Mot-cleflittérature grecque

su­jet

« Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII »

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans « Écrits apo­cryphes chré­tiens. Tome II » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on ap­pelle « Oracles si­byl­lins » (« Si­byl­lia­koi Chrês­moi »1) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les « Livres si­byl­lins » des païens. La si­bylle était une femme ins­pi­rée, qui en­trait en ex­tase et qui an­non­çait aux hu­mains les se­crets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles vo­lantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui ve­naient la consul­ter, de­vaient être as­sez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier té­moi­gnage la concer­nant est ce­lui d’Hé­ra­clite qui dit : « La si­bylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche dé­li­rante se fai­sant en­tendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On lo­ca­li­sait de fa­çon va­riée cette de­vi­ne­resse idéale, cette in­car­na­tion sur­hu­maine, presque dé­ga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on ar­riva à en comp­ter plu­sieurs : la si­bylle phry­gienne, la cu­méenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­posa à Tar­quin le Su­perbe de lui vendre neuf « Livres » de pro­phé­ties qu’elle lui as­sura être au­then­tiques ; Tar­quin lui en de­manda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle ra­do­tait. Alors, elle jeta trois des vo­lumes dans le feu et pro­posa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut en­core plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla en­core trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cédé pa­rut si ex­tra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il ac­cepta. Quel était le contenu de ces « Livres si­byl­lins » ? On n’a ja­mais cessé à Rome de gar­der là-des­sus un se­cret ab­solu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il au­rait pu y avoir à in­ter­pré­ter les oracles de fa­çon ar­bi­traire, et on a tou­jours ré­servé aux mo­ments d’urgence na­tio­nale la consul­ta­tion de ces « Livres ». Deux ma­gis­trats ap­pe­lés « duum­viri sa­cris fa­ciun­dis » avaient pour charge d’en dé­ga­ger le sens et les consé­quences pour les af­faires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à la condi­tion que le sé­nat l’ordonnât. Au­tre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ou­vrir. Vers 400 apr. J.-C. ces vo­lumes sa­crés se trou­vaient en­core à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne pa­rais­sait pas de­voir fai­blir de si­tôt, quand Sti­li­con, cé­dant à la pro­pa­gande chré­tienne, or­donna leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus pour sa­voir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le for­fait du si­nistre Sti­li­con », dit Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus2, « car le traître a li­vré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles se­cou­rables de la si­bylle [et en] dé­trui­sant le gage ir­ré­vo­cable de la do­mi­na­tion éter­nelle [de Rome] ».

  1. En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ». Haut
  1. « Sur son re­tour », liv. II, v. 41-60. Haut

« Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V »

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans « La Bible. Écrits in­ter­tes­ta­men­taires » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on ap­pelle « Oracles si­byl­lins » (« Si­byl­lia­koi Chrês­moi »1) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les « Livres si­byl­lins » des païens. La si­bylle était une femme ins­pi­rée, qui en­trait en ex­tase et qui an­non­çait aux hu­mains les se­crets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles vo­lantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui ve­naient la consul­ter, de­vaient être as­sez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier té­moi­gnage la concer­nant est ce­lui d’Hé­ra­clite qui dit : « La si­bylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche dé­li­rante se fai­sant en­tendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On lo­ca­li­sait de fa­çon va­riée cette de­vi­ne­resse idéale, cette in­car­na­tion sur­hu­maine, presque dé­ga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on ar­riva à en comp­ter plu­sieurs : la si­bylle phry­gienne, la cu­méenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­posa à Tar­quin le Su­perbe de lui vendre neuf « Livres » de pro­phé­ties qu’elle lui as­sura être au­then­tiques ; Tar­quin lui en de­manda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle ra­do­tait. Alors, elle jeta trois des vo­lumes dans le feu et pro­posa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut en­core plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla en­core trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cédé pa­rut si ex­tra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il ac­cepta. Quel était le contenu de ces « Livres si­byl­lins » ? On n’a ja­mais cessé à Rome de gar­der là-des­sus un se­cret ab­solu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il au­rait pu y avoir à in­ter­pré­ter les oracles de fa­çon ar­bi­traire, et on a tou­jours ré­servé aux mo­ments d’urgence na­tio­nale la consul­ta­tion de ces « Livres ». Deux ma­gis­trats ap­pe­lés « duum­viri sa­cris fa­ciun­dis » avaient pour charge d’en dé­ga­ger le sens et les consé­quences pour les af­faires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à la condi­tion que le sé­nat l’ordonnât. Au­tre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ou­vrir. Vers 400 apr. J.-C. ces vo­lumes sa­crés se trou­vaient en­core à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne pa­rais­sait pas de­voir fai­blir de si­tôt, quand Sti­li­con, cé­dant à la pro­pa­gande chré­tienne, or­donna leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus pour sa­voir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le for­fait du si­nistre Sti­li­con », dit Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus2, « car le traître a li­vré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles se­cou­rables de la si­bylle [et en] dé­trui­sant le gage ir­ré­vo­cable de la do­mi­na­tion éter­nelle [de Rome] ».

  1. En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ». Haut
  1. « Sur son re­tour », liv. II, v. 41-60. Haut

« Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome II »

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université La­val, coll. Bi­blio­thèque copte de Nag Ham­madi-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit des « Dé­fi­ni­tions d’Hermès Tris­mé­giste à As­clé­pius » (« Her­mou Tris­me­gis­tou ho­roi pros Ask­lê­pion »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ἑρμοῦ Τρισμεγίστου ὅροι πρὸς Ἀσκληπιόν ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

« Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome I »

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université La­val, coll. Bi­blio­thèque copte de Nag Ham­madi-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit de « L’Ogdoade et l’Ennéade » (« Og­doas kai En­neas »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ὀγδοὰς καὶ Ἐννεάς ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome IV »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de la « Fille du monde » (« Korê kos­mou »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Κόρη κόσμου ». Par­fois tra­duit « Vierge du monde », « Pru­nelle du monde » ou « Pu­pille du monde ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome III »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Dis­cours à Tat » (« Pros Tat »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Πρὸς Τάτ ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome II »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Dis­cours par­fait, ou As­clé­pius » (« Lo­gos te­leios, ê Ask­lê­pios »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Λόγος τέλειος, ἢ Ἀσκληπιός ». Par­fois tra­duit « Dis­cours d’initiation, ou As­clè­pios » ou « De la vo­lonté de Dieu, ou As­clèpe ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Poi­man­drès »1 et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ποιμάνδρης ». Au­tre­fois trans­crit « Py­man­der », « Py­mandre », « Pi­man­der », « Pi­mandre », « Pi­mandres », « Pi­men­der », « Pi­mendre », « Pœ­men­der », « Pœ­man­der », « Pœ­mandre », « Pœ­man­drès », « Poi­man­der » ou « Poi­mandre ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Synésios, « [Œuvres complètes]. Tome IV. Opuscules, part. 1 »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de l’« Éloge de la cal­vi­tie » (« Pha­la­kras En­kô­mion »1) et autres œuvres de Sy­né­sios de Cy­rène2. Écri­vain de se­cond rang, su­pé­rieur en rien, Sy­né­sios at­tire sur­tout l’attention par les dé­tails de sa vie ; car il fut élu évêque, après avoir passé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cy­rène, dans l’actuelle Li­bye, il était issu d’une des meilleures fa­milles de l’aristocratie ; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers ex­plo­ra­teurs ve­nus, plus de mille ans avant lui, de­puis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa pa­trie. Il fré­quenta les écoles su­pé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les le­çons de la fa­meuse Hy­pa­tie, pour la­quelle il ex­prima tou­jours une ad­mi­ra­tion émue. Re­venu à Cy­rène, il vé­cut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne de­man­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oi­sive et bien­heu­reuse « comme [dans] une en­ceinte sa­crée », pré­cise-t-il3, « [en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse ». Sa « Cor­res­pon­dance » nous in­dique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait en­traî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : « Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même… ; dans le plai­sir, je me donne à tous »4. Les évêques orien­taux vou­lurent ab­so­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs ; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande si­tua­tion so­ciale ; quelqu’un qui sût se faire en­tendre. Il leur ré­pon­dit que, s’il de­ve­nait évêque, il ne se sé­pa­re­rait point de son épouse, quoique cette sé­pa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens ; qu’il ne vou­lait pas re­non­cer non plus au plai­sir dé­fendu de la chasse ; qu’il ne pour­rait ja­mais croire en la Ré­sur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton ; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne sa­vait même pas en­core s’il y consen­ti­rait. Les évêques in­sis­tèrent. On le bap­tisa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son mi­nis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour sa­voir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y do­mine. Ni l’un ni l’autre ! Ce qui y do­mine, c’est la re­li­gion d’un homme qui n’eut que des dé­las­se­ments et ja­mais de vraies pas­sions.

  1. En grec « Φαλάκρας Ἐγκώμιον ». Haut
  2. En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Au­tre­fois trans­crit Sy­né­sius ou Sy­nèse. Haut
  1. « Cor­res­pon­dance », lettre XLI. Haut
  2. lettre CV. Haut

Synésios, « [Œuvres complètes]. Tome III. Correspondance, lettres LXIV-CLVI »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de la « Cor­res­pon­dance » (« Epis­to­lai »1) et autres œuvres de Sy­né­sios de Cy­rène2. Écri­vain de se­cond rang, su­pé­rieur en rien, Sy­né­sios at­tire sur­tout l’attention par les dé­tails de sa vie ; car il fut élu évêque, après avoir passé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cy­rène, dans l’actuelle Li­bye, il était issu d’une des meilleures fa­milles de l’aristocratie ; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers ex­plo­ra­teurs ve­nus, plus de mille ans avant lui, de­puis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa pa­trie. Il fré­quenta les écoles su­pé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les le­çons de la fa­meuse Hy­pa­tie, pour la­quelle il ex­prima tou­jours une ad­mi­ra­tion émue. Re­venu à Cy­rène, il vé­cut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne de­man­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oi­sive et bien­heu­reuse « comme [dans] une en­ceinte sa­crée », pré­cise-t-il3, « [en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse ». Sa « Cor­res­pon­dance » nous in­dique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait en­traî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : « Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même… ; dans le plai­sir, je me donne à tous »4. Les évêques orien­taux vou­lurent ab­so­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs ; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande si­tua­tion so­ciale ; quelqu’un qui sût se faire en­tendre. Il leur ré­pon­dit que, s’il de­ve­nait évêque, il ne se sé­pa­re­rait point de son épouse, quoique cette sé­pa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens ; qu’il ne vou­lait pas re­non­cer non plus au plai­sir dé­fendu de la chasse ; qu’il ne pour­rait ja­mais croire en la Ré­sur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton ; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne sa­vait même pas en­core s’il y consen­ti­rait. Les évêques in­sis­tèrent. On le bap­tisa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son mi­nis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour sa­voir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y do­mine. Ni l’un ni l’autre ! Ce qui y do­mine, c’est la re­li­gion d’un homme qui n’eut que des dé­las­se­ments et ja­mais de vraies pas­sions.

  1. En grec « Ἐπιστολαί ». Haut
  2. En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Au­tre­fois trans­crit Sy­né­sius ou Sy­nèse. Haut
  1. « Cor­res­pon­dance », lettre XLI. Haut
  2. lettre CV. Haut

Synésios, « [Œuvres complètes]. Tome II. Correspondance, lettres I-LXIII »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de la « Cor­res­pon­dance » (« Epis­to­lai »1) et autres œuvres de Sy­né­sios de Cy­rène2. Écri­vain de se­cond rang, su­pé­rieur en rien, Sy­né­sios at­tire sur­tout l’attention par les dé­tails de sa vie ; car il fut élu évêque, après avoir passé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cy­rène, dans l’actuelle Li­bye, il était issu d’une des meilleures fa­milles de l’aristocratie ; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers ex­plo­ra­teurs ve­nus, plus de mille ans avant lui, de­puis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa pa­trie. Il fré­quenta les écoles su­pé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les le­çons de la fa­meuse Hy­pa­tie, pour la­quelle il ex­prima tou­jours une ad­mi­ra­tion émue. Re­venu à Cy­rène, il vé­cut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne de­man­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oi­sive et bien­heu­reuse « comme [dans] une en­ceinte sa­crée », pré­cise-t-il3, « [en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse ». Sa « Cor­res­pon­dance » nous in­dique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait en­traî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : « Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même… ; dans le plai­sir, je me donne à tous »4. Les évêques orien­taux vou­lurent ab­so­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs ; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande si­tua­tion so­ciale ; quelqu’un qui sût se faire en­tendre. Il leur ré­pon­dit que, s’il de­ve­nait évêque, il ne se sé­pa­re­rait point de son épouse, quoique cette sé­pa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens ; qu’il ne vou­lait pas re­non­cer non plus au plai­sir dé­fendu de la chasse ; qu’il ne pour­rait ja­mais croire en la Ré­sur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton ; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne sa­vait même pas en­core s’il y consen­ti­rait. Les évêques in­sis­tèrent. On le bap­tisa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son mi­nis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour sa­voir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y do­mine. Ni l’un ni l’autre ! Ce qui y do­mine, c’est la re­li­gion d’un homme qui n’eut que des dé­las­se­ments et ja­mais de vraies pas­sions.

  1. En grec « Ἐπιστολαί ». Haut
  2. En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Au­tre­fois trans­crit Sy­né­sius ou Sy­nèse. Haut
  1. « Cor­res­pon­dance », lettre XLI. Haut
  2. lettre CV. Haut

Synésios, « [Œuvres complètes]. Tome I. Hymnes »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit des « Hymnes » (« Hym­noi »1) et autres œuvres de Sy­né­sios de Cy­rène2. Écri­vain de se­cond rang, su­pé­rieur en rien, Sy­né­sios at­tire sur­tout l’attention par les dé­tails de sa vie ; car il fut élu évêque, après avoir passé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cy­rène, dans l’actuelle Li­bye, il était issu d’une des meilleures fa­milles de l’aristocratie ; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers ex­plo­ra­teurs ve­nus, plus de mille ans avant lui, de­puis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa pa­trie. Il fré­quenta les écoles su­pé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les le­çons de la fa­meuse Hy­pa­tie, pour la­quelle il ex­prima tou­jours une ad­mi­ra­tion émue. Re­venu à Cy­rène, il vé­cut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne de­man­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oi­sive et bien­heu­reuse « comme [dans] une en­ceinte sa­crée », pré­cise-t-il3, « [en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse ». Sa « Cor­res­pon­dance » nous in­dique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait en­traî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : « Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même… ; dans le plai­sir, je me donne à tous »4. Les évêques orien­taux vou­lurent ab­so­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs ; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande si­tua­tion so­ciale ; quelqu’un qui sût se faire en­tendre. Il leur ré­pon­dit que, s’il de­ve­nait évêque, il ne se sé­pa­re­rait point de son épouse, quoique cette sé­pa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens ; qu’il ne vou­lait pas re­non­cer non plus au plai­sir dé­fendu de la chasse ; qu’il ne pour­rait ja­mais croire en la Ré­sur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton ; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne sa­vait même pas en­core s’il y consen­ti­rait. Les évêques in­sis­tèrent. On le bap­tisa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son mi­nis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour sa­voir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y do­mine. Ni l’un ni l’autre ! Ce qui y do­mine, c’est la re­li­gion d’un homme qui n’eut que des dé­las­se­ments et ja­mais de vraies pas­sions.

  1. En grec « Ὕμνοι ». Haut
  2. En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Au­tre­fois trans­crit Sy­né­sius ou Sy­nèse. Haut
  1. « Cor­res­pon­dance », lettre XLI. Haut
  2. lettre CV. Haut

Archimède, « Œuvres complètes. Tome II »

éd. D. de Brouwer, coll. de travaux de l’Académie internationale d’histoire des sciences, Bruges

éd. D. de Brou­wer, coll. de tra­vaux de l’Académie in­ter­na­tio­nale d’histoire des sciences, Bruges

Il s’agit de la « Qua­dra­ture de la pa­ra­bole » et autres trai­tés d’Archimède, le plus cé­lèbre des in­ven­teurs an­ciens (IIIe siècle av. J.-C.). Bien que toutes les sciences aient oc­cupé Ar­chi­mède, la géo­mé­trie et la phy­sique sont néan­moins celles dans les­quelles éclata sur­tout son gé­nie ; il était si pas­sionné pour ces deux dis­ci­plines qu’il en « ou­bliait de boire et de man­ger, et né­gli­geait tous les soins de son corps », rap­porte Plu­tarque1. Il fut le pre­mier à for­mu­ler ce prin­cipe qu’un corps plongé dans un li­quide perd de son poids une quan­tité égale au poids du li­quide qu’il dé­place. La dé­cou­verte de cette belle vé­rité lui causa tant de joie, rap­porte Vi­truve2, qu’il sor­tit en­tiè­re­ment nu du bain et cou­rut dans Sy­ra­cuse en criant : « J’ai trouvé ! j’ai trouvé ! » (« Heu­rêka ! heu­rêka ! »3). On met au nombre des in­ven­tions d’Archimède la fa­meuse vis qui porte son nom, et dont les Égyp­tiens se ser­virent par la suite pour l’irrigation de leurs champs. Il mon­tra en outre les pro­prié­tés des le­viers, des pou­lies, des roues den­tées, et était si en­thou­siaste de leur pou­voir, rap­porte Pap­pus4, qu’il dé­cla­rait un jour au roi Hié­ron : « Donne-moi un point où je puisse me te­nir, et j’ébranlerai la Terre » (« Dos moi pou stô, kai kinô tên Gên »5). Mais de toutes ses in­ven­tions, celle qui ex­cita le plus l’admiration des contem­po­rains, c’est sa sphère mou­vante. Constel­lée d’étoiles, elle re­pré­sen­tait les mou­ve­ments et les po­si­tions des corps cé­lestes. Ci­cé­ron en parle comme d’une mer­veille ; Clau­dien lui dé­die une épi­gramme en­tière6, dont voici les pre­miers vers : « Un jour que Ju­pi­ter voyait le ciel ren­fermé sous l’étroite en­ceinte d’un verre, il sou­rit et adressa ces pa­roles aux Im­mor­tels : “Voilà donc à quel point est por­tée l’adresse des mor­tels ! Dans un globe fra­gile est re­pré­senté mon ou­vrage ; un vieillard dans Sy­ra­cuse a trans­porté sur la terre par les ef­forts de son art les prin­cipes des cieux, l’harmonie des élé­ments et les lois des dieux…” » ; Cas­sio­dore ajoute : « Ainsi une pe­tite ma­chine est char­gée du poids du monde, c’est le ciel por­ta­tif, l’abrégé de l’univers, le mi­roir de la na­ture » (« Par­vamque ma­chi­nam gra­vi­dam mundo, cæ­lum ges­ta­bile, com­pen­dium re­rum, spe­cu­lum na­turæ »).

  1. « Les Vies des hommes illustres », vie de Mar­cel­lus. Haut
  2. « Les Dix Livres d’architecture », liv. IX. Haut
  3. En grec « Εὕρηκα εὕρηκα ». Au­tre­fois trans­crit « Eu­rêka ! eu­rêka ! » ou « Eu­reca ! eu­reca ! ». Haut
  1. « La Col­lec­tion ma­thé­ma­thique », liv. VIII. Haut
  2. En grec « Δός μοί ποῦ στῶ, καὶ κινῶ τὴν Γῆν ». Haut
  3. L’épigramme « Sur la sphère d’Archimède » (« In sphæ­ram Ar­chi­me­dis »). Haut