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Mot-clefbiographie

genre lit­té­raire

Çetin, «Le Livre de ma grand-mère • Les Fontaines de Havav»

éd. Parenthèses, coll. Diasporales, Marseille

éd. Paren­thèses, coll. Dia­spo­rales, Mar­seille

Il s’agit du «Livre de ma grand-mère» («Annean­nem»*) et des «Fon­taines de Havav : his­toire d’une res­tau­ra­tion» («Habap çeş­me­le­ri : bir res­to­ra­syo­nun öyküsü») de Mme Fethiye Çetin, avo­cate au bar­reau d’Istanbul, mili­tante des droits de l’homme. Peu avant de s’éteindre, la grand-mère de Mme Çetin, Seher, une bonne musul­mane qui ne sor­tait jamais sans fou­lard, l’appela un jour auprès d’elle : «Si tu n’es pas occu­pée, viens un peu près de moi, j’ai quelque chose à te dire». Seher prit les mains de Mme Çetin dans les siennes et lui confia ceci : «Mon nom était Héra­nouche**, ma mère s’appelait Iskou­hi***… J’avais deux frères»****. Le ton neutre et le timbre de sa voix lais­saient entre­voir com­bien la déci­sion de révé­ler son pré­nom armé­nien avait dû être dif­fi­cile. Elle avait atten­du d’avoir plus de soixante-dix ans pour lever, enfin, le voile du secret. Le regard rivé sur un point du tapis, elle ser­rait les mains de sa petite-fille, inter­rom­pait sou­vent le cours de son récit par la phrase «Que ces jours s’en aillent et ne reviennent jamais!», puis le repre­nait sur les insis­tances de Mme Çetin. Voi­ci en sub­stance ce récit. En 1915, Héra­nouche avait dix ans. Elle vivait au vil­lage de Havav (tur­ci­sé en Habap). Blot­ti dans l’ombre pro­tec­trice du monas­tère de la Sainte-Mère de Dieu à la Délec­table Vue (Kaghts­ra­hayats Sourp Asd­vad­zad­zin*****), avec ses deux écoles, ses neuf mou­lins, ses char­pen­tiers, ses tailleurs de pierre et ses for­ge­rons, ce vil­lage était le plus éten­du et le plus flo­ris­sant des envi­rons. Un jour, les gen­darmes enva­hirent le vil­lage. Le maire, Nigo­ghos aga, qui grâce à sa maî­trise de la langue turque ser­vait d’interprète aux pay­sans, fut immé­dia­te­ment exé­cu­té sur la place publique. Puis, très vite, tous les hommes valides furent regrou­pés sur cette même place. Les gen­darmes les atta­chèrent deux par deux, avant de les ame­ner. La mère de Héra­nouche, Iskou­hi, pres­sen­tit com­bien l’heure était grave. Elle réunit ses sœurs et leur deman­da de se cou­per les che­veux et de se vêtir des plus vils haillons. Toutes sui­virent ses conseils, sauf la coquette Sira­nouche. Ce même soir, des hommes enva­hirent le vil­lage et enle­vèrent les belles jeunes filles et femmes, dont Sira­nouche, qu’ils ame­nèrent en la traî­nant par ses longs che­veux. Iskou­hi s’enfuit avec ses enfants vers un autre vil­lage armé­nien, qui avait été épar­gné par les attaques. Cepen­dant, peu de temps après, les gen­darmes arri­vèrent là aus­si et entas­sèrent femmes et enfants dans la cour d’une église, lais­sant les hommes à l’extérieur. Au bout d’un moment, des cris à fendre l’âme se firent entendre au-dehors. Les murs de la cour étaient bien hauts. Les femmes, pétri­fiées, ne pou­vaient voir ce qui se pas­sait, jusqu’à ce qu’elles his­sassent une fillette sur leurs épaules. Une fois redes­cen­due, il fal­lut un long moment avant que celle-ci ne pût leur décrire la scène : «Ils égorgent les hommes et les jettent dans la rivière»

