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Aristote, «Éthique de Nicomaque»

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Paris

Il s’agit de l’«Éthique à Nico­maque» («Êthi­ka Niko­ma­cheia»*) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­ve­nu, trois trai­tés d’éthique ou de morale, inti­tu­lés l’«Éthique à Nico­maque», l’«Éthique à Eudème» et la «Grande Morale». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des déve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre; ce sont trois rédac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois rédac­tions? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles? Sont-elles des leçons recueillies par des dis­ciples? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour expo­ser son sys­tème? Ce sont là des ques­tions déli­cates et très dif­fi­ciles à résoudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’«Éthique à Eudème» par exemple, est-elle une «Éthique pour Eudème», c’est-à-dire un trai­té qu’Aristote aurait dédié à un de ses dis­ciples, nom­mé Eudème? Est-elle, au contraire, une «Éthique d’Eudème», c’est-à-dire un trai­té dont ce dis­ciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur? Rien de sûr. Pour l’«Éthique à Nico­maque», le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­men­té, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Nico­maque serait, d’après Cicé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la «Grande Morale», qui ne mérite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et David l’Arménien, avoir été appe­lée autre­fois la «Petite Morale à Nico­maque»; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul trai­té d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y aurait pas mis la der­nière main, soit par la faute de copistes peu avi­sés qui auraient tout bou­le­ver­sé. «C’est fort regret­table», dit un tra­duc­teur**, «mais si l’on devait condam­ner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irré­gu­lier, il faut recon­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, depuis la “Méta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”.»

Aris­tote ne prend pour lieu de départ de ses consi­dé­ra­tions ni l’éthique ni la morale au sens où nous les enten­dons, mais l’idée du bon­heur

Il est assez frap­pant de consta­ter qu’Aristote ne prend pour lieu de départ de ses consi­dé­ra­tions ni l’éthique ni la morale au sens où nous les enten­dons, mais l’idée du bon­heur qui se confond chez lui avec celle de la ver­tu, au point que par­fois il prend l’une pour l’autre. Être ce qu’il doit être : voi­là selon lui le bon­heur, en même temps que le devoir de l’homme. Mais que doit-être l’homme? Pour le flû­tiste, pour le cor­don­nier, pour tous les arti­sans qui pra­tiquent une tâche et exercent une fonc­tion, la per­fec­tion réside dans cette fonc­tion même. De toute évi­dence, il en est de même pour l’homme, s’il existe quelque acti­vi­té qui lui soit propre. Quelle pour­rait-elle être? Vivre consti­tue, mani­fes­te­ment, une acti­vi­té que l’homme a en com­mun même avec les plantes; or, on cherche ce qui lui est propre. Il faut donc écar­ter la vie nutri­tive ou végé­ta­tive. Vient ensuite la vie sen­si­tive ou sen­suelle, mais celle-ci appar­tient aus­si au che­val, au bœuf et à tous les ani­maux. Reste donc la vie propre à l’être doué de rai­son. Or, de même que le flû­tiste accom­pli, qui joue bien, est supé­rieur au flû­tiste tout court; de même, si nous sup­po­sons que le propre de l’homme est un cer­tain genre de vie, que ce genre de vie est l’activité de l’âme accom­pa­gnée d’actions rai­son­nables, alors l’homme accom­pli, chez qui tout se fait selon le Bien et le Beau, est supé­rieur à l’homme tout court. Aris­tote rejoint ain­si Pla­ton. «Le fond de leur doc­trine est le même», dit une ins­ti­tu­trice***. «Les conclu­sions iden­tiques aux­quelles arrivent ces esprits si dif­fé­rents, par des voies dif­fé­rentes aus­si, démontrent avec évi­dence l’unité de la loi morale dont ils sont les fidèles et lumi­neux inter­prètes. Peut-être Aris­tote n’a-t-il pas la force et la cha­leur de convic­tion… La véri­té morale semble être pour ce génie uni­ver­sel qui a tout obser­vé, une matière à spé­cu­la­tion dés­in­té­res­sée… Cepen­dant, quelques traits nous indiquent par­fois une pure flamme qui se fait jour. Ain­si, après nous avoir mon­tré dans la jus­tice la ver­tu la plus par­faite, il s’écrie : “plus admi­rable même que l’étoile du soir et que celle du matin”****… [Son] puis­sant génie qui, durant des siècles, a régné en maître abso­lu sur le monde savant, ne s’offenserait pas du mal­adroit hom­mage des igno­rants qui viennent s’éclairer à sa lumière.»

Il n’existe pas moins de dix tra­duc­tions fran­çaises de l’«Éthique à Nico­maque», mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de M. Jean Voil­quin.

«Ὁ δὲ κατὰ νοῦν ἐνεργῶν καὶ τοῦτον θεραπεύων καὶ διακείμενος ἄριστα καὶ θεοφιλέστατος ἔοικεν. Εἰ γάρ τις ἐπιμέλεια τῶν ἀνθρωπίνων ὑπὸ θεῶν γίνεται, ὥσπερ δοκεῖ, καὶ εἴη ἂν εὔλογον χαίρειν τε αὐτοὺς τῷ ἀρίστῳ καὶ τῷ συγγενεστάτῳ (τοῦτο δ’ ἂν εἴη ὁ νοῦς) καὶ τοὺς ἀγαπῶντας μάλιστα τοῦτο καὶ τιμῶντας ἀντευποιεῖν ὡς τῶν φίλων αὐτοῖς ἐπιμελουμένους καὶ ὀρθῶς τε καὶ καλῶς πράττοντας. Ὅτι δὲ πάντα ταῦτα τῷ σοφῷ μάλισθ’ ὑπάρχει, οὐκ ἄδηλον. Θεοφιλέστατος ἄρα. Τὸν αὐτὸν δ’ εἰκὸς καὶ εὐδαιμονέστατον· ὥστε κἂν οὕτως εἴη ὁ σοφὸς μάλιστ’ εὐδαίμων.»
— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

«L’homme qui déploie son acti­vi­té selon l’esprit et qui cultive cette facul­té, semble doué des meilleures dis­po­si­tions et par­ti­cu­liè­re­ment aimé des dieux. Si ceux-ci se pré­oc­cupent en quelque mesure des affaires des hommes, comme il semble, il est vrai­sem­blable qu’ils se com­plaisent à ce qu’il y a dans l’homme de meilleur et ce qui pré­sente avec eux le plus d’affinité (or, ce ne peut être que l’esprit). Vrai­sem­bla­ble­ment aus­si, les dieux récom­pensent les hommes qui ché­rissent et honorent par­ti­cu­liè­re­ment cette facul­té, atten­du qu’ils voient en eux des gens pré­oc­cu­pés de l’objet de leur propre amour et d’une conduite non seule­ment conve­nable, mais tout à leur hon­neur. Toutes les condi­tions requises se trouvent au plus haut point réunies dans la per­sonne du sage. Il est donc par­ti­cu­liè­re­ment ché­ri des dieux; d’où il suit qu’il est aus­si suprê­me­ment heu­reux. Cela étant, c’est le sage qui doit être l’homme le plus heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Voil­quin

«Quant à l’homme dont les actions sont diri­gées par l’intelligence, et qui cultive soi­gneu­se­ment sa rai­son, on peut le consi­dé­rer comme ayant reçu de la nature les dis­po­si­tions les plus pré­cieuses, et comme le plus digne de la faveur des dieux. Car, s’il est vrai qu’ils prennent quelque soin des affaires humaines, comme il le semble, il y a lieu de croire qu’ils prennent plai­sir à voir ce qu’il y a au monde de plus excellent et de plus ana­logue à leur nature (or, ce ne peut être que l’esprit ou l’entendement), et qu’ils récom­pensent par leurs bien­faits ceux qui savent en connaître le prix et s’y atta­cher avec le plus de zèle, comme des hommes qui honorent et cultivent ce qu’ils aiment eux-mêmes. Or, il est évident que c’est le sage sur­tout qui réunit toutes ces condi­tions; il est donc celui que les dieux ché­rissent plus que tous les autres hommes, et par consé­quent, il doit jouir de la plus grande féli­ci­té; de sorte que, dans un tel état de choses, le sage sur­tout doit être heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jean-Fran­çois Thu­rot (XIXe siècle)

«L’homme qui vit et agit par son intel­li­gence, et qui la cultive avec soin, me paraît à la fois et le mieux orga­ni­sé des hommes et le plus cher aux dieux; car si les dieux ont quelque sou­ci des affaires humaines, comme je le crois, il est tout simple qu’ils se plaisent à voir sur­tout dans l’homme ce qu’il y a de meilleur et ce qui se rap­proche le plus de leur propre nature (c’est-à-dire l’intelligence et l’entendement). Il est tout simple qu’en retour ils comblent de leurs bien­faits ceux qui ché­rissent et honorent avec le plus de zèle ce divin prin­cipe, comme des gens qui soignent ce que les dieux aiment, et qui se conduisent avec droi­ture et noblesse. Que cette part soit sur­tout celle du sage, c’est ce qu’on ne sau­rait nier; le sage est par­ti­cu­liè­re­ment cher aux dieux. Par suite encore, c’est lui qui me paraît le plus heu­reux des hommes; et j’en conclus que le sage est le seul qui soit, en ce sens, aus­si par­fai­te­ment heu­reux qu’on peut l’être.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire (XIXe siècle)

«L’homme dont toute l’activité consiste à exer­cer son intel­lect et à le culti­ver n’est-il pas à la fois l’homme le plus accom­pli et le plus aimé des dieux? Si, en effet, les dieux prennent quelque soin des affaires humaines, comme on le croit com­mu­né­ment, ne pren­dront-ils pas plai­sir, ce sera aus­si nor­mal de le pen­ser, à ce qu’il y a dans l’homme de meilleur et de plus appa­ren­té à eux (et que serait-ce, sinon l’intellect)? Du même coup, s’il se trouve des hommes pour appré­cier et pour hono­rer par-des­sus tout l’intellect, ils les com­ble­ront en retour de bien­faits, consi­dé­rant que ces hommes prennent soin de ce qu’ils aiment et ne font rien que de droit et de beau. Mais tout cela, c’est le phi­lo­sophe qui le réa­lise au suprême degré. Il sera donc le plus aimé des dieux. Mais le plus aimé des dieux, ce sera aus­si, selon toute vrai­sem­blance, le plus heu­reux. Par cette voie, on abou­tit donc à la même conclu­sion : le phi­lo­sophe sera de tous les hommes le plus heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de MM. René-Antoine Gau­thier et Jean-Yves Jolif (éd. Publi­ca­tions uni­ver­si­taires-B. Nau­we­laerts, coll. Tra­duc­tions et Études, Lou­vain-Paris)

«L’homme qui exerce son intel­lect et le cultive, semble être à la fois dans la plus par­faite dis­po­si­tion et le plus cher aux dieux. Si, en effet, les dieux prennent quelque sou­ci des affaires humaines, ain­si qu’on l’admet d’ordinaire, il sera éga­le­ment rai­son­nable de pen­ser, d’une part, qu’ils mettent leur com­plai­sance dans la par­tie de l’homme qui est la plus par­faite et qui pré­sente le plus d’affinité avec eux (ce ne sau­rait être que l’intellect), et d’autre part, qu’ils récom­pensent géné­reu­se­ment les hommes qui ché­rissent et honorent le mieux cette par­tie, voyant que ces hommes ont le sou­ci des choses qui leur sont chères à eux-mêmes, et se conduisent avec droi­ture et noblesse. Or, que tous ces carac­tères soient au plus haut degré l’apanage du sage, cela n’est pas dou­teux. Il est donc l’homme le plus ché­ri des dieux. Et ce même homme est vrai­sem­bla­ble­ment aus­si le plus heu­reux de tous. Par consé­quent, de cette façon encore, le sage sera heu­reux au plus haut point.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de l’abbé Jules Tri­cot (éd. élec­tro­nique)

«Celui qui exerce son intel­lect et en prend soin, semble bien être celui qui est dans la meilleure dis­po­si­tion et le plus cher aux dieux. Si, en effet, les dieux prennent le moindre soin des affaires humaines, comme on le pense d’ordinaire, il serait ration­nel qu’ils se plaisent aus­si, chez les hommes, à ce qui est le meilleur et qui a le plus de paren­té avec eux-mêmes (ce qui ne peut être que l’intellect), et qu’ils récom­pensent ceux qui ché­rissent et honorent au plus haut point cet élé­ment divin en eux, parce que de tels hommes prennent grand soin des choses qui leur sont chères à eux-mêmes, en même temps qu’ils agissent droi­te­ment et noble­ment. Mais que tout cela soit avant tout l’apanage du sage, ce n’est pas dif­fi­cile à voir. Celui-ci sera donc le plus aimé des dieux. Et il semble bien qu’il sera aus­si le plus heu­reux. De sorte que, de cette manière aus­si, on montre que le sage est heu­reux au plus haut point.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Pierre Pel­le­grin (éd. Nathan, coll. Les Inté­grales de phi­lo, Paris)

«Celui qui exerce son acti­vi­té sur le plan de l’intellect et qui cultive ce der­nier, semble avoir la meilleure dis­po­si­tion et être le favo­ri des dieux. En effet, si les dieux éprouvent quelque sol­li­ci­tude pour les affaires humaines, comme c’est l’opinion cou­rante, il serait logique qu’ils aiment ce qui est le meilleur et le plus proche d’eux (c’est-à-dire l’intellect), et qu’ils donnent en échange des récom­penses à ceux qui ché­rissent et honorent cet élé­ment par-des­sus tout, en tant qu’ils prennent soin de ce qui leur est cher et qu’ils agissent avec rec­ti­tude et beau­té. Que ce soit en tous points la situa­tion du sage, cela saute aux yeux : il est donc le favo­ri des dieux, et il est natu­rel qu’il soit aus­si le plus heu­reux. Par consé­quent, même ain­si, le sage est l’homme heu­reux par excel­lence.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Jean Defra­das (éd. Presses Pocket, coll. Ago­ra-Les Clas­siques, Paris)

«Tou­te­fois, celui qui a une acti­vi­té intel­lec­tuelle et cultive son intel­li­gence, tout en étant par­fai­te­ment dis­po­sé, semble bien être aus­si le plus cher aux dieux. En effet, si l’on se pré­oc­cupe un peu des affaires humaines du côté des dieux, comme le veut l’opinion, on peut aus­si rai­son­na­ble­ment pen­ser que ces der­niers mettent leur joie dans ce qu’il y a de meilleur et leur est le plus appa­ren­té (c’est-à-dire l’intelligence), et qu’en retour, ils comblent de bien­faits ceux qui s’attachent sur­tout à l’intelligence et l’honorent plus que tout; car ceux-ci, au regard des dieux, se pré­oc­cupent de ce qui leur est cher à eux et agissent ain­si de façon cor­recte et belle. Or, cette atti­tude, en tous points, est celle du sage avant tout, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Donc, c’est lui le plus cher aux dieux. Or, le plus cher au dieu, selon toute vrai­sem­blance, est aus­si le plus heu­reux. Par consé­quent, même à consi­dé­rer les choses ain­si, on voit que le sage, plus que tout autre, doit être l’homme heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Richard Bodéüs (éd. Flam­ma­rion, coll. GF, Paris)

«Celui qui agit selon l’esprit, et qui se fait le ser­vi­teur de l’esprit, semble être aus­si le mieux doué de tous les hommes et le plus aimé par les dieux. Car si les dieux, comme on le croit, ont quelque sou­ci des choses humaines, il est natu­rel de pen­ser qu’ils aiment ce qu’il y a de meilleur et de plus sem­blable à leur nature (et ce ne peut être que l’esprit), et qu’ils récom­pensent tous ceux qui, hono­rant ce qu’ils aiment eux-mêmes, ont une conduite droite et belle. Que tout cela soit le lot du sage, on ne peut en dou­ter. C’est donc bien lui qui est aimé des dieux; et il doit en résul­ter pour lui le plus grand bon­heur : ain­si donc, c’est sur­tout le sage qui est heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Lud­ger-Jean-Bap­tiste Ros­si­gneux (XIXe siècle)

«Or, il ne faut point dou­ter que qui­conque cultive son esprit, et s’adonne à la contem­pla­tion, et s’y porte comme il doit, ne soit aimé et ché­ri des dieux. Car s’il est ain­si que les dieux aient soin des choses de ce monde, comme il semble qu’ils ont, il n’y a point de doute qu’ils n’aiment et ne ché­rissent celui qui aime et ché­rit ce qui leur agrée le plus, et qui approche le plus de leur natu­rel. Or, est-il que ceux qui cultivent leur esprit et s’adonnent à la contem­pla­tion, aiment et ché­rissent ce qui leur agrée le plus, et qui leur est le plus sem­blable (à savoir l’esprit), et par­tant, il ne faut point dou­ter que les dieux ne l’aiment et ne le ché­rissent, et consé­quem­ment, que qui­conque s’adonne à la contem­pla­tion ne soit très heu­reux. Ain­si, qui­conque s’adonne à la contem­pla­tion jouit du plus grand bien qui soit au monde.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Hiérosme de Bénévent (XVIIe siècle)

«Secun­dum intel­lec­tum autem ope­rans et hunc curans, et dis­po­si­tus optime et dei aman­tis­si­mus vide­tur esse. Si enim quæ­dam cura huma­no­rum a diis fit, que­mad­mo­dum vide­tur, et erit utique bene ratio­na­bile gau­dere ipsos opti­mo et cogna­tis­si­mo (hoc autem utique erit intel­lec­tus), et dili­gentes maxime hoc et hono­rantes bene­fi­care, ut ami­cis ipsis cura­tis, et recte et bene ope­rantes. Quo­niam autem hæc omnia sapien­ti maxime exis­tunt, non imma­ni­fes­tum. Deo aman­tis­si­mus, ergo. Eum­dem autem veri­si­mile et feli­cis­si­mum. Quare et utique sic erit sapiens maxime felix.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de l’évêque Robert Gros­se­teste (XIIIe siècle)

«Et celui qui œuvre selon enten­de­ment et qui met sa cure en enten­de­ment par spé­cu­la­tion, il semble très bien être dis­po­sé, et très ami et très aimé de Dieu. Car si les dieux ont cure et pro­vi­dence des choses humaines, si comme il semble être véri­té, il est vrai­sem­blable qu’ils se délectent et éjouissent en la chose qui est, en homme, très bonne et très pro­chaine et très sem­blable à eux (et c’est enten­de­ment). Et est rai­son­nable qu’ils donnent grâces et béné­fices aux hommes qui aiment et honorent enten­de­ment; et qu’ils aient cure et sol­li­ci­tude de ceux qui font telles bonnes opé­ra­tions, aus­si comme de leur amis. Et pour ce que toutes ces choses des­sus-dites sont même­ment et excel­lem­ment en celui qui a la ver­tu de sapience, donc est chose mani­feste que tel homme est très aimé de Dieu. Et par consé­quent, il est vrai­sem­blable que tel homme soit très bien­heu­reux. Et donc, s’il est ain­si, celui qui a la ver­tu de sapience est même­ment et très gran­de­ment bien­heu­reux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion indi­recte de l’évêque Nicole Oresme***** (XIVe siècle)

Cette tra­duc­tion n’a pas été faite sur l’original.

«At vero qui mente ope­ra­tur, et eam colit, dis­po­ni­tur optime. Is et ami­cis­si­mus diis immor­ta­li­bus esse vide­tur. Nam si dii curam huma­na­rum rerum, ut exis­ti­ma­tur, ali­quam habent, ratio­ni sane consen­ta­neum fue­rit ipsos eo gau­dere quod est opti­mum maxi­meque sibi cogna­tum (hoc autem fue­rit ipsa mens), et in eos qui maxime hoc amant atque hono­rant, bene­fi­cia vicis­sim conferre tan­quam curam iis quæ sibi sunt cha­ra, ac dili­gen­tiam adhi­bentes, et recte beneque agentes. At constat hæc omnia maxime sapien­ti inesse. Ami­cis­si­mus igi­tur sapiens ipse diis immor­ta­li­bus est. Eum­dem autem conve­niens est et feli­cis­si­mum esse. Quare sapiens hoc quoque modo maxime fue­rit felix.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Jean Argy­ro­pou­los (XVe siècle)

«Qui secun­dum men­tem ope­ra­tur et eam colit, et optime dis­po­si­tus est : aman­tis­si­mus diis vide­tur esse. Nam si dii curam ali­quam habent huma­na­rum rerum, ut exis­ti­ma­tur et cre­di­tur, ratio­na­bile est eos gau­dere opti­mo et cogna­tis­si­mo (hujus­mo­di vero est mens), et aman­ti­bus illam maxime hono­ran­ti­busque favere tan­quam rerum sibi cha­ris­si­ma­rum cura­to­ri­bus, et recte et bene agen­ti­bus. Quod autem hæc omnia sapien­ti maxime com­pe­tant : non est obs­cu­rum. Ami­cis­si­mus ergo deo­rum. Eum­demque feli­cis­si­mum esse : decens est. Itaque et hoc modo sapiens est utique maxime felix.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Leo­nar­do Bru­ni, dit Léo­nard Aré­tin (XVe siècle)

«Por­ro ut quisque men­tem vitæ actio­nisque ducem maxime sequi­tur, eamque colit, estque optime ani­mo consti­tu­tus, ita est Deo cha­ris­si­mus. Ete­nim si dii res curant huma­nas, sicu­ti curare viden­tur : pro­fec­to illud quoque consen­ta­neum est, eos re delec­ta­ri opti­ma, et quæ gene­ris socie­tate cum ipsis sit conjunc­tis­si­ma (cujus gene­ris est mens) : iisque adeo homi­ni­bus, qui eam ipsam rem ament et colant, bene­fi­cia red­dere, gra­tiamque referre, quod eas res curent, quas ipsi cha­ras habent, rec­teque ac præ­clare fac­ta sequan­tur. Nec vero dubium est, quin hæc ipsa insint omnia sapien­ti. Ergo Deo cha­ris­si­mus est. Hunc vero etiam bea­tis­si­mum esse par est. Quare sapiens hoc etiam nomine, maxime est bea­tus futu­rus.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Nico­las de Grou­chy (XVIe siècle)

«At qui ex intel­lec­tu ope­ra­tur, huncque exco­lit, atque optime affi­cit : is esse Deo caris­si­mus vide­tur. Nam si ali­quam huma­na­rum rerum curam dii habent, sicut vide­tur : consen­ta­neum est ipsos re illa quæ opti­ma est, atque ipsis maxime cogna­ta, delec­ta­ri (qui est intel­lec­tus) : eosque qui eam maxime amant, et hono­rant, remu­ne­ra­ri. Utpote qui eorum quæ ipsis sunt ami­ca, curam habeant, rec­teque et honeste agant. Hæc autem omnia sapien­ti maxime inesse, obs­cu­rum non est : is igi­tur est Deo caris­si­mus : eum­demque esse etiam feli­cis­si­mum veri­si­mile est. Quare ita quoque effi­ci­tur, ut sapiens maxime felix fit.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Gio­van­ni Ber­nar­do Feli­cia­no (XVIe siècle)

«Qui vero mune­ri­bus fun­gi­tur men­ti consen­ta­neis, et hanc colit, estque optime ani­mo affec­tus, eum pro­ba­bile est Deo caris­si­mum esse. Nam si dii immor­tales curam habent ali­quam rerum huma­na­rum, que­mad­mo­dum veri­si­mile est : illud quoque pro­ba­bile fue­rit, eos re omnium opti­ma, sibique maxime cogna­ta, delec­ta­ri (hæc autem mens fue­rit) iisque, qui hanc maxime dili­gunt et plu­ri­mi faciunt, præ­mia per­sol­vere, gra­tiamque referre, ut eorum, quæ ipsis cara sunt, curam haben­ti­bus, rec­tasque atque hones­tas actiones obeun­ti­bus atque exer­cen­ti­bus. Hæc autem omnia in sapiente inesse maxime, non est obs­cu­rum. Est igi­tur Deo caris­si­mus. Eum­dem autem etiam bea­tis­si­mum esse veri­si­mile est. Itaque sapiens etiam hoc modo bea­tis­si­mus erit.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Denis Lam­bin (XVIe siècle)

«Qui vero in fun­gen­dis vitæ mune­ri­bus gerit se consen­ta­nee men­ti, et hanc colit et reve­re­tur; et rec­tis­sime affec­tus vide­tur esse, et eum pro­ba­bile est deo esse ami­cis­si­mum. Ete­nim si dii ali­quam curam habent rerum huma­na­rum, ut eos habere certe veri­si­mile est, illud etiam pro­ba­bile erit : delec­ta­ri eos parte homi­nis longe opti­ma sibique cogna­tis­si­ma (hæc utique mens fue­rit), et hanc maxime dili­gen­ti­bus et hono­ran­ti­bus, vicis­simque et bene­fa­cere his tan­quam culto­ri­bus earum rerum, quæ ipsis caræ sunt, et alio­qui etiam recte et honeste vitam agen­ti­bus. Quod autem hæc omnia maxime in sapiente insunt, non est obs­cu­rum. Igi­tur hic deo caris­si­mus est : qua­lem veri­si­mile est etiam bea­tis­si­mum esse. Quare vel hac quoque ratione erit omnium bea­tis­si­mus.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Mat­thias Berg (XVIe siècle)

«Ut autem quisque men­tem vitæ actio­nisque ducem maxime sequi­tur et colit, estque optime ani­mo consti­tu­tus, ita est deo cha­ris­si­mus. Ete­nim si dii res curant huma­nas, sicu­ti curant, pro­fec­to illud qui­dem est consen­ta­neum, ut re delec­ten­tur et opti­ma, et quæ gene­ris socie­tate cum ipsis sit conjunc­tis­si­ma (qua­lis mens vide­tur esse) : iisque homi­ni­bus qui eam rem maxime ament et colant, bene­fi­cia red­dant, quod res eas curent illi quas habent cha­ras, rec­teque ac præ­clare fac­ta sequan­tur. Nec vero dubium est, quin hæc ipsa insint omnia sapien­ti. Ergo deo cha­ris­si­mus est, idemque bea­tis­si­mus debet esse. Ita sapiens maxime est bea­tus futu­rus.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Joa­chim Périon (XVIe siècle)

«At qui mente agit, et eam colit, et dis­po­si­tus optime est, Deo cha­ris­si­mus vide­tur esse. Si enim ali­qua cura rerum huma­na­rum a diis sus­ci­pi­tur, que­mad­mo­dum vide­tur, consen­ta­neum etiam erit, gau­dere ipsos eo quod opti­mum sit, et eo quod ipsis maxime cogna­tum sit (qua­lis est mens); atque eos qui maxime eam amant, et hono­rant remu­ne­ra­ri, ut qui curam gerant eorum quæ ipsis ami­ca sint, et recte atque honeste agant. Hæc autem omnia sapien­ti maxime inesse, non obs­cu­rum est. Deo igi­tur cha­ris­si­mus est. Eum­dem vero veri­si­mile est etiam feli­cis­si­mum esse. Quare sic erit sapiens maxime felix.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine d’Antonio Ric­co­bo­ni (XVIe siècle)

«At qui men­ti congruen­ter agit, hancque exco­lit, et optime affec­tus, et Deo cha­ris­si­mus esse vide­tur. Nam si ali­quam huma­na­rum rerum curam dii habent, sicut vide­tur, consen­ta­neum fue­rit ipsos gau­dere re opti­ma, atque maxime cogna­ta (id vero mens fue­rit) : eosque qui id maxime amant et hono­rant remu­ne­ra­ri, utpote qui sibi ami­co­rum curam habeant, rec­teque et honeste agant. Hæc autem omnia sapien­ti maxime inesse, obs­cu­rum non est. Is igi­tur est Deo cha­ris­si­mus : eum­demque etiam veri­si­mile est esse bea­tis­si­mum : quam ob rem hoc quoque modo fue­rit sapiens maxime bea­tus.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine d’Adrien Tur­nèbe (XVIe siècle)

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* En grec «Ἠθικὰ Νικομάχεια». Haut

** Jules Bar­thé­lé­my Saint-Hilaire. Haut

*** Julie Favre. Haut

**** «Éthique à Nico­maque», liv. V, ch. 1 (1129b 25). Aris­tote cite sans doute ici quelque pièce de théâtre aujourd’hui per­due. Haut

***** Cette tra­duc­tion a été faite sur la pré­cé­dente. Haut