut l’idée de lui léguer toute sa bibliothèque : soixante-dix volumes. Quel trésor ! Mais son père ne lui laissait guère le temps d’en jouir. Il fallait sans cesse l’accompagner dans les bazars pour acheter des bestiaux qu’ils engraissaient sur la steppe et qu’ils revendaient à l’une des nombreuses fonderies de suif. « Je suis enchaîné par ma situation », dit Koltsov ***. « Maudit métier ! Que suis-je ? Un homme sans individualité, sans parole, sans rien. Une lamentable créature, un misérable être qui n’est bon qu’à traîner de l’eau et du bois, un mercanti, un grippe-sou, uu juif, un tzigane, une canaille, voilà ce que je dois être. » Lisez la suite›

* En russe « Косарь ».

** En russe Алексей Васильевич Кольцов. Parfois transcrit Aleksej Vasil’evič Kol’cov, Alexei Wassiljewitsch Kolzow, Alexis-Vassilievitsch Koltzof, Alexis Vassiliévitch Koltzov ou Aleksey Vasilyevitch Koltsoff.

*** « Un Poète russe : Alexis Koltsov », p. 551.

Ostrovski, « Et l’acier fut trempé : roman »

éd. Les Éditeurs français réunis, Paris

éd. Les Éditeurs français réunis, Paris

Il s’agit d’« Et l’acier fut trempé » * (« Kak zakalialas stal » **), roman d’idéalisation soviétique, écrit pour la jeunesse par Nicolaï Alexeïevitch Ostrovski ***. La richesse et la diversité de l’art russe ne purent survivre à l’avènement du régime communiste. L’éventail des points de vue et des techniques artistiques se rétrécit rapidement sous la pression des groupes prolétariens, devenus de plus en plus inflexibles à mesure que l’appareil d’État lui-même devenait plus rigide et plus intransigeant. En avril 1932, par décret du Comité central du Parti communiste, tous les cercles littéraires de l’U.R.S.S. furent dissous, et l’ensemble des écrivains invités à rejoindre l’Union des écrivains soviétiques (Soïouz pissatéleï S.S.S.R. ****). Sorte de Politburo littéraire œuvrant pour l’« unité fondamentale de la littérature soviétique », cette Union était dirigée par de hauts cadres qui recevaient leurs ordres du Parti et de Staline lui-même. On vit alors apparaître une conception dictatoriale des arts, connue sous le nom de « soc-réalisme » (« sotsrealizm » *****) ou « réalisme socialiste », et destinée à imposer des titres préparés à l’avance et des sujets convenus : la religion du travail et de l’effort ; la naissance d’un ouvrier ou d’une usine ; l’avènement de l’homme nouveau dans une société nouvelle ; le rôle du Parti dans ce grand bouleversement. Écrits dans un but de glorification et propagande, les romans du « soc-réalisme » étaient imprimés à des centaines de milliers d’exemplaires et proposés comme référence aux jeunes générations. Au reste, c’étaient des romans très faiblement et très défectueusement construits, dépourvus de tout génie, fortement influencés par la prose médiocre de Gorki. Quelquefois, il est vrai, des lueurs de sincérité révolutionnaire et de pureté de conviction perçaient malgré la monotonie du sujet et l’insuffisance du talent : c’était le cas de l’œuvre d’Ostrovski qui, quoique limitée à deux romans — « Et l’acier fut trempé » et « Enfantés par la tempête » (inachevé du fait de la mort de l’auteur) — n’en a pas moins laissé un vif souvenir chez ses lecteurs. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Comment l’acier fut trempé ».

** En russe « Как закалялась сталь ».

*** En russe Николай Алексеевич Островский. Parfois transcrit Nikolai Ostrowski, Nikolaj Ostrovskij, Nicolas Ostrovski ou Nikolay Ostrovsky. À ne pas confondre avec Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski, auteur dramatique, qui vécut un siècle plus tôt.

**** En russe Союз писателей С.С.С.Р.

***** En russe « соцреализм ».

Ostrovski, « Enfantés par la tempête : roman [inachevé] »

éd. Les Éditeurs français réunis, Paris

éd. Les Éditeurs français réunis, Paris

Il s’agit d’« Enfantés par la tempête » (« Rojdionnyïé boureï » *), roman d’idéalisation soviétique, écrit pour la jeunesse par Nicolaï Alexeïevitch Ostrovski **. La richesse et la diversité de l’art russe ne purent survivre à l’avènement du régime communiste. L’éventail des points de vue et des techniques artistiques se rétrécit rapidement sous la pression des groupes prolétariens, devenus de plus en plus inflexibles à mesure que l’appareil d’État lui-même devenait plus rigide et plus intransigeant. En avril 1932, par décret du Comité central du Parti communiste, tous les cercles littéraires de l’U.R.S.S. furent dissous, et l’ensemble des écrivains invités à rejoindre l’Union des écrivains soviétiques (Soïouz pissatéleï S.S.S.R. ***). Sorte de Politburo littéraire œuvrant pour l’« unité fondamentale de la littérature soviétique », cette Union était dirigée par de hauts cadres qui recevaient leurs ordres du Parti et de Staline lui-même. On vit alors apparaître une conception dictatoriale des arts, connue sous le nom de « soc-réalisme » (« sotsrealizm » ****) ou « réalisme socialiste », et destinée à imposer des titres préparés à l’avance et des sujets convenus : la religion du travail et de l’effort ; la naissance d’un ouvrier ou d’une usine ; l’avènement de l’homme nouveau dans une société nouvelle ; le rôle du Parti dans ce grand bouleversement. Écrits dans un but de glorification et propagande, les romans du « soc-réalisme » étaient imprimés à des centaines de milliers d’exemplaires et proposés comme référence aux jeunes générations. Au reste, c’étaient des romans très faiblement et très défectueusement construits, dépourvus de tout génie, fortement influencés par la prose médiocre de Gorki. Quelquefois, il est vrai, des lueurs de sincérité révolutionnaire et de pureté de conviction perçaient malgré la monotonie du sujet et l’insuffisance du talent : c’était le cas de l’œuvre d’Ostrovski qui, quoique limitée à deux romans — « Et l’acier fut trempé » et « Enfantés par la tempête » (inachevé du fait de la mort de l’auteur) — n’en a pas moins laissé un vif souvenir chez ses lecteurs. Lisez la suite›

* En russe « Рождённые бурей ».

** En russe Николай Алексеевич Островский. Parfois transcrit Nikolai Ostrowski, Nikolaj Ostrovskij, Nicolas Ostrovski ou Nikolay Ostrovsky. À ne pas confondre avec Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski, auteur dramatique, qui vécut un siècle plus tôt.

*** En russe Союз писателей С.С.С.Р.

**** En russe « соцреализм ».

Gontcharov, « La Falaise : roman »

éd. Julliard, coll. Parages, Paris

éd. Julliard, coll. Parages, Paris

Il s’agit de « La Falaise » (« Obryv » *), roman de mœurs d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov ** (XIXe siècle). « Comme notre littérature doit être forte », dit un critique russe ***, « si un écrivain aussi superbe que Gontcharov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde littéraire que tout juste en queue des dix premiers de son classement ! » Moins populaire, en effet, que les Tolstoï et que les Dostoïevski, Gontcharov occupe, tout juste derrière eux, une place de premier ordre dans la littérature russe. Son génie est d’avoir circonscrit d’une manière originale et précise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non exploré par les autres, et d’en avoir donné, à travers un personnage touchant, une description inoubliable à force de justesse : le type d’Oblomov. Cet Oblomov est un paresseux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pensées et qui partage sa vie terne et médiocre entre le sommeil et l’ennui. Accoutumé depuis l’enfance à s’épargner (ou plutôt à s’interdire) tout effort, toute initiative, tout changement, sa volonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est devenu pour lui une aventure si audacieuse qu’il préfère y renoncer. Le plus souvent affalé lourdement sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il possède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de donner à son intendant les ordres nécessaires. Il stagne, il moisit, il croupit dans un éternel silence, cependant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle serviteur aux cheveux blancs entourent et protègent ce petit monsieur qui s’est seulement donné la peine de naître. « C’était là une révélation pour la Russie ; c’en aurait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors frontière. On connaissait l’avare, le menteur, le misanthrope, le jaloux, le pédant, le distrait, le joueur, etc. ; on ignorait le paresseux. Gontcharov présentait ce type nouveau dans toute sa plénitude et sa grandeur, et non pas un type abstrait… mais un type individualisé, animé d’une vie minutieuse et intégrale », dit un critique français ****. Mais si Gontcharov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est reconnu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleurant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a montré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprouvait à certaines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bonheur inerte, d’une vie blottie dans quelque coin oublié du monde. « En chacun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédiger son épitaphe. » Lisez la suite›

* En russe « Обрыв ». Parfois transcrit « Obriv ».

** En russe Иван Александрович Гончаров. Parfois transcrit Gontcharoff, Gontscharow, Gontscharoff, Gontsjarov, Gontsjarow, Gonczarow, Gončarov, Goncharoff ou Goncharov.

*** Iouri Olécha.

**** André Mazon.

Gontcharov, « Ivanovna Nymphodora »

éd. Circé, coll. Poche, Strasbourg

éd. Circé, coll. Poche, Strasbourg

Il s’agit de « Nymphodora Ivanovna » *, roman de mœurs d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov ** (XIXe siècle). « Comme notre littérature doit être forte », dit un critique russe ***, « si un écrivain aussi superbe que Gontcharov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde littéraire que tout juste en queue des dix premiers de son classement ! » Moins populaire, en effet, que les Tolstoï et que les Dostoïevski, Gontcharov occupe, tout juste derrière eux, une place de premier ordre dans la littérature russe. Son génie est d’avoir circonscrit d’une manière originale et précise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non exploré par les autres, et d’en avoir donné, à travers un personnage touchant, une description inoubliable à force de justesse : le type d’Oblomov. Cet Oblomov est un paresseux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pensées et qui partage sa vie terne et médiocre entre le sommeil et l’ennui. Accoutumé depuis l’enfance à s’épargner (ou plutôt à s’interdire) tout effort, toute initiative, tout changement, sa volonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est devenu pour lui une aventure si audacieuse qu’il préfère y renoncer. Le plus souvent affalé lourdement sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il possède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de donner à son intendant les ordres nécessaires. Il stagne, il moisit, il croupit dans un éternel silence, cependant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle serviteur aux cheveux blancs entourent et protègent ce petit monsieur qui s’est seulement donné la peine de naître. « C’était là une révélation pour la Russie ; c’en aurait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors frontière. On connaissait l’avare, le menteur, le misanthrope, le jaloux, le pédant, le distrait, le joueur, etc. ; on ignorait le paresseux. Gontcharov présentait ce type nouveau dans toute sa plénitude et sa grandeur, et non pas un type abstrait… mais un type individualisé, animé d’une vie minutieuse et intégrale », dit un critique français ****. Mais si Gontcharov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est reconnu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleurant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a montré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprouvait à certaines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bonheur inerte, d’une vie blottie dans quelque coin oublié du monde. « En chacun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédiger son épitaphe. » Lisez la suite›

* En russe « Нимфодора Ивановна ».

** En russe Иван Александрович Гончаров. Parfois transcrit Gontcharoff, Gontscharow, Gontscharoff, Gontsjarov, Gontsjarow, Gonczarow, Gončarov, Goncharoff ou Goncharov.

*** Iouri Olécha.

**** André Mazon.

Gontcharov, « La Terrible maladie »

éd. Circé, Strasbourg

éd. Circé, Strasbourg

Il s’agit de « La Terrible maladie » (« Lihaya bolest » *), roman de mœurs d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov ** (XIXe siècle). « Comme notre littérature doit être forte », dit un critique russe ***, « si un écrivain aussi superbe que Gontcharov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde littéraire que tout juste en queue des dix premiers de son classement ! » Moins populaire, en effet, que les Tolstoï et que les Dostoïevski, Gontcharov occupe, tout juste derrière eux, une place de premier ordre dans la littérature russe. Son génie est d’avoir circonscrit d’une manière originale et précise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non exploré par les autres, et d’en avoir donné, à travers un personnage touchant, une description inoubliable à force de justesse : le type d’Oblomov. Cet Oblomov est un paresseux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pensées et qui partage sa vie terne et médiocre entre le sommeil et l’ennui. Accoutumé depuis l’enfance à s’épargner (ou plutôt à s’interdire) tout effort, toute initiative, tout changement, sa volonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est devenu pour lui une aventure si audacieuse qu’il préfère y renoncer. Le plus souvent affalé lourdement sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il possède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de donner à son intendant les ordres nécessaires. Il stagne, il moisit, il croupit dans un éternel silence, cependant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle serviteur aux cheveux blancs entourent et protègent ce petit monsieur qui s’est seulement donné la peine de naître. « C’était là une révélation pour la Russie ; c’en aurait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors frontière. On connaissait l’avare, le menteur, le misanthrope, le jaloux, le pédant, le distrait, le joueur, etc. ; on ignorait le paresseux. Gontcharov présentait ce type nouveau dans toute sa plénitude et sa grandeur, et non pas un type abstrait… mais un type individualisé, animé d’une vie minutieuse et intégrale », dit un critique français ****. Mais si Gontcharov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est reconnu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleurant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a montré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprouvait à certaines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bonheur inerte, d’une vie blottie dans quelque coin oublié du monde. « En chacun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédiger son épitaphe. » Lisez la suite›

* En russe « Лихая болесть ».

** En russe Иван Александрович Гончаров. Parfois transcrit Gontcharoff, Gontscharow, Gontscharoff, Gontsjarov, Gontsjarow, Gonczarow, Gončarov, Goncharoff ou Goncharov.

*** Iouri Olécha.

**** André Mazon.

Gontcharov, « Oblomov »

éd. L’Âge d’homme-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. L’Âge d’homme-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit d’« Oblomov » *, roman de mœurs d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov ** (XIXe siècle). « Comme notre littérature doit être forte », dit un critique russe ***, « si un écrivain aussi superbe que Gontcharov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde littéraire que tout juste en queue des dix premiers de son classement ! » Moins populaire, en effet, que les Tolstoï et que les Dostoïevski, Gontcharov occupe, tout juste derrière eux, une place de premier ordre dans la littérature russe. Son génie est d’avoir circonscrit d’une manière originale et précise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non exploré par les autres, et d’en avoir donné, à travers un personnage touchant, une description inoubliable à force de justesse : le type d’Oblomov. Cet Oblomov est un paresseux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pensées et qui partage sa vie terne et médiocre entre le sommeil et l’ennui. Accoutumé depuis l’enfance à s’épargner (ou plutôt à s’interdire) tout effort, toute initiative, tout changement, sa volonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est devenu pour lui une aventure si audacieuse qu’il préfère y renoncer. Le plus souvent affalé lourdement sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il possède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de donner à son intendant les ordres nécessaires. Il stagne, il moisit, il croupit dans un éternel silence, cependant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle serviteur aux cheveux blancs entourent et protègent ce petit monsieur qui s’est seulement donné la peine de naître. « C’était là une révélation pour la Russie ; c’en aurait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors frontière. On connaissait l’avare, le menteur, le misanthrope, le jaloux, le pédant, le distrait, le joueur, etc. ; on ignorait le paresseux. Gontcharov présentait ce type nouveau dans toute sa plénitude et sa grandeur, et non pas un type abstrait… mais un type individualisé, animé d’une vie minutieuse et intégrale », dit un critique français ****. Mais si Gontcharov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est reconnu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleurant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a montré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprouvait à certaines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bonheur inerte, d’une vie blottie dans quelque coin oublié du monde. « En chacun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédiger son épitaphe. » Lisez la suite›

* En russe « Обломов ».

** En russe Иван Александрович Гончаров. Parfois transcrit Gontcharoff, Gontscharow, Gontscharoff, Gontsjarov, Gontsjarow, Gonczarow, Gončarov, Goncharoff ou Goncharov.

*** Iouri Olécha.

**** André Mazon.

Bestoujev, « Ammalat-beg : histoire caucasienne »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« Ammalat-beg » * d’Alexandre Bestoujev **, nouvelliste au sang bouillant et orageux, créateur de la nouvelle russe (XIXe siècle). Son père, qui publiait la « Revue de Saint-Pétersbourg » (« Sankt-Peterbourgski journal » ***), le fit entrer tout jeune à l’école militaire. À cette époque se formait le cercle du mouvement révolutionnaire les décembristes, et Bestoujev en devint bientôt l’un des chefs. L’influence de la guerre napoléonienne sur ce mouvement a été très bien explicitée par Bestoujev lui-même dans sa lettre au tsar Nicolas : « Napoléon envahit la Russie, et c’est alors que le peuple russe sentit pour la première fois sa puissance ; c’est alors que naquit et s’éveilla dans tous les cœurs le sentiment de l’indépendance, d’abord politique et ensuite populaire. Voilà l’origine de la pensée libre en Russie ! » **** Les décembristes étaient ceux qui, à la mort du tsar Alexandre, en décembre 1825, crurent le moment venu de proclamer la République. Ils étaient trop en avance sur leur temps et sur leur milieu pour être suivis ; trop intellectuels pour réussir. Le tsar Nicolas en vint à bout facilement. Les uns furent pendus, les autres exilés. Bestoujev fut dans ce dernier cas. C’était un brillant capitaine de deuxième rang du régiment de dragons. Il avait vingt-sept ans et il venait d’être condamné à vingt ans de travaux forcés au Caucase. Chez toute autre personne dont les rêves de liberté avaient fait place à une réalité marquée par les chaînes et la prison, on aurait pu s’attendre à trouver un certain désespoir, ou pour le moins, un abattement. Ce fut le contraire chez Bestoujev. Ses meilleures œuvres furent écrites dans la période très dure, mais extraordinairement féconde qui suivit sa condamnation. Lisez la suite›

* En russe « Аммалат-бек ». Parfois transcrit « Ammalat-bek ».

** En russe Александр Бестужев. Parfois transcrit Bestoujef, Bestouchef, Bestuschew, Bestuzheff, Bestuzhev ou Bestužev.

*** En russe « Санкт-Петербургский журнал ».

**** Dans Rostislav Pletnev, « Entretiens sur la littérature russe ; traduit par Mme Zénaïde Troubetskoï » (éd. Presses de l’Université de Montréal, Montréal).

Bestoujev, « L’Examen »

dans « Les Drames intimes : contes russes » (XIXᵉ siècle), p. 173-262

dans « Les Drames intimes : contes russes » (XIXe siècle), p. 173-262

Il s’agit de l’« L’Examen » (« Ispitanie » *) d’Alexandre Bestoujev **, nouvelliste au sang bouillant et orageux, créateur de la nouvelle russe (XIXe siècle). Son père, qui publiait la « Revue de Saint-Pétersbourg » (« Sankt-Peterbourgski journal » ***), le fit entrer tout jeune à l’école militaire. À cette époque se formait le cercle du mouvement révolutionnaire les décembristes, et Bestoujev en devint bientôt l’un des chefs. L’influence de la guerre napoléonienne sur ce mouvement a été très bien explicitée par Bestoujev lui-même dans sa lettre au tsar Nicolas : « Napoléon envahit la Russie, et c’est alors que le peuple russe sentit pour la première fois sa puissance ; c’est alors que naquit et s’éveilla dans tous les cœurs le sentiment de l’indépendance, d’abord politique et ensuite populaire. Voilà l’origine de la pensée libre en Russie ! » **** Les décembristes étaient ceux qui, à la mort du tsar Alexandre, en décembre 1825, crurent le moment venu de proclamer la République. Ils étaient trop en avance sur leur temps et sur leur milieu pour être suivis ; trop intellectuels pour réussir. Le tsar Nicolas en vint à bout facilement. Les uns furent pendus, les autres exilés. Bestoujev fut dans ce dernier cas. C’était un brillant capitaine de deuxième rang du régiment de dragons. Il avait vingt-sept ans et il venait d’être condamné à vingt ans de travaux forcés au Caucase. Chez toute autre personne dont les rêves de liberté avaient fait place à une réalité marquée par les chaînes et la prison, on aurait pu s’attendre à trouver un certain désespoir, ou pour le moins, un abattement. Ce fut le contraire chez Bestoujev. Ses meilleures œuvres furent écrites dans la période très dure, mais extraordinairement féconde qui suivit sa condamnation. Lisez la suite›

* En russe « Испытание ». Parfois transcrit « Ispytanie ».

** En russe Александр Бестужев. Parfois transcrit Bestoujef, Bestouchef, Bestuschew, Bestuzheff, Bestuzhev ou Bestužev.

*** En russe « Санкт-Петербургский журнал ».

**** Dans Rostislav Pletnev, « Entretiens sur la littérature russe ; traduit par Mme Zénaïde Troubetskoï » (éd. Presses de l’Université de Montréal, Montréal).

Doubnov, « Le Livre de ma vie : souvenirs et réflexions, matériaux pour l’histoire de mon temps »

éd. du Cerf, coll. Histoires-Judaïsmes, Paris

éd. du Cerf, coll. Histoires-Judaïsmes, Paris

Il s’agit du « Livre de ma vie : souvenirs et réflexions, matériaux pour l’histoire de mon temps » * de Simon Doubnov **, l’un des plus grands historiens du judaïsme (XIXe-XXe siècle). La vie de cet homme, né du temps des pogromes russes et mort dans les camps de la barbarie nazie, est celle de toute une génération de Juifs de l’Europe orientale. Qu’au milieu du carnage et « du fond du gouffre », comme il le dit lui-même ***, cet homme ait songé à des travaux historiques de grande envergure, cela peut paraître étrange. Mais cela témoigne simplement de la pérennité de l’Esprit, de sa vivacité dans la mort. Doubnov avait une hauteur de sentiments, une élévation de pensées, une piété qui l’obligeaient à chercher l’indestructible au milieu des destructions ; il disait comme Archimède au soldat romain : « Ne dérange pas mes cercles ! » « Que de fois », dit Doubnov ****, « la douleur causée par les brûlants soucis quotidiens a été apaisée par mes rêves ardents du moment où un grandiose édifice [c’est-à-dire l’“Histoire universelle du peuple juif” *****] s’élèverait, et où ces milliers de faits et de combinaisons se mêleraient en un vif tableau dépeignant huit cents ans de la vie de notre peuple en Europe orientale ! » Des témoins rapportent que même après son arrestation par les agents de la Gestapo, malade et grelottant de fièvre, Doubnov n’arrêta pas son travail : avec le stylo qui lui avait servi pendant tant d’années, il remplit un carnet de notes. Juste avant d’être abattu d’un coup de revolver, on le vit marchant et répétant : « Bonnes gens, n’oubliez pas, bonnes gens, racontez, bonnes gens, écrivez ! » ****** De ceux à qui s’adressaient ces paroles, presque aucun ne survécut. Lisez la suite›

* En russe « Книга жизни : воспоминания и размышления, материалы для истории моего времени ».

** En russe Семён Дубнов ou Шимон Дубнов. Parfois transcrit Semyon Dubnow, Simeon Dubnow, Shimeon Dubnow, Shimon Dubnov ou Simon Dubnov. Le nom de Doubnov, conformément à une pratique bien établie chez les Juifs, lui vient de la ville dont ses ancêtres étaient originaires : Doubno (Дубно), en Ukraine.

*** p. 737.

**** p. 359.

***** L’« Histoire » de Doubnov compte dix volumes. Il existe en français une traduction partielle, sous le titre d’« Histoire moderne du peuple juif », qui reprend seulement les trois derniers volumes.

****** Dans Sophie Erlich-Doubnov, p. 25.

« Un Poète russe : Alexis Koltsov »

dans « Le Correspondant », vol. 246, p. 541-553

dans « Le Correspondant », vol. 246, p. 541-553

Il s’agit du « Grand Mystère » (« Velikaâ Tajna » *) et autres poèmes d’Alexis Vasilievitch Koltsov **, poète russe (XIXe siècle). Son père était marchand de bœufs ; et sa mère, issue d’une famille qui se livrait au même négoce, était illettrée. Né au plein cœur de la steppe, qui lui servit de première école, en même temps que de confidente des mouvements les plus intimes de son cœur, le futur poète fut élevé à la diable, sans surveillance, jouant avec les gamins des rues et barbotant à son aise dans la boue. C’est bien à lui qu’on appliquera cette parole de La Bruyère : « L’on voit certains animaux farouches, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet ils sont des hommes ». Il avait déjà neuf ans lorsqu’on songea à l’envoyer à l’école. Il n’y resta même pas un an et demi. Dès qu’il sut écrire et compter, son père le prit à la maison pour économiser le traitement d’un commis. Le petit Alexis connaissait à peine l’orthographe et il resta pour toujours brouillé avec elle, ainsi qu’avec la ponctuation et parfois même avec la grammaire. Mais la lecture était sa passion, et le peu d’argent qu’on lui donnait pour des friandises, il le consacrait à acheter les volumes des « Mille et une Nuits ». Il avait quinze ans lorsqu’un ami, fauché par une mort prématurée, eut l’idée de lui léguer toute sa bibliothèque : soixante-dix volumes. Quel trésor ! Mais son père ne lui laissait guère le temps d’en jouir. Il fallait sans cesse l’accompagner dans les bazars pour acheter des bestiaux qu’ils engraissaient sur la steppe et qu’ils revendaient à l’une des nombreuses fonderies de suif. « Je suis enchaîné par ma situation », dit Koltsov ***. « Maudit métier ! Que suis-je ? Un homme sans individualité, sans parole, sans rien. Une lamentable créature, un misérable être qui n’est bon qu’à traîner de l’eau et du bois, un mercanti, un grippe-sou, uu juif, un tzigane, une canaille, voilà ce que je dois être. » Lisez la suite›

* En russe « Великая Тайна ».

** En russe Алексей Васильевич Кольцов. Parfois transcrit Aleksej Vasil’evič Kol’cov, Alexei Wassiljewitsch Kolzow, Alexis-Vassilievitsch Koltzof, Alexis Vassiliévitch Koltzov ou Aleksey Vasilyevitch Koltsoff.

*** « Un Poète russe : Alexis Koltsov », p. 551.

Béliaev, « La Tête du professeur Dowell : roman »

éd. Langues & Mondes-L’Asiathèque, Paris

éd. Langues & Mondes-L’Asiathèque, Paris

Il s’agit du roman « La Tête du professeur Dowell » d’Alexandre Béliaev *, un des seuls écrivains soviétiques à avoir consacré toute son œuvre à la science-fiction. Il y a un épisode tragique dans la vie de Béliaev sans lequel nous ne comprendrions jamais que la moitié de cet écrivain ; sans lequel un côté de cet homme nous échapperait toujours. Un après-midi, le garçon qui portait le prénom ordinaire d’Alexandre, eut le désir extraordinaire de s’envoler dans les airs. Aussitôt décidé, aussitôt fait. Il attacha des balais à ses bras, monta sur le toit de la grange, et presque sans hésitation… sauta en bas. Loin de trouver le saut désagréable, il en fit, tout excité, un second et un troisième ; mais au dernier, il se fractura la colonne vertébrale et fut cloué au lit. Il sembla en voie de guérison ; mais en 1916 se déclara une tuberculose osseuse — maladie grave, dont les attaques douloureuses l’obligèrent à porter un corset orthopédique jusqu’à la fin de sa vie. Rien ne put arrêter, cependant, l’envol de son imagination. Affranchir les hommes des limites que la nature a posées, dans l’espoir que cet affranchissement élèverait leur condition et ferait d’eux les maîtres de leur destin — telle fut l’ambition de Béliaev enfermé entre les quatre murs de sa chambre d’hôpital. Ainsi, « La Tête du professeur Dowell » (« Golova professora Douélâ » **) débarrasse l’esprit humain du corps ; « L’Homme qui ne dort jamais » (« Čelovek, kotoryj ne spit » ***) le libère du sommeil ; « Le Maître du monde » (« Vlastelin mira » ****) envisage la brillante perspective de l’homme devenu télépathe ; « L’Homme amphibie » (« Čelovek-amfibiâ » *****) décrit le premier poisson parmi les hommes ou le premier homme parmi les poissons : « L’idée est toujours la même », dit Béliaev dans ce roman, son plus important et son plus célèbre, « l’être humain n’est pas parfait. Tout en ayant acquis au cours de l’évolution bon nombre d’avantages en comparaison de ses prédateurs animaux, [il] a dans le même temps perdu beaucoup de ce qu’il possédait dans les stades plus anciens de son développement… Pourquoi ne pas rendre à l’être humain [ces] facultés ? » Lisez la suite›

* En russe Александр Беляев. Parfois transcrit Beljaev, Belyaev, Belâev, Belyayev, Beljajew, Beljajev, Beliaew ou Beliaiev.

** En russe « Голова профессора Доуэля ».

*** En russe « Человек, который не спит », inédit en français.

**** En russe « Властелин мира », inédit en français.

***** En russe « Человек-амфибия ».

« Les Auteurs du printemps russe. Okoudjava • Vyssotski »

éd. Noir sur blanc, Montricher

éd. Noir sur blanc, Montricher

Il s’agit de Boulat Okoudjava * et de Vladimir Vyssotski **, les chanteurs soviétiques les plus éminents, mais aussi les plus persécutés par la haine et par la sottise du régime. Ils restent à tout jamais comme un témoignage des humiliations et du désespoir infligés à tout un peuple par une tribu de bureaucrates bornés, effrayés par l’ombre de la vérité, terrorisés par la sincérité, traumatisés par le talent. Toutes les chansons de ces deux paroliers ont un point commun : elles révèlent, avec douleur, des pans entiers d’une « autre » histoire, non pas l’histoire officielle, écrite par le régime, mais celle vécue par des millions de gens — marins, aviateurs, paysans, étudiants, ouvriers d’usine — et jusque-là entièrement passée sous silence dans les publications. « Mes protagonistes ne sont pas de ces hauts personnages chers à l’histoire romancée, mais de petites gens, des obscurs, des médiocres. Ce type d’humanité me convient mieux », dit Okoudjava ***. « En règle générale, les grands ont conscience de leur grandeur… et jouent les coquettes pour la postérité… Les humbles, au contraire, conservent leur naturel et se tiennent sans affectation. Avec eux, tout est simple, aisé. Ils n’en laissent pas moins leur trace dans les événements, peuvent nous servir d’exemples, de mises en garde et de sources d’inspiration. » Un soir de tristesse et de solitude, Okoudjava errait à travers Moscou. Le hasard lui fit prendre le dernier trolleybus. Grâce à la présence silencieuse des autres voyageurs, des gens simples, il trouva un remède aux tourments de son âme, à la « biéda » **** (« malheur ») :

« Quand je suis impuissant à vaincre le malheur,
Que le désespoir me guette,
Je prends en marche le trolley bleu,
Le dernier,
Au hasard.
Trolley de minuit, file par les rues,
Fais ta ronde au long des boulevards
Pour ramasser ceux qui, dans la nuit, ont fait
Naufrage,
Naufrage
 » Lisez la suite›

* En russe Булат Окуджава. Parfois transcrit Okudžava, Okudzhava, Okudschawa, Okudjava ou Okudzsava.

** En russe Владимир Высоцкий. Parfois transcrit Vissotski, Vissotsky, Vyssotsky, Vysotsky, Vısotski, Vısotskiy, Visocki, Vysockij, Wyssozki, Vysotski, Viszockij ou Wysocki.

*** « L’Amour-toujours, ou les Tribulations de Chipov : histoire vraie racontée sur un air de vaudeville ancien ; préface inédite de l’auteur pour l’édition française ; traduit du russe par Marie-France Tolstoï », p. 5.

**** En russe беда.