Aristote, « Éthique de Nicomaque »

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

Il s’agit de l’« Éthique à Nicomaque » (« Êthika Nikomacheia »*) d’Aristote. Il se trouve, dans le corpus aristotélicien, tel qu’il nous est parvenu, trois traités d’éthique ou de morale, intitulés l’« Éthique à Nicomaque », l’« Éthique à Eudème » et la « Grande Morale ». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des développements analogues, dans le même ordre ; ce sont trois rédactions d’une seule pensée. Qu’est-ce donc que ces trois rédactions ? Quels rapports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des leçons recueillies par des disciples ? Est-ce Aristote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour exposer son système ? Ce sont là des questions délicates et très difficiles à résoudre. Les conjectures qu’ont suscitées les titres mêmes de ces traités, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur statut. L’« Éthique à Eudème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eudème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote aurait dédié à un de ses disciples, nommé Eudème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce disciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Nicomaque », le plus soigné des trois traités, le plus connu et le seul que saint Thomas d’Aquin ait commenté, l’incertitude est presque identique, à ceci près que Nicomaque serait, d’après Cicéron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Morale », qui ne mérite ce nom ni par sa longueur ni par l’étendue de ses idées, elle semblerait, d’après Porphyre et David l’Arménien, avoir été appelée autrefois la « Petite Morale à Nicomaque » ; ce nom lui convient mieux. Mais laissons de côté ces questions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, surpris par la mort, n’y aurait pas mis la dernière main, soit par la faute de copistes peu avisés qui auraient tout bouleversé. « C’est fort regrettable », dit un traducteur**, « mais si l’on devait condamner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irrégulier, il faut reconnaître qu’il ne nous en resterait plus un seul, depuis la “Métaphysique” jusqu’à la “Poétique”. »

Aristote ne prend pour lieu de départ de ses considérations ni l’éthique ni la morale au sens où nous les entendons, mais l’idée du bonheur

Il est assez frappant de constater qu’Aristote ne prend pour lieu de départ de ses considérations ni l’éthique ni la morale au sens où nous les entendons, mais l’idée du bonheur qui se confond chez lui avec celle de la vertu, au point que parfois il prend l’une pour l’autre. Être ce qu’il doit être : voilà selon lui le bonheur, en même temps que le devoir de l’homme. Mais que doit-être l’homme ? Pour le flûtiste, pour le cordonnier, pour tous les artisans qui pratiquent une tâche et exercent une fonction, la perfection réside dans cette fonction même. De toute évidence, il en est de même pour l’homme, s’il existe quelque activité qui lui soit propre. Quelle pourrait-elle être ? Vivre constitue, manifestement, une activité que l’homme a en commun même avec les plantes ; or, on cherche ce qui lui est propre. Il faut donc écarter la vie nutritive ou végétative. Vient ensuite la vie sensitive ou sensuelle, mais celle-ci appartient aussi au cheval, au bœuf et à tous les animaux. Reste donc la vie propre à l’être doué de raison. Mais de même que le flûtiste accompli, qui joue bien, est supérieur au flûtiste tout court ; de même, si nous supposons que le propre de l’homme est un certain genre de vie, que ce genre de vie est l’activité de l’âme accompagnée d’actions raisonnables, alors l’homme accompli, chez qui tout se fait selon le Bien et le Beau, est supérieur à l’homme tout court. Aristote rejoint ainsi Platon. « Le fond de leur doctrine est le même », dit une institutrice***. « Les conclusions identiques auxquelles arrivent ces esprits si différents, par des voies différentes aussi, démontrent avec évidence l’unité de la loi morale dont ils sont les fidèles et lumineux interprètes. Peut-être Aristote n’a-t-il pas la force et la chaleur de conviction… La vérité morale semble être pour ce génie universel qui a tout observé, une matière à spéculation désintéressée… Cependant, quelques traits nous indiquent parfois une pure flamme qui se fait jour. Ainsi, après nous avoir montré dans la justice la vertu la plus parfaite, il s’écrie : “plus admirable même que l’étoile du soir et que celle du matin”****… [Son] puissant génie qui, durant des siècles, a régné en maître absolu sur le monde savant, ne s’offenserait pas du maladroit hommage des ignorants qui viennent s’éclairer à sa lumière. »

Il n’existe pas moins de dix traductions françaises de l’« Éthique à Nicomaque », mais s’il fallait n’en choisir qu’une seule, je choisirais celle de M. Jean Voilquin.

« Ὁ δὲ κατὰ νοῦν ἐνεργῶν καὶ τοῦτον θεραπεύων καὶ διακείμενος ἄριστα καὶ θεοφιλέστατος ἔοικεν. Εἰ γάρ τις ἐπιμέλεια τῶν ἀνθρωπίνων ὑπὸ θεῶν γίνεται, ὥσπερ δοκεῖ, καὶ εἴη ἂν εὔλογον χαίρειν τε αὐτοὺς τῷ ἀρίστῳ καὶ τῷ συγγενεστάτῳ (τοῦτο δ’ ἂν εἴη ὁ νοῦς) καὶ τοὺς ἀγαπῶντας μάλιστα τοῦτο καὶ τιμῶντας ἀντευποιεῖν ὡς τῶν φίλων αὐτοῖς ἐπιμελουμένους καὶ ὀρθῶς τε καὶ καλῶς πράττοντας. Ὅτι δὲ πάντα ταῦτα τῷ σοφῷ μάλισθ’ ὑπάρχει, οὐκ ἄδηλον. Θεοφιλέστατος ἄρα. Τὸν αὐτὸν δ’ εἰκὸς καὶ εὐδαιμονέστατον· ὥστε κἂν οὕτως εἴη ὁ σοφὸς μάλιστ’ εὐδαίμων. »
— Passage dans la langue originale

« L’homme qui déploie son activité selon l’esprit et qui cultive cette faculté, semble doué des meilleures dispositions et particulièrement aimé des Dieux. Si ceux-ci se préoccupent en quelque mesure des affaires des hommes, comme il semble, il est vraisemblable qu’ils se complaisent à ce qu’il y a dans l’homme de meilleur et ce qui présente avec eux le plus d’affinité (or, ce ne peut être que l’esprit). Vraisemblablement aussi, les Dieux récompensent les hommes qui chérissent et honorent particulièrement cette faculté, attendu qu’ils voient en eux des gens préoccupés de l’objet de leur propre amour et d’une conduite non seulement convenable, mais tout à leur honneur. Toutes les conditions requises se trouvent au plus haut point réunies dans la personne du sage. Il est donc particulièrement chéri des Dieux ; d’où il suit qu’il est aussi suprêmement heureux. Cela étant, c’est le sage qui doit être l’homme le plus heureux. »
— Passage dans la traduction de M. Voilquin

« Quant à l’homme dont les actions sont dirigées par l’intelligence, et qui cultive soigneusement sa raison, on peut le considérer comme ayant reçu de la nature les dispositions les plus précieuses, et comme le plus digne de la faveur des Dieux. Car, s’il est vrai qu’ils prennent quelque soin des affaires humaines, comme il le semble, il y a lieu de croire qu’ils prennent plaisir à voir ce qu’il y a au monde de plus excellent et de plus analogue à leur nature (or, ce ne peut être que l’esprit ou l’entendement), et qu’ils récompensent par leurs bienfaits ceux qui savent en connaître le prix et s’y attacher avec le plus de zèle, comme des hommes qui honorent et cultivent ce qu’ils aiment eux-mêmes. Or, il est évident que c’est le sage surtout qui réunit toutes ces conditions ; il est donc celui que les Dieux chérissent plus que tous les autres hommes, et par conséquent, il doit jouir de la plus grande félicité ; de sorte que, dans un tel état de choses, le sage surtout doit être heureux. »
— Passage dans la traduction de Jean-François Thurot (XIXe siècle)

« L’homme qui vit et agit par son intelligence, et qui la cultive avec soin, me paraît à la fois et le mieux organisé des hommes et le plus cher aux Dieux ; car si les Dieux ont quelque souci des affaires humaines, comme je le crois, il est tout simple qu’ils se plaisent à voir surtout dans l’homme ce qu’il y a de meilleur et ce qui se rapproche le plus de leur propre nature (c’est-à-dire l’intelligence et l’entendement). Il est tout simple qu’en retour ils comblent de leurs bienfaits ceux qui chérissent et honorent avec le plus de zèle ce divin principe, comme des gens qui soignent ce que les Dieux aiment, et qui se conduisent avec droiture et noblesse. Que cette part soit surtout celle du sage, c’est ce qu’on ne saurait nier ; le sage est particulièrement cher aux Dieux. Par suite encore, c’est lui qui me paraît le plus heureux des hommes ; et j’en conclus que le sage est le seul qui soit, en ce sens, aussi parfaitement heureux qu’on peut l’être. »
— Passage dans la traduction de Jules Barthélémy Saint-Hilaire (XIXe siècle)

« L’homme dont toute l’activité consiste à exercer son intellect et à le cultiver n’est-il pas à la fois l’homme le plus accompli et le plus aimé des dieux ? Si, en effet, les dieux prennent quelque soin des affaires humaines, comme on le croit communément, ne prendront-ils pas plaisir, ce sera aussi normal de le penser, à ce qu’il y a dans l’homme de meilleur et de plus apparenté à eux (et que serait-ce, sinon l’intellect) ? Du même coup, s’il se trouve des hommes pour apprécier et pour honorer par-dessus tout l’intellect, ils les combleront en retour de bienfaits, considérant que ces hommes prennent soin de ce qu’ils aiment et ne font rien que de droit et de beau. Mais tout cela, c’est le philosophe qui le réalise au suprême degré. Il sera donc le plus aimé des dieux. Mais le plus aimé des dieux, ce sera aussi, selon toute vraisemblance, le plus heureux. Par cette voie on aboutit donc à la même conclusion : le philosophe sera de tous les hommes le plus heureux. »
— Passage dans la traduction de MM. René-Antoine Gauthier et Jean-Yves Jolif (éd. Publications universitaires-B. Nauwelaerts, coll. Traductions et Études, Louvain-Paris)

« L’homme qui exerce son intellect et le cultive, semble être à la fois dans la plus parfaite disposition et le plus cher aux dieux. Si, en effet, les dieux prennent quelque souci des affaires humaines, ainsi qu’on l’admet d’ordinaire, il sera également raisonnable de penser, d’une part, qu’ils mettent leur complaisance dans la partie de l’homme qui est la plus parfaite et qui présente le plus d’affinité avec eux (ce ne saurait être que l’intellect), et d’autre part, qu’ils récompensent généreusement les hommes qui chérissent et honorent le mieux cette partie, voyant que ces hommes ont le souci des choses qui leur sont chères à eux-mêmes, et se conduisent avec droiture et noblesse. Or, que tous ces caractères soient au plus haut degré l’apanage du sage, cela n’est pas douteux. Il est donc l’homme le plus chéri des dieux. Et ce même homme est vraisemblablement aussi le plus heureux de tous. Par conséquent, de cette façon encore, le sage sera heureux au plus haut point. »
— Passage dans la traduction de l’abbé Jules Tricot (éd. électronique)

« Celui qui exerce son intellect et en prend soin, semble bien être celui qui est dans la meilleure disposition et le plus cher aux dieux. Si, en effet, les dieux prennent le moindre soin des affaires humaines, comme on le pense d’ordinaire, il serait rationnel qu’ils se plaisent aussi, chez les hommes, à ce qui est le meilleur et qui a le plus de parenté avec eux-mêmes (ce qui ne peut être que l’intellect), et qu’ils récompensent ceux qui chérissent et honorent au plus haut point cet élément divin en eux, parce que de tels hommes prennent grand soin des choses qui leur sont chères à eux-mêmes, en même temps qu’ils agissent droitement et noblement. Mais que tout cela soit avant tout l’apanage du sage, ce n’est pas difficile à voir. Celui-ci sera donc le plus aimé des dieux. Et il semble bien qu’il sera aussi le plus heureux. De sorte que, de cette manière aussi, on montre que le sage est heureux au plus haut point. »
— Passage dans la traduction de M. Pierre Pellegrin (éd. Nathan, coll. Les Intégrales de philo, Paris)

« Celui qui exerce son activité sur le plan de l’intellect et qui cultive ce dernier, semble avoir la meilleure disposition et être le favori des dieux. En effet, si les dieux éprouvent quelque sollicitude pour les affaires humaines, comme c’est l’opinion courante, il serait logique qu’ils aiment ce qui est le meilleur et le plus proche d’eux (c’est-à-dire l’intellect), et qu’ils donnent en échange des récompenses à ceux qui chérissent et honorent cet élément par-dessus tout, en tant qu’ils prennent soin de ce qui leur est cher et qu’ils agissent avec rectitude et beauté. Que ce soit en tous points la situation du sage, cela saute aux yeux : il est donc le favori des dieux, et il est naturel qu’il soit aussi le plus heureux. Par conséquent, même ainsi, le sage est l’homme heureux par excellence. »
— Passage dans la traduction de M. Jean Defradas (éd. Presses Pocket, coll. Agora-Les Classiques, Paris)

