Lucien, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Phi­lo­sophes à l’encan » (« Biôn Pra­sis »1, lit­té­ra­le­ment « La Vente des vies ») et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

« C’est un im­pi­toyable cen­seur de toute su­per­sti­tion et de toute char­la­ta­ne­rie »

L’idéal que l’Instruction pro­met­tait à Lu­cien était in­carné, à cette époque-là, par ceux qu’on ap­pe­lait les « so­phistes ». Ce terme n’était pas tou­jours pris en mau­vaise part. Il si­gni­fiait un homme cultivé, formé à la rhé­to­rique, frotté de phi­lo­so­phie et qui vi­vait de son sa­voir, en exer­çant les mé­tiers de pro­fes­seur, lo­go­graphe ou avo­cat. À moins qu’il ne choi­sît de par­cou­rir le monde, en don­nant des confé­rences ré­mu­né­rées. Lu­cien fut tout cela à ses dé­buts et il ne quitta la car­rière de so­phiste qu’à l’âge de qua­rante ans pour se li­vrer à l’écriture. Ce fut la forme du dia­logue sa­ti­rique, joi­gnant la raille­rie fa­cile à l’érudition, et les com­mé­rages de bain pu­blic aux ré­mi­nis­cences ho­mé­riques, qu’il adopta pour ses écrits. Il dit lui-même, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », com­ment il par­vint à ce genre nou­veau, en par­tant des dia­logues phi­lo­so­phiques du grave Pla­ton, qu’il força à sou­rire : « Quand je l’ai pris, le dia­logue était triste et sombre ; ses per­pé­tuelles in­ter­ro­ga­tions le ren­daient sec et aride. Je conviens que cela lui don­nait un air im­po­sant, mais il n’avait rien d’agréable, ni qui pût plaire… Je lui ai ap­pris à se rap­pro­cher des hommes et à mar­cher avec eux sur la terre. Je l’ai dé­li­vré de ce qu’il avait de maus­sade et de re­bu­tant »7. On re­con­naît, dans ce so­phiste sans re­li­gion, un es­prit pi­quant et libre, pour qui les er­reurs et les cré­du­li­tés hu­maines sont un su­jet de per­pé­tuelle mo­que­rie : « C’est un im­pi­toyable cen­seur de toute su­per­sti­tion et de toute char­la­ta­ne­rie », dit un cri­tique8, « mais il est in­con­sé­quent dans sa mau­vaise hu­meur ; il confond avec les plus vils so­phistes ceux mêmes qu’il a loués ailleurs comme de vrais phi­lo­sophes — par exemple, So­crate et Aris­tote. Il met dans leur bouche un lan­gage in­sensé et fu­rieux qui n’a ja­mais été le leur. » En un mot, si Lu­cien est l’un des grands re­pré­sen­tants du bon sens sa­ti­rique, il a aussi les tra­vers d’un far­ceur qui rit de tout, même de la vertu la plus vraie et la plus réelle. C’est là le dé­faut es­sen­tiel qu’on re­marque dans ses ou­vrages ; mais ce dé­faut, tem­péré par l’enjouement iro­nique de son es­prit, dis­pa­raît le plus sou­vent en­tiè­re­ment dans la pu­reté de son style, c’est-à-dire un per­si­flage agréable et in­gé­nieux, qui fait de Lu­cien le plus vol­tai­rien des au­teurs grecs.

« Les moines chré­tiens qui co­piaient et conser­vaient dans les cou­vents une si faible part de la lit­té­ra­ture grecque, ont pré­servé Lu­cien de l’oubli. Grâces leur en se­raient ren­dues s’ils avaient agi en let­trés. Mais ils mon­traient d’autres sou­cis : ils ré­pan­daient ces livres avec zèle, non pour leur charme ou leur es­prit, mais pour leur im­piété à l’égard des [dieux païens]… Tel fut donc le sen­ti­ment au­quel nous de­vons de lire en­core l’œuvre presque en­tière de Lu­cien, avec une ad­mi­ra­tion qui ne va pas tou­jours sans mé­lange : le lec­teur s’arrête sou­vent, chez Lu­cien comme chez Vol­taire, et s’étonne qu’un es­prit si fin puisse à vo­lonté ne l’être plus du tout. Cer­taines de ses pages sont de pures niai­se­ries qui dé­cou­ragent toute ana­lyse et valent exac­te­ment un chant de “La Pu­celle”. Et puis, tout à coup, voici un chef-d’œuvre… “Les Dia­logues des cour­ti­sanes”… Après deux mille an­nées, le lec­teur re­con­naît et dans un monde si loin­tain, tous les per­son­nages de ces “Dia­logues”, sans en ex­cep­ter le moindre… tant le conteur an­tique avait mis ses soins à re­tran­cher, le long de son livre, tout ce qui n’était pas éter­nel », conclut un tra­duc­teur9.

Il n’existe pas moins de quinze tra­duc­tions fran­çaises des « Phi­lo­sophes à l’encan », mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de l’abbé Guillaume Mas­sieu.

« ΖΕΥΣ. — Σὺ μὲν διατίθει τὰ βάθρα καὶ παρασκεύαζε τὸν τόπον τοῖς ἀφικνουμένοις, σὺ δὲ στῆσον ἑξῆς παραγαγὼν τοὺς βίους, ἀλλὰ κοσμήσας πρότερον, ὡς εὐπρόσωποι φανοῦνται καὶ ὅτι πλείστους ἐπάξονται· σὺ δέ, ὦ Ἑρμῆ, κήρυττε καὶ ξυγκάλει ἀγαθῇ τύχῃ (var. ξυγκάλει. ΕΡΜΗΣ. — Ἀγαθῇ τύχῃ) τοὺς ὠνητὰς ἤδη παρεῖναι πρὸς τὸ πωλητήριον. Ἀποκηρύξομεν δὲ βίους φιλοσόφους παντὸς εἴδους καὶ προαιρέσεων ποικίλων. Εἰ δέ τις τὸ παραυτίκα μὴ ἔχει τἀργύριον καταϐαλέσθαι, εἰς νέωτα ἐκτίσει καταστήσας ἐγγυητήν. »
— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

« JUPITER. — Al­lons, pré­pa­rez les sièges et la salle. Toi, tu vas faire en­trer chaque secte l’une après l’autre ; mais prends soin au­pa­ra­vant de pa­rer un peu la mar­chan­dise, afin qu’elle donne dans l’œil des ache­teurs. Toi, Mer­cure, fais l’office de crieur pu­blic, et ap­pelle sous d’heureux aus­pices les mar­chands à notre en­can. Nous al­lons vendre, au plus of­frant, des phi­lo­sophes de toutes les es­pèces et de toutes les sectes. S’il se trouve quelqu’un qui ne puisse pas payer ar­gent comp­tant, nous lui don­ne­rons un an de cré­dit sous cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de l’abbé Mas­sieu

« ZEUS. — Toi, dis­pose les ban­quettes et pré­pare la salle pour ceux qui vont ve­nir. Toi, amène les sectes et range-les à la file, mais après les avoir pa­rées, afin qu’elles aient bon air et at­tirent le plus de cha­lands pos­sible. Et toi, Her­mès, fais le crieur et ap­pelle les ache­teurs, qu’ils pro­fitent de la chance, qu’ils se pré­sentent à la salle des ventes. Nous al­lons vendre à la criée des vies phi­lo­so­phiques de toute es­pèce et de sectes va­riées. Si l’on n’a pas d’argent pour payer tout de suite, on payera l’an pro­chain, après avoir donné cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Émile Cham­bry (éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Pa­ris)

« ZEUS. — Toi, dis­pose les sièges, pré­pare les lieux pour les ar­ri­vants. Et toi, in­tro­duis les vies des phi­lo­sophes et range-les à la file. Mais com­mence par faire leur toi­lette pour qu’ils aient belle al­lure et at­tirent le maxi­mum de cha­lands. Quant à toi, Her­mès, fais of­fice de crieur pour les convo­quer.

HERMÈS. — Je sou­haite bonne for­tune aux ache­teurs qui se pré­sentent main­te­nant dans la salle de ventes. Nous al­lons vendre à la criée des vies de phi­lo­sophes de toute es­pèce et de doc­trines va­riées. Et si l’on ne peut ver­ser l’argent comp­tant, on payera l’an pro­chain moyen­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Jacques Bom­paire (éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris)

« ZEUS. — Toi, dis­pose les sièges, pré­pare les lieux pour les ar­ri­vants. Et toi, in­tro­duis les vies des phi­lo­sophes et range-les à la file. Com­mence par faire leur toi­lette pour qu’ils aient belle al­lure et at­tirent le maxi­mum de cha­lands. Quant à toi, Her­mès, fais of­fice de crieur pour les convo­quer.

HERMÈS. — Je sou­haite bonne for­tune aux ache­teurs qui se pré­sentent main­te­nant dans la salle de ventes. Nous al­lons vendre à la criée des vies de phi­lo­sophes de toute es­pèce et de doc­trines va­riées. Si l’on ne peut ver­ser l’argent comp­tant, on payera l’an pro­chain moyen­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Jacques Bom­paire, re­vue par Mme Anne-Ma­rie Oza­nam (éd. Les Belles Lettres, coll. Clas­siques en poche, Pa­ris)

« ZEUS. — Toi, dis­pose les bancs et pré­pare le lieu pour les ar­ri­vants ; toi, amène les phi­lo­sophes et aligne-les ; mais d’abord, fais-leur une beauté pour qu’ils pré­sentent bien et at­tirent le plus de gens pos­sible. Et toi, Her­mès, sois le crieur et ap­pelle les clients.

HERMÈS. — Qu’une bonne for­tune fasse ve­nir les ache­teurs au mar­ché ! Nous al­lons vendre à la criée des phi­lo­sophes de toute es­pèce avec des sys­tèmes de toutes les cou­leurs. Ceux qui ne peuvent pas payer comp­tant, paye­ront l’année pro­chaine après avoir donné cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Mme Odile Zink (éd. Li­brai­rie gé­né­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche-Les Clas­siques d’aujourd’hui, Pa­ris)

« ZEUS. — Toi, dis­pose les bancs et mets le lieu en état pour les ar­ri­vants ; et toi, amène les phi­lo­sophes et aligne-les, mais pare-les d’abord pour qu’ils aient bonne mine et at­tirent le plus de gens pos­sible. Et toi, Her­mès, fais le crieur et ra­cole les cha­lands.

HERMÈS. — À la bonne for­tune, que les ache­teurs gagnent main­te­nant la salle des ventes. Nous al­lons vendre à la criée des phi­lo­sophes de toute es­pèce aux sys­tèmes de toutes les cou­leurs. Et si quelqu’un ne pou­vait payer comp­tant, il four­nira un ré­pon­dant et s’acquittera l’année pro­chaine. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Mme Thé­rèse Beau­père (éd. Les Belles Lettres, coll. Fa­culté des lettres de l’Université de Lyon, Pa­ris)

« JUPITER. — Toi, range les bancs et pré­pare la salle ; toi, in­tro­duis et range les dif­fé­rentes sectes : mais au­pa­ra­vant, aie soin de les pa­rer, afin que leur bonne mine at­tire la foule des ache­teurs. Toi, Mer­cure, tu fe­ras l’office de crieur. Ap­pelle les ache­teurs sous d’heureux aus­pices et dis-leur d’entrer dans la salle de vente : nous y ad­ju­ge­rons des sectes phi­lo­so­phiques de tout genre et de toute es­pèce. Si quelqu’un ne peut pas payer ar­gent comp­tant, il le fera l’année pro­chaine, en don­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jacques-Ni­co­las Be­lin de Ballu (XVIIIe siècle)

« JUPITER. — Ran­gez les bancs et pré­pa­rez la salle pour ceux qui vont ve­nir ; toi, range de suite et amène les dif­fé­rentes sectes : mais au­pa­ra­vant, qu’on ait soin de les pa­rer, afin que leur bonne mine at­tire la foule des ache­teurs. Toi, Mer­cure, tu fe­ras l’office de crieur. Ap­pelle les mar­chands sous d’heureux aus­pices et dis-leur d’entrer dans cette salle de vente : nous y ad­ju­ge­rons des sectes phi­lo­so­phiques de tout genre et de toute es­pèce. Si quelqu’un ne peut pas payer ar­gent comp­tant, il le fera l’année pro­chaine, en don­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jacques-Ni­co­las Be­lin de Ballu, re­vue par Louis Hum­bert (XIXe siècle)

