Mot-clefcritique

genre lit­té­raire

le comte de Maistre, « Œuvres complètes. Tome VI. Examen de la philosophie de Bacon (ouvrage posthume) »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« Exa­men de la phi­lo­so­phie de Ba­con » du comte Jo­seph de Maistre. Maistre est tou­jours resté en de­hors des grands hé­ri­tiers du XVIIIe siècle dont on re­com­mande l’étude aux gens culti­vés. On a parlé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mé­rite d’être com­battu en tant que pen­seur du ca­tho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais en­censé en tant que brillant cau­seur et gé­nie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se ré­su­mer en un mot : l’unité ab­so­lue. Cette unité ne peut être at­teinte par les hommes que si un pou­voir tout aussi ab­solu les réunit. Le re­pré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le do­maine spi­ri­tuel, le roi dans le do­maine tem­po­rel, qui lui donnent son ca­rac­tère su­prême, in­dé­fec­tible et sa­cré : « L’un et l’autre », dit-il1, « ex­priment cette haute puis­sance qui les do­mine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas ju­gée ». Voilà l’autorité consti­tuée : au­to­rité re­li­gieuse d’une part, au­to­rité ci­vile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux sa­vants ; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie me­nace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : « Il fau­drait avoir perdu l’esprit », s’exclame Maistre2, « pour croire que Dieu ait chargé les aca­dé­mies de nous ap­prendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui de­vons. Il ap­par­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dé­po­si­taires et les gar­diens des vé­ri­tés conser­va­trices ; d’apprendre aux na­tions… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre mo­ral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de ma­tières ! » Ce n’est pas à la masse po­pu­laire qu’il ap­par­tient de ré­flé­chir sur les prin­cipes obs­curs et in­faillibles aux­quels elle est sou­mise, car « il y a des choses qu’on dé­truit en les mon­trant »3. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses « Lettres sur l’Inquisition », il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion ca­tho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il at­tri­bue le main­tien en Es­pagne de la foi et de la mo­nar­chie contre les­quelles est ve­nue s’user la puis­sance de Na­po­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les dé­sastres de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise au­raient pu être évi­tés. De là à croire que « les abus [du pou­voir] valent in­fi­ni­ment mieux que les ré­vo­lu­tions »4 il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit ! Il est si dé­rai­son­nable, si ré­ac­tion­naire qu’il semble avoir été in­venté pour nous aga­cer : « Il brave, il dé­fie, il in­vec­tive, il ir­rite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que se­rait un au­tel en­touré de po­tences ? Est-ce là de la théo­lo­gie ?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme in­dé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler ? », pro­tes­tera La­mar­tine dans son « Cours fa­mi­lier de lit­té­ra­ture ».

  1. « Tome II », p. 2. Haut
  2. « Tome V », p. 108. Haut
  1. « Tome VII », p. 38. Haut
  2. « Mé­moires po­li­tiques et Cor­res­pon­dance di­plo­ma­tique ». Haut

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome III.] Art et Utopie : les derniers “Fragments” (1799-1800) »

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École normale supérieure, coll. Æsthetica, Paris

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École nor­male su­pé­rieure, coll. Æs­the­tica, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des « Frag­ments » (« Frag­mente ») de No­va­lis, ro­man­tique al­le­mand, an­cêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses « Jour­naux »1 : « On est pour les ro­man­tiques al­le­mands, [mais] moi, j’aime les An­ciens. On m’a lu un jour une poé­sie de No­va­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe ». Il est vrai que l’œuvre de No­va­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie al­le­mande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code se­cret, un chiffre dont la clef s’appelle So­phie von Kühn, dite So­phie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née ad­mi­nis­tra­tive, en 1795, que No­va­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen2, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui de­vait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas en­core treize prin­temps. Il tomba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rê­veur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de No­va­lis, na­quit une idylle aussi in­so­lite que brève. So­phie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tu­meur. Sa fra­gile et an­gé­lique fi­gure, sur la­quelle la dou­leur et sur­tout l’ombre so­len­nelle de la mort avaient ré­pandu une pré­coce ma­tu­rité, laissa à No­va­lis un sou­ve­nir im­pé­ris­sable et fu­nèbre. « Le soir s’est fait au­tour de moi », dit-il trois jours plus tard3, « pen­dant que je re­gar­dais se le­ver l’aurore de ma vie. » Si en­suite son étude fa­vo­rite de­vint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-ai­mée : So­phie. Si en­suite il se dé­clara fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le dé­chaî­ne­ment des mal­heurs de So­phie, il crut re­con­naître ceux de Jé­sus. Elle était, pour lui, l’être cé­leste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là va­gue­ment pres­senti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­lité :

« Des­cen­dons », dit-il4, « vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jé­sus !
Ve­nez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
 »

  1. En date du 10 avril 1817. Haut
  2. Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut
  1. Dans Henri Lich­ten­ber­ger, « No­va­lis », p. 55. Haut
  2. « Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal in­time », p. 90. Haut

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome II.] Semences »

éd. Allia, Paris

éd. Al­lia, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des « Frag­ments » (« Frag­mente ») de No­va­lis, ro­man­tique al­le­mand, an­cêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses « Jour­naux »1 : « On est pour les ro­man­tiques al­le­mands, [mais] moi, j’aime les An­ciens. On m’a lu un jour une poé­sie de No­va­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe ». Il est vrai que l’œuvre de No­va­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie al­le­mande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code se­cret, un chiffre dont la clef s’appelle So­phie von Kühn, dite So­phie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née ad­mi­nis­tra­tive, en 1795, que No­va­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen2, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui de­vait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas en­core treize prin­temps. Il tomba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rê­veur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de No­va­lis, na­quit une idylle aussi in­so­lite que brève. So­phie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tu­meur. Sa fra­gile et an­gé­lique fi­gure, sur la­quelle la dou­leur et sur­tout l’ombre so­len­nelle de la mort avaient ré­pandu une pré­coce ma­tu­rité, laissa à No­va­lis un sou­ve­nir im­pé­ris­sable et fu­nèbre. « Le soir s’est fait au­tour de moi », dit-il trois jours plus tard3, « pen­dant que je re­gar­dais se le­ver l’aurore de ma vie. » Si en­suite son étude fa­vo­rite de­vint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-ai­mée : So­phie. Si en­suite il se dé­clara fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le dé­chaî­ne­ment des mal­heurs de So­phie, il crut re­con­naître ceux de Jé­sus. Elle était, pour lui, l’être cé­leste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là va­gue­ment pres­senti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­lité :

« Des­cen­dons », dit-il4, « vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jé­sus !
Ve­nez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
 »

  1. En date du 10 avril 1817. Haut
  2. Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut
  1. Dans Henri Lich­ten­ber­ger, « No­va­lis », p. 55. Haut
  2. « Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal in­time », p. 90. Haut

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome I.] Le Brouillon général : matériaux pour une encyclopédistique (1798-1799) »

éd. Allia, Paris

éd. Al­lia, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des « Frag­ments » (« Frag­mente ») de No­va­lis, ro­man­tique al­le­mand, an­cêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses « Jour­naux »1 : « On est pour les ro­man­tiques al­le­mands, [mais] moi, j’aime les An­ciens. On m’a lu un jour une poé­sie de No­va­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe ». Il est vrai que l’œuvre de No­va­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie al­le­mande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code se­cret, un chiffre dont la clef s’appelle So­phie von Kühn, dite So­phie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née ad­mi­nis­tra­tive, en 1795, que No­va­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen2, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui de­vait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas en­core treize prin­temps. Il tomba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rê­veur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de No­va­lis, na­quit une idylle aussi in­so­lite que brève. So­phie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tu­meur. Sa fra­gile et an­gé­lique fi­gure, sur la­quelle la dou­leur et sur­tout l’ombre so­len­nelle de la mort avaient ré­pandu une pré­coce ma­tu­rité, laissa à No­va­lis un sou­ve­nir im­pé­ris­sable et fu­nèbre. « Le soir s’est fait au­tour de moi », dit-il trois jours plus tard3, « pen­dant que je re­gar­dais se le­ver l’aurore de ma vie. » Si en­suite son étude fa­vo­rite de­vint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-ai­mée : So­phie. Si en­suite il se dé­clara fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le dé­chaî­ne­ment des mal­heurs de So­phie, il crut re­con­naître ceux de Jé­sus. Elle était, pour lui, l’être cé­leste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là va­gue­ment pres­senti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­lité :

« Des­cen­dons », dit-il4, « vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jé­sus !
Ve­nez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
 »

  1. En date du 10 avril 1817. Haut
  2. Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut
  1. Dans Henri Lich­ten­ber­ger, « No­va­lis », p. 55. Haut
  2. « Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal in­time », p. 90. Haut

Gogol, « Œuvres complètes »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit des « Âmes mortes » (« Miort­vyïé dou­chi »1) et autres œuvres de Ni­co­las Go­gol2. L’un des in­for­ma­teurs du vi­comte de Vogüé pour « Le Ro­man russe », un vieil homme de lettres3, lui avait dit un jour : « Nous sommes tous sor­tis du “Man­teau” de Go­gol »4. Cette for­mule, pro­non­cée en fran­çais, a plu. Elle té­moigne du fait que Go­gol était de­venu le mo­dèle de la prose, comme Pou­ch­kine — le mo­dèle de la poé­sie. Elle a beau­coup été ci­tée. On la connaît. On connaît bien moins Go­gol lui-même qui, à plu­sieurs égards, était un homme étrange et mys­té­rieux. On peut le dire, il y avait en lui quelque chose du dé­mon. Un pou­voir sur­na­tu­rel fai­sait étin­ce­ler ses yeux ; et il sem­blait, par mo­ments, que l’irrationnel et l’effrayant le pé­né­traient de part en part et im­pri­maient sur ses œuvres une marque in­ef­fa­çable. Si, en­suite, la lit­té­ra­ture russe s’est si­gna­lée par une cer­taine exal­ta­tion dé­ré­glée, tour­men­tée, une cer­taine contra­dic­tion in­té­rieure, une psy­chose guet­tant constam­ment, ca­chée au tour­nant ; si elle a même fa­vo­risé ces ca­rac­tères, elle a suivi en cela l’exemple de Go­gol. Cet au­teur mi-russe, mi-ukrai­nien avait une na­ture double et vi­vait dans un monde dé­dou­blé — le monde réel et le monde des rêves lou­foques, ter­ri­fiants. Et non seule­ment ces deux mondes pa­ral­lèles se ren­con­traient, mais en­core ils se contor­sion­naient et se confon­daient d’une fa­çon ex­tra­va­gante dans son es­prit dé­li­rant, un peu « comme deux pi­liers qui se re­flètent dans l’eau se livrent aux contor­sions les plus folles quand les re­mous de l’onde s’y prêtent »5. C’est « Le Nez » (« Nos »6), ana­gramme du « Rêve » (« Son »7), où ce gé­nie si par­ti­cu­lier de Go­gol s’est dé­ployé li­bre­ment pour la toute pre­mière fois. Que l’on pense au dé­but de la nou­velle : « À son im­mense stu­pé­fac­tion, il s’aperçut que la place que son nez de­vait oc­cu­per ne pré­sen­tait plus qu’une sur­face lisse ! Tout alarmé, Ko­va­liov se fit ap­por­ter de l’eau et se frotta les yeux avec un es­suie-mains : le nez avait bel et bien dis­paru ! » Toutes les fon­da­tions du réel va­cillent. Mais le fonc­tion­naire go­go­lien est à peine conscient de ce qui lui ar­rive. Confronté à une ville ab­surde, fan­tas­ma­go­rique, un « Go­gol­grad » in­quié­tant, où le diable lui-même al­lume les lampes et éclaire les choses pour les mon­trer sous un as­pect illu­soire, ce pe­tit homme grugé, mu­tilé, floué avance à tâ­tons dans la brume, en s’accrochant or­gueilleu­se­ment et pué­ri­le­ment à ses fonc­tions et à son grade. « La ville a beau lui jouer les tours les plus pen­dables, le ber­ner ou le châ­trer mo­men­ta­né­ment, ce per­son­nage… in­si­gni­fiant ne re­nonce ja­mais à s’incruster, à s’enraciner, fût-ce dans l’inexistant. [Il] res­tera cha­touilleux sur son grade et ses pré­ro­ga­tives bu­reau­cra­tiques jusqu’à [sa] dis­so­lu­tion com­plète dans le non-être… In­changé, il ré­ap­pa­raî­tra chez un Kafka », ex­plique M. Georges Ni­vat.

  1. En russe « Мёртвые души ». Par­fois trans­crit « Miort­via dou­chi », « Meurt­via dou­chi », « Miort­vyye du­shi », « Myort­vyye du­shi » ou « Mert­vye duši ». Haut
  2. En russe Николай Гоголь. Par­fois trans­crit Ni­ko­laj Go­gol, Ni­ko­laï Go­gol ou Ni­co­laï Go­gol. Haut
  3. Sans doute Dmi­tri Gri­go­ro­vitch. Une re­marque à la page 208 du « Ro­man russe » le laisse pen­ser : « M. Gri­go­ro­vitch, qui tient une place ho­no­rée dans les lettres…, m’a confirmé cette anec­dote ». Haut
  4. « Le Ro­man russe », p. 96. Haut
  1. Vla­di­mir Na­bo­kov, « Ni­ko­laï Go­gol ». Haut
  2. En russe « Нос ». Haut
  3. En russe « Сон ». Haut

Pamuk, « D’Autres Couleurs : essais »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde en­tier, Pa­ris

Il s’agit de « D’Autres Cou­leurs » (« Öteki Renk­ler ») de M. Orhan Pa­muk, écri­vain turc pour le­quel le centre du monde est Is­tan­bul, non seule­ment parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a ra­conté les re­coins les plus in­times. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en ar­ri­vant à Is­tan­bul, frappé par la gi­gan­tesque bi­gar­rure de cette ville, par le cô­toie­ment de « tant d’individualités sé­pa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre », avait écrit que Constan­ti­nople de­vien­drait « plus tard la ca­pi­tale de la Terre »1. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la ca­pi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vi­dée de ses Grecs, ses Ar­mé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pa­muk, tout juste un siècle après le sé­jour de Flau­bert, Is­tan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vi­vait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fa­nées et flé­tries, de son passé tombé en dis­grâce per­çait de toute part ; elle avait une pré­sence vi­sible dans le pay­sage et chez les gens ; elle re­cou­vrait tel un brouillard « les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, ta­ries de­puis des an­nées, les bou­tiques de bric et de broc ap­pa­rues… aux abords im­mé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et dé­fon­cés…, les vieux ci­me­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires fa­lots », dit M. Pa­muk2. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des re­je­tons d’un an­cien Em­pire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du passé. Ils ar­ra­chaient des pierres aux mu­railles et aux vé­né­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Dé­truire, brû­ler, éri­ger à la place un im­meuble oc­ci­den­tal et mo­derne était leur ma­nière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour ef­fa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une an­cienne maî­tresse, se dé­bar­rasse en hâte des vê­te­ments, des bi­joux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la mi­sère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pa­muk3, « ou­vrit la voie… à la trans­for­ma­tion des in­té­rieurs do­mes­tiques en mu­sées d’une culture ja­mais vé­cue. Des an­nées après, j’ai éprouvé toute cette in­con­gruité… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, en­foui dé­fi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la né­ces­sité de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la mai­son fa­mi­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui ap­por­taient conso­la­tion et ré­con­fort, M. Pa­muk ren­tra au mi­lieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur at­mo­sphère et de leur al­chi­mie. Le len­de­main, il an­nonça à sa fa­mille qu’il se­rait écri­vain.

  1. « Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850 ». Haut
  2. « Is­tan­bul », p. 68-69. Haut
  1. id. p. 54-55. Haut

« Daryush Ashouri : un intellectuel hétérodoxe iranien »

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en transition, Paris

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en tran­si­tion, Pa­ris

Il s’agit de « La Théo­rie de “l’occidentalite” et la Crise de pen­sée en Iran » (« Na­za­rieh-ye gharb­za­degi va boh­rân-e ta­fak­kor dar Iran »1) et autres ar­ticles de M. Da­ryoush Ashouri2, in­tel­lec­tuel et tra­duc­teur ira­nien, ins­tallé en France de­puis 1987. La pen­sée ira­nienne mo­derne est en grande par­tie ti­raillée entre son re­jet de l’Occident et sa fas­ci­na­tion pour lui. Au siècle der­nier, elle de­vi­sait avec op­ti­misme d’un ave­nir où elle se­rait plus oc­ci­den­ta­li­sée ; à pré­sent, elle s’en prend, en des termes dé­fai­tistes et ré­cri­mi­nants, aux per­ver­si­tés de l’Occident, dont elle vou­drait faire un épou­van­tail. M. Ashouri traite de cette di­cho­to­mie et il dit ne pou­voir mieux la dé­fi­nir que comme un « res­sen­ti­ment » pa­tho­lo­gique (« kin-touzi »3) qui a af­fligé à la fois les pen­seurs et les masses po­pu­laires en Iran tout au long de l’histoire ré­cente. M. Ashouri em­prunte ce terme de « res­sen­ti­ment » à Frie­drich Nietzsche et il l’applique au cas ira­nien. Dans « La Gé­néa­lo­gie de la mo­rale », Nietzsche op­pose l’homme ac­tif ou sur­homme, qui crée triom­pha­le­ment ses propres va­leurs, aux hommes im­puis­sants, à qui la vraie ac­tion est in­ter­dite, et qui ne trouvent de com­pen­sa­tion que dans leur haine ren­trée et dans leur ran­cune en­vers le sur­homme. Ces hommes du « res­sen­ti­ment », étant in­ca­pables d’agir, de­meurent du­ra­ble­ment rem­plis de ré­ac­tions hos­tiles et ve­ni­meuses. Telle est l’attitude de beau­coup d’Iraniens qui, de­puis les an­nées 1960, ne par­viennent plus à af­fir­mer po­si­ti­ve­ment leur propre « soi » : au lieu de cela, ils cherchent un ad­ver­saire dans ce qui se si­tue en de­hors, dans ce qui est leur « autre que soi », et tout d’abord, dans une culture oc­ci­den­tale trans­for­mée en une vé­ri­table ca­ri­ca­ture, en un monstre. Et M. Ashouri de don­ner comme exemple deux pen­seurs ira­niens de re­nom, Dja­lal Âl-e Ah­mad et Ali Sha­riati, et leur théo­rie de « l’occidentalite » ou « ma­la­die oc­ci­den­tale ». « Comme j’y ai déjà fait al­lu­sion », dit M. Ashouri, « “l’occidentalite” est ba­sée sur cette concep­tion qu’il existe un “Oc­ci­dent” là-bas et un “nous” ici, dont la re­la­tion est qua­li­fiée de do­mi­nant-do­miné… Le pro­blème fon­da­men­tal de cette théo­rie est qu’elle n’a pas de connais­sance [ni] de l’un, ni de l’autre, et dans un cercle vi­cieux, ne par­vient pas à se don­ner une ou­ver­ture au monde. Je vou­drais ci­ter deux fi­gures qui re­pré­sentent cette ten­dance, Âl-e Ah­mad et Sha­riati. Les deux se ré­fé­rent à l’islam pour cri­ti­quer l’Occident, mais leur dé­marche est-elle si­mi­laire à celle de Ghazâli ? La grande dif­fé­rence entre ces deux in­tel­lec­tuels et Ghazâli consiste dans le fait que, pour ce der­nier, la re­li­gion est le but ; alors que, pour eux, celle-ci est un moyen de com­bat po­li­tique… À l’opposé de Ghazâli, qui cherche la ra­cine et les concepts les plus fon­da­men­taux, on [ne voit au­cun] sou­bas­se­ment phi­lo­so­phique [chez Âl-e Ah­mad et chez Sha­riati]. Par exemple, ils ne peuvent plus consul­ter Des­cartes, et… de ce fait, ils de­viennent étran­gers au socle de la mo­der­nité, alors qu’eux-mêmes sont in­cons­ciem­ment sous son in­fluence »

  1. En per­san « نظریهٔ غرب‌زدگی و بحران تفکر در ایران ». Haut
  2. En per­san داریوش آشوری. Par­fois trans­crit Da­rioush Ashouri, Da­riush Ashoori ou Da­ryush Ashuri. Haut
  1. En per­san کین توزی. Par­fois trans­crit « kine-touzi ». Haut

Milizia, « Vies des architectes anciens et modernes. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mé­moires des ar­chi­tectes an­ciens et mo­dernes » (« Me­mo­rie de­gli ar­chi­tetti an­ti­chi e mo­derni ») éga­le­ment connus sous le titre de « Vies des plus cé­lèbres ar­chi­tectes » (« Vite de’ più ce­le­bri ar­chi­tetti ») de Fran­cesco Mi­li­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­cité an­tique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beauté de l’architecture naît dans le né­ces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des or­ne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­géré et qui n’est pas com­mandé par la né­ces­sité ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, « à peu près comme la pa­rure ne sert qu’à en­lai­dir et faire re­mar­quer une laide femme »1. Le grand style, c’est ce­lui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un su­jet ; prin­cipe clair, d’une im­por­tance ca­pi­tale, et fré­quem­ment né­gligé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais en­core dans ce­lui de la po­li­tique et la ju­ris­pru­dence. De même que les mau­vais lé­gis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage lé­gis­la­tif « pour que nous n’entendions ja­mais rien aux lois »2 ; de même, les mau­vais ar­chi­tectes com­pliquent « une grande cou­pole de cou­poles plus pe­tites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes » (« una cu­pola con cu­po­lino, con cu­po­lette, con cu­po­lucce ») pour que nous n’entendions ja­mais rien aux plans de leurs construc­tions ex­tra­va­gantes. Ordre, sim­pli­cité, vé­rité, tels sont les cri­tères qui dé­ter­minent la beauté pour Mi­li­zia. Aussi blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dé­rai­son­nable et de lour­de­ment raf­finé, « aussi éloi­gné de la lé­gè­reté go­thique que de la ma­jesté et de l’élégance grecque » (« ugual­mente lon­tana dalla svel­tezza go­tica e dalla maes­tosa ele­ganza greca ») ; tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa vo­ca­tion, même lorsqu’il est dé­pourvu d’ornementations et des­tiné aux usages les plus vils et les plus re­pous­sants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mi­li­zia pro­pose pour mo­dèles les mo­nu­ments de la Grèce, ex­horte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Mi­chel-Ange et les ar­chi­tectes de la Re­nais­sance qui, se­lon lui, n’ont étu­dié les An­ciens que de se­conde main et ont ainsi in­tro­duit des élé­ments de dé­ca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de ca­price, de fo­lie : « Voilà pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de gé­nie », dit Mi­li­zia ; et pour­quoi, en al­lant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mau­vais »

  1. « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88. Haut
  1. id. p. 26. Haut

Milizia, « Vies des architectes anciens et modernes. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mé­moires des ar­chi­tectes an­ciens et mo­dernes » (« Me­mo­rie de­gli ar­chi­tetti an­ti­chi e mo­derni ») éga­le­ment connus sous le titre de « Vies des plus cé­lèbres ar­chi­tectes » (« Vite de’ più ce­le­bri ar­chi­tetti ») de Fran­cesco Mi­li­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­cité an­tique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beauté de l’architecture naît dans le né­ces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des or­ne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­géré et qui n’est pas com­mandé par la né­ces­sité ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, « à peu près comme la pa­rure ne sert qu’à en­lai­dir et faire re­mar­quer une laide femme »1. Le grand style, c’est ce­lui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un su­jet ; prin­cipe clair, d’une im­por­tance ca­pi­tale, et fré­quem­ment né­gligé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais en­core dans ce­lui de la po­li­tique et la ju­ris­pru­dence. De même que les mau­vais lé­gis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage lé­gis­la­tif « pour que nous n’entendions ja­mais rien aux lois »2 ; de même, les mau­vais ar­chi­tectes com­pliquent « une grande cou­pole de cou­poles plus pe­tites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes » (« una cu­pola con cu­po­lino, con cu­po­lette, con cu­po­lucce ») pour que nous n’entendions ja­mais rien aux plans de leurs construc­tions ex­tra­va­gantes. Ordre, sim­pli­cité, vé­rité, tels sont les cri­tères qui dé­ter­minent la beauté pour Mi­li­zia. Aussi blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dé­rai­son­nable et de lour­de­ment raf­finé, « aussi éloi­gné de la lé­gè­reté go­thique que de la ma­jesté et de l’élégance grecque » (« ugual­mente lon­tana dalla svel­tezza go­tica e dalla maes­tosa ele­ganza greca ») ; tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa vo­ca­tion, même lorsqu’il est dé­pourvu d’ornementations et des­tiné aux usages les plus vils et les plus re­pous­sants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mi­li­zia pro­pose pour mo­dèles les mo­nu­ments de la Grèce, ex­horte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Mi­chel-Ange et les ar­chi­tectes de la Re­nais­sance qui, se­lon lui, n’ont étu­dié les An­ciens que de se­conde main et ont ainsi in­tro­duit des élé­ments de dé­ca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de ca­price, de fo­lie : « Voilà pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de gé­nie », dit Mi­li­zia ; et pour­quoi, en al­lant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mau­vais »

  1. « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88. Haut
  1. id. p. 26. Haut

Milizia, « De l’art de voir dans les beaux-arts »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de « De l’art de voir dans les beaux-arts »1 (« Dell’arte di ve­dere nelle belle arti ») de Fran­cesco Mi­li­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­cité an­tique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beauté de l’architecture naît dans le né­ces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des or­ne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­géré et qui n’est pas com­mandé par la né­ces­sité ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, « à peu près comme la pa­rure ne sert qu’à en­lai­dir et faire re­mar­quer une laide femme »2. Le grand style, c’est ce­lui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un su­jet ; prin­cipe clair, d’une im­por­tance ca­pi­tale, et fré­quem­ment né­gligé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais en­core dans ce­lui de la po­li­tique et la ju­ris­pru­dence. De même que les mau­vais lé­gis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage lé­gis­la­tif « pour que nous n’entendions ja­mais rien aux lois »3 ; de même, les mau­vais ar­chi­tectes com­pliquent « une grande cou­pole de cou­poles plus pe­tites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes » (« una cu­pola con cu­po­lino, con cu­po­lette, con cu­po­lucce ») pour que nous n’entendions ja­mais rien aux plans de leurs construc­tions ex­tra­va­gantes. Ordre, sim­pli­cité, vé­rité, tels sont les cri­tères qui dé­ter­minent la beauté pour Mi­li­zia. Aussi blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dé­rai­son­nable et de lour­de­ment raf­finé, « aussi éloi­gné de la lé­gè­reté go­thique que de la ma­jesté et de l’élégance grecque » (« ugual­mente lon­tana dalla svel­tezza go­tica e dalla maes­tosa ele­ganza greca ») ; tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa vo­ca­tion, même lorsqu’il est dé­pourvu d’ornementations et des­tiné aux usages les plus vils et les plus re­pous­sants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mi­li­zia pro­pose pour mo­dèles les mo­nu­ments de la Grèce, ex­horte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Mi­chel-Ange et les ar­chi­tectes de la Re­nais­sance qui, se­lon lui, n’ont étu­dié les An­ciens que de se­conde main et ont ainsi in­tro­duit des élé­ments de dé­ca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de ca­price, de fo­lie : « Voilà pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de gé­nie », dit Mi­li­zia ; et pour­quoi, en al­lant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mau­vais »

  1. Par­fois tra­duit « De l’art de voir en sculp­ture, pein­ture, gra­vure et ar­chi­tec­ture » ou « Ré­flexions sur la sculp­ture, la pein­ture, la gra­vure et l’architecture ». Haut
  2. « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88. Haut
  1. id. p. 26. Haut

Pissarev, « Notre Science universitaire : récit »

éd. Actes Sud, coll. Un Endroit où aller, Arles

éd. Actes Sud, coll. Un En­droit où al­ler, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de « Notre Science uni­ver­si­taire » (« Na­cha ou­ni­ver­si­tets­kaya naouka »1) de Dmi­tri Iva­no­vitch Pis­sa­rev2. « Crime et Châ­ti­ment » de Dos­toïevski, avant d’être l’une des œuvres les plus pro­fondes de psy­cho­lo­gie cri­mi­nelle, au­tour des­quelles la pen­sée hu­maine vient tour­ner sans cesse, a été un pam­phlet contre « l’égoïsme ra­tion­nel », un mou­ve­ment dé­fendu en Rus­sie dans les an­nées 1860 par le jour­nal « Rouss­koé slovo »3 (« La Pa­role russe ») de Pis­sa­rev. Dos­toïevski a vu le dan­ger ; il a mis tout en œuvre pour dé­tour­ner d’un tel égoïsme en dé­cri­vant les tour­ments de l’âme qui le suivent. Les faits lui don­nèrent rai­son. Pis­sa­rev se noya lors d’une bai­gnade — je veux dire noya dé­li­bé­ré­ment — à vingt-sept ans, seul, mé­lan­co­lique, dé­tra­qué par le ver­tige d’une crois­sance in­tel­lec­tuelle trop ra­pide. Mais re­pre­nons dans l’ordre ! Issu d’une fa­mille noble rui­née, Pis­sa­rev fai­sait en­core ses études à l’Université de Saint-Pé­ters­bourg, quand il dé­buta comme pu­bli­ciste lit­té­raire, chargé de ré­di­ger la ru­brique des comptes ren­dus bi­blio­gra­phiques dans la re­vue « Rass­vet »4 (« L’Aube »), qui por­tait le sous-titre « Re­vue des sciences, des arts et des lettres pour jeunes filles adultes ». Cette col­la­bo­ra­tion l’entraîna de force hors des murs cal­feu­trés des am­phi­théâtres, « à l’air libre », comme il le dit lui-même5, et « ce pas­sage forcé me don­nait un plai­sir cou­pable, que je ne pus dis­si­mu­ler ni à moi-même ni aux autres… ». La ques­tion de l’émancipation de la femme étant en ce temps-là à l’ordre du jour dans « Rass­vet », Pis­sa­rev en vint tout na­tu­rel­le­ment au pro­blème plus large de la li­berté de la per­sonne hu­maine. Riche d’idées, il s’attendait à créer des mi­racles dans le do­maine de la pen­sée : « Ayant jeté à bas dans mon es­prit toutes sortes de Kaz­beks6 et de monts Blancs, je m’apparaissais à moi-même comme une es­pèce de Ti­tan, de Pro­mé­thée qui s’était em­paré du feu… ». Il mit ses idées, dès 1861, dans des ar­ticles re­mar­quables par leur har­diesse et leur bouillon­ne­ment in­tel­lec­tuel, qu’il pu­blia cette fois dans « Rouss­koé slovo ». Ce jour­nal n’était plus la ver­tueuse « Re­vue pour jeunes filles adultes » où il avait fait ses pre­miers es­sais, mais était, au contraire, rem­pli d’agitation phi­lo­so­phique et po­li­tique. Pis­sa­rev en de­vint, en quelques jours, le prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur et membre de la ré­dac­tion ; et quand, un an plus tard, guetté par la cen­sure, ce jour­nal fut pro­vi­soi­re­ment sus­pendu, Pis­sa­rev jeta sur le pa­pier un ap­pel fié­vreux de vio­lence au « ren­ver­se­ment de la dy­nas­tie des Ro­ma­nov et de la bu­reau­cra­tie pé­ters­bour­geoise » et au « chan­ge­ment de ré­gime po­li­tique » ; le len­de­main, il était ar­rêté et in­car­céré.

  1. En russe « Наша университетская наука ». Par­fois trans­crit « Na­sha uni­ver­si­tets­kaya nauka » ou « Naša uni­ver­si­tets­kaja nauka ». Haut
  2. En russe Дмитрий Иванович Писарев. Par­fois trans­crit Dmi­trij Iwa­no­witsch Pis­sa­rew, Dmi­try Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­triy Iva­no­vich Pi­sa­rev, Di­mi­tri Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­trii Iva­no­vich Pi­sa­rev ou Dmi­trij Iva­no­vič Pi­sa­rev. Haut
  3. En russe « Русское слово ». Par­fois trans­crit « Rouss­koïé slovo », « Russ­koïé slovo » ou « Russ­koe slovo ». Haut
  1. En russe « Рассвет ». Haut
  2. « Notre Science uni­ver­si­taire », p. 132 & 135. Haut
  3. Un des som­mets les plus éle­vés de la chaîne du Cau­case. Haut

Pissarev, « Essais critiques »

éd. du Progrès, Moscou

éd. du Pro­grès, Mos­cou

Il s’agit des « Réa­listes » (« Rea­listy »1) et autres ar­ticles de Dmi­tri Iva­no­vitch Pis­sa­rev2. « Crime et Châ­ti­ment » de Dos­toïevski, avant d’être l’une des œuvres les plus pro­fondes de psy­cho­lo­gie cri­mi­nelle, au­tour des­quelles la pen­sée hu­maine vient tour­ner sans cesse, a été un pam­phlet contre « l’égoïsme ra­tion­nel », un mou­ve­ment dé­fendu en Rus­sie dans les an­nées 1860 par le jour­nal « Rouss­koé slovo »3 (« La Pa­role russe ») de Pis­sa­rev. Dos­toïevski a vu le dan­ger ; il a mis tout en œuvre pour dé­tour­ner d’un tel égoïsme en dé­cri­vant les tour­ments de l’âme qui le suivent. Les faits lui don­nèrent rai­son. Pis­sa­rev se noya lors d’une bai­gnade — je veux dire noya dé­li­bé­ré­ment — à vingt-sept ans, seul, mé­lan­co­lique, dé­tra­qué par le ver­tige d’une crois­sance in­tel­lec­tuelle trop ra­pide. Mais re­pre­nons dans l’ordre ! Issu d’une fa­mille noble rui­née, Pis­sa­rev fai­sait en­core ses études à l’Université de Saint-Pé­ters­bourg, quand il dé­buta comme pu­bli­ciste lit­té­raire, chargé de ré­di­ger la ru­brique des comptes ren­dus bi­blio­gra­phiques dans la re­vue « Rass­vet »4 (« L’Aube »), qui por­tait le sous-titre « Re­vue des sciences, des arts et des lettres pour jeunes filles adultes ». Cette col­la­bo­ra­tion l’entraîna de force hors des murs cal­feu­trés des am­phi­théâtres, « à l’air libre », comme il le dit lui-même5, et « ce pas­sage forcé me don­nait un plai­sir cou­pable, que je ne pus dis­si­mu­ler ni à moi-même ni aux autres… ». La ques­tion de l’émancipation de la femme étant en ce temps-là à l’ordre du jour dans « Rass­vet », Pis­sa­rev en vint tout na­tu­rel­le­ment au pro­blème plus large de la li­berté de la per­sonne hu­maine. Riche d’idées, il s’attendait à créer des mi­racles dans le do­maine de la pen­sée : « Ayant jeté à bas dans mon es­prit toutes sortes de Kaz­beks6 et de monts Blancs, je m’apparaissais à moi-même comme une es­pèce de Ti­tan, de Pro­mé­thée qui s’était em­paré du feu… ». Il mit ses idées, dès 1861, dans des ar­ticles re­mar­quables par leur har­diesse et leur bouillon­ne­ment in­tel­lec­tuel, qu’il pu­blia cette fois dans « Rouss­koé slovo ». Ce jour­nal n’était plus la ver­tueuse « Re­vue pour jeunes filles adultes » où il avait fait ses pre­miers es­sais, mais était, au contraire, rem­pli d’agitation phi­lo­so­phique et po­li­tique. Pis­sa­rev en de­vint, en quelques jours, le prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur et membre de la ré­dac­tion ; et quand, un an plus tard, guetté par la cen­sure, ce jour­nal fut pro­vi­soi­re­ment sus­pendu, Pis­sa­rev jeta sur le pa­pier un ap­pel fié­vreux de vio­lence au « ren­ver­se­ment de la dy­nas­tie des Ro­ma­nov et de la bu­reau­cra­tie pé­ters­bour­geoise » et au « chan­ge­ment de ré­gime po­li­tique » ; le len­de­main, il était ar­rêté et in­car­céré.

  1. En russe « Реалисты ». Éga­le­ment connu sous le titre d’« Une Ques­tion non ré­so­lue » (« Нерешенный вопрос »). Par­fois tra­duit « Une Ques­tion à ré­soudre ». Haut
  2. En russe Дмитрий Иванович Писарев. Par­fois trans­crit Dmi­trij Iwa­no­witsch Pis­sa­rew, Dmi­try Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­triy Iva­no­vich Pi­sa­rev, Di­mi­tri Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­trii Iva­no­vich Pi­sa­rev ou Dmi­trij Iva­no­vič Pi­sa­rev. Haut
  3. En russe « Русское слово ». Par­fois trans­crit « Rouss­koïé slovo », « Russ­koïé slovo » ou « Russ­koe slovo ». Haut
  1. En russe « Рассвет ». Haut
  2. « Notre Science uni­ver­si­taire », p. 132 & 135. Haut
  3. Un des som­mets les plus éle­vés de la chaîne du Cau­case. Haut

Pissarev, « Choix d’articles philosophiques et politiques »

éd. en Langues étrangères, Moscou

éd. en Langues étran­gères, Mos­cou

Il s’agit de « La Sco­las­tique du XIXe siècle » (« Skho­las­tika XIX veka »1) et autres ar­ticles de Dmi­tri Iva­no­vitch Pis­sa­rev2. « Crime et Châ­ti­ment » de Dos­toïevski, avant d’être l’une des œuvres les plus pro­fondes de psy­cho­lo­gie cri­mi­nelle, au­tour des­quelles la pen­sée hu­maine vient tour­ner sans cesse, a été un pam­phlet contre « l’égoïsme ra­tion­nel », un mou­ve­ment dé­fendu en Rus­sie dans les an­nées 1860 par le jour­nal « Rouss­koé slovo »3 (« La Pa­role russe ») de Pis­sa­rev. Dos­toïevski a vu le dan­ger ; il a mis tout en œuvre pour dé­tour­ner d’un tel égoïsme en dé­cri­vant les tour­ments de l’âme qui le suivent. Les faits lui don­nèrent rai­son. Pis­sa­rev se noya lors d’une bai­gnade — je veux dire noya dé­li­bé­ré­ment — à vingt-sept ans, seul, mé­lan­co­lique, dé­tra­qué par le ver­tige d’une crois­sance in­tel­lec­tuelle trop ra­pide. Mais re­pre­nons dans l’ordre ! Issu d’une fa­mille noble rui­née, Pis­sa­rev fai­sait en­core ses études à l’Université de Saint-Pé­ters­bourg, quand il dé­buta comme pu­bli­ciste lit­té­raire, chargé de ré­di­ger la ru­brique des comptes ren­dus bi­blio­gra­phiques dans la re­vue « Rass­vet »4 (« L’Aube »), qui por­tait le sous-titre « Re­vue des sciences, des arts et des lettres pour jeunes filles adultes ». Cette col­la­bo­ra­tion l’entraîna de force hors des murs cal­feu­trés des am­phi­théâtres, « à l’air libre », comme il le dit lui-même5, et « ce pas­sage forcé me don­nait un plai­sir cou­pable, que je ne pus dis­si­mu­ler ni à moi-même ni aux autres… ». La ques­tion de l’émancipation de la femme étant en ce temps-là à l’ordre du jour dans « Rass­vet », Pis­sa­rev en vint tout na­tu­rel­le­ment au pro­blème plus large de la li­berté de la per­sonne hu­maine. Riche d’idées, il s’attendait à créer des mi­racles dans le do­maine de la pen­sée : « Ayant jeté à bas dans mon es­prit toutes sortes de Kaz­beks6 et de monts Blancs, je m’apparaissais à moi-même comme une es­pèce de Ti­tan, de Pro­mé­thée qui s’était em­paré du feu… ». Il mit ses idées, dès 1861, dans des ar­ticles re­mar­quables par leur har­diesse et leur bouillon­ne­ment in­tel­lec­tuel, qu’il pu­blia cette fois dans « Rouss­koé slovo ». Ce jour­nal n’était plus la ver­tueuse « Re­vue pour jeunes filles adultes » où il avait fait ses pre­miers es­sais, mais était, au contraire, rem­pli d’agitation phi­lo­so­phique et po­li­tique. Pis­sa­rev en de­vint, en quelques jours, le prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur et membre de la ré­dac­tion ; et quand, un an plus tard, guetté par la cen­sure, ce jour­nal fut pro­vi­soi­re­ment sus­pendu, Pis­sa­rev jeta sur le pa­pier un ap­pel fié­vreux de vio­lence au « ren­ver­se­ment de la dy­nas­tie des Ro­ma­nov et de la bu­reau­cra­tie pé­ters­bour­geoise » et au « chan­ge­ment de ré­gime po­li­tique » ; le len­de­main, il était ar­rêté et in­car­céré.

  1. En russe « Схоластика XIX века ». Par­fois trans­crit « Scho­las­tika XIX veka » ou « Sho­las­tika XIX veka ». Haut
  2. En russe Дмитрий Иванович Писарев. Par­fois trans­crit Dmi­trij Iwa­no­witsch Pis­sa­rew, Dmi­try Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­triy Iva­no­vich Pi­sa­rev, Di­mi­tri Iva­no­vich Pi­sa­rev, Dmi­trii Iva­no­vich Pi­sa­rev ou Dmi­trij Iva­no­vič Pi­sa­rev. Haut
  3. En russe « Русское слово ». Par­fois trans­crit « Rouss­koïé slovo », « Russ­koïé slovo » ou « Russ­koe slovo ». Haut
  1. En russe « Рассвет ». Haut
  2. « Notre Science uni­ver­si­taire », p. 132 & 135. Haut
  3. Un des som­mets les plus éle­vés de la chaîne du Cau­case. Haut