* Par­fois tra­duit «Ma grand-mère». Haut

** En armé­nien Հրանուշ. Par­fois trans­crit Hera­nuş ou Héra­nouch. Haut

*** En armé­nien Իսկուհի. Par­fois trans­crit İsg­uhi ou Isqu­hi. Haut

**** p. 62. Haut

***** En armé­nien Քաղցրահայեաց Սուրբ Աստուածածին. Par­fois trans­crit Keğa­hayyats-Surp Asd­vad­zad­zin, Kaghts­ra­hayats Sourp Asd­wad­zad­zin, Kaghts­ra­hayats Sourp Asd­vad­sad­sine, Kaghts­ra­hayiats Soorp Asd­vad­zad­zin ou Kaghts­ra­hayiats Surb Ast­vat­sat­sin. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome IX. Chapitres 111-130»

éd. You Feng, Paris

éd. You Feng, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut

Huili et Yancong, «Histoire de la vie de Xuanzang et de ses voyages dans l’Inde, depuis l’an 629 jusqu’en 645»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Bio­gra­phie de Xuan­zang», ou lit­té­ra­le­ment «Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi du monas­tère de la Grande Bien­veillance»*Da ci en si san zang fa shi zhuan»**) de Hui­li*** et Yan­cong****. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»*****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux****** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* Autre­fois tra­duit «His­toire de la vie de Hiouen-thsang», «His­toire du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du couvent de la Grande Bien­fai­sance», «La Vie de Maître San­zang du monas­tère de la Grande Bien­veillance», «Bio­gra­phie du Maître Tri­piṭa­ka du temple de la Grande Com­pas­sion» ou «Bio­gra­phie du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du monas­tère de la Grande Com­pas­sion». Haut

** En chi­nois «大慈恩寺三藏法師傳». Autre­fois trans­crit «Ta-ts’e-’en-sse-san-thsang-fa-sse-tch’ouen», «Ta-ts’eu-ngen-sseu san-tsang fa-che tchouan», «Ta-tz’u-en-szu san-tsang fa-shih chuan» ou «Ta-tz’u-en-ssu san-tsang fa-shih chuan». Éga­le­ment connu sous le titre allon­gé de «大唐大慈恩寺三藏法師傳» («Da Tang da ci en si san zang fa shi zhuan»), c’est-à-dire «Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi rési­dant au monas­tère de la Grande Bien­veillance à l’époque des grands Tang». Haut

*** En chi­nois 慧立. Par­fois trans­crit Hoeï-li, Houei-li, Kwui Li ou Hwui-li. Haut

**** En chi­nois 彥悰. Par­fois trans­crit Yen-thsang, Yen-thsong, Yen-ts’ong ou Yen Ts’ung. Haut

***** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

****** Yijing. Haut

Nicolas de Damas, «Histoires • Recueil de coutumes • Vie d’Auguste • Autobiographie»

éd. Les Belles Lettres, coll. Fragments, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Frag­ments, Paris

Il s’agit de «Vie d’Auguste» et autres œuvres de Nico­las de Damas*, phi­lo­sophe et his­to­rien syrien d’expression grecque. Il naquit à Damas, l’an 64 av. J.-C., et jamais il ne jugea néces­saire de se dire autre chose que Damas­cène. Il se moquait même des sophistes de son époque, qui ache­taient à grands frais le titre d’Athénien ou Rho­dien, parce qu’ils avaient honte de l’obscurité de leur patrie. Cer­tains d’entre eux écri­vaient des livres entiers pour décla­rer qu’ils n’étaient pas natifs d’Apamée ou de Damas, mais de quelque ville renom­mée de la Grèce; il esti­mait ces gens-là «sem­blables à ceux qui ont honte de leurs propres parents»**. Nico­las de Damas fut éle­vé avec beau­coup de soin. Il aimait les lettres et il y fit de grands pro­grès qui, dès sa plus tendre jeu­nesse, lui don­nèrent de la répu­ta­tion. Il eut un pen­chant déci­dé pour la doc­trine d’Aris­tote, char­mé qu’il fut par la varié­té pro­di­gieuse des connais­sances déployées dans les ouvrages de ce phi­lo­sophe. Son com­men­taire sur les recherches aris­to­té­li­ciennes sur les plantes le ren­dit bien­tôt célèbre. Par son carac­tère aimable, non moins que par ses talents d’érudit, Nico­las sut gagner l’affection du roi juif Hérode et l’estime de l’Empereur romain Auguste. Ce fut pour com­plaire au pre­mier qu’il entre­prit d’écrire les «His­toires» («His­to­riai»***) des grands Empires d’Orient. Ce fut pour hono­rer la mémoire du second qu’il rédi­gea la «Vie d’Auguste» («Bios Kai­sa­ros»****), ou «Sur la vie de César Auguste et sur son édu­ca­tion». Cette der­nière bio­gra­phie contient la page sinon la plus com­plète, du moins la plus appro­chant de la réa­li­té, que l’Antiquité nous ait lais­sée sur l’assassinat de César, père d’Auguste. Voi­ci com­ment Nico­las s’exprime sur cet évé­ne­ment d’une gra­vi­té mémo­rable : «En cette occa­sion, la divi­ni­té mon­tra quel est le cours des affaires humaines, toutes instables et sou­mises au des­tin, en condui­sant César sur le ter­rain de l’ennemi, devant la sta­tue duquel il allait res­ter éten­du mort; [car] du vivant de Pom­pée, César avait bat­tu [ce der­nier], mais, après sa mort, il se fit tuer au pied [même] de sa sta­tue»*****. Quant à l’«Auto­bio­gra­phie» de Nico­las, qui nous est éga­le­ment par­ve­nue, on a lieu de dou­ter qu’elle soit son ouvrage, étant écrite à la troi­sième per­sonne.

