Aller au contenu

Mot-clefgrec

pays, gen­ti­lé ou langue

Callinos, «Chant guerrier»

dans Tyrtée, « Les Chants », XIXᵉ siècle, p. 44-49

dans Tyr­tée, «Les Chants», XIXe siècle, p. 44-49

Il s’agit du «Chant guer­rier» («Âis­ma»*) de Cal­li­nos d’Éphèse**. Sauf Homère et peut-être Hésiode, Cal­li­nos est le plus ancien poète grec connu (VIIe siècle av. J.-C.). Dans le temps où il vivait, les Cim­mé­riens, bar­bares venus d’Europe, avaient enva­hi l’Asie Mineure et atta­quaient les cités ioniennes, qui étaient elles-mêmes en proie à des dis­sen­sions récentes, si bien que la guerre était par­tout. Au milieu de tels bou­le­ver­se­ments, il était impos­sible à un poète de ne pas chan­ter la guerre, qu’il voyait mena­çante aux portes de sa cité. Ses com­pa­triotes, tout amol­lis par la tran­quille jouis­sance de la paix habi­tuelle, son­geaient peu à se défendre. Cal­li­nos essaya de les sor­tir de cette espèce de léthar­gie dans laquelle ils étaient ense­ve­lis : «Quand donc mar­che­rez-vous? Qui vous retient, sol­dats? Devant vos com­pa­gnons, ne rou­gis­sez-vous pas? Sans doute, lorsqu’au loin Mars étend sa furie, vous croyez être en paix. L’ennemi vous attend!…»*** Son «Chant guer­rier», conser­vé par Stra­bon, est un éner­gique appel aux armes, une véhé­mente Mar­seillaise, qui annonce la manière de Tyr­tée, à qui cer­tains ont vou­lu l’attribuer. On peut en admi­rer, si on lit le grec, «le mou­ve­ment caden­cé et un peu lourd des dis­tiques, les solides attaches des phrases, et sur­tout les sons mâles et un peu durs de la langue de Cal­li­nos»****. Cal­li­nos est aus­si le pre­mier qui, selon le témoi­gnage de Stra­bon, mit en vogue la légende d’Apollon Smin­thien, c’est-à-dire Apol­lon «dieu des rats». Cette œuvre mytho­lo­gique est per­due. Mais le cha­pitre sur les sou­ris dans «La Per­son­na­li­té des ani­maux» d’Élien per­met d’en recons­ti­tuer le sujet : Des Cré­tois, qui à cause d’un désastre vou­laient quit­ter leur pays pour aller s’établir ailleurs, deman­dèrent à Apol­lon de leur dési­gner un bon endroit. L’oracle leur ordon­na de s’établir à l’endroit où des «êtres nés de la terre» («gêge­neis»*****) vien­draient leur faire la guerre. S’étant embar­qués, ils par­vinrent aux envi­rons de la future Hamaxi­tos et y trou­vèrent un abri conve­nable pour se repo­ser. Mais pen­dant leur som­meil, des rats sor­tirent de terre de tous côtés et vinrent ron­ger les cour­roies de leurs bou­cliers et les cordes de leurs arcs. À leur réveil, s’étant sou­ve­nus de l’oracle, les Cré­tois crurent en avoir com­pris le sens; et comme, par ailleurs, toutes leurs armes étaient hors d’état de ser­vir, ils s’établirent en ce lieu et consa­crèrent une fameuse sta­tue à Apol­lon, qui le repré­sen­tait debout, le pied posé sur un rat.******

* En grec «ᾎσμα». Haut

** En grec Καλλῖνος. Autre­fois trans­crit Kal­li­nos ou Cal­li­nus. Haut

*** p. 47. Haut

**** Georges Le Bidois, «Études d’analyse cri­tique appli­quée aux poètes grecs. Le Lyrisme», p. 307. Haut

***** En grec γηγενεῖς. Haut

****** Cette sta­tue, comme d’autres, sera plus tard des­cen­due et traî­née par des cordes à Constan­ti­nople, non tant pour orner les places de la nou­velle capi­tale chré­tienne, que pour dépouiller de leurs orne­ments les anciens dieux païens. Haut

«Le “Chêne” et le “Voile” de Phérécyde : note sur un témoignage du gnostique Isidore»

dans « Revue des études grecques », vol. 124, nº 1, p. 79-92

dans «Revue des études grecques», vol. 124, no 1, p. 79-92

Il s’agit de Phé­ré­cyde de Syros*, théo­lo­gien et mys­tique, le plus ancien pro­sa­teur de la Grèce. Chez presque toutes les nations, les vers ont pré­cé­dé la prose. Car quoique la prose ait tou­jours été, comme elle l’est aujourd’hui, le lan­gage com­mun des hommes, il a été d’abord un temps où l’on ne croyait pas qu’elle méri­tât d’être trans­mise à la pos­té­ri­té. Phé­ré­cyde de Syros, qui vivait au VIe siècle av. J.-C., écri­vit une cos­mo­go­nie por­tant le titre étrange de «L’Antre aux sept replis»**Hep­ta­my­chos»***) ou «Théo­cra­sie»**** ou encore «Théo­go­nie»*****. C’était le plus ancien ouvrage en prose par­mi les Grecs si l’on en croit entre autres Pline l’Ancien, qui dit : «Phé­ré­cyde de Syros est le pre­mier qui écri­vit en prose» («pro­sam ora­tio­nem condere Phe­re­cydes Syrius ins­ti­tuit»), vou­lant dire par là que notre auteur fut le pre­mier qui trai­ta de matières plus ou moins phi­lo­so­phiques, et qui s’appliqua à don­ner à la prose cette espèce d’élévation qui dis­tingue les ouvrages de l’esprit. Dio­gène Laërce attri­bue à Phé­ré­cyde, outre son livre, une hor­loge solaire — un «hélio­trope» (un «tour­ne­sol»), mais il est pos­sible que cet ins­tru­ment astro­no­mique ne soit qu’une his­toire ou, pour mieux dire, une fable dont le point de départ est ce pas­sage d’Homère mal com­pris : «Il y a une île qu’on nomme Syros… du côté où Hélios tourne»******. Cicé­ron, dans ses «Tus­cu­lanes», men­tionne Phé­ré­cyde comme le pre­mier pen­seur qui ait pro­po­sé et sou­te­nu le dogme de l’immortalité de l’âme humaine, qu’il aurait ensuite trans­mis à Pytha­gore, son dis­ciple. Enfin, voi­ci une lettre adres­sée par notre auteur à Tha­lès : «J’ai donc enjoint à mes ser­vi­teurs, lorsqu’ils m’auront ense­ve­li, de t’apporter mon écrit. Publie-le si, après en avoir confé­ré avec les autres sages, tu juges qu’il mérite d’être lu; sinon, tu peux le sup­pri­mer. Il ne me satis­fait pas com­plè­te­ment moi-même. En de telles ques­tions, la cer­ti­tude est impos­sible; aus­si, je me flatte moins d’être arri­vé à la véri­té, que d’avoir four­ni matière à réflexion à ceux qui s’occupent de théo­lo­gie. Du reste, il faut inter­pré­ter mes paroles et aller au fond; car je for­mule tout sous forme allé­go­rique».

* En grec Φερεκύδης ὁ Σύριος. Haut

** Par­fois tra­duit «Sept Recoins». Haut

*** En grec «Ἑπτάμυχος». Haut

**** En grec «Θεοκρασία». Par­fois tra­duit «Mélange divin». Haut

***** En grec «Θεογονία». Haut

****** «L’Odyssée», ch. XV. Haut

Nicolas de Damas, «Histoires • Recueil de coutumes • Vie d’Auguste • Autobiographie»

éd. Les Belles Lettres, coll. Fragments, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Frag­ments, Paris

Il s’agit de «Vie d’Auguste» et autres œuvres de Nico­las de Damas*, phi­lo­sophe et his­to­rien syrien d’expression grecque. Il naquit à Damas, l’an 64 av. J.-C., et jamais il ne jugea néces­saire de se dire autre chose que Damas­cène. Il se moquait même des sophistes de son époque, qui ache­taient à grands frais le titre d’Athénien ou Rho­dien, parce qu’ils avaient honte de l’obscurité de leur patrie. Cer­tains d’entre eux écri­vaient des livres entiers pour décla­rer qu’ils n’étaient pas natifs d’Apamée ou de Damas, mais de quelque ville renom­mée de la Grèce; il esti­mait ces gens-là «sem­blables à ceux qui ont honte de leurs propres parents»**. Nico­las de Damas fut éle­vé avec beau­coup de soin. Il aimait les lettres et il y fit de grands pro­grès qui, dès sa plus tendre jeu­nesse, lui don­nèrent de la répu­ta­tion. Il eut un pen­chant déci­dé pour la doc­trine d’Aris­tote, char­mé qu’il fut par la varié­té pro­di­gieuse des connais­sances déployées dans les ouvrages de ce phi­lo­sophe. Son com­men­taire sur les recherches aris­to­té­li­ciennes sur les plantes le ren­dit bien­tôt célèbre. Par son carac­tère aimable, non moins que par ses talents d’érudit, Nico­las sut gagner l’affection du roi juif Hérode et l’estime de l’Empereur romain Auguste. Ce fut pour com­plaire au pre­mier qu’il entre­prit d’écrire les «His­toires» («His­to­riai»***) des grands Empires d’Orient. Ce fut pour hono­rer la mémoire du second qu’il rédi­gea la «Vie d’Auguste» («Bios Kai­sa­ros»****), ou «Sur la vie de César Auguste et sur son édu­ca­tion». Cette der­nière bio­gra­phie contient la page sinon la plus com­plète, du moins la plus appro­chant de la réa­li­té, que l’Antiquité nous ait lais­sée sur l’assassinat de César, père d’Auguste. Voi­ci com­ment Nico­las s’exprime sur cet évé­ne­ment d’une gra­vi­té mémo­rable : «En cette occa­sion, la divi­ni­té mon­tra quel est le cours des affaires humaines, toutes instables et sou­mises au des­tin, en condui­sant César sur le ter­rain de l’ennemi, devant la sta­tue duquel il allait res­ter éten­du mort; [car] du vivant de Pom­pée, César avait bat­tu [ce der­nier], mais, après sa mort, il se fit tuer au pied [même] de sa sta­tue»*****. Quant à l’«Auto­bio­gra­phie» de Nico­las, qui nous est éga­le­ment par­ve­nue, on a lieu de dou­ter qu’elle soit son ouvrage, étant écrite à la troi­sième per­sonne.

* En grec Νικόλαος Δαμασκηνός. Haut

** p. 316. Haut

*** En grec «Ἱστορίαι». Haut

**** En grec «Βίος Καίσαρος». Haut

***** p. 258. Haut

Chalcondyle, «L’Histoire de la décadence de l’Empire grec et établissement de celui des Turcs»

XVIᵉ siècle

XVIe siècle

Il s’agit de Lao­nic Chal­con­dyle, Athé­nien du XVe siècle apr. J.-C. qui a écrit en dix livres «L’Histoire de la déca­dence de l’Empire grec et éta­blis­se­ment de celui des Turcs». J’adopte la manière la plus com­mune d’orthographier son nom en fran­çais, qui est de sup­pri­mer une des syl­labes pour évi­ter le redou­ble­ment, écri­vant Chal­con­dyle au lieu de Chal­co­con­dyle*. Quant à son pré­nom de Lao­nic**, quelques-uns pré­fèrent le chan­ger en celui de Nico­las, dont il est, en effet, le ver­lan. Quoi qu’il en soit, «L’Histoire» de Chal­con­dyle parle avec éten­due des guerres des Grecs et autres chré­tiens contre les Turcs; elle com­mence vers l’an 1300 (date depuis laquelle les affaires des Grecs allèrent tou­jours de mal en pis) jusqu’à leur des­truc­tion et ruine finale par Meh­med II, qui prit Constan­ti­nople en l’an 1453. Chas­sé de sa patrie par ces funestes évé­ne­ments, Chal­con­dyle a évo­qué, mieux qu’aucun autre avant lui, les souf­frances de sa Grèce natale et a ain­si rap­pe­lé vers l’Orient l’attention de l’Europe oublieuse et indif­fé­rente. La dou­leur qu’il res­sent d’être exi­lé, ne le rend pas injuste pour autant. Il fait preuve d’une grande objec­ti­vi­té à l’égard des Turcs; il vante leurs qua­li­tés et leur rigou­reuse dis­ci­pline, qu’il oppose aux dis­cordes et aux vices de ses com­pa­triotes. Par ailleurs, mal­gré l’inaction de l’Europe, il montre une sin­cère estime pour les États qui témoignent du moins quelque sym­pa­thie à la cause grecque, sur­tout pour la France qui, tant de fois, prit l’initiative des croi­sades. Écou­tons-le épui­ser toutes les for­mules d’une vive admi­ra­tion pour le nom fran­çais : «Je dirai… ceci des Fran­çais», dit-il, «que c’est une nation très noble et fort ancienne; riche, opu­lente et de grand pou­voir. Et d’autant qu’[en] toutes ces choses ils sur­montent et passent de bien loin tous les autres peuples de l’Occident, aus­si… c’est à eux [que], de droit, l’autorité sou­ve­raine et l’administration de l’Empire romain doit appar­te­nir». Et aus­si : «On sait assez que cette nation est fort ancienne sur toutes [les] autres, et qu’elle s’est davan­tage acquis une très grande et magni­fique gloire pour avoir, tant de fois, vain­cu et rem­bar­ré les bar­bares qui étaient sor­tis de l’Afrique, durant même que*** l’Empire romain était comme annexé et héré­di­taire à [sa] cou­ronne».

* En grec Χαλκοκονδύλης. Par­fois trans­crit Chal­con­dile, Chal­co­con­dyle, Chal­co­con­dyles ou Chal­ko­kon­dy­lès. Haut

** En grec Λαόνικος. Par­fois trans­crit Lao­nice, Lao­nique, Lao­ni­kos, Lao­ni­cos ou Lao­ni­cus. Haut

*** «Durant même que» signi­fie «au moment même où, dans le même temps que». Haut

Ératosthène, «Les Catastérismes : mythes et histoire des constellations»

éd. Nil, coll. Le Cabinet de curiosités, Paris

éd. Nil, coll. Le Cabi­net de curio­si­tés, Paris

Il s’agit des «Catas­té­rismes, ou Constel­la­tions du zodiaque» («Katas­te­ris­moi, ê Astro­the­siai zôdiôn»*) d’Ératosthène de Cyrène**. Le temps a détruit la plus grande par­tie des pro­duc­tions lit­té­raires de l’Antiquité. La plu­part ne nous sont arri­vées que par frag­ments, et nous ne pos­sé­dons que les débris d’un grand nau­frage. Par­mi les auteurs dont les écrits ont dis­pa­ru, il en est un qui, ayant embras­sé dans sa car­rière labo­rieuse toutes les branches impor­tantes des connais­sances humaines, et ayant don­né à la science géo­gra­phique la pre­mière et déci­sive impul­sion, devint le biblio­thé­caire d’Alexandrie et la gloire du règne des Pto­lé­mées. Je veux par­ler d’Ératosthène. C’est lui qui, le pre­mier, dédui­sit la cir­con­fé­rence de notre pla­nète, en mesu­rant l’angle sous lequel les rayons du Soleil tou­chaient la Terre en deux villes qu’il sup­po­sa sur le même méri­dien — Alexan­drie et Syène*** — en par­tant du constat que le Nil cou­lait dans une direc­tion linéaire du Sud au Nord, comme un méri­dien visible. On lui doit aus­si plu­sieurs obser­va­tions sur les astres, ain­si qu’une méthode pour trou­ver les nombres pre­miers appe­lée «crible d’Ératosthène» («kos­ki­non Era­tos­the­nous»****), parce qu’au lieu d’établir direc­te­ment la suite de ces nombres, elle le fait indi­rec­te­ment et en quelque sorte par éli­mi­na­tion, en excluant les autres nombres. Éra­tos­thène com­po­sa un grand nombre d’ouvrages (cin­quante selon le cata­logue de Fabri­cius). Un seul nous est par­ve­nu, les «Catas­té­rismes», mais par l’intermédiaire d’un abré­gé. La vie et la per­sonne d’Ératosthène ne sont guère mieux connues. Seuls deux docu­ments nous four­nissent des ren­sei­gne­ments qu’on peut consi­dé­rer comme de pre­mière main. Le pre­mier est d’Archimède et est adres­sé à Éra­tos­thène. Le célèbre Syra­cu­sain pro­pose très ami­ca­le­ment à la saga­ci­té de son cor­res­pon­dant une «Méthode rela­tive aux théo­rèmes méca­niques». Il décrit notre homme «comme habile, excel­lem­ment à la hau­teur de la phi­lo­so­phie, et comme ne recu­lant pas devant les ques­tions mathé­ma­tiques qui se pré­sentent». Le second docu­ment est une épi­gramme appar­te­nant au genre funé­raire et qu’on trouve dans l’«Antho­lo­gie grecque». Elle affirme qu’Ératosthène ne fut pas enter­ré à Cyrène, sa patrie, mais au «bord extrême du rivage de Pro­tée». Or, Pro­tée, dieu marin et sorte de Vieillard de la mer, occu­pait, selon Homère, «l’île de Pha­ros… au milieu de la mer ondu­leuse, devant l’Égypte»*****, là où fut édi­fié le phare d’Alexandrie (qui porte le nom de cette île). Mais voi­ci l’épigramme en ques­tion : «Tu t’es éteint, Éra­tos­thène, dans une douce vieillesse, et non dans un accès de fièvre. Le som­meil, auquel nul ne peut échap­per, est venu assou­pir ta pen­sée qui médi­tait sur les astres. Ce n’est point Cyrène, ta nour­rice, qui t’a reçu dans le tom­beau de tes pères, fils d’Aglaüs; mais, comme un ami, tu as trou­vé une tombe sur ce bord extrême du rivage de Pro­tée»

* En grec «Καταστερισμοί, ἢ Ἀστροθεσίαι ζῳδίων». Haut

** En grec Ἐρατοσθένης ὁ Κυρηναῖος. Haut

*** Aujourd’hui Assouan (أسوان), en Égypte. Haut

**** En grec κόσκινον Ἐρατοσθένους. Haut

***** «L’Odyssée», ch. IV. Haut

«Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII»

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans «Écrits apo­cryphes chré­tiens. Tome II» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on appelle «Oracles sibyl­lins» («Sibyl­lia­koi Chrês­moi»*) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les «Livres sibyl­lins» des païens. La sibylle était une femme ins­pi­rée, qui entrait en extase et qui annon­çait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles volantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consul­ter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier témoi­gnage la concer­nant est celui d’Héra­clite qui dit : «La sibylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche déli­rante se fai­sant entendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu». On loca­li­sait de façon variée cette devi­ne­resse idéale, cette incar­na­tion sur­hu­maine, presque déga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arri­va à en comp­ter plu­sieurs : la sibylle phry­gienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­po­sa à Tar­quin le Superbe de lui vendre neuf «Livres» de pro­phé­ties qu’elle lui assu­ra être authen­tiques; Tar­quin lui en deman­da le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle rado­tait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et pro­po­sa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut encore plus folle; mais lorsqu’elle en brû­la encore trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cé­dé parut si extra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il accep­ta. Quel était le conte­nu de ces «Livres sibyl­lins»? On n’a jamais ces­sé à Rome de gar­der là-des­sus un secret abso­lu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il aurait pu y avoir à inter­pré­ter les oracles de façon arbi­traire, et on a tou­jours réser­vé aux moments d’urgence natio­nale la consul­ta­tion de ces «Livres». Deux magis­trats appe­lés «duum­vi­ri sacris faciun­dis» avaient pour charge d’en déga­ger le sens et les consé­quences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à condi­tion que le Sénat l’ordonnât. Autre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trou­vaient encore à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne parais­sait pas devoir fai­blir de sitôt, lorsque Sti­li­con, cédant à la pro­pa­gande chré­tienne, ordon­na leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ruti­lius Nama­tia­nus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : «Il n’en est que plus cruel, le for­fait du sinistre Sti­li­con», dit Ruti­lius Nama­tia­nus**, «car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles secou­rables de la sibylle [et en] détrui­sant le gage irré­vo­cable de la domi­na­tion éter­nelle [de Rome]».

* En grec «Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί». Haut

** «Sur son retour», liv. II, v. 41-60. Haut

«Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V»

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans «La Bible. Écrits inter­tes­ta­men­taires» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on appelle «Oracles sibyl­lins» («Sibyl­lia­koi Chrês­moi»*) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les «Livres sibyl­lins» des païens. La sibylle était une femme ins­pi­rée, qui entrait en extase et qui annon­çait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles volantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consul­ter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier témoi­gnage la concer­nant est celui d’Héra­clite qui dit : «La sibylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche déli­rante se fai­sant entendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu». On loca­li­sait de façon variée cette devi­ne­resse idéale, cette incar­na­tion sur­hu­maine, presque déga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arri­va à en comp­ter plu­sieurs : la sibylle phry­gienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­po­sa à Tar­quin le Superbe de lui vendre neuf «Livres» de pro­phé­ties qu’elle lui assu­ra être authen­tiques; Tar­quin lui en deman­da le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle rado­tait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et pro­po­sa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut encore plus folle; mais lorsqu’elle en brû­la encore trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cé­dé parut si extra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il accep­ta. Quel était le conte­nu de ces «Livres sibyl­lins»? On n’a jamais ces­sé à Rome de gar­der là-des­sus un secret abso­lu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il aurait pu y avoir à inter­pré­ter les oracles de façon arbi­traire, et on a tou­jours réser­vé aux moments d’urgence natio­nale la consul­ta­tion de ces «Livres». Deux magis­trats appe­lés «duum­vi­ri sacris faciun­dis» avaient pour charge d’en déga­ger le sens et les consé­quences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à condi­tion que le Sénat l’ordonnât. Autre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trou­vaient encore à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne parais­sait pas devoir fai­blir de sitôt, lorsque Sti­li­con, cédant à la pro­pa­gande chré­tienne, ordon­na leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ruti­lius Nama­tia­nus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : «Il n’en est que plus cruel, le for­fait du sinistre Sti­li­con», dit Ruti­lius Nama­tia­nus**, «car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles secou­rables de la sibylle [et en] détrui­sant le gage irré­vo­cable de la domi­na­tion éter­nelle [de Rome]».

* En grec «Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί». Haut

** «Sur son retour», liv. II, v. 41-60. Haut

«Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome II»

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Biblio­thèque copte de Nag Ham­ma­di-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit des «Défi­ni­tions d’Hermès Tris­mé­giste à Asclé­pius» («Her­mou Tris­me­gis­tou horoi pros Ask­lê­pion»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ἑρμοῦ Τρισμεγίστου ὅροι πρὸς Ἀσκληπιόν». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

«Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome I»

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Biblio­thèque copte de Nag Ham­ma­di-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit de «L’Ogdoade et l’Ennéade» («Ogdoas kai Enneas»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ὀγδοὰς καὶ Ἐννεάς». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome IV»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Fille du monde» («Korê kos­mou»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Κόρη κόσμου». Par­fois tra­duit «Vierge du monde», «Pru­nelle du monde» ou «Pupille du monde». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome III»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Dis­cours à Tat» («Pros Tat»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Πρὸς Τάτ». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Dis­cours par­fait, ou Asclé­pius» («Logos teleios, ê Ask­lê­pios»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Λόγος τέλειος, ἢ Ἀσκληπιός». Par­fois tra­duit «Dis­cours d’initiation, ou Asclè­pios» ou «De la volon­té de Dieu, ou Asclèpe». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Poi­man­drès»* et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ποιμάνδρης». Autre­fois trans­crit «Pyman­der», «Pymandre», «Piman­der», «Pimandre», «Pimandres», «Pimen­der», «Pimendre», «Pœmen­der», «Pœman­der», «Pœmandre», «Pœman­drès», «Poi­man­der» ou «Poi­mandre». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut