Mot-clefgrec

pays, gen­tilé ou langue

Callinos, « Chant guerrier »

dans Tyrtée, « Les Chants », XIXᵉ siècle, p. 44-49

dans Tyr­tée, « Les Chants », XIXe siècle, p. 44-49

Il s’agit du « Chant guer­rier » (« Âisma »1) de Cal­li­nos d’Éphèse2. Sauf Ho­mère et peut-être Hé­siode, Cal­li­nos est le plus an­cien poète grec connu (VIIe siècle av. J.-C.). Dans le temps où il vi­vait, les Cim­mé­riens, bar­bares ve­nus d’Europe, avaient en­vahi l’Asie Mi­neure et at­ta­quaient les ci­tés io­niennes, qui étaient elles-mêmes en proie à des dis­sen­sions ré­centes, si bien que la guerre était par­tout. Au mi­lieu de tels bou­le­ver­se­ments, il était im­pos­sible à un poète de ne pas chan­ter la guerre, qu’il voyait me­na­çante aux portes de sa cité. Ses com­pa­triotes, tout amol­lis par la tran­quille jouis­sance de la paix ha­bi­tuelle, son­geaient peu à se dé­fendre. Cal­li­nos es­saya de les sor­tir de cette es­pèce de lé­thar­gie dans la­quelle ils étaient en­se­ve­lis : « Quand donc mar­che­rez-vous ? Qui vous re­tient, sol­dats ? De­vant vos com­pa­gnons, ne rou­gis­sez-vous pas ? Sans doute, lorsqu’au loin Mars étend sa fu­rie, vous croyez être en paix. L’ennemi vous at­tend !… »3 Son « Chant guer­rier », conservé par Stra­bon, est un éner­gique ap­pel aux armes, une vé­hé­mente Mar­seillaise, qui an­nonce la ma­nière de Tyr­tée, à qui cer­tains ont voulu l’attribuer. On peut en ad­mi­rer, si on lit le grec, « le mou­ve­ment ca­dencé et un peu lourd des dis­tiques, les so­lides at­taches des phrases, et sur­tout les sons mâles et un peu durs de la langue de Cal­li­nos »4. Cal­li­nos est aussi le pre­mier qui, se­lon le té­moi­gnage de Stra­bon, mit en vogue la lé­gende d’Apollon Smin­thien, c’est-à-dire Apol­lon « dieu des rats ». Cette œuvre my­tho­lo­gique est per­due. Mais le cha­pitre sur les sou­ris dans « La Per­son­na­lité des ani­maux » d’Élien per­met d’en re­cons­ti­tuer le su­jet : Des Cré­tois, qui à cause d’un dé­sastre vou­laient quit­ter leur pays pour al­ler s’établir ailleurs, de­man­dèrent à Apol­lon de leur dé­si­gner un bon en­droit. L’oracle leur or­donna de s’établir à l’endroit où des « êtres nés de la terre » (« gê­ge­neis »5) vien­draient leur faire la guerre. S’étant em­bar­qués, ils par­vinrent aux en­vi­rons de la fu­ture Ha­maxi­tos et y trou­vèrent un abri conve­nable pour se re­po­ser. Mais pen­dant leur som­meil, des rats sor­tirent de terre de tous cô­tés et vinrent ron­ger les cour­roies de leurs bou­cliers et les cordes de leurs arcs. À leur ré­veil, s’étant sou­ve­nus de l’oracle, les Cré­tois crurent en avoir com­pris le sens ; et comme, par ailleurs, toutes leurs armes étaient hors d’état de ser­vir, ils s’établirent en ce lieu et consa­crèrent une fa­meuse sta­tue à Apol­lon, qui le re­pré­sen­tait de­bout, le pied posé sur un rat.6

  1. En grec « ᾎσμα ». Haut
  2. En grec Καλλῖνος. Au­tre­fois trans­crit Kal­li­nos ou Cal­li­nus. Haut
  3. p. 47. Haut
  1. Georges Le Bi­dois, « Études d’analyse cri­tique ap­pli­quée aux poètes grecs. Le Ly­risme », p. 307. Haut
  2. En grec γηγενεῖς. Haut
  3. Cette sta­tue, comme d’autres, sera plus tard des­cen­due et traî­née par des cordes à Constan­ti­nople, non tant pour or­ner les places de la nou­velle ca­pi­tale chré­tienne, que pour dé­pouiller de leurs or­ne­ments les an­ciens dieux païens. Haut

« Le “Chêne” et le “Voile” de Phérécyde : note sur un témoignage du gnostique Isidore »

dans « Revue des études grecques », vol. 124, nº 1, p. 79-92

dans « Re­vue des études grecques », vol. 124, no 1, p. 79-92

Il s’agit de Phé­ré­cyde de Sy­ros1, théo­lo­gien et mys­tique, le plus an­cien pro­sa­teur de la Grèce. Chez presque toutes les na­tions, les vers ont pré­cédé la prose. Car quoique la prose ait tou­jours été, comme elle l’est aujourd’hui, le lan­gage com­mun des hommes, il a été d’abord un temps où l’on ne croyait pas qu’elle mé­ri­tât d’être trans­mise à la pos­té­rité. Phé­ré­cyde de Sy­ros, qui vi­vait au VIe siècle av. J.-C., écri­vit une cos­mo­go­nie por­tant le titre étrange de « L’Antre aux sept re­plis »2 (« Hep­ta­my­chos »3) ou « Théo­cra­sie »4 ou en­core « Théo­go­nie »5. C’était le plus an­cien ou­vrage en prose parmi les Grecs si l’on en croit entre autres Pline l’Ancien, qui dit : « Phé­ré­cyde de Sy­ros est le pre­mier qui écri­vit en prose » (« pro­sam ora­tio­nem condere Phe­re­cydes Sy­rius ins­ti­tuit »), vou­lant dire par là que notre au­teur fut le pre­mier qui traita de ma­tières plus ou moins phi­lo­so­phiques, et qui s’appliqua à don­ner à la prose cette es­pèce d’élévation qui dis­tingue les ou­vrages de l’esprit. Dio­gène Laërce at­tri­bue à Phé­ré­cyde, outre son livre, une hor­loge so­laire — un « hé­lio­trope » (un « tour­ne­sol »), mais il est pos­sible que cet ins­tru­ment as­tro­no­mique ne soit qu’une his­toire ou, pour mieux dire, une fable dont le point de dé­part est ce pas­sage d’Ho­mère mal com­pris : « Il y a une île qu’on nomme Sy­ros… du côté où Hé­lios tourne »6. Ci­cé­ron, dans ses « Tus­cu­lanes », men­tionne Phé­ré­cyde comme le pre­mier pen­seur qui ait pro­posé et sou­tenu le dogme de l’immortalité de l’âme hu­maine, qu’il au­rait en­suite trans­mis à Py­tha­gore, son dis­ciple. En­fin, voici une lettre adres­sée par notre au­teur à Tha­lès : « J’ai donc en­joint à mes ser­vi­teurs, lorsqu’ils m’auront en­se­veli, de t’apporter mon écrit. Pu­blie-le si, après en avoir conféré avec les autres sages, tu juges qu’il mé­rite d’être lu ; si­non, tu peux le sup­pri­mer. Il ne me sa­tis­fait pas com­plè­te­ment moi-même. En de telles ques­tions, la cer­ti­tude est im­pos­sible ; aussi, je me flatte moins d’être ar­rivé à la vé­rité, que d’avoir fourni ma­tière à ré­flexion à ceux qui s’occupent de théo­lo­gie. Du reste, il faut in­ter­pré­ter mes pa­roles et al­ler au fond ; car je for­mule tout sous forme al­lé­go­rique ».

  1. En grec Φερεκύδης ὁ Σύριος. Haut
  2. Par­fois tra­duit « Sept Re­coins ». Haut
  3. En grec « Ἑπτάμυχος ». Haut
  1. En grec « Θεοκρασία ». Par­fois tra­duit « Mé­lange di­vin ». Haut
  2. En grec « Θεογονία ». Haut
  3. « L’Odyssée », ch. XV. Haut

Nicolas de Damas, « Histoires • Recueil de coutumes • Vie d’Auguste • Autobiographie »

éd. Les Belles Lettres, coll. Fragments, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Frag­ments, Pa­ris

Il s’agit de « Vie d’Auguste » et autres œuvres de Ni­co­las de Da­mas1, phi­lo­sophe et his­to­rien sy­rien d’expression grecque. Il na­quit à Da­mas, l’an 64 av. J.-C., et ja­mais il ne ju­gea né­ces­saire de se dire autre chose que Da­mas­cène. Il se mo­quait même des so­phistes de son époque, qui ache­taient à grands frais le titre d’Athénien ou Rho­dien, parce qu’ils avaient honte de l’obscurité de leur pa­trie. Cer­tains d’entre eux écri­vaient des livres en­tiers pour dé­cla­rer qu’ils n’étaient pas na­tifs d’Apamée ou de Da­mas, mais de quelque ville re­nom­mée de la Grèce ; il es­ti­mait ces gens-là « sem­blables à ceux qui ont honte de leurs propres pa­rents »2. Ni­co­las de Da­mas fut élevé avec beau­coup de soin. Il ai­mait les lettres et il y fit de grands pro­grès qui, dès sa plus tendre jeu­nesse, lui don­nèrent de la ré­pu­ta­tion. Il eut un pen­chant dé­cidé pour la doc­trine d’Aris­tote, charmé qu’il fut par la va­riété pro­di­gieuse des connais­sances dé­ployées dans les ou­vrages de ce phi­lo­sophe. Son com­men­taire sur les re­cherches aris­to­té­li­ciennes sur les plantes le ren­dit bien­tôt cé­lèbre. Par son ca­rac­tère ai­mable, non moins que par ses ta­lents d’érudit, Ni­co­las sut ga­gner l’affection du roi juif Hé­rode et l’estime de l’Empereur ro­main Au­guste. Ce fut pour com­plaire au pre­mier qu’il en­tre­prit d’écrire les « His­toires » (« His­to­riai »3) des grands Em­pires d’Orient. Ce fut pour ho­no­rer la mé­moire du se­cond qu’il ré­di­gea la « Vie d’Auguste » (« Bios Kai­sa­ros »4), ou « Sur la vie de Cé­sar Au­guste et sur son édu­ca­tion ». Cette der­nière bio­gra­phie contient la page si­non la plus com­plète, du moins la plus ap­pro­chant de la réa­lité, que l’Antiquité nous ait lais­sée sur l’assassinat de Cé­sar, père d’Auguste. Voici com­ment Ni­co­las s’exprime sur cet évé­ne­ment d’une gra­vité mé­mo­rable : « En cette oc­ca­sion, la di­vi­nité mon­tra quel est le cours des af­faires hu­maines, toutes in­stables et sou­mises au des­tin, en condui­sant Cé­sar sur le ter­rain de l’ennemi, de­vant la sta­tue du­quel il al­lait res­ter étendu mort ; [car] du vi­vant de Pom­pée, Cé­sar avait battu [ce der­nier], mais, après sa mort, il se fit tuer au pied [même] de sa sta­tue »5. Quant à l’« Au­to­bio­gra­phie » de Ni­co­las, qui nous est éga­le­ment par­ve­nue, on a lieu de dou­ter qu’elle soit son ou­vrage, étant écrite à la troi­sième per­sonne.

  1. En grec Νικόλαος Δαμασκηνός. Haut
  2. p. 316. Haut
  3. En grec « Ἱστορίαι ». Haut
  1. En grec « Βίος Καίσαρος ». Haut
  2. p. 258. Haut

Chalcondyle, « L’Histoire de la décadence de l’Empire grec et établissement de celui des Turcs »

XVIᵉ siècle

XVIe siècle

Il s’agit de Lao­nic Chal­con­dyle, Athé­nien du XVe siècle apr. J.-C. qui a écrit en dix livres « L’Histoire de la dé­ca­dence de l’Empire grec et éta­blis­se­ment de ce­lui des Turcs ». J’adopte la ma­nière la plus com­mune d’orthographier son nom en fran­çais, qui est de sup­pri­mer une des syl­labes pour évi­ter le re­dou­ble­ment, écri­vant Chal­con­dyle au lieu de Chal­co­con­dyle1. Quant à son pré­nom de Lao­nic2, quelques-uns pré­fèrent le chan­ger en ce­lui de Ni­co­las, dont il est, en ef­fet, le ver­lan. Quoi qu’il en soit, « L’Histoire » de Chal­con­dyle parle avec éten­due des guerres des Grecs et autres chré­tiens contre les Turcs ; elle com­mence vers l’an 1300 (date de­puis la­quelle les af­faires des Grecs al­lèrent tou­jours de mal en pis) jusqu’à leur des­truc­tion et ruine fi­nale par Meh­med II, qui prit Constan­ti­nople en l’an 1453. Chassé de sa pa­trie par ces fu­nestes évé­ne­ments, Chal­con­dyle a évo­qué, mieux qu’aucun autre avant lui, les souf­frances de sa Grèce na­tale et a ainsi rap­pelé vers l’Orient l’attention de l’Europe ou­blieuse et in­dif­fé­rente. La dou­leur qu’il res­sent d’être exilé, ne le rend pas in­juste pour au­tant. Il fait preuve d’une grande ob­jec­ti­vité à l’égard des Turcs ; il vante leurs qua­li­tés et leur ri­gou­reuse dis­ci­pline, qu’il op­pose aux dis­cordes et aux vices de ses com­pa­triotes. Par ailleurs, mal­gré l’inaction de l’Europe, il montre une sin­cère es­time pour les États qui té­moignent du moins quelque sym­pa­thie à la cause grecque, sur­tout pour la France qui, tant de fois, prit l’initiative des croi­sades. Écou­tons-le épui­ser toutes les for­mules d’une vive ad­mi­ra­tion pour le nom fran­çais : « Je di­rai… ceci des Fran­çais », dit-il, « que c’est une na­tion très noble et fort an­cienne ; riche, opu­lente et de grand pou­voir. Et d’autant qu’[en] toutes ces choses ils sur­montent et passent de bien loin tous les autres peuples de l’Occident, aussi… c’est à eux [que], de droit, l’autorité sou­ve­raine et l’administration de l’Empire ro­main doit ap­par­te­nir ». Et aussi : « On sait as­sez que cette na­tion est fort an­cienne sur toutes [les] autres, et qu’elle s’est da­van­tage ac­quis une très grande et ma­gni­fique gloire pour avoir, tant de fois, vaincu et rem­barré les bar­bares qui étaient sor­tis de l’Afrique, du­rant même que3 l’Empire ro­main était comme an­nexé et hé­ré­di­taire à [sa] cou­ronne ».

  1. En grec Χαλκοκονδύλης. Par­fois trans­crit Chal­con­dile, Chal­co­con­dyle, Chal­co­con­dyles ou Chal­ko­kon­dy­lès. Haut
  2. En grec Λαόνικος. Par­fois trans­crit Lao­nice, Lao­nique, Lao­ni­kos, Lao­ni­cos ou Lao­ni­cus. Haut
  1. « Du­rant même que » si­gni­fie « au mo­ment même où, dans le même temps que ». Haut

Ératosthène, « Les Catastérismes : mythes et histoire des constellations »

éd. Nil, coll. Le Cabinet de curiosités, Paris

éd. Nil, coll. Le Ca­bi­net de cu­rio­si­tés, Pa­ris

Il s’agit des « Ca­tas­té­rismes, ou Constel­la­tions du zo­diaque » (« Ka­tas­te­ris­moi, ê As­tro­the­siai zô­diôn »1) d’Ératosthène de Cy­rène2. Le temps a dé­truit la plus grande par­tie des pro­duc­tions lit­té­raires de l’Antiquité. La plu­part ne nous sont ar­ri­vées que par frag­ments, et nous ne pos­sé­dons que les dé­bris d’un grand nau­frage. Parmi les au­teurs dont les écrits ont dis­paru, il en est un qui, ayant em­brassé dans sa car­rière la­bo­rieuse toutes les branches im­por­tantes des connais­sances hu­maines, et ayant donné à la science géo­gra­phique la pre­mière et dé­ci­sive im­pul­sion, de­vint le bi­blio­thé­caire d’Alexandrie et la gloire du règne des Pto­lé­mées. Je veux par­ler d’Ératosthène. C’est lui qui, le pre­mier, dé­dui­sit la cir­con­fé­rence de notre pla­nète, en me­su­rant l’angle sous le­quel les rayons du So­leil tou­chaient la Terre en deux villes qu’il sup­posa sur le même mé­ri­dien — Alexan­drie et Syène3 — en par­tant du constat que le Nil cou­lait dans une di­rec­tion li­néaire du Sud au Nord, comme un mé­ri­dien vi­sible. On lui doit aussi plu­sieurs ob­ser­va­tions sur les astres, ainsi qu’une mé­thode pour trou­ver les nombres pre­miers ap­pe­lée « crible d’Ératosthène » (« kos­ki­non Era­tos­the­nous »4), parce qu’au lieu d’établir di­rec­te­ment la suite de ces nombres, elle le fait in­di­rec­te­ment et en quelque sorte par éli­mi­na­tion, en ex­cluant les autres nombres. Éra­tos­thène com­posa un grand nombre d’ouvrages (cin­quante se­lon le ca­ta­logue de Fa­bri­cius). Un seul nous est par­venu, les « Ca­tas­té­rismes », mais par l’intermédiaire d’un abrégé. La vie et la per­sonne d’Ératosthène ne sont guère mieux connues. Seuls deux do­cu­ments nous four­nissent des ren­sei­gne­ments qu’on peut consi­dé­rer comme de pre­mière main. Le pre­mier est d’Archimède et est adressé à Éra­tos­thène. Le cé­lèbre Sy­ra­cu­sain pro­pose très ami­ca­le­ment à la sa­ga­cité de son cor­res­pon­dant une « Mé­thode re­la­tive aux théo­rèmes mé­ca­niques ». Il dé­crit notre homme « comme ha­bile, ex­cel­lem­ment à la hau­teur de la phi­lo­so­phie, et comme ne re­cu­lant pas de­vant les ques­tions ma­thé­ma­tiques qui se pré­sentent ». Le se­cond do­cu­ment est une épi­gramme ap­par­te­nant au genre fu­né­raire et qu’on trouve dans l’« An­tho­lo­gie grecque ». Elle af­firme qu’Ératosthène ne fut pas en­terré à Cy­rène, sa pa­trie, mais au « bord ex­trême du ri­vage de Pro­tée ». Or, Pro­tée, dieu ma­rin et sorte de Vieillard de la mer, oc­cu­pait, se­lon Ho­mère, « l’île de Pha­ros… au mi­lieu de la mer on­du­leuse, de­vant l’Égypte »5, là où fut édi­fié le phare d’Alexandrie (qui porte le nom de cette île). Mais voici l’épigramme en ques­tion : « Tu t’es éteint, Éra­tos­thène, dans une douce vieillesse, et non dans un ac­cès de fièvre. Le som­meil, au­quel nul ne peut échap­per, est venu as­sou­pir ta pen­sée qui mé­di­tait sur les astres. Ce n’est point Cy­rène, ta nour­rice, qui t’a reçu dans le tom­beau de tes pères, fils d’Aglaüs ; mais, comme un ami, tu as trouvé une tombe sur ce bord ex­trême du ri­vage de Pro­tée »

  1. En grec « Καταστερισμοί, ἢ Ἀστροθεσίαι ζῳδίων ». Haut
  2. En grec Ἐρατοσθένης ὁ Κυρηναῖος. Haut
  3. Aujourd’hui As­souan (أسوان), en Égypte. Haut
  1. En grec κόσκινον Ἐρατοσθένους. Haut
  2. « L’Odyssée », ch. IV. Haut

« Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII »

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans « Écrits apo­cryphes chré­tiens. Tome II » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on ap­pelle « Oracles si­byl­lins » (« Si­byl­lia­koi Chrês­moi »1) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les « Livres si­byl­lins » des païens. La si­bylle était une femme ins­pi­rée, qui en­trait en ex­tase et qui an­non­çait aux hu­mains les se­crets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles vo­lantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui ve­naient la consul­ter, de­vaient être as­sez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier té­moi­gnage la concer­nant est ce­lui d’Hé­ra­clite qui dit : « La si­bylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche dé­li­rante se fai­sant en­tendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On lo­ca­li­sait de fa­çon va­riée cette de­vi­ne­resse idéale, cette in­car­na­tion sur­hu­maine, presque dé­ga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on ar­riva à en comp­ter plu­sieurs : la si­bylle phry­gienne, la cu­méenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­posa à Tar­quin le Su­perbe de lui vendre neuf « Livres » de pro­phé­ties qu’elle lui as­sura être au­then­tiques ; Tar­quin lui en de­manda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle ra­do­tait. Alors, elle jeta trois des vo­lumes dans le feu et pro­posa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut en­core plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla en­core trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cédé pa­rut si ex­tra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il ac­cepta. Quel était le contenu de ces « Livres si­byl­lins » ? On n’a ja­mais cessé à Rome de gar­der là-des­sus un se­cret ab­solu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il au­rait pu y avoir à in­ter­pré­ter les oracles de fa­çon ar­bi­traire, et on a tou­jours ré­servé aux mo­ments d’urgence na­tio­nale la consul­ta­tion de ces « Livres ». Deux ma­gis­trats ap­pe­lés « duum­viri sa­cris fa­ciun­dis » avaient pour charge d’en dé­ga­ger le sens et les consé­quences pour les af­faires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à la condi­tion que le sé­nat l’ordonnât. Au­tre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ou­vrir. Vers 400 apr. J.-C. ces vo­lumes sa­crés se trou­vaient en­core à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne pa­rais­sait pas de­voir fai­blir de si­tôt, quand Sti­li­con, cé­dant à la pro­pa­gande chré­tienne, or­donna leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus pour sa­voir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le for­fait du si­nistre Sti­li­con », dit Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus2, « car le traître a li­vré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles se­cou­rables de la si­bylle [et en] dé­trui­sant le gage ir­ré­vo­cable de la do­mi­na­tion éter­nelle [de Rome] ».

  1. En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ». Haut
  1. « Sur son re­tour », liv. II, v. 41-60. Haut

« Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V »

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans « La Bible. Écrits in­ter­tes­ta­men­taires » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on ap­pelle « Oracles si­byl­lins » (« Si­byl­lia­koi Chrês­moi »1) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les « Livres si­byl­lins » des païens. La si­bylle était une femme ins­pi­rée, qui en­trait en ex­tase et qui an­non­çait aux hu­mains les se­crets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles vo­lantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui ve­naient la consul­ter, de­vaient être as­sez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier té­moi­gnage la concer­nant est ce­lui d’Hé­ra­clite qui dit : « La si­bylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche dé­li­rante se fai­sant en­tendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On lo­ca­li­sait de fa­çon va­riée cette de­vi­ne­resse idéale, cette in­car­na­tion sur­hu­maine, presque dé­ga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on ar­riva à en comp­ter plu­sieurs : la si­bylle phry­gienne, la cu­méenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­posa à Tar­quin le Su­perbe de lui vendre neuf « Livres » de pro­phé­ties qu’elle lui as­sura être au­then­tiques ; Tar­quin lui en de­manda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle ra­do­tait. Alors, elle jeta trois des vo­lumes dans le feu et pro­posa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut en­core plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla en­core trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cédé pa­rut si ex­tra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il ac­cepta. Quel était le contenu de ces « Livres si­byl­lins » ? On n’a ja­mais cessé à Rome de gar­der là-des­sus un se­cret ab­solu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il au­rait pu y avoir à in­ter­pré­ter les oracles de fa­çon ar­bi­traire, et on a tou­jours ré­servé aux mo­ments d’urgence na­tio­nale la consul­ta­tion de ces « Livres ». Deux ma­gis­trats ap­pe­lés « duum­viri sa­cris fa­ciun­dis » avaient pour charge d’en dé­ga­ger le sens et les consé­quences pour les af­faires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à la condi­tion que le sé­nat l’ordonnât. Au­tre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ou­vrir. Vers 400 apr. J.-C. ces vo­lumes sa­crés se trou­vaient en­core à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne pa­rais­sait pas de­voir fai­blir de si­tôt, quand Sti­li­con, cé­dant à la pro­pa­gande chré­tienne, or­donna leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus pour sa­voir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le for­fait du si­nistre Sti­li­con », dit Ru­ti­lius Na­ma­tia­nus2, « car le traître a li­vré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles se­cou­rables de la si­bylle [et en] dé­trui­sant le gage ir­ré­vo­cable de la do­mi­na­tion éter­nelle [de Rome] ».

  1. En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ». Haut
  1. « Sur son re­tour », liv. II, v. 41-60. Haut

« Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome II »

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université La­val, coll. Bi­blio­thèque copte de Nag Ham­madi-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit des « Dé­fi­ni­tions d’Hermès Tris­mé­giste à As­clé­pius » (« Her­mou Tris­me­gis­tou ho­roi pros Ask­lê­pion »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ἑρμοῦ Τρισμεγίστου ὅροι πρὸς Ἀσκληπιόν ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

« Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome I »

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université La­val, coll. Bi­blio­thèque copte de Nag Ham­madi-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit de « L’Ogdoade et l’Ennéade » (« Og­doas kai En­neas »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ὀγδοὰς καὶ Ἐννεάς ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome IV »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de la « Fille du monde » (« Korê kos­mou »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Κόρη κόσμου ». Par­fois tra­duit « Vierge du monde », « Pru­nelle du monde » ou « Pu­pille du monde ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome III »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Dis­cours à Tat » (« Pros Tat »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Πρὸς Τάτ ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome II »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Dis­cours par­fait, ou As­clé­pius » (« Lo­gos te­leios, ê Ask­lê­pios »1) et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Λόγος τέλειος, ἢ Ἀσκληπιός ». Par­fois tra­duit « Dis­cours d’initiation, ou As­clè­pios » ou « De la vo­lonté de Dieu, ou As­clèpe ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut

Hermès Trismégiste, « “Corpus hermeticum”. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Poi­man­drès »1 et autres trai­tés du « Cor­pus her­me­ti­cum », com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées re­li­gieuses de l’Égypte et des su­per­sti­tions sa­vantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au dé­but de notre ère, le ra­tio­na­lisme grec craque de toute part. La science hu­maine, ju­gée trop res­treinte et su­jette à l’erreur, cède la place aux ré­vé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du né­cro­man­cien. Chez l’élite in­tel­lec­tuelle se ré­pand le dé­sir des connais­sances im­mé­diates, ve­nues par voie sur­na­tu­relle ; le goût de l’invisible, de l’initiation oc­culte ; la cu­rio­sité pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus re­cours à un cer­tain nombre de « sa­gesses ré­vé­lées », qu’ils at­tri­buent soit à des sages perses (Zo­roastre, Os­ta­nès, Hys­taspe) ; soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès) ; soit à des oracles de la Chal­dée (« Oracles chal­daïques »). Parmi ces « sa­gesses ré­vé­lées », celle at­tri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste2 (« Her­mès le trois fois très grand ») est peut-être la plus im­por­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­rité qui sur­vit dans les mots « her­mé­tisme », « her­mé­tique », etc. Mais qui est donc cet Her­mès ? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui donna l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent en­suite à la Grèce : « Thoth », ra­conte Pla­ton3, « vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait in­venté, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus sa­vants et sou­la­gera leur mé­moire ; c’est un re­mède que j’ai trouvé contre la dif­fi­culté d’apprendre et de sa­voir” ».

  1. En grec « Ποιμάνδρης ». Au­tre­fois trans­crit « Py­man­der », « Py­mandre », « Pi­man­der », « Pi­mandre », « Pi­mandres », « Pi­men­der », « Pi­mendre », « Pœ­men­der », « Pœ­man­der », « Pœ­mandre », « Pœ­man­drès », « Poi­man­der » ou « Poi­mandre ». Haut
  2. En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Er­mès ou Mer­cure. Haut
  1. « Phèdre », 274d. Haut