Mot-clefmorale grecque

su­jet

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Dis­cours sur la per­mu­ta­tion » (« Peri tês an­ti­do­seôs »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Περὶ τῆς ἀντιδόσεως ». Cette œuvre n’est connue en en­tier que de­puis l’édition don­née, en 1812, par An­dré Mous­toxy­dis. Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Éloge d’Hélène » (« He­le­nês En­kô­mion »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Ἑλένης Ἐγκώμιον ». Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« À Dé­mo­ni­cus » (« Pros Dê­mo­ni­kon »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Πρὸς Δημόνικον ». Éga­le­ment connu sous le titre de « Pros Dê­mo­ni­kon Pa­rai­ne­sis » (« Πρὸς Δημόνικον Παραίνεσις »), c’est-à-dire « Conseils à Dé­mo­ni­cus ». Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut

Aristote, « Grande Morale »

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », nº 23, p. 3-90

dans « Re­vue de l’Institut ca­tho­lique de Pa­ris », no 23, p. 3-90

Il s’agit de la « Grande Mo­rale » (« Êthika me­gala »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ μεγάλα ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Aristote, « Éthique à Eudème »

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Mont­réal, coll. Bi­blio­thèque des textes phi­lo­so­phiques, Pa­ris-Mont­réal

Il s’agit de l’« Éthique à Eu­dème » (« Êthika Eu­dê­mia »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ Εὐδήμια ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Aristote, « Éthique de Nicomaque »

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Pa­ris

Il s’agit de l’« Éthique à Ni­co­maque » (« Êthika Ni­ko­ma­cheia »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ Νικομάχεια ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut

Hérodote, « L’Enquête. Tome II »

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Fo­lio-Clas­sique, Pa­ris

Il s’agit de l’« En­quête » (« His­to­riê »1) d’Hérodote d’Halicarnasse2, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ou­vrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Mi­let, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus an­cienne qui res­tait au temps de Ci­cé­ron, le­quel a re­connu Hé­ro­dote pour le « père de l’histoire »3, tout comme il l’a nommé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le « prince »4 des his­to­riens.

Le su­jet di­rect d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, « les grands ex­ploits ac­com­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises » ; mais des cha­pitres en­tiers sont consa­crés aux di­verses na­tions qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Ly­diens, les Mèdes, les Ba­by­lo­niens sou­mis par Cy­rus ; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse ; puis les Scythes at­ta­qués par Da­rius ; puis les In­diens. Leurs his­toires ac­ces­soires, leurs ré­cits la­té­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ainsi, l’« En­quête » s’élargit, de pa­ren­thèse en pa­ren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les an­nales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des le­çons in­di­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces le­çons ; c’est dans la pro­gres­sion ha­bile des épi­sodes ; c’est dans la mo­ra­lité qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par « mo­ra­lité », ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la mo­rale, mais ce qui est ca­pable de consa­crer la mé­moire des morts et d’exciter l’émulation des vi­vants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Ho­mère

  1. En grec « Ἱστορίη ». On ren­contre aussi la gra­phie « Ἱστορία » (« His­to­ria »). L’« his­toire », au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sé­rieuse et ap­pro­fon­die ; c’est la re­cherche in­tel­li­gente de la vé­rité. Haut
  2. En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut
  1. « Traité des lois » (« De le­gi­bus »), liv. I, sect. 5. Haut
  2. « Dia­logues de l’orateur » (« De ora­tore »), liv. II, sect. 55. Haut

Diogène Laërce, « Vies et Doctrines des philosophes illustres »

éd. Librairie générale française, coll. La Pochothèque-Classiques modernes, Paris

éd. Li­brai­rie gé­né­rale fran­çaise, coll. La Po­cho­thèque-Clas­siques mo­dernes, Pa­ris

Il s’agit d’un ex­posé de Dio­gène Laërce1 (IIIe siècle apr. J.-C.) sur les « Vies, doc­trines et apoph­tegmes »2 de quatre-vingt-quatre phi­lo­sophes grecs. À vrai dire, Dio­gène Laërce n’a qu’une connais­sance in­di­recte de la phi­lo­so­phie, qu’il trouve dans des an­tho­lo­gies tar­dives et qu’il ra­masse sans exa­men et avec cette in­dif­fé­rence pour la vé­rité qui est un des ca­rac­tères de la mé­dio­crité d’esprit. Il ne se pose comme but qu’une his­toire po­pu­laire des phi­lo­sophes, où leurs saillies, leurs ac­tions in­gé­nieuses, leurs pointes d’esprit, leur mort ac­ci­den­telle en man­geant un poulpe cru (Dio­gène de Si­nope) ou en tré­bu­chant de nuit sur une cu­vette (Xé­no­crate) l’emportent presque sur leurs doc­trines. Non seule­ment les grandes étapes de la pen­sée grecque lui échappent, mais il ignore les in­fluences su­bies d’une école à l’autre. « On le sent », dit un tra­duc­teur3, « très sou­vent perdu, ne com­pre­nant les idées qu’à demi, émer­veillé par ce qu’il com­prend, l’expliquant alors pas à pas, avec des re­dites, sans faire grâce au lec­teur du moindre dé­tail ». Et ce­pen­dant, l’utilité d’un ou­vrage ne se me­sure pas tou­jours à sa ré­gu­la­rité et sa gran­deur. Cette com­pi­la­tion in­forme ren­ferme des ma­té­riaux d’un prix in­es­ti­mable qu’on cher­che­rait vai­ne­ment ailleurs ; elle re­trace la pré­sence concrète et vi­vante des phi­lo­sophes « à la Cour des princes, au mar­ché, à une table d’auberge, aux bains, à la pa­lestre, à l’école… là où les idées et la vie se re­joignent dans une forme de sa­gesse au quo­ti­dien », comme ex­plique Mme Ma­rie-Odile Gou­let-Cazé4. Avec quelle net­teté Dio­gène Laërce des­sine par exemple la fi­gure d’Aris­tote ! Quel por­trait pit­to­resque et fa­mi­lier il en donne par une heu­reuse ac­cu­mu­la­tion de maximes ! Je ne sais la­quelle est la plus riche de sens et la plus mé­mo­rable, du « Rien ne vieillit plus vite que la gra­ti­tude »5 ou de cette ré­ponse du phi­lo­sophe à quelqu’un qui lui re­pro­chait d’avoir fait l’aumône à un fai­néant : « Ce n’est pas à l’homme que j’ai donné, mais à son hu­ma­nité »

  1. En grec Διογένης Λαέρτιος. Par­fois trans­crit Dio­gène Laërte, Dio­gène Laer­tien, Dio­genes Laër­tius ou Dio­gènes de Laërtes. Haut
  2. Le titre au­then­tique de cet ex­posé est in­connu : So­pa­tros d’Apamée le cite comme « Vies des phi­lo­sophes » (« Φιλοσόφων Βίοι »), tan­dis que, dans le ma­nus­crit de Pa­ris, il porte l’intitulé « Vies et Sen­tences de ceux qui se sont illus­trés en phi­lo­so­phie, et (Re­cueil) des doc­trines pré­va­lant dans chaque école » (« Βίοι καὶ Γνῶμαι τῶν ἐν φιλοσοφία εὐδοκιμησάντων, καὶ τῶν ἑκάστῃ αἱρέσει ἀρεσκόντων (Συναγωγή) »). Haut
  3. M. Ro­bert Ge­naille. Haut
  1. p. 10-11 & 25. Haut
  2. p. 572. Haut

Hérodote, « L’Enquête. Tome I »

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Fo­lio-Clas­sique, Pa­ris

Il s’agit de l’« En­quête » (« His­to­riê »1) d’Hérodote d’Halicarnasse2, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ou­vrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Mi­let, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus an­cienne qui res­tait au temps de Ci­cé­ron, le­quel a re­connu Hé­ro­dote pour le « père de l’histoire »3, tout comme il l’a nommé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le « prince »4 des his­to­riens.

Le su­jet di­rect d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, « les grands ex­ploits ac­com­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises » ; mais des cha­pitres en­tiers sont consa­crés aux di­verses na­tions qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Ly­diens, les Mèdes, les Ba­by­lo­niens sou­mis par Cy­rus ; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse ; puis les Scythes at­ta­qués par Da­rius ; puis les In­diens. Leurs his­toires ac­ces­soires, leurs ré­cits la­té­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ainsi, l’« En­quête » s’élargit, de pa­ren­thèse en pa­ren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les an­nales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des le­çons in­di­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces le­çons ; c’est dans la pro­gres­sion ha­bile des épi­sodes ; c’est dans la mo­ra­lité qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par « mo­ra­lité », ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la mo­rale, mais ce qui est ca­pable de consa­crer la mé­moire des morts et d’exciter l’émulation des vi­vants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Ho­mère

  1. En grec « Ἱστορίη ». On ren­contre aussi la gra­phie « Ἱστορία » (« His­to­ria »). L’« his­toire », au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sé­rieuse et ap­pro­fon­die ; c’est la re­cherche in­tel­li­gente de la vé­rité. Haut
  2. En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut
  1. « Traité des lois » (« De le­gi­bus »), liv. I, sect. 5. Haut
  2. « Dia­logues de l’orateur » (« De ora­tore »), liv. II, sect. 55. Haut

Héraclite, « Fragments »

éd. Presses universitaires de France, coll. Épiméthée, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Épi­mé­thée, Pa­ris

Il s’agit de frag­ments d’un rou­leau que le phi­lo­sophe grec Hé­ra­clite d’Éphèse1 dé­posa, au Ve siècle av. J.-C., dans le temple d’Artémis. On dis­pute sur la ques­tion de sa­voir si ce rou­leau était un traité suivi, ou s’il consis­tait en pen­sées iso­lées, comme celles que le ha­sard des ci­ta­tions nous a conser­vées. Hé­ra­clite s’y ex­pri­mait, en tout cas, dans un style condensé, propre à éton­ner ; il pre­nait à la fois le ton d’un pro­phète et le lan­gage d’un phi­lo­sophe ; il ten­tait avec une rare au­dace de conci­lier l’unité (« tout est un »2) et le chan­ge­ment (« tout s’écoule »3). De là, cette épi­thète d’« obs­cur » si sou­vent ac­co­lée à son nom, mais qui ne me pa­raît pas moins exa­gé­rée, car : « Certes, la lec­ture d’Héraclite est d’un abord rude et dif­fi­cile. La nuit est sombre, les té­nèbres sont épaisses ; mais si un ini­tié te guide, tu ver­ras clair dans ce livre plus qu’en plein so­leil »4. À cette ap­pa­rente obs­cu­rité s’ajoutait chez Hé­ra­clite un fond de hau­teur et de fierté qui lui fai­sait mé­pri­ser presque tous les hommes. Il dé­dai­gnait même la so­ciété des sa­vants, et ce dé­dain était porté si loin, qu’il leur criait des in­jures. Pour au­tant, il n’était pas un homme in­sen­sible, et quand il s’affligeait des mal­heurs qui forment l’existence hu­maine, les larmes lui mon­taient aux yeux. La tra­di­tion rap­porte qu’Héraclite mou­rut dans le temple d’Artémis où « il s’était re­tiré et jouait aux os­se­lets avec des en­fants »5. Se­lon Frie­drich Nietzsche, s’il est vrai que l’on a vu ce sage par­ti­ci­per aux jeux bruyants des en­fants, c’est qu’il pen­sait, en les ob­ser­vant, à ce que per­sonne n’a pensé à cette oc­ca­sion : il pen­sait au jeu du grand En­fant uni­ver­sel, c’est-à-dire Dieu : « Hé­ra­clite », dit Nietzsche6, « n’a pas eu be­soin des hommes, même pas pour ac­croître ses connais­sances. Tout ce qu’on pou­vait éven­tuel­le­ment ap­prendre en ques­tion­nant les hommes et tout ce que les autres sages s’étaient ef­for­cés d’obtenir… lui im­por­tait peu. Il par­lait sans en faire grand cas de ces hommes qui in­ter­rogent, qui col­lec­tionnent, bref, de ces “his­to­riens”. “Je me suis cher­ché”7, di­sait-il de lui-même en em­ployant le mot qui dé­fi­nit l’interprétation d’un oracle ; comme s’il était le seul, lui et per­sonne d’autre, à vé­ri­ta­ble­ment réa­li­ser et ac­com­plir le pré­cepte del­phique “Connais-toi toi-même”. »

  1. En grec Ἡράκλειτος ὁ Ἐφέσιος. Haut
  2. En grec « ἓν πάντα εἶναι ». p. 23. Haut
  3. En grec « πάντα ῥεῖ ». p. 467. Haut
  4. En grec « Μὴ ταχὺς Ἡρακλείτου ἐπ’ ὀμφαλὸν εἴλεε βίϐλον τοὐφεσίου· μάλα τοι δύσϐατος ἀτραπιτός. Ὄρφνη καὶ σκότος ἐστὶν ἀλάμπετον· ἢν δέ σε μύστης εἰσαγάγῃ, φανεροῦ λαμπρότερ’ ἠελίου ». Ano­nyme dans « An­tho­lo­gie grecque, d’après le ma­nus­crit pa­la­tin ». Haut
  1. Dio­gène Laërce, « Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres ». Haut
  2. « La Phi­lo­so­phie à l’époque tra­gique des Grecs », p. 364. Haut
  3. En grec « ἐδιζησάμην ἐμεωυτόν ». p. 229. Haut