« JUPITER. — Toi, dis­pose les bancs et pré­pare la salle pour les ar­ri­vants ; toi, in­tro­duis et range les dif­fé­rentes sectes : mais, au­pa­ra­vant, aie soin de les pa­rer, afin que leur bonne mine at­tire la foule des ache­teurs. Toi, Mer­cure, tu fe­ras l’office de crieur. Ap­pelle les ache­teurs, et qu’une bonne chance les amène au mar­ché : nous y ad­ju­ge­rons des sectes phi­lo­so­phiques de tout genre et de toute es­pèce. Si quelqu’un ne peut payer ar­gent comp­tant, il le fera l’année pro­chaine, en don­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jacques-Ni­co­las Be­lin de Ballu, re­vue par Émile Pes­son­neaux (XIXe siècle)

« JUPITER. — Al­lons, toi, dis­pose les sièges, pré­pare la salle pour les ar­ri­vants : toi, fais ran­ger par ordre les dif­fé­rentes sectes ; mais aie soin d’abord de les pa­rer, afin qu’elles aient bonne mine et at­tirent beau­coup d’acheteurs. Toi, Mer­cure, fais l’office de crieur, ap­pelle les cha­lands, et qu’une bonne chance les fasse ar­ri­ver au mar­ché ! Nous al­lons vendre à la criée des sectes phi­lo­so­phiques de tout genre et de toute es­pèce. Ceux qui ne pour­ront pas payer comp­tant, paye­ront l’année pro­chaine, en don­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Eugène Tal­bot (XIXe siècle)

« JUPITER. — Qu’on range ces sièges, et qu’on net­toie par­tout, tan­dis qu’on aura soin de pa­rer les sectes, afin qu’elles donnent dans la vue. Mer­cure, fais l’office de ser­gent, et ap­pelle les mar­chands à bonne heure, pour ne point re­tar­der la vente. Nous ven­dons toutes sortes de vies, et à l’usage de tout le monde. Si quelqu’un n’a pas son ar­gent comp­tant, on lui fera cré­dit pour un an, en don­nant cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Ni­co­las Per­rot d’Ablancourt (XVIIe siècle)

« JUPITER. — Sus, ar­range les bancs, toi : et pré­pare le lieu pour ceux qui ar­rivent. Et toi, amène les vies et sectes des phi­lo­sophes, et les fais seoir par ordre. Tou­te­fois, qu’elles soient pre­miè­re­ment bien pa­rées, afin qu’elles ap­pa­raissent plus belles, et at­traient les mar­chands. Quant à toi, Mer­cure, sonne la trom­pette et ap­pelle les ache­teurs, qu’ils viennent en bonne heure à l’encan : que nous li­vre­rons toutes sortes de vies phi­lo­so­phiques et de di­verses sectes ; que si quelqu’un ne peut comp­ter ar­gent pour le pré­sent, pourvu qu’il donne cau­tion et ré­pon­dant, [il] aura un an de terme. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Fil­bert Bre­tin (XVIe siècle)

« JUPITER. — Sus, mets les bancs par ordre, et pré­pare une place à ceux qui ar­rivent. Et toi, amène les vies et les sectes des phi­lo­sophes, et les fais as­seoir cha­cune en son rang, toutes bien pa­rées, afin qu’elles pa­raissent plus belles et at­tirent les mar­chands. Quant à toi, Mer­cure, sonne la trom­pette et ap­pelle les pas­sants, afin que s’ils veulent ache­ter, ils viennent de bonne heure à l’encan où nous li­vre­rons toutes sortes de vies phi­lo­so­phiques de di­verses sectes. Que si quelqu’un ne peut payer comp­tant, on lui don­nera un an de terme, pourvu qu’il ait une cau­tion bonne et va­lable. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jean Bau­doin (XVIIe siècle)

« JUPITER. — Qu’on range tous ces sièges, et qu’on pré­pare une place pour ceux qui vont ar­ri­ver ici. Toi, amène les sectes des phi­lo­sophes, place-les cha­cune en son rang, et aie soin qu’elles soient bien pa­rées, afin que pa­rais­sant plus belles, elles at­tirent ceux qui les peuvent ache­ter, et leur donnent dans la vue. Pour toi, Mer­cure, ap­pelle les mar­chands ; fais en sorte qu’ils s’assemblent ici de bonne heure, et dis-leur que nous ven­dons toutes sortes de sectes phi­lo­so­phiques ; qu’il y en a à l’usage de tout le monde : et que si quelqu’un ne peut payer comp­tant, on lui fera cré­dit, pourvu qu’il donne bonne et va­lable cau­tion. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Laurent Bor­de­lon (XVIIe siècle)

« JUPITER. — Range ces sièges, et mets en bon ordre la salle de notre en­can. Toi, de­meure à la porte ; tu in­tro­dui­ras les sectes après les avoir pa­rées de tout ce qui pourra sé­duire les ache­teurs. Pour toi, Mer­cure, fais l’office de crieur, et que la for­tune nous fa­vo­rise. Aver­tis le pu­blic que les mar­chands sont ar­ri­vés. Nous ven­drons des phi­lo­sophes de toute sorte et de toute secte. Si quelqu’un n’a pas son ar­gent comp­tant, il don­nera cau­tion et payera dans un an. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion du mar­quis Jean-Jacques Le Franc de Pom­pi­gnan (XVIIIe siècle)

« JUPITER. — Tu scamna dis­pone, et lo­cum para ad­ve­nien­ti­bus : tu col­loca pro­duc­tas or­dine vi­tas ; sed exorna ante, ut spe­ciosæ vi­dean­tur et emp­tores quam plu­ri­mos al­li­ciant. Tu vero, Mer­curi, præ­co­nium fac, et jube, quod bene ver­tat emp­tores jam adesse ad fo­rum. Præ­co­nio au­tem ven­de­mus vi­tas phi­lo­so­phas om­nis ge­ne­ris et sec­ta­rum di­ver­sa­rum. Si quis vero præ­sen­tem pe­cu­niam nu­me­rare non pos­sit, fi­de­jus­sore dato, proximo anno sol­vet. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Ti­be­rius Hem­ste­rhuis et Jo­hann Mat­thias Ges­ner (XVIIIe siècle)

« JUPITER. — Tu qui­dem com­pone scamna, et lo­cum ad­ve­nien­ti­bus adorna : tu vero siste vi­tas or­dine ad­duc­tas. Ve­rum eas prius exorna ut for­mosæ ap­pa­reant, et quam­plu­ri­mos al­li­ciant. Tu au­tem, Mer­curi, quod fe­lix faus­tumque sit, pro­clama, et emp­tores, ut jam ad fo­rum ad­sint, convoca. Phi­lo­so­phi­cas au­tem om­nis ge­ne­ris, et va­ria­rum sec­ta­rum vi­tas pro­cla­ma­bi­mus. Quod si quis præ­sentes pe­cu­nias nu­me­rare ne­queat, is dato spon­sore, se­quenti anno sol­vet. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Jean Be­noît, dit Jo­hannes Be­ne­dic­tus (XVIIe siècle)

« JUPITER. — Tu qui­dem com­pone scamna, et lo­cum adorna his qui ad­ve­niunt : tu vero vi­tas (id est phi­lo­so­pho­rum sec­tas) ad­du­cito, easque or­dine siste, ve­rum­ta­men exor­na­tas prius, ut for­mosæ ap­pa­reant, et quam­plu­ri­mos emp­tores al­li­ciant. Tu au­tem, Mer­curi, quod fe­lix faus­tumque sit, pro­clama, et ad­voca emp­tores, ut jam ad­sint ad fo­rum. Pro­cla­ma­bi­mus au­tem om­nis ge­ne­ris Phi­lo­so­phi­cas vi­tas, et va­ria­rum sec­ta­rum. Quod si quis in præ­sen­tia pe­cu­niam nu­me­rare ne­quit, is sal­tem consti­tuto ali­quo qui pro se spon­sor sit, in fu­tu­rum an­num sol­vat. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Mar­tin Bo­le­rus (XVIe siècle)

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  1. En grec « Βίων Πρᾶσις ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  4. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  5. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  1. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut
  2. id. p. 475. Haut
  3. Jean-Fran­çois de La Harpe. Haut
  4. Pierre Louÿs. Haut