« Toutefois, celui qui a une activité intellectuelle et cultive son intelligence, tout en étant parfaitement disposé, semble bien être aussi le plus cher aux dieux. En effet, si l’on se préoccupe un peu des affaires humaines du côté des dieux, comme le veut l’opinion, on peut aussi raisonnablement penser que ces derniers mettent leur joie dans ce qu’il y a de meilleur et leur est le plus apparenté (c’est-à-dire l’intelligence), et qu’en retour, ils comblent de bienfaits ceux qui s’attachent surtout à l’intelligence et l’honorent plus que tout ; car ceux-ci, au regard des dieux, se préoccupent de ce qui leur est cher à eux et agissent ainsi de façon correcte et belle. Or, cette attitude, en tous points, est celle du sage avant tout, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Donc, c’est lui le plus cher aux dieux. Or, le plus cher au dieu, selon toute vraisemblance, est aussi le plus heureux. Par conséquent, même à considérer les choses ainsi, on voit que le sage, plus que tout autre, doit être l’homme heureux. »
— Passage dans la traduction de M. Richard Bodéüs (éd. Flammarion, coll. GF, Paris)

« Celui qui agit selon l’esprit, et qui se fait le serviteur de l’esprit, semble être aussi le mieux doué de tous les hommes et le plus aimé par les dieux. Car si les dieux, comme on le croit, ont quelque souci des choses humaines, il est naturel de penser qu’ils aiment ce qu’il y a de meilleur et de plus semblable à leur nature (et ce ne peut être que l’esprit), et qu’ils récompensent tous ceux qui, honorant ce qu’ils aiment eux-mêmes, ont une conduite droite et belle. Que tout cela soit le lot du sage, on ne peut en douter. C’est donc bien lui qui est aimé des dieux ; et il doit en résulter pour lui le plus grand bonheur : ainsi donc, c’est surtout le sage qui est heureux. »
— Passage dans la traduction de Ludger-Jean-Baptiste Rossigneux (XIXe siècle)

« Or, il ne faut point douter que quiconque cultive son esprit, et s’adonne à la contemplation, et s’y porte comme il doit, ne soit aimé et chéri des Dieux. Car s’il est ainsi que les Dieux aient soin des choses de ce monde, comme il semble qu’ils ont, il n’y a point de doute qu’ils n’aiment et ne chérissent celui qui aime et chérit ce qui leur agrée le plus, et qui approche le plus de leur naturel. Or, est-il que ceux qui cultivent leur esprit et s’adonnent à la contemplation, aiment et chérissent ce qui leur agrée le plus, et qui leur est le plus semblable (à savoir l’esprit), et partant, il ne faut point douter que les Dieux ne l’aiment et ne le chérissent, et conséquemment, que quiconque s’adonne à la contemplation ne soit très heureux. Ainsi, quiconque s’adonne à la contemplation jouit du plus grand bien qui soit au monde. »
— Passage dans la traduction d’Hiérosme de Bénévent (XVIIe siècle)

« Secundum intellectum autem operans et hunc curans, et dispositus optime et dei amantissimus videtur esse. Si enim quædam cura humanorum a diis fit, quemadmodum videtur, et erit utique bene rationabile gaudere ipsos optimo et cognatissimo (hoc autem utique erit intellectus), et diligentes maxime hoc et honorantes beneficare, ut amicis ipsis curatis, et recte et bene operantes. Quoniam autem hæc omnia sapienti maxime existunt, non immanifestum. Deo amantissimus, ergo. Eumdem autem verisimile et felicissimum. Quare et utique sic erit sapiens maxime felix. »
— Passage dans la traduction latine de l’évêque Robert Grosseteste (XIIIe siècle)

« Et celui qui œuvre selon entendement et qui met sa cure en entendement par spéculation, il semble très bien être disposé, et très ami et très aimé de Dieu. Car si les Dieux ont cure et providence des choses humaines, si comme il semble être vérité, il est vraisemblable qu’ils se délectent et éjouissent en la chose qui est, en homme, très bonne et très prochaine et très semblable à eux (et c’est entendement). Et est raisonnable qu’ils donnent grâces et bénéfices aux hommes qui aiment et honorent entendement ; et qu’ils aient cure et sollicitude de ceux qui font telles bonnes opérations, aussi comme de leur amis. Et pour ce que toutes ces choses dessus-dites sont mêmement et excellemment en celui qui a la vertu de sapience, donc est chose manifeste que tel homme est très aimé de Dieu. Et par conséquent, il est vraisemblable que tel homme soit très bienheureux. Et donc, s’il est ainsi, celui qui a la vertu de sapience est mêmement et très grandement bienheureux. »
— Passage dans la traduction indirecte de l’évêque Nicole Oresme***** (XIVe siècle)

Cette traduction n’a pas été faite sur l’original.

« At vero qui mente operatur, et eam colit, disponitur optime. Is et amicissimus diis immortalibus esse videtur. Nam si dii curam humanarum rerum, ut existimatur, aliquam habent, rationi sane consentaneum fuerit ipsos eo gaudere quod est optimum maximeque sibi cognatum (hoc autem fuerit ipsa mens), et in eos qui maxime hoc amant atque honorant, beneficia vicissim conferre tanquam curam iis quæ sibi sunt chara, ac diligentiam adhibentes, et recte beneque agentes. At constat hæc omnia maxime sapienti inesse. Amicissimus igitur sapiens ipse diis immortalibus est. Eumdem autem conveniens est et felicissimum esse. Quare sapiens hoc quoque modo maxime fuerit felix. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Argyropoulos (XVe siècle)

« Qui secundum mentem operatur et eam colit, et optime dispositus est : amantissimus diis videtur esse. Nam si dii curam aliquam habent humanarum rerum, ut existimatur et creditur, rationabile est eos gaudere optimo et cognatissimo (hujusmodi vero est mens), et amantibus illam maxime honorantibusque favere tanquam rerum sibi charissimarum curatoribus, et recte et bene agentibus. Quod autem hæc omnia sapienti maxime competant : non est obscurum. Amicissimus ergo deorum. Eumdemque felicissimum esse : decens est. Itaque et hoc modo sapiens est utique maxime felix. »
— Passage dans la traduction latine de Leonardo Bruni, dit Léonard Arétin (XVe siècle)

« Porro ut quisque mentem vitæ actionisque ducem maxime sequitur, eamque colit, estque optime animo constitutus, ita est deo charissimus. Etenim si dii res curant humanas, sicuti curare videntur : profecto illud quoque consentaneum est, eos re delectari optima, et quæ generis societate cum ipsis sit conjunctissima (cujus generis est mens) : iisque adeo hominibus, qui eam ipsam rem ament et colant, beneficia reddere, gratiamque referre, quod eas res curent, quas ipsi charas habent, recteque ac præclare facta sequantur. Nec vero dubium est, quin hæc ipsa insint omnia sapienti. Ergo Deo charissimus est. Hunc vero etiam beatissimum esse par est. Quare sapiens hoc etiam nomine, maxime est beatus futurus. »
— Passage dans la traduction latine de Nicolas de Grouchy (XVIe siècle)

« At qui ex intellectu operatur, huncque excolit, atque optime afficit : is esse Deo carissimus videtur. Nam si aliquam humanarum rerum curam dii habent, sicut videtur : consentaneum est ipsos re illa quæ optima est, atque ipsis maxime cognata, delectari (qui est intellectus) : eosque qui eam maxime amant, et honorant, remunerari. Utpote qui eorum quæ ipsis sunt amica, curam habeant, recteque et honeste agant. Hæc autem omnia sapienti maxime inesse, obscurum non est : is igitur est Deo carissimus : eumdemque esse etiam felicissimum verisimile est. Quare ita quoque efficitur, ut sapiens maxime felix fit. »
— Passage dans la traduction latine de Giovanni Bernardo Feliciano (XVIe siècle)

« Qui vero muneribus fungitur menti consentaneis, et hanc colit, estque optime animo affectus, eum probabile est Deo carissimum esse. Nam si dii immortales curam habent aliquam rerum humanarum, quemadmodum verisimile est : illud quoque probabile fuerit, eos re omnium optima, sibique maxime cognata, delectari (hæc autem mens fuerit) iisque, qui hanc maxime diligunt et plurimi faciunt, præmia persolvere, gratiamque referre, ut eorum, quæ ipsis cara sunt, curam habentibus, rectasque atque honestas actiones obeuntibus atque exercentibus. Hæc autem omnia in sapiente inesse maxime, non est obscurum. Est igitur Deo carissimus. Eumdem autem etiam beatissimum esse verisimile est. Itaque sapiens etiam hoc modo beatissimus erit. »
— Passage dans la traduction latine de Denis Lambin (XVIe siècle)

« Qui vero in fungendis vitæ muneribus gerit se consentanee menti, et hanc colit et reveretur ; et rectissime affectus videtur esse, et eum probabile est deo esse amicissimum. Etenim si dii aliquam curam habent rerum humanarum, ut eos habere certe verisimile est, illud etiam probabile erit : delectari eos parte hominis longe optima sibique cognatissima (hæc utique mens fuerit), et hanc maxime diligentibus et honorantibus, vicissimque et benefacere his tanquam cultoribus earum rerum, quæ ipsis caræ sunt, et alioqui etiam recte et honeste vitam agentibus. Quod autem hæc omnia maxime in sapiente insunt, non est obscurum. Igitur hic deo carissimus est : qualem verisimile est etiam beatissimum esse. Quare vel hac quoque ratione erit omnium beatissimus. »
— Passage dans la traduction latine de Matthias Berg (XVIe siècle)

« Ut autem quisque mentem vitæ actionisque ducem maxime sequitur et colit, estque optime animo constitutus, ita est deo charissimus. Etenim si dii res curant humanas, sicuti curant, profecto illud quidem est consentaneum, ut re delectentur et optima, et quæ generis societate cum ipsis sit conjunctissima (qualis mens videtur esse) : iisque hominibus qui eam rem maxime ament et colant, beneficia reddant, quod res eas curent illi quas habent charas, recteque ac præclare facta sequantur. Nec vero dubium est, quin hæc ipsa insint omnia sapienti. Ergo deo charissimus est, idemque beatissimus debet esse. Ita sapiens maxime est beatus futurus. »
— Passage dans la traduction latine de Joachim Périon (XVIe siècle)

« At qui mente agit, et eam colit, et dispositus optime est, Deo charissimus videtur esse. Si enim aliqua cura rerum humanarum a diis suscipitur, quemadmodum videtur, consentaneum etiam erit, gaudere ipsos eo quod optimum sit, et eo quod ipsis maxime cognatum sit (qualis est mens) ; atque eos qui maxime eam amant, et honorant remunerari, ut qui curam gerant eorum quæ ipsis amica sint, et recte atque honeste agant. Hæc autem omnia sapienti maxime inesse, non obscurum est. Deo igitur charissimus est. Eumdem vero verisimile est etiam felicissimum esse. Quare sic erit sapiens maxime felix. »
— Passage dans la traduction latine d’Antonio Riccoboni (XVIe siècle)

« At qui menti congruenter agit, hancque excolit, et optime affectus, et Deo charissimus esse videtur. Nam si aliquam humanarum rerum curam dii habent, sicut videtur, consentaneum fuerit ipsos gaudere re optima, atque maxime cognata (id vero mens fuerit) : eosque qui id maxime amant et honorant remunerari, utpote qui sibi amicorum curam habeant, recteque et honeste agant. Hæc autem omnia sapienti maxime inesse, obscurum non est. Is igitur est Deo charissimus : eumdemque etiam verisimile est esse beatissimum : quam ob rem hoc quoque modo fuerit sapiens maxime beatus. »
— Passage dans la traduction latine d’Adrien Turnèbe (XVIe siècle)

Téléchargez ces œuvres imprimées au format PDF

Voyez la liste complète des téléchargements

Téléchargez ces enregistrements sonores au format M4A

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

* En grec « Ἠθικὰ Νικομάχεια ». Haut

** Jules Barthélémy Saint-Hilaire. Haut

*** Julie Favre. Haut

**** « Éthique à Nicomaque », liv. V, ch. 1 (1129b 25). Aristote cite sans doute ici quelque pièce de théâtre aujourd’hui perdue. Haut

***** Cette traduction a été faite sur la précédente. Haut