Mot-clefislam

sujet

Ibn Rushd (Averroès), « Abrégé du “Mustaṣfā” »

éd. De Gruyter, coll. Corpus philosophorum medii ævi-Scientia græco-arabica, Berlin

Il s’agit du « Muḫtaṣar al-Mustaṣfâ »* d’Ibn Rushd** (XIIe siècle apr. J.-C.), abrégé du livre de jurisprudence d’al-Ghazâli intitulé « Mustaṣfâ ». De tous les philosophes que l’islam donna à l’Espagne, celui qui laissa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants commentaires des écrits d’Aristote, ce fut Ibn Rushd, également connu sous les noms corrompus d’Averois, Aven-Roez ou Averroès***. Son Andalousie natale était un coin privilégié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait établi, à partir du Xe siècle, une tolérance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. « Chrétiens, juifs, musulmans parlaient la même langue, chantaient les mêmes poésies, participaient aux mêmes études littéraires et scientifiques. Toutes les barrières qui séparent les hommes étaient tombées ; tous travaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civilisation commune », dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf****, calife de l’Andalousie et contemporain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus lettré de son temps. L’illustre philosophe Ibn Thofaïl obtint à sa Cour une grande influence et en profita pour y attirer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu exprimé par Yûsuf et sur les instances d’Ibn Thofaïl qu’Ibn Rushd entreprit de commenter Aristote. Jamais ce dernier n’avait reçu de soins aussi étendus et aussi dévoués que ceux que lui prodiguera Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. « Mais la cause fatale qui a étouffé chez les musulmans les plus beaux germes de développement intellectuel, le fanatisme religieux, préparait déjà la ruine [de la philosophie] », dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études rationnelles se déchaîne sur toute la surface du monde musulman. Bientôt il suffira de dire d’un homme : « Un tel travaille à la philosophie ou donne des leçons d’astronomie », pour que les gens du peuple lui appliquent immédiatement le nom d’« impie », de « mécréant », etc. ; et que, si par malheur il persévère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa maison.

* En arabe « مختصر المستصفى ». Également connu sous le titre d’« Iḫtiṣâr al-Mustaṣfâ » (« اختصار المستصفى »). Haut

** En arabe ابن رشد. Parfois transcrit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd. Haut

*** Par substitution d’Aven (Aben) à Ibn. Haut

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Parfois transcrit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoûçof ou Abou-Ya’coub Yousouf. Haut

« Un Opuscule de Khwāja ‘Abdallāh Anṣārī concernant les bienséances des soufis »

dans « Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale », vol. 59, p. 203-239

Il s’agit de l’« Abrégé concernant les bienséances des soufis et de ceux qui cheminent dans la voie de Dieu » (« Mokhtasar fî âdâb al-sûfiyya wa-l-sâlikîn li-tarîq al-Haqq »*) de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî**, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî*** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »*****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En arabe « مختصرفى آداب الصوفية و السالكين الطريق الحق ». Parfois transcrit « Mokhtaṣar fī ādāb aṣ-ṣūfiyya wa-s-sālikīn li-ṭarīq al-Ḥaqq ». Haut

** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

*** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

**** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

***** no 108. Haut

« Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī (1006-1089 apr. J.-C.) : mystique hanbalite »

éd. Imprimerie catholique, coll. Recherches publiées sous la direction de l’Institut de lettres orientales de Beyrouth, Beyrouth

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî*, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî***), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

*** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

**** no 108. Haut

Ansârî, « Chemin de Dieu : trois traités spirituels »

éd. Sindbad, coll. La Bibliothèque de l’islam, Paris

Il s’agit des « Cent terrains » (« Sad maydân »*), des « Étapes des itinérants vers Dieu » (« Manâzil al-sâ’irîn »**) et autres œuvres de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî***, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî**** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî*****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »******. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan « صد میدان ». Parfois transcrit « Ṣad maidān ». Haut

** En arabe « منازل السائرين ». Parfois transcrit « Manâzelossâérin » ou « Manâzel ussâ’erîn ». Haut

*** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

**** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

***** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

****** no 108. Haut

Ansârî, « Cris du cœur, “Munâjât” »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit des « Cris du cœur » (« Monâjât »*, littéralement « Oraisons improvisées ») de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî**, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî*** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »*****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan « مناجات ». Autrefois transcrit « Monâdjât », « Munādjāt » ou « Munâjât ». Haut

** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

*** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

**** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

***** no 108. Haut

Iqbal, « La Métaphysique en Perse »

éd. Actes Sud, coll. Bibliothèque de l’islam, Arles

Il s’agit de Mohammad Iqbal*, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse »** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 »

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal. Haut

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ». Haut

Iqbal, « Reconstruire la pensée religieuse de l’islam »

éd. du Rocher-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Monaco-Paris

Il s’agit de Mohammad Iqbal*, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse »** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 »

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal. Haut

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ». Haut

al-Maqdisî, « Les Oiseaux et les Fleurs : allégories morales »

XIXe siècle

Il s’agit du « Dévoilement des mystères au sujet de la sagesse des oiseaux et des fleurs » (« Kashf al-asrâr ʻan ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr »*), allégories orientales, qui attribuent aux oiseaux et aux fleurs un langage semblable à celui des hommes (XIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, ‘Izz al-Dîn al-Maqdisî** (‘Izz al-Dîn de Jérusalem), commence par établir qu’il n’y a rien dans la nature qui ne soit doué de la faculté de se faire entendre d’une manière intelligible. À l’homme seul est réservé l’usage de la parole ; mais les autres créatures, ou animées ou inanimées, semblent aussi s’exprimer, par leur manière d’être, dans un langage muet. Bien plus, ce langage est « plus éloquent que la parole et plus essentiellement vrai »***. Ainsi, les roses répandent un parfum précieux qui pénètre jusqu’au fond du cœur et qui dit leurs secrets ; les rossignols, sur les rameaux qui les balancent, modulent leurs amours ; et les hautes cimes des arbres s’agitent comme pour célébrer la vision de Dieu. Partant de cette idée, l’auteur se suppose au milieu d’un jardin grandiose ; là, occupé à étudier les discours de tous les êtres que la nature offre à ses sens, il s’applique à les interpréter et y découvrir des leçons non seulement morales, mais également spirituelles et mystiques. « Crois », dit-il****, « que celui qui ne sait pas tirer un sens allégorique du cri aigre de la porte, du bourdonnement de la mouche, de l’aboiement du chien, du mouvement des insectes qui s’agitent dans la poussière ; que celui qui ne sait pas comprendre ce qu’indiquent la marche de la nue, la lueur du mirage, la teinte du brouillard, n’est pas du nombre des gens intelligents. » Pour éviter de tomber dans l’obscurité de la pensée où bien d’autres soufis sont tombés, al-Maqdisî suit une marche progressive. Aussi, ses premières allégories sont-elles plus terrestres que ses dernières, où il est question d’amour divin : « Le voile du mystère, d’abord épais, s’éclaircit peu à peu et se soulève même quelquefois ; enfin, il tombe entièrement, et le nom de Dieu vient, dans la dernière allégorie, expliquer toutes les énigmes »

* En arabe « كشف الأسرار عن حكم الطيور والأزهار ». Parfois transcrit « Caschf asrár an hokm althoiour u al azhár », « Kashf al-asrār ‘an ḥukm aṭ-ṭuyur wa’l-azhār » ou « Kachf al-asrâr ʻan ḥikm aṭ-ṭouyoûr oua l azhâr ». On rencontre aussi la graphie « كشف الأسرار في حكم الطيور والأزهار » (« Kashf al-asrâr fî ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr »). Parfois transcrit « Kichaf ul asrar fi hukmi-it-thouyour oua al azhar ». Haut

** En arabe عز الدين المقدسي. Parfois transcrit ‘Izz ad-Dîn al-Maqdisy, ‘Izzaddīn Maqdisī, ‘Izz Eddin el Moqaddasi, Izzidin al-Muqaddasi, ’Yzz-Ed-dīni el-Moqaddesī, Azz-Eddin al Mocadeçi, Azeddin al Mocadassi, ‘Izz Eddin el Moqadessi, Azz-Eddin-el-Mokadessi ou Azz-Eddin Elmocaddessi. Haut

*** p. 4. Haut

**** p. 97. Haut

« Kabir : une expérience mystique au-delà des religions »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit de Kabîr*, surnommé « le tisserand de Bénarès », l’un des poètes les plus populaires de l’Inde, et l’un des fondateurs de la littérature hindi, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seulement il a employé le hindi, mais il a insisté sur l’avantage de se servir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sanscrit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simulacre, et ne jugeait vraie que la parole intérieure de l’âme : « Je n’ai jamais touché », dit-il**, « ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La grandeur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche ». Sa renommée est fondée sur les cinq cents couplets (« dohâs »***) et les cent stances (« padas »****) transcrits par ses disciples, et dont des morceaux choisis figurent dans le « Gourou Granth Sahib », le livre saint des Sikhs. Ils se distinguent par leur valeur poétique, mais surtout par une certaine manière de s’exprimer — mordante et railleuse envers les pratiques extérieures du culte — que personne n’a osé ou pu imiter après Kabîr. Ils s’adressent aux hindouistes aussi bien qu’aux musulmans ; ils moquent l’hypocrisie des pandits et de leurs Védas aussi bien que celle des mollahs et de leurs Khutbas : « Ô mollah », dit Kabîr*****, « pourquoi crier si fort : crains-tu qu’Allah soit sourd ? Celui que tu appelles tout haut, cherche-Le dans ton cœur ! » Et plus loin****** : « Ô pandit, tes idées sont toutes fausses !… À lire et à relire Védas et Puranas, en as-tu pour autant été illuminé ?… Prisonnier des concepts qui ici-bas furent tiens, quel repos crois-tu donc trouver dans l’au-delà ? »

* En hindi कबीर. Autrefois transcrit Cabir. Haut

** p. 151. Haut

*** En hindi दोहा. Haut

**** En hindi पद. Haut

***** « Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes », p. 105. Haut

****** id. p. 161 & 104. Haut

Roûmî, « “Mathnawî” : la quête de l’absolu »

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Monaco

Il s’agit du « Mathnawî »* de Djélâl-ed-dîn Roûmî**, poète mystique d’expression persane, qui n’est pas seulement l’inspirateur d’une confrérie, celle des « derviches tourneurs », mais le directeur spirituel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, aimable, harmonieux, étincelant, exalté ; un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur », dit M. Maurice Barrès***. Réfugié à Konya**** en Anatolie (Roûm), Djélâl-ed-dîn trouva dans cette ville habitée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poésie, à la musique, aux danses, et il employa cette poésie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ainsi dire, des racines si profondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses enseignements n’ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur parfum ; il se survit dans ses disciples et ses successeurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tombeau en l’appelant « notre Maître » (Mawlânâ*****). La beauté et l’esprit tolérant de ses œuvres ont surpris les orientalistes occidentaux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur lesquels souffle ma brise s’épanouissent comme un jardin plein de lumière », dit-il avec raison

* En persan « مثنوی ». Parfois transcrit « Mesnévi », « Mesnewi », « Methnévi », « Mesnavi », « Masnavi », « Masnawi », « Maṯnawī » ou « Mathnavi ». Haut

** En persan جلال‌الدین رومی. Parfois transcrit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jellaluddin Rumi, Jelaluddin Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jallaluddin Rumi, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Dželaluddin Rumi, Dschalal ad-din Rumi, Calaladdīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roûmî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Djalâl-od-dîn Rûmî, Jalâloddîn Rûmî, Djélaliddin-Roumi, Jalel Iddine Roumi, Dschelâl-ed-dîn Rumi, Celaledin Rumi, Celaleddin-i Rumi, Jelaleddin Rumi, Djelalettine Roumî, Djélalledin-i-Roumi ou Djellal-ed-Dine Roumi. Haut

*** « Une Enquête aux pays du Levant. Tome II », p. 74. Haut

**** On rencontre aussi les graphies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Iconium. Haut

***** En persan مولانا. Parfois transcrit Maulana, Mowlânâ, Mevlana ou Mewlânâ. Haut

Attar, « Les Sept Cités de l’amour »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du Divan (Recueil de poésies) de Férid-eddin Attar* (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle »** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces »***. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. »

* En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

Haut

*** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

Haut

**** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis. Haut

« Alexandre, le Macédonien iranisé : l’exemple du récit par Nezâmî (XIIe siècle) »

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre d’Alexandre le Grand »* (« Eskandar-nâmeh »**) de Nezâmî de Gandjeh***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue persane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâmî fut le premier qui remania dans un sens romanesque le vieux fonds des traditions persanes. Sans se soucier d’en préserver la pureté et la couleur, il les amalgama librement tantôt aux récits plus ou moins légendaires des compilateurs arabes, tantôt aux fictions des romanciers alexandrins. Par sa sophistication poétique, il dépassa les uns et les autres. Ses œuvres les plus importantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil intitulé « Khamseh »**** (« Les Cinq ») en arabe ou « Pandj Gandj »***** (« Les Cinq Trésors ») en persan. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout honnête homme devait connaître, au point d’en pouvoir réciter des passages entiers. Au sein de leur aire culturelle, à travers cette immensité qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débordait même sur l’Inde musulmane, elles occupaient une place équivalente à celle qu’eut « L’Énéide » en Europe occidentale. « Les mérites et perfections manifestes de Nezâmî — Allah lui soit miséricordieux ! — se passent de commentaires. Personne ne pourrait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Trésors” ; bien plus, cela échappe au pouvoir du genre humain », dira Djâmî****** en choisissant de se faire peindre agenouillé devant son illustre prédécesseur.

* Parfois traduit « Histoire fabuleuse d’Alexandre le Grand » ou « Alexandréide ». Haut

** En persan « اسکندر‌نامه ». Parfois transcrit « Secander-nameh », « Sekander Námah », « Sikander Nama », « Escander—namèh », « Eskander Nāmeh », « Iskander-namé », « Iskender-nâmè », « Iskandar Nāma » ou « Sekandar-nâmeh ». Haut

*** En persan نظامی گنجوی. Parfois transcrit Nadhami, Nidhami, Nizhâmî, Nizhamy, Nizamy, Nizami, Nishâmi, Nisamy, Nisami, Nezâmy ou Nezhami. Haut

**** En arabe « خمسة ». Parfois transcrit « Khamsè », « Khamsah », « Khamsa », « Hamsa », « Hamsah », « Hamse », « Chamseh » ou « Hamseh ». Haut

***** En persan « پنج گنج ». Parfois transcrit « Pendsch Kendj », « Pendch Kendj », « Pandsch Gandsch », « Pendj Guendj », « Penj Ghenj », « Pentch-Ghandj » ou « Panj Ganj ». Haut

****** « Le Béhâristân », p. 185-186. Haut

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla »*), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quel inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc**. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris*** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. »

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ». Haut

** Préface à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut