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« L’Histoire d’Aḥiqar en éthiopien »

dans « Annales d’Éthiopie », vol. 11, p. 141-152

dans « Annales d’Éthiopie », vol. 11, p. 141-152

Il s’agit de la version éthiopienne de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar* était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos »** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel.

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar. Haut

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236. Haut

« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien »

éd. Letouzey et Ané, coll. Documents pour l’étude de la Bible, Paris

éd. Letouzey et Ané, coll. Documents pour l’étude de la Bible, Paris

Il s’agit des versions syriaques de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar* était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos »** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel.

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar. Haut

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236. Haut

Marc Aurèle, « Pensées »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit des « Pensées » de Marc Aurèle* (IIe siècle apr. J.-C.). Nul Empereur romain n’eut plus à cœur le bien public que Marc Aurèle ; nul prince italien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses devoirs. Sa vie bienfaisante se passa tout entière dans de cruelles épreuves. Il eut à apaiser, à l’intérieur, des révoltes sans cesse renaissantes ; il vit la peste dévaster les provinces les plus florissantes de l’Italie ; il épuisa ses forces à lutter contre les Germains dans des campagnes sans victoire décisive ; il mourut avec le funeste pressentiment de l’inévitable catastrophe dont les peuples barbares menaçaient l’Empire. À mesure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les responsabilités, il ressentit de plus en plus le besoin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même ; de méditer au jour le jour sous l’impression directe des événements ou des souvenirs ; de se fortifier en reprenant contact avec les quatre ou cinq principes où se concentraient ses convictions. « Comme les médecins ont toujours sous la main leurs appareils et leurs trousses pour les soins à donner d’urgence, de même [je] tiens toujours prêts les principes grâce auxquels [je] pourrai connaître les choses divines et humaines », dit-il dans un passage admirable**. Ce fut au cours de ses toutes dernières expéditions que, campé sur les bords sauvages du Danube, profitant de quelques heures de loisir, il rédigea en grec, en soliloque avec lui-même, les pages immortelles des « Pensées » qui ont révélé sa belle âme, sa vertu austère, sa profonde mélancolie. « À soi-même » (« Ta eis heauton »***) : tel est le véritable titre de son ouvrage. « Jamais on n’écrivit plus simplement pour soi, à seule fin de décharger son cœur, sans autre témoin que Dieu. Pas une ombre de système. Marc Aurèle, à proprement parler, n’a pas de philosophie ; quoiqu’il doive presque tout au stoïcisme transformé par l’esprit romain, il n’est d’aucune école », dit Ernest Renan****. En effet, la philosophie de Marc Aurèle ne repose sur autre chose que sur la raison. Elle résulte du simple fait d’une conscience morale aussi vaste, aussi étendue que l’Empire auquel elle commande. Son thème fondamental, c’est le rattachement de l’homme, si chancelant et si passager, à l’univers perpétuel et divin, à la « chère cité de Zeus » (« polis philê Dios »*****) — rattachement qui lui révèle le devoir de la vertu et qui l’associe à l’œuvre magnifiquement belle, souverainement juste de la création : « Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde !… Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô nature ! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi »******. Et plus loin : « Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde »*******. Comme Hamlet devant le crâne, Marc Aurèle se demande ce que la nature a fait des os d’Alexandre et de son muletier. Il a des images et des trivialités shakespeariennes pour peindre l’inanité des choses : « Dans un instant, tu ne seras plus que cendre ou squelette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho ! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pourriture, mesquineries, chiens qui s’entre-mordent »********.

* En latin Marcus Aurelius Antoninus. Autrefois transcrit Marc Antonin. Haut

** liv. III, ch. 11. Haut

*** En grec « Τὰ εἰς ἑαυτόν ». Haut

**** « Marc-Aurèle et la Fin du monde antique », p. 262. Haut

***** En grec « πόλις φίλη Διός ». Haut

****** liv. IV, ch. 23. Haut

******* liv. VI, ch. 44. Haut

******** liv. V, ch. 33. Haut

Aristote, « Grande Morale »

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », nº 23, p. 3-90

dans « Revue de l’Institut catholique de Paris », no 23, p. 3-90

Il s’agit de la « Grande Morale » (« Êthika megala »*) d’Aristote. Il se trouve, dans le corpus aristotélicien, tel qu’il nous est parvenu, trois traités d’éthique ou de morale, intitulés l’« Éthique à Nicomaque », l’« Éthique à Eudème » et la « Grande Morale ». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des développements analogues, dans le même ordre ; ce sont trois rédactions d’une seule pensée. Qu’est-ce donc que ces trois rédactions ? Quels rapports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des leçons recueillies par des disciples ? Est-ce Aristote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour exposer son système ? Ce sont là des questions délicates et très difficiles à résoudre. Les conjectures qu’ont suscitées les titres mêmes de ces traités, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur statut. L’« Éthique à Eudème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eudème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote aurait dédié à un de ses disciples, nommé Eudème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce disciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Nicomaque », le plus soigné des trois traités, le plus connu et le seul que saint Thomas d’Aquin ait commenté, l’incertitude est presque identique, à ceci près que Nicomaque serait, d’après Cicéron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Morale », qui ne mérite ce nom ni par sa longueur ni par l’étendue de ses idées, elle semblerait, d’après Porphyre et David l’Arménien, avoir été appelée autrefois la « Petite Morale à Nicomaque » ; ce nom lui convient mieux. Mais laissons de côté ces questions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, surpris par la mort, n’y aurait pas mis la dernière main, soit par la faute de copistes peu avisés qui auraient tout bouleversé. « C’est fort regrettable », dit un traducteur**, « mais si l’on devait condamner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irrégulier, il faut reconnaître qu’il ne nous en resterait plus un seul, depuis la “Métaphysique” jusqu’à la “Poétique”. »

* En grec « Ἠθικὰ μεγάλα ». Haut

** Jules Barthélémy Saint-Hilaire. Haut

Aristote, « Éthique à Eudème »

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

éd. J. Vrin-Presses de l’Université de Montréal, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, Paris-Montréal

Il s’agit de l’« Éthique à Eudème » (« Êthika Eudêmia »*) d’Aristote. Il se trouve, dans le corpus aristotélicien, tel qu’il nous est parvenu, trois traités d’éthique ou de morale, intitulés l’« Éthique à Nicomaque », l’« Éthique à Eudème » et la « Grande Morale ». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des développements analogues, dans le même ordre ; ce sont trois rédactions d’une seule pensée. Qu’est-ce donc que ces trois rédactions ? Quels rapports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des leçons recueillies par des disciples ? Est-ce Aristote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour exposer son système ? Ce sont là des questions délicates et très difficiles à résoudre. Les conjectures qu’ont suscitées les titres mêmes de ces traités, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur statut. L’« Éthique à Eudème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eudème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote aurait dédié à un de ses disciples, nommé Eudème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce disciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Nicomaque », le plus soigné des trois traités, le plus connu et le seul que saint Thomas d’Aquin ait commenté, l’incertitude est presque identique, à ceci près que Nicomaque serait, d’après Cicéron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Morale », qui ne mérite ce nom ni par sa longueur ni par l’étendue de ses idées, elle semblerait, d’après Porphyre et David l’Arménien, avoir été appelée autrefois la « Petite Morale à Nicomaque » ; ce nom lui convient mieux. Mais laissons de côté ces questions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, surpris par la mort, n’y aurait pas mis la dernière main, soit par la faute de copistes peu avisés qui auraient tout bouleversé. « C’est fort regrettable », dit un traducteur**, « mais si l’on devait condamner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irrégulier, il faut reconnaître qu’il ne nous en resterait plus un seul, depuis la “Métaphysique” jusqu’à la “Poétique”. »

* En grec « Ἠθικὰ Εὐδήμια ». Haut

** Jules Barthélémy Saint-Hilaire. Haut

Aristote, « Éthique de Nicomaque »

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

Il s’agit de l’« Éthique à Nicomaque » (« Êthika Nikomacheia »*) d’Aristote. Il se trouve, dans le corpus aristotélicien, tel qu’il nous est parvenu, trois traités d’éthique ou de morale, intitulés l’« Éthique à Nicomaque », l’« Éthique à Eudème » et la « Grande Morale ». Ces trois ouvrages exposent les mêmes matières, avec des développements analogues, dans le même ordre ; ce sont trois rédactions d’une seule pensée. Qu’est-ce donc que ces trois rédactions ? Quels rapports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des leçons recueillies par des disciples ? Est-ce Aristote lui-même qui s’est repris jusqu’à trois fois pour exposer son système ? Ce sont là des questions délicates et très difficiles à résoudre. Les conjectures qu’ont suscitées les titres mêmes de ces traités, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur statut. L’« Éthique à Eudème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eudème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote aurait dédié à un de ses disciples, nommé Eudème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce disciple aurait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Nicomaque », le plus soigné des trois traités, le plus connu et le seul que saint Thomas d’Aquin ait commenté, l’incertitude est presque identique, à ceci près que Nicomaque serait, d’après Cicéron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Morale », qui ne mérite ce nom ni par sa longueur ni par l’étendue de ses idées, elle semblerait, d’après Porphyre et David l’Arménien, avoir été appelée autrefois la « Petite Morale à Nicomaque » ; ce nom lui convient mieux. Mais laissons de côté ces questions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, surpris par la mort, n’y aurait pas mis la dernière main, soit par la faute de copistes peu avisés qui auraient tout bouleversé. « C’est fort regrettable », dit un traducteur**, « mais si l’on devait condamner tout ouvrage d’Aristote par cela seul qu’il est irrégulier, il faut reconnaître qu’il ne nous en resterait plus un seul, depuis la “Métaphysique” jusqu’à la “Poétique”. »

* En grec « Ἠθικὰ Νικομάχεια ». Haut

** Jules Barthélémy Saint-Hilaire. Haut

Kumârajîva, Sengzhao et Daosheng, « Introduction aux pratiques de la non-dualité : commentaire du “Soûtra de la Liberté inconcevable” »

éd. Fayard, coll. Trésors du bouddhisme, Paris

éd. Fayard, coll. Trésors du bouddhisme, Paris

Il s’agit du « Commentaire sur “L’Enseignement de Vimalakîrti” » (« Zhu “Weimojie Jing” »*) par Kumârajîva** et par ses disciples, Sengzhao*** et Daosheng****. L’arrivée de Kumârajîva à Ch’ang-an***** en 402 apr. J.-C. inaugure la période indianiste du bouddhisme chinois. À partir de cette date, les Chinois ne se contentent plus d’avoir une idée approximative de la pensée venue d’ailleurs, mais ils se lancent dans de grands travaux d’exégèse et de traduction directement du sanscrit, pour lesquels ils font appel à des moines venus de l’Inde ou de la Sérinde******. Né à Kucha, l’une des principales étapes de la Route de la soie, Kumârajîva reçoit une formation qui lui permettra de jouer un rôle déterminant dans cette indianisation. Dès son arrivée au grand temple de Chang’an, où il est invité par le souverain Yao Xing, Kumârajîva s’attelle à une série impressionnante de traductions, qui rejetteront dans l’ombre tous les travaux précédents et qui seront pour beaucoup dans l’acclimatation durable du bouddhisme en Asie. « En prenant en considération les révisions d’ouvrages déjà traduits et ses traductions inédites, Kumârajîva aurait “transmis” plus de cinquante œuvres, comptant plus de trois cents volumes… Si nous… considérons que Kumârajîva est décédé en 409, on arrive à la conclusion que, durant ses [huit] années de résidence à Ch’ang-an, il devait traduire environ un chapitre tous les dix jours », dit M. Daisaku Ikeda*******. Selon les préfaces faites par ses disciples, Kumârajîva traduisait à voix haute, tout en commentant, en présence d’une assemblée de mille deux cents moines et laïcs, comprenant tout ce que le bouddhisme comptait alors de plus cultivé en Chine, les raisons pour lesquelles il avait traduit d’une manière plutôt que d’une autre ; il exposait, en outre, les sens profonds cachés dans le texte sanscrit. On prétend que le souverain Yao Xing assistait à certaines des séances : « Le souