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le comte de Maistre, «Mémoires politiques et Correspondance diplomatique»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome XIV. Correspondance, part. 6 (1817-1821)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

«Les Années de formation [ou : un véritable stoïcien, Attale]»

dans Pierre Grimal, « Sénèque, ou la Conscience de l’Empire » (éd. Fayard, Paris), p. 247-262

dans Pierre Gri­mal, «Sénèque, ou la Conscience de l’Empire» (éd. Fayard, Paris), p. 247-262

Il s’agit d’Attale le phi­lo­sophe* (ou Attale le stoï­cien**) dont Sénèque parle tou­jours avec immense res­pect. Il était, nous dit Sénèque le père***, un «homme de grande élo­quence, et entre les phi­lo­sophes que nous avons vus de notre âge, le plus sub­til et le mieux-disant». Ce maître, ori­gi­naire sans doute de Per­game, lais­sa une impres­sion pro­fonde et un sou­ve­nir durable chez le jeune Sénèque, qui sui­vit très assi­dû­ment ses leçons à Rome, et qui l’évoquera dans ses œuvres de vieillesse, et tout par­ti­cu­liè­re­ment dans ses «Lettres à Luci­lius», comme si les belles sen­tences d’Attale gra­vées dans son cœur d’adolescent lui reve­naient plus vivaces, plus pré­sentes que jamais. Voi­ci com­ment en parle Sénèque : «Je me rap­pelle ce que nous disait le maître Attale au temps où nous assié­gions son école — pre­miers à nous y rendre, der­niers à en sor­tir — l’attirant même durant ses pro­me­nades en quelque dis­cus­sion… “Il faut que [vous] soyez exempts de tout besoin, si vous vou­lez défier Jupi­ter, qui n’a besoin de rien”»****. Attale aimait à faire l’éloge de la pau­vre­té, à prou­ver que tout ce qui dépasse les bornes du besoin est un far­deau inutile et acca­blant pour celui qui le porte. Ses élèves sor­taient de son école plus fru­gaux, plus tem­pé­rants, plus amis de la conti­nence qu’ils ne l’étaient en y entrant. Il leur racon­tait volon­tiers com­ment un jour de fête il avait vu pas­ser tout ce qu’il y avait de «tré­sors» à Rome : des vais­selles cise­lées dans l’or et l’argent, des ten­tures sur­pas­sant le prix de ces métaux, des étoffes appor­tées des fron­tières les plus recu­lées; en un mot, toutes les magni­fi­cences qu’avait pu ras­sem­bler l’Empire le plus puis­sant qui vou­lait, pour ain­si dire, pas­ser en revue sa gran­deur. «[À quoi sert] cette pompe triom­phale de l’or?», s’était dit Attale*****. «Est-ce pour apprendre [la cupi­di­té et] l’avarice que nous sommes venus de toutes parts ici? Mais, ma foi… mon mépris des richesses tient non pas à leur inuti­li­té seule­ment, mais à leur futi­li­té! As-tu vu», avait-il pen­sé, «comme il a suf­fi de peu d’heures pour qu’un défi­lé cepen­dant bien lent, bien com­pas­sé, ache­vât de s’écouler? Et nous rem­pli­rions notre vie entière de ce qui n’a pu rem­plir une jour­née?… Tourne-toi bien plu­tôt vers la vraie richesse. Apprends à te conten­ter de peu! Écrie-toi avec toute la fier­té d’une grande âme : “Ayons seule­ment de l’eau, de la [bouillie]; par là, riva­li­sons de féli­ci­té avec Jupi­ter même”!» Attale avait aus­si l’habitude de faire cette com­pa­rai­son ima­gée, qui frap­pait éner­gi­que­ment l’esprit de ceux qui l’écoutaient : «Tu as bien vu un chien guet­tant, gueule ouverte, les bouts de pain ou de viande que lui lance son maître? Tout ce qu’il attrape est tout de suite ava­lé tel quel; et il demeure béant, dans l’espérance du mor­ceau qui va venir. La même chose nous advient. Nous atten­dons… tout ce que la for­tune nous jette, nous l’engloutissons aus­si­tôt sans le savou­rer, sur le qui-vive, l’esprit anxieu­se­ment ten­du vers la conquête d’une autre proie. Au sage, cela ne sau­rait adve­nir : il est ras­sa­sié»******.

* En latin Atta­lus phi­lo­so­phus. Haut

** En latin Atta­lus stoi­cus. Haut

*** «Les Contro­verses et Sua­soires», ch. 2, sect. 12. Haut

**** «Lettres à Luci­lius», lettre CVIII, sect. 3, lettre CX, sect. 20. Haut

***** «Lettres à Luci­lius», lettre CX, sect. 15-18. Haut

****** «Lettres à Luci­lius», lettre LXXII, sect. 8. Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome XIII. Correspondance, part. 5 (1815-1816)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome XII. Correspondance, part. 4 (1811-1814)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome XI. Correspondance, part. 3 (1808-1810)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome X. Correspondance, part. 2 (1806-1807)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome IX. Correspondance, part. 1 (20 février 1786-30 décembre 1805)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome VIII. Observations critiques sur une édition des lettres de Mme de Sévigné • Réflexions sur le protestantisme • etc.»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«Obser­va­tions cri­tiques sur une édi­tion des lettres de Mme de Sévi­gné» et autres œuvres du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome VII. Le Caractère extérieur du magistrat • Lettres d’un royaliste savoisien • etc.»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Carac­tère exté­rieur du magis­trat» et autres œuvres du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome VI. Examen de la philosophie de Bacon (ouvrage posthume)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«Exa­men de la phi­lo­so­phie de Bacon» du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome V. Les Soirées de Saint-Pétersbourg (suite et fin) • Éclaircissement sur les sacrifices»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Soi­rées de Saint-Péters­bourg» et autres œuvres du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut

le comte de Maistre, «Œuvres complètes. Tome IV. Les Soirées de Saint-Pétersbourg (les six premiers entretiens)»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Soi­rées de Saint-Péters­bourg» et autres œuvres du comte Joseph de Maistre. Maistre est tou­jours res­té en dehors des grands héri­tiers du XVIIIe siècle dont on recom­mande l’étude aux gens culti­vés. On a par­lé de lui ou pour le com­battre ou pour l’encenser. Et on a bien fait en un sens. Il mérite d’être com­bat­tu en tant que pen­seur du catho­li­cisme le plus obs­cu­ran­tiste, mais encen­sé en tant que brillant cau­seur et génie de la pro­vo­ca­tion. Le sys­tème de pen­sée de Maistre, comme la plu­part des faux sys­tèmes, peut se résu­mer en un mot : l’unité abso­lue. Cette uni­té ne peut être atteinte par les hommes que si un pou­voir tout aus­si abso­lu les réunit. Le repré­sen­tant de ce pou­voir, d’après Maistre, est le pape dans le domaine spi­ri­tuel, le roi dans le domaine tem­po­rel, qui lui donnent son carac­tère suprême, indé­fec­tible et sacré : «L’un et l’autre», dit-il*, «expriment cette haute puis­sance qui les domine toutes… qui gou­verne et n’est pas gou­ver­née, qui juge et n’est pas jugée». Voi­là l’autorité consti­tuée : auto­ri­té reli­gieuse d’une part, auto­ri­té civile de l’autre. Rien de tout cela ne doit être confié aux aca­dé­mi­ciens et aux savants; et à plus forte rai­son au bas peuple. L’anarchie menace dès que l’insolente cri­tique du pou­voir est pos­sible : «Il fau­drait avoir per­du l’esprit», s’exclame Maistre**, «pour croire que Dieu ait char­gé les aca­dé­mies de nous apprendre ce qu’Il est, et ce que nous Lui devons. Il appar­tient aux pré­lats, aux nobles… d’être les dépo­si­taires et les gar­diens des véri­tés conser­va­trices; d’apprendre aux nations… ce qui est vrai et ce qui est faux dans l’ordre moral et spi­ri­tuel. Les autres n’ont pas droit de rai­son­ner sur ces sortes de matières!» Ce n’est pas à la masse popu­laire qu’il appar­tient de réflé­chir sur les prin­cipes obs­curs et infaillibles aux­quels elle est sou­mise, car «il y a des choses qu’on détruit en les mon­trant»***. L’autorité peut se pas­ser de science et d’obéissance éclai­rée. Maistre va beau­coup plus loin. Dans ses «Lettres sur l’Inquisition», il fait l’éloge d’une ins­ti­tu­tion catho­lique qui a fait cou­ler des flots de sang. C’est à elle qu’il attri­bue le main­tien en Espagne de la foi et de la monar­chie contre les­quelles est venue s’user la puis­sance de Napo­léon. Si la France avait eu le bon­heur de jouir de l’Inquisition, les désastres de la Révo­lu­tion fran­çaise auraient pu être évi­tés. De là à croire que «les abus [du pou­voir] valent infi­ni­ment mieux que les révo­lu­tions»**** il n’y a qu’un pas. Maistre le fran­chit! Il est si dérai­son­nable, si réac­tion­naire qu’il semble avoir été inven­té pour nous aga­cer : «Il brave, il défie, il invec­tive, il irrite… Il va jusqu’à l’absurde et jusqu’au sup­plice… Que serait un autel entou­ré de potences? Est-ce là de la théo­lo­gie?… N’est-ce pas, plu­tôt, une pro­vo­ca­tion à toute âme indé­pen­dante qui veut ado­rer et non trem­bler?», pro­tes­te­ra Lamar­tine dans son «Cours fami­lier de lit­té­ra­ture».

* «Tome II», p. 2. Haut

** «Tome V», p. 108. Haut

*** «Tome VII», p. 38. Haut

**** «Mémoires poli­tiques et Cor­res­pon­dance diplo­ma­tique». Haut