* En grec Νικόλαος Δαμασκηνός. Haut

** p. 316. Haut

*** En grec «Ἱστορίαι». Haut

**** En grec «Βίος Καίσαρος». Haut

***** p. 258. Haut

Eunape, «Vies de philosophes et de sophistes. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Vies de phi­lo­sophes et de sophistes» («Bioi phi­lo­so­phôn kai sophis­tôn»*) d’Eunape de Sardes**, bio­graphe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Orien­tal, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût dans l’Empire romain d’Orient, il ne se consi­dé­rait ni comme sujet de l’Empire ni encore moins comme chré­tien; car il fut éle­vé dans la reli­gion païenne et dans le poly­théisme tra­di­tion­nel des Hel­lènes. Tous les pen­seurs qui feront plus tard l’objet de ses «Vies» seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une reli­gion et à une tra­di­tion expi­rantes. Eunape eut pour pre­mier maître le phi­lo­sophe Chry­santhe, son com­pa­triote et son parent par alliance***. Il apprit auprès de lui aus­si bien les œuvres des poètes que celles des phi­lo­sophes ou des ora­teurs. À quinze ans, il fit le voyage obli­gé de tout intel­lec­tuel d’alors à Athènes. Arri­vé malade et fié­vreux, il reçut une hos­pi­ta­li­té très géné­reuse dans la mai­son de Pro­hé­ré­sius, sophiste d’origine armé­nienne, qui le soi­gna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affec­tion et une admi­ra­tion qu’il consi­gne­ra plus tard dans ses «Vies». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rap­pe­lé à Sardes par un ordre fami­lial : «une école de sophis­tique m’était offerte», dit-il****, «tous m’appelaient dans cette inten­tion». Ren­tré dans sa ville natale, il y retrou­va son pre­mier maître, Chry­santhe; et bien qu’il eût à ensei­gner les matières sophis­tiques à ses propres élèves durant la mati­née, il cou­rait dès le début de l’après-midi chez Chry­santhe, pour dis­cu­ter à ses côtés des doc­trines plus hautes et plus divines de la phi­lo­so­phie, lors de pro­me­nades très longues, mais très pro­fi­tables : «On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensor­ce­lé par ses expo­sés», dit-il*****. C’est pro­ba­ble­ment au cours d’une de ces pro­me­nades que Chry­santhe ins­ti­gua Eunape à com­po­ser une œuvre en l’honneur des phi­lo­sophes, des méde­cins et des sophistes célèbres dont il était le contem­po­rain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est par­ve­nue en entier. Grosse de vingt-deux notices bio­gra­phiques, elle parle non des doc­trines de ces divers per­son­nages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véri­table inté­rêt que par les indices qu’ils four­nissent, quel­que­fois très vagues, d’autres fois plus pré­cis, sur le carac­tère des temps et des hommes aux­quels ils se rap­portent : «Dans ces bio­gra­phies il faut dis­tin­guer deux par­ties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tra­di­tion; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les pre­miers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plo­tin; il y en a un peu plus sur Por­phyre; un peu plus encore sur Jam­blique; mais ensuite, les bio­gra­phies deviennent plus éten­dues», explique Vic­tor Cou­sin.

* En grec «Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν». Haut

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autre­fois trans­crit Euna­pius de Sardes. Haut

*** «Chry­santhe avait une épouse du nom de Méli­tè qu’il admi­rait plus que tout; elle était ma cou­sine», dit Eunape (VII, 48). Haut

**** X, 87. Haut

***** XXIII, 32. Haut

Eunape, «Vies de philosophes et de sophistes. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Vies de phi­lo­sophes et de sophistes» («Bioi phi­lo­so­phôn kai sophis­tôn»*) d’Eunape de Sardes**, bio­graphe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Orien­tal, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût dans l’Empire romain d’Orient, il ne se consi­dé­rait ni comme sujet de l’Empire ni encore moins comme chré­tien; car il fut éle­vé dans la reli­gion païenne et dans le poly­théisme tra­di­tion­nel des Hel­lènes. Tous les pen­seurs qui feront plus tard l’objet de ses «Vies» seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une reli­gion et à une tra­di­tion expi­rantes. Eunape eut pour pre­mier maître le phi­lo­sophe Chry­santhe, son com­pa­triote et son parent par alliance***. Il apprit auprès de lui aus­si bien les œuvres des poètes que celles des phi­lo­sophes ou des ora­teurs. À quinze ans, il fit le voyage obli­gé de tout intel­lec­tuel d’alors à Athènes. Arri­vé malade et fié­vreux, il reçut une hos­pi­ta­li­té très géné­reuse dans la mai­son de Pro­hé­ré­sius, sophiste d’origine armé­nienne, qui le soi­gna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affec­tion et une admi­ra­tion qu’il consi­gne­ra plus tard dans ses «Vies». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rap­pe­lé à Sardes par un ordre fami­lial : «une école de sophis­tique m’était offerte», dit-il****, «tous m’appelaient dans cette inten­tion». Ren­tré dans sa ville natale, il y retrou­va son pre­mier maître, Chry­santhe; et bien qu’il eût à ensei­gner les matières sophis­tiques à ses propres élèves durant la mati­née, il cou­rait dès le début de l’après-midi chez Chry­santhe, pour dis­cu­ter à ses côtés des doc­trines plus hautes et plus divines de la phi­lo­so­phie, lors de pro­me­nades très longues, mais très pro­fi­tables : «On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensor­ce­lé par ses expo­sés», dit-il*****. C’est pro­ba­ble­ment au cours d’une de ces pro­me­nades que Chry­santhe ins­ti­gua Eunape à com­po­ser une œuvre en l’honneur des phi­lo­sophes, des méde­cins et des sophistes célèbres dont il était le contem­po­rain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est par­ve­nue en entier. Grosse de vingt-deux notices bio­gra­phiques, elle parle non des doc­trines de ces divers per­son­nages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véri­table inté­rêt que par les indices qu’ils four­nissent, quel­que­fois très vagues, d’autres fois plus pré­cis, sur le carac­tère des temps et des hommes aux­quels ils se rap­portent : «Dans ces bio­gra­phies il faut dis­tin­guer deux par­ties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tra­di­tion; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les pre­miers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plo­tin; il y en a un peu plus sur Por­phyre; un peu plus encore sur Jam­blique; mais ensuite, les bio­gra­phies deviennent plus éten­dues», explique Vic­tor Cou­sin.

* En grec «Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν». Haut

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autre­fois trans­crit Euna­pius de Sardes. Haut

*** «Chry­santhe avait une épouse du nom de Méli­tè qu’il admi­rait plus que tout; elle était ma cou­sine», dit Eunape (VII, 48). Haut

**** X, 87. Haut

***** XXIII, 32. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome VIII. Chapitres 81-110»

éd. You Feng, Paris

éd. You Feng, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome VII. Chapitres 53-80»

éd. You Feng, Paris

éd. You Feng, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome VI. Chapitres 48-52»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome V. Chapitres 43-47»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome IV. Chapitres 31-42»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut