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Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

«La Colonne trajane au musée de Saint-Germain»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la colonne tra­jane. De tous les forums romains, celui de l’Empereur Tra­jan était le plus beau, le plus régu­lier, avec sa place entou­rée de tavernes à l’usage des mar­chands, ses sta­tues de toute espèce, sa basi­lique, son temple, ses deux biblio­thèques, l’une pour les col­lec­tions grecques et l’autre pour les latines, et tant d’autres somp­tuo­si­tés. L’imagination de ceux qui voyaient pour la pre­mière fois cet ensemble unique de construc­tions en était vive­ment frap­pée, comme en témoigne Ammien Mar­cel­lin : «construc­tions gigan­tesques» («gigan­teos contex­tus»), dit-il, «qui défient la des­crip­tion» («nec rela­tu effa­biles»), «et que les mor­tels ne cher­che­ront plus à repro­duire» («nec rur­sus mor­ta­li­bus adpe­ten­dos»). Qu’est deve­nue cette si pro­di­gieuse magni­fi­cence? Il n’en reste aujourd’hui que la colonne qui se trou­vait au milieu et qui est bien conser­vée. L’idée de ce monu­ment est gran­diose. D’un pié­des­tal sur lequel on peut lire : «Le Sénat et le peuple romain (ont consa­cré cette colonne) à l’Empereur, fils du divin Ner­va, Tra­jan… père de la patrie, pour mar­quer de quelle hau­teur était la mon­tagne et la place qu’on a déblayées pour y construire de si grands monu­ments» s’élance une de ces colonnes creuses que l’on appe­lait «colum­na cochlea­ta», à cause de l’escalier tour­nant en coli­ma­çon («cochlea») creu­sé dans le marbre et condui­sant au som­met, là où repo­sait la sta­tue de l’Empereur Tra­jan. Mais le mérite prin­ci­pal de ce monu­ment est ailleurs : il est dans les bas-reliefs qui, en forme de spi­rale, le décorent de haut en bas. Tous les exploits que Tra­jan a faits pen­dant son règne, entre autres les vic­toires qu’il a rem­por­tées sur les Daces (en Rou­ma­nie), figurent sur ces bas-reliefs his­to­riques ser­pen­tant autour de la colonne comme les pages immor­telles d’un rou­leau manus­crit («volu­men»). La suite conti­nue qu’ils forment, monte vers l’Empereur vic­to­rieux et vient se pros­ter­ner à ses pieds. L’effet est majes­tueux. L’ensemble est d’une puis­sance, d’une éner­gie incon­tes­tables. «On y voit des ani­maux, des armes, des enseignes, des marches, des camps, des machines, des harangues aux sol­dats, des sacri­fices, des batailles, des vic­toires, des tro­phées… Tout est expri­mé avec intel­li­gence, comme on peut l’observer dans l’intrépidité de ces femmes daces qui se jettent, armées de torches, sur les pri­son­niers romains; et… le déses­poir de leurs maris qui, pour ne pas tom­ber dans l’esclavage, brûlent leur ville et s’empoisonnent», dit très bien Fran­ces­co Mili­zia

Nosaka, «Nosaka aime les chats»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit de «Nosa­ka aime les chats» («Waga­hai wa neko ga suki»*) de M. Akiyu­ki Nosa­ka**, écri­vain japo­nais de talent, mais qui, har­ce­lé par le sen­ti­ment de culpa­bi­li­té, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus gro­tesque et la plus ani­male. Ce sen­ti­ment de culpa­bi­li­té est né en lui au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale, quand il a vu mou­rir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute déchar­née après des mois de famine : «Quand je pense com­ment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne par­ve­nait plus à rele­ver la tête ni même à pleu­rer, com­ment elle mou­rut seule, com­ment enfin il ne res­tait que des cendres après sa cré­ma­tion, je me rends compte que j’avais été trop pré­oc­cu­pé par ma propre sur­vie. Dans les hor­reurs de la famine, j’avais man­gé ses parts de nour­ri­ture»***. Son tra­vail d’écrivain s’est entiè­re­ment construit sur cette expé­rience qu’il a cepen­dant tra­ves­tie, nar­rée en se fai­sant plai­sir à lui-même, dans «La Tombe des lucioles». Car, en véri­té, il n’était pas aus­si tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en man­geant le dû de sa sœur qu’il a sur­vé­cu, et c’est en refou­lant cette cruau­té qu’il a écrit «La Tombe des lucioles» qui lui a per­mis par la suite de gagner sa vie : «J’ai tri­ché avec cette souf­france — la plus grande, je crois, qui se puisse ima­gi­ner — celle d’[un parent plon­gé] dans l’incapacité de nour­rir son enfant. Et moi qui suis plu­tôt d’un natu­rel allègre, j’en garde une dette, une bles­sure pro­fonde, même si les sou­ve­nirs à la longue s’estompent»****. C’est cette bles­sure infec­tée, satu­rée d’odeurs nau­séa­bondes, que M. Nosa­ka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aus­si haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regar­dez!

* En japo­nais «吾輩は猫が好き». Haut

** En japo­nais 野坂昭如. Haut

*** Akiyu­ki Nosa­ka, «五十歩の距離» («La Dis­tance de cin­quante pas»), inédit en fran­çais. Haut

**** Phi­lippe Pons, «“Je garde une bles­sure pro­fonde” : un entre­tien avec le roman­cier». Haut

Nosaka, «Le Moine-Cigale, “Iro hôshi”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 125-144

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome III. Les Paons, la Gre­nouille, le Moine-Cigale (1955-1970)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 125-144

Il s’agit du «Moine-Cigale» («Iro hôshi»*) de M. Akiyu­ki Nosa­ka**, écri­vain japo­nais de talent, mais qui, har­ce­lé par le sen­ti­ment de culpa­bi­li­té, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus gro­tesque et la plus ani­male. Ce sen­ti­ment de culpa­bi­li­té est né en lui au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale, quand il a vu mou­rir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute déchar­née après des mois de famine : «Quand je pense com­ment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne par­ve­nait plus à rele­ver la tête ni même à pleu­rer, com­ment elle mou­rut seule, com­ment enfin il ne res­tait que des cendres après sa cré­ma­tion, je me rends compte que j’avais été trop pré­oc­cu­pé par ma propre sur­vie. Dans les hor­reurs de la famine, j’avais man­gé ses parts de nour­ri­ture»***. Son tra­vail d’écrivain s’est entiè­re­ment construit sur cette expé­rience qu’il a cepen­dant tra­ves­tie, nar­rée en se fai­sant plai­sir à lui-même, dans «La Tombe des lucioles». Car, en véri­té, il n’était pas aus­si tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en man­geant le dû de sa sœur qu’il a sur­vé­cu, et c’est en refou­lant cette cruau­té qu’il a écrit «La Tombe des lucioles» qui lui a per­mis par la suite de gagner sa vie : «J’ai tri­ché avec cette souf­france — la plus grande, je crois, qui se puisse ima­gi­ner — celle d’[un parent plon­gé] dans l’incapacité de nour­rir son enfant. Et moi qui suis plu­tôt d’un natu­rel allègre, j’en garde une dette, une bles­sure pro­fonde, même si les sou­ve­nirs à la longue s’estompent»****. C’est cette bles­sure infec­tée, satu­rée d’odeurs nau­séa­bondes, que M. Nosa­ka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aus­si haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regar­dez!

* En japo­nais «色法師». Haut

** En japo­nais 野坂昭如. Haut

*** Akiyu­ki Nosa­ka, «五十歩の距離» («La Dis­tance de cin­quante pas»), inédit en fran­çais. Haut

**** Phi­lippe Pons, «“Je garde une bles­sure pro­fonde” : un entre­tien avec le roman­cier». Haut

Macrobe, «Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire au “Songe de Sci­pion”» («In “Som­nium Sci­pio­nis”») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces emplois divers n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, «Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire au “Songe de Sci­pion”» («In “Som­nium Sci­pio­nis”») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces emplois divers n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, «Les Saturnales»

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

Il s’agit des «Satur­nales» («Satur­na­lia») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Ces dif­fé­rents emplois n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les sciences et les arts fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Evliyâ Tchélébi, «La Guerre des Turcs : récits de batailles extraits du “Livre de voyages”»

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. La Bibliothèque turque, Arles

éd. Actes Sud-Sind­bad, coll. La Biblio­thèque turque, Arles

Il s’agit d’une rela­tion turque de la guerre de Can­die (XVIIe siècle). Durant ses vingt-deux ans de siège, le des­tin de la prin­ci­pale cité de Crète, Can­die — atta­quée, d’un côté, avec une fureur extrême par les Otto­mans et défen­due, de l’autre, avec une constance égale par la Répu­blique de Venise — fixa l’attention de l’Europe et du monde entier, comme en témoignent les abon­dantes pro­duc­tions impri­mées rela­tives à l’événement. «À l’instar du siège de Vienne… cette guerre sut réveiller quelque vieux rêve de chré­tien­té, au cœur même d’États pour­tant atte­lés prin­ci­pa­le­ment à la défense de leurs inté­rêts.»* Une aven­ture sin­gu­lière, et qui tient presque du roman, atti­ra les armes sur Can­die. En 1644, six galères de Malte s’étaient empa­rées d’un grand vais­seau turc et étaient venues, avec leur prise, mouiller dans un petit port cré­tois où les auto­ri­tés véni­tiennes eurent l’imprudence de les rece­voir. Ce vais­seau turc emme­nait, à des­ti­na­tion de la Mecque, des pèle­rins, des négo­ciants, des sol­dats, des hommes d’équipage et trente femmes, dont une vieille nour­rice du sul­tan. Ce der­nier, appre­nant la nou­velle, ne vou­lut rien moins que faire jeter dans la mer le rocher de Malte. Ses vizirs, plus sages, lui rap­pe­lèrent que ce rocher inac­ces­sible avait été l’écueil où s’étaient bri­sées les ambi­tions de ses pré­dé­ces­seurs. Alors, le sul­tan fit tom­ber sa colère sur les Véni­tiens; il leur repro­cha d’avoir, mal­gré les trai­tés de paix, reçu dans leur port la prise faite par les Mal­tais. Il fit faire à sa flotte des pré­pa­ra­tifs immenses; et au mois de mai 1645, 416 navires por­tant une armée de 50 000 hommes abor­dèrent en Crète. «De m’imaginer qu’un Empire qui est com­po­sé de plu­sieurs Empires et de plu­sieurs royaumes… n’[ait] pour prin­ci­pal objet que [de] recou­vrer une vieille nour­rice qui, même dans sa jeu­nesse, ne fut jamais belle (car j’ai vu un homme qui l’a vue depuis huit jours), c’est ce que je trouve… gro­tesque», s’exclame Made­leine de Scu­dé­ry en rap­por­tant cette his­toire

* Özkan Bar­dak­çı et Fran­çois Pugnière, «La Der­nière Croi­sade». Haut

le marquis de Ville, «Les Mémoires du voyage au Levant, ou l’Histoire curieuse du siège de Candie. Tome II»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit d’une rela­tion ita­lienne de la guerre de Can­die (XVIIe siècle). Durant ses vingt-deux ans de siège, le des­tin de la prin­ci­pale cité de Crète, Can­die — atta­quée, d’un côté, avec une fureur extrême par les Otto­mans et défen­due, de l’autre, avec une constance égale par la Répu­blique de Venise — fixa l’attention de l’Europe et du monde entier, comme en témoignent les abon­dantes pro­duc­tions impri­mées rela­tives à l’événement. «À l’instar du siège de Vienne… cette guerre sut réveiller quelque vieux rêve de chré­tien­té, au cœur même d’États pour­tant atte­lés prin­ci­pa­le­ment à la défense de leurs inté­rêts.»* Une aven­ture sin­gu­lière, et qui tient presque du roman, atti­ra les armes sur Can­die. En 1644, six galères de Malte s’étaient empa­rées d’un grand vais­seau turc et étaient venues, avec leur prise, mouiller dans un petit port cré­tois où les auto­ri­tés véni­tiennes eurent l’imprudence de les rece­voir. Ce vais­seau turc emme­nait, à des­ti­na­tion de la Mecque, des pèle­rins, des négo­ciants, des sol­dats, des hommes d’équipage et trente femmes, dont une vieille nour­rice du sul­tan. Ce der­nier, appre­nant la nou­velle, ne vou­lut rien moins que faire jeter dans la mer le rocher de Malte. Ses vizirs, plus sages, lui rap­pe­lèrent que ce rocher inac­ces­sible avait été l’écueil où s’étaient bri­sées les ambi­tions de ses pré­dé­ces­seurs. Alors, le sul­tan fit tom­ber sa colère sur les Véni­tiens; il leur repro­cha d’avoir, mal­gré les trai­tés de paix, reçu dans leur port la prise faite par les Mal­tais. Il fit faire à sa flotte des pré­pa­ra­tifs immenses; et au mois de mai 1645, 416 navires por­tant une armée de 50 000 hommes abor­dèrent en Crète. «De m’imaginer qu’un Empire qui est com­po­sé de plu­sieurs Empires et de plu­sieurs royaumes… n’[ait] pour prin­ci­pal objet que [de] recou­vrer une vieille nour­rice qui, même dans sa jeu­nesse, ne fut jamais belle (car j’ai vu un homme qui l’a vue depuis huit jours), c’est ce que je trouve… gro­tesque», s’exclame Made­leine de Scu­dé­ry en rap­por­tant cette his­toire

* Özkan Bar­dak­çı et Fran­çois Pugnière, «La Der­nière Croi­sade». Haut

le marquis de Ville, «Les Mémoires du voyage au Levant, ou l’Histoire curieuse du siège de Candie. [Tome I]»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit d’une rela­tion ita­lienne de la guerre de Can­die (XVIIe siècle). Durant ses vingt-deux ans de siège, le des­tin de la prin­ci­pale cité de Crète, Can­die — atta­quée, d’un côté, avec une fureur extrême par les Otto­mans et défen­due, de l’autre, avec une constance égale par la Répu­blique de Venise — fixa l’attention de l’Europe et du monde entier, comme en témoignent les abon­dantes pro­duc­tions impri­mées rela­tives à l’événement. «À l’instar du siège de Vienne… cette guerre sut réveiller quelque vieux rêve de chré­tien­té, au cœur même d’États pour­tant atte­lés prin­ci­pa­le­ment à la défense de leurs inté­rêts.»* Une aven­ture sin­gu­lière, et qui tient presque du roman, atti­ra les armes sur Can­die. En 1644, six galères de Malte s’étaient empa­rées d’un grand vais­seau turc et étaient venues, avec leur prise, mouiller dans un petit port cré­tois où les auto­ri­tés véni­tiennes eurent l’imprudence de les rece­voir. Ce vais­seau turc emme­nait, à des­ti­na­tion de la Mecque, des pèle­rins, des négo­ciants, des sol­dats, des hommes d’équipage et trente femmes, dont une vieille nour­rice du sul­tan. Ce der­nier, appre­nant la nou­velle, ne vou­lut rien moins que faire jeter dans la mer le rocher de Malte. Ses vizirs, plus sages, lui rap­pe­lèrent que ce rocher inac­ces­sible avait été l’écueil où s’étaient bri­sées les ambi­tions de ses pré­dé­ces­seurs. Alors, le sul­tan fit tom­ber sa colère sur les Véni­tiens; il leur repro­cha d’avoir, mal­gré les trai­tés de paix, reçu dans leur port la prise faite par les Mal­tais. Il fit faire à sa flotte des pré­pa­ra­tifs immenses; et au mois de mai 1645, 416 navires por­tant une armée de 50 000 hommes abor­dèrent en Crète. «De m’imaginer qu’un Empire qui est com­po­sé de plu­sieurs Empires et de plu­sieurs royaumes… n’[ait] pour prin­ci­pal objet que [de] recou­vrer une vieille nour­rice qui, même dans sa jeu­nesse, ne fut jamais belle (car j’ai vu un homme qui l’a vue depuis huit jours), c’est ce que je trouve… gro­tesque», s’exclame Made­leine de Scu­dé­ry en rap­por­tant cette his­toire

* Özkan Bar­dak­çı et Fran­çois Pugnière, «La Der­nière Croi­sade». Haut

Nosaka, «Les Embaumeurs : roman»

éd. Actes Sud, coll. Lettres japonaises, Arles

éd. Actes Sud, coll. Lettres japo­naises, Arles

Il s’agit des «Embau­meurs» («Tomu­rai­shi­ta­chi»*) de M. Akiyu­ki Nosa­ka**, écri­vain japo­nais de talent, mais qui, har­ce­lé par le sen­ti­ment de culpa­bi­li­té, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus gro­tesque et la plus ani­male. Ce sen­ti­ment de culpa­bi­li­té est né en lui au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale, quand il a vu mou­rir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute déchar­née après des mois de famine : «Quand je pense com­ment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne par­ve­nait plus à rele­ver la tête ni même à pleu­rer, com­ment elle mou­rut seule, com­ment enfin il ne res­tait que des cendres après sa cré­ma­tion, je me rends compte que j’avais été trop pré­oc­cu­pé par ma propre sur­vie. Dans les hor­reurs de la famine, j’avais man­gé ses parts de nour­ri­ture»***. Son tra­vail d’écrivain s’est entiè­re­ment construit sur cette expé­rience qu’il a cepen­dant tra­ves­tie, nar­rée en se fai­sant plai­sir à lui-même, dans «La Tombe des lucioles». Car, en véri­té, il n’était pas aus­si tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en man­geant le dû de sa sœur qu’il a sur­vé­cu, et c’est en refou­lant cette cruau­té qu’il a écrit «La Tombe des lucioles» qui lui a per­mis par la suite de gagner sa vie : «J’ai tri­ché avec cette souf­france — la plus grande, je crois, qui se puisse ima­gi­ner — celle d’[un parent plon­gé] dans l’incapacité de nour­rir son enfant. Et moi qui suis plu­tôt d’un natu­rel allègre, j’en garde une dette, une bles­sure pro­fonde, même si les sou­ve­nirs à la longue s’estompent»****. C’est cette bles­sure infec­tée, satu­rée d’odeurs nau­séa­bondes, que M. Nosa­ka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aus­si haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regar­dez!

* En japo­nais «とむらい師たち». Haut

** En japo­nais 野坂昭如. Haut

*** Akiyu­ki Nosa­ka, «五十歩の距離» («La Dis­tance de cin­quante pas»), inédit en fran­çais. Haut

**** Phi­lippe Pons, «“Je garde une bles­sure pro­fonde” : un entre­tien avec le roman­cier». Haut