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genre lit­té­raire

Andreïev, «Récits complets. Tome V. Le Journal de Satan [et Autres Récits]»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit du «Jour­nal de Satan» («Dnev­nik Sata­ny»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «Дневник Сатаны». Par­fois trans­crit «Dnev­nik Sata­ni». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «[Récits complets. Tome IV.] Jour de colère et Autres Récits»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit de «Lui : récit d’un incon­nu» («On : rass­kaz neïz­vest­no­go»*), «Jour de colère» («Den gne­va»**) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev***, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «Он : рассказ неизвестного». Haut

** En russe «День гнева». Haut

*** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «[Récits complets. Tome III.] Judas Iscariote [et Autres Récits]»

éd. J. Corti, coll. Les Massicotés, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Les Mas­si­co­tés, Paris

Il s’agit de l’«His­toire des sept pen­dus»*Rass­kaz o semi pové­chen­nykh»**), «Judas Isca­riote» («Iou­da Iska­riot»***) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev****, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* Par­fois tra­duit «Le Conte des sept pen­dus». Haut

** En russe «Рассказ о семи повешенных». Par­fois trans­crit «Rass­kaz o semi povešen­nyx», «Rass­kaz o semi povešen­nych», «Ras­kaz o semi povešen­nyh» ou «Rass­kaz o semi pove­shen­nykh». Haut

*** En russe «Иуда Искариот». Par­fois trans­crit «Iuda Iska­riot». Haut

**** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «Récits complets. Tome II. Dans le brouillard et Autres Récits»

éd. J. Corti, Paris

éd. J. Cor­ti, Paris

Il s’agit de «Dans le brouillard» («V tou­ma­né»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «В тумане». Par­fois trans­crit «V tumane». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Andreïev, «Récits complets. Tome I. Le Gouffre et Autres Récits»

éd. J. Corti, coll. Domaine étranger, Paris

éd. J. Cor­ti, coll. Domaine étran­ger, Paris

Il s’agit du «Gouffre» («Bezd­na»*) et autres nou­velles de Léo­nid Andreïev**, auteur russe. À la mort de son père, qui exer­çait la pro­fes­sion d’arpenteur-géomètre, Andreïev était encore au col­lège. Sa mère, issue d’une famille polo­naise désar­gen­tée, se trou­va sans res­sources. Le jeune homme connut la misère noire. Un jour, le cœur gros, il pré­sen­ta à un quo­ti­dien un récit ayant pour sujet un étu­diant tou­jours affa­mé — sa propre vie! On lui dit de reve­nir quelques semaines plus tard pour savoir s’il était accep­té. Il y retour­na, com­pri­mant son angoisse dans l’attente de la déci­sion. Elle lui vint sous la forme d’un immense éclat de rire du direc­teur, qui décla­ra que sa prose ne valait rien. À quelque temps de là, dans une heure de déses­poir, Andreïev se tirait un coup de révol­ver dans le cœur. On le sau­va. Mais celui qui, comme lui, a été si proche d’une mort volon­taire reste en proie à une obses­sion per­ma­nente. En 1897, son diplôme d’avocat en poche, Andreïev obtint une place de chro­ni­queur judi­ciaire dans un grand jour­nal et par­vint enfin à publier ses nou­velles et ses feuille­tons si fou­gueux, si spon­ta­nés, quel­que­fois si bizarres, qui l’imposèrent à l’attention du public russe comme l’un des brillants repré­sen­tants du tour­nant du siècle. Il y prend place après Tol­stoï à qui il dédie d’ailleurs l’«His­toire des sept pen­dus». Je me dois de dire quelques mots sur cette «His­toire», sans doute la plus réus­sie d’Andreïev. Elle n’est rien d’autre, en sub­stance, que ce qu’annonce le titre : les por­traits psy­cho­lo­giques de sept jeunes condam­nés qui s’apprêtent à subir le sup­plice de la pen­dai­son; les visites suprêmes de leurs parents qui viennent avec la réso­lu­tion de leur rendre plus légers ces der­niers moments, mais qui finissent par fondre en larmes; puis, l’horreur et la beau­té sereine, en même temps, de leurs cadavres qui «saluent le soleil levant»

* En russe «Бездна». Par­fois trans­crit «Biezd­na». Haut

** En russe Леонид Андреев. Par­fois trans­crit Léo­nide Andréieff, Léo­nid Andréief, Léo­nide Andreyew, Leo­nid Andréyev ou Léo­nide Andréev. Haut

Ôgai, «Vengeance sur la plaine du temple Goji-in et Autres Récits historiques»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit des «Der­niers Mots» («Sai­go no ikku»*), «Ven­geance sur la plaine du temple Goji-in» («Gojiin­ga­ha­ra no kata­kiu­chi»**) et autres nou­velles de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «最後の一句». Haut

** En japo­nais «護持院原の敵討». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Le Testament d’Okitsu Yagoemon, “Okitsu Yagoemon no isho”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 155-175

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 155-175

Il s’agit du «Tes­ta­ment d’Okitsu Yagoe­mon» («Okit­su Yagoe­mon no isho»*) de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «興津弥五右衛門の遺書». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «La Danseuse»

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

éd. du Rocher, coll. Nou­velle, Mona­co

Il s’agit de «La Dan­seuse»*Mai­hime»**) de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Bal­le­rine». Haut

** En japo­nais «舞姫». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «L’Intendant Sanshô : récits»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit du «Clan Abe»*Abe ichi­zo­ku»**) et de «L’Intendant San­shô»***San­shô dayû»****) de Mori Ôgai*****, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»******. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*******, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»********) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Famille Abe» ou «La Famille des Abe». Haut

** En japo­nais «阿部一族». Haut

*** Par­fois tra­duit «Le Com­man­dant San­shô». Haut

**** En japo­nais «山椒大夫». Haut

***** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

****** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

******* «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

******** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Chimères»

éd. Payot & Rivages, coll. Rivages poche-Petite Bibliothèque, Paris

éd. Payot & Rivages, coll. Rivages poche-Petite Biblio­thèque, Paris

Il s’agit du «Ser­pent» («Hebi»*), «Chi­mères»**Môsô»***) et autres nou­velles de Mori Ôgai****, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»*****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il******, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «». Haut

** Par­fois tra­duit «Rêve­ries». Haut

*** En japo­nais «妄想». Par­fois trans­crit «Môzô». Haut

**** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

***** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

****** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

******* En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Gogol, «Œuvres complètes»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit des «Âmes mortes» («Miort­vyïé dou­chi»*) et autres œuvres de Nico­las Gogol**. L’un des infor­ma­teurs du vicomte de Vogüé pour «Le Roman russe», un vieil homme de lettres***, lui avait dit un jour : «Nous sommes tous sor­tis du “Man­teau” de Gogol»****. Cette for­mule, pro­non­cée en fran­çais, a plu. Elle témoigne du fait que Gogol était deve­nu le modèle de la prose, comme Pou­ch­kine — le modèle de la poé­sie. Elle a beau­coup été citée. On la connaît. On connaît bien moins Gogol lui-même qui, à plu­sieurs égards, était un homme étrange et mys­té­rieux. On peut le dire, il y avait en lui quelque chose du démon. Un pou­voir sur­na­tu­rel fai­sait étin­ce­ler ses yeux; et il sem­blait, par moments, que l’irrationnel et l’effrayant le péné­traient de part en part et impri­maient sur ses œuvres une marque inef­fa­çable. Si, ensuite, la lit­té­ra­ture russe s’est signa­lée par une cer­taine exal­ta­tion déré­glée, tour­men­tée, une cer­taine contra­dic­tion inté­rieure, une psy­chose guet­tant constam­ment, cachée au tour­nant; si elle a même favo­ri­sé ces carac­tères, elle a sui­vi en cela l’exemple de Gogol. Cet auteur mi-russe, mi-ukrai­nien avait une nature double et vivait dans un monde dédou­blé — le monde réel et le monde des rêves lou­foques, ter­ri­fiants. Et non seule­ment ces deux mondes paral­lèles se ren­con­traient, mais encore ils se contor­sion­naient et se confon­daient d’une façon extra­va­gante dans son esprit déli­rant, un peu «comme deux piliers qui se reflètent dans l’eau se livrent aux contor­sions les plus folles quand les remous de l’onde s’y prêtent»*****. C’est «Le Nez» («Nos»******), ana­gramme du «Rêve» («Son»*******), où ce génie si par­ti­cu­lier de Gogol s’est déployé libre­ment pour la toute pre­mière fois. Que l’on pense au début de la nou­velle : «À son immense stu­pé­fac­tion, il s’aperçut que la place que son nez devait occu­per ne pré­sen­tait plus qu’une sur­face lisse! Tout alar­mé, Kova­liov se fit appor­ter de l’eau et se frot­ta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien dis­pa­ru!» Toutes les fon­da­tions du réel vacillent. Mais le fonc­tion­naire gogo­lien est à peine conscient de ce qui lui arrive. Confron­té à une ville absurde, fan­tas­ma­go­rique, un «Gogol­grad» inquié­tant, où le diable lui-même allume les lampes et éclaire les choses pour les mon­trer sous un aspect illu­soire, ce petit homme gru­gé, muti­lé, floué avance à tâtons dans la brume, en s’accrochant orgueilleu­se­ment et pué­ri­le­ment à ses fonc­tions et à son grade. «La ville a beau lui jouer les tours les plus pen­dables, le ber­ner ou le châ­trer momen­ta­né­ment, ce per­son­nage… insi­gni­fiant ne renonce jamais à s’incruster, à s’enraciner, fût-ce dans l’inexistant. [Il] res­te­ra cha­touilleux sur son grade et ses pré­ro­ga­tives bureau­cra­tiques jusqu’à [sa] dis­so­lu­tion com­plète dans le non-être… Inchan­gé, il réap­pa­raî­tra chez un Kaf­ka», explique M. Georges Nivat.

* En russe «Мёртвые души». Par­fois trans­crit «Miort­via dou­chi», «Meurt­via dou­chi», «Miort­vyye dushi», «Myort­vyye dushi» ou «Mert­vye duši». Haut

** En russe Николай Гоголь. Par­fois trans­crit Niko­laj Gogol, Niko­laï Gogol ou Nico­laï Gogol. Haut

*** Sans doute Dmi­tri Gri­go­ro­vitch. Une remarque à la page 208 du «Roman russe» le laisse pen­ser : «M. Gri­go­ro­vitch, qui tient une place hono­rée dans les lettres…, m’a confir­mé cette anec­dote». Haut

**** «Le Roman russe», p. 96. Haut

***** Vla­di­mir Nabo­kov, «Niko­laï Gogol». Haut

****** En russe «Нос». Haut

******* En russe «Сон». Haut

Saikaku, «Arashi, vie et mort d’un acteur»

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit de l’«Ara­shi mujô mono­ga­ta­ri»*Ara­shi, vie et mort d’un acteur»**) d’Ihara Sai­ka­ku***, mar­chand japo­nais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consa­cra à l’art du roman, où il devint un maître incon­tes­té, et le plus habile des écri­vains. On com­pare la viva­ci­té et la rapi­di­té de son style à celles que l’on éprouve en des­cen­dant un tor­rent dans une barque. À la nais­sance de Sai­ka­ku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les for­ti­fi­ca­tions rasées des villes avaient fait place à des quar­tiers de dis­trac­tion, où les bour­geois met­taient à la pour­suite du plai­sir l’opiniâtreté et la pas­sion qu’ils avaient autre­fois appor­tées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Sai­ka­ku, vaste fresque de ce «monde flot­tant» («ukiyo»****), prend pour sujets les mar­chands, les ven­deurs, les fabri­cants de ton­neaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guer­riers, les cour­ti­sanes. Les por­traits de celles-ci sur­tout, très remar­quables et osés, allant jusqu’à la vul­ga­ri­té, font que l’on consi­dère Sai­ka­ku comme un por­no­graphe; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contri­bué à faire de lui le plus popu­laire écri­vain de son temps, mais qui n’est cepen­dant qu’un masque, et le plus trom­peur des masques, on ver­ra un psy­cho­logue hors pair, lucide, mais plein d’humour, tou­jours à l’écoute du «cœur des gens de ce monde» («yo no hito-goko­ro»*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Mura­sa­ki-shi­ki­bu. «Dans ses ouvrages aus­si francs qu’enjoués, Sai­ka­ku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénon­cé dans les ser­mons des bonzes. Mais les héros de Sai­ka­ku ne tentent pas de lui échap­per, ils mettent leur sagesse à s’en accom­mo­der, et leur iro­nie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde vou­dront bien leur don­ner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Liber­tins? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du liber­ti­nage occi­den­tal, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plai­sirs, les héros de Sai­ka­ku n’ont pas à se [faire] scé­lé­rats», dit M. Mau­rice Pin­guet

* En japo­nais «嵐無常物語». Haut

** Par­fois tra­duit «Récit de la mort d’Arashi». Haut

*** En japo­nais 井原西鶴. Autre­fois trans­crit Iha­ra Saï­ka­kou. Haut

**** En japo­nais «浮世». Autre­fois trans­crit «oukiyo». Haut

***** En japo­nais «世の人心». Haut

****** Iha­ra Sai­ka­ku, «Sai­ka­ku ori­dome» («Le Tis­sage inter­rom­pu de Sai­ka­ku»), inédit en fran­çais. Haut

Saikaku, «Quatre Nouvelles. “L’Écritoire de poche”»

dans « Autour de Saikaku : le roman en Chine et au Japon aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles » (éd. Les Indes savantes, coll. Études japonaises, Paris), p. 113-122

dans «Autour de Sai­ka­ku : le roman en Chine et au Japon aux XVIIe et XVIIIe siècles» (éd. Les Indes savantes, coll. Études japo­naises, Paris), p. 113-122

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Futo­ko­ro suzu­ri»*L’Écritoire de poche») d’Ihara Sai­ka­ku**, mar­chand japo­nais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consa­cra à l’art du roman, où il devint un maître incon­tes­té, et le plus habile des écri­vains. On com­pare la viva­ci­té et la rapi­di­té de son style à celles que l’on éprouve en des­cen­dant un tor­rent dans une barque. À la nais­sance de Sai­ka­ku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les for­ti­fi­ca­tions rasées des villes avaient fait place à des quar­tiers de dis­trac­tion, où les bour­geois met­taient à la pour­suite du plai­sir l’opiniâtreté et la pas­sion qu’ils avaient autre­fois appor­tées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Sai­ka­ku, vaste fresque de ce «monde flot­tant» («ukiyo»***), prend pour sujets les mar­chands, les ven­deurs, les fabri­cants de ton­neaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guer­riers, les cour­ti­sanes. Les por­traits de celles-ci sur­tout, très remar­quables et osés, allant jusqu’à la vul­ga­ri­té, font que l’on consi­dère Sai­ka­ku comme un por­no­graphe; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contri­bué à faire de lui le plus popu­laire écri­vain de son temps, mais qui n’est cepen­dant qu’un masque, et le plus trom­peur des masques, on ver­ra un psy­cho­logue hors pair, lucide, mais plein d’humour, tou­jours à l’écoute du «cœur des gens de ce monde» («yo no hito-goko­ro»****) comme il dit lui-même*****. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Mura­sa­ki-shi­ki­bu. «Dans ses ouvrages aus­si francs qu’enjoués, Sai­ka­ku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénon­cé dans les ser­mons des bonzes. Mais les héros de Sai­ka­ku ne tentent pas de lui échap­per, ils mettent leur sagesse à s’en accom­mo­der, et leur iro­nie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde vou­dront bien leur don­ner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Liber­tins? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du liber­ti­nage occi­den­tal, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plai­sirs, les héros de Sai­ka­ku n’ont pas à se [faire] scé­lé­rats», dit M. Mau­rice Pin­guet

* En japo­nais «懐硯». Haut

** En japo­nais 井原西鶴. Autre­fois trans­crit Iha­ra Saï­ka­kou. Haut

*** En japo­nais «浮世». Autre­fois trans­crit «oukiyo». Haut

**** En japo­nais «世の人心». Haut

***** Iha­ra Sai­ka­ku, «Sai­ka­ku ori­dome» («Le Tis­sage inter­rom­pu de Sai­ka­ku»), inédit en fran­çais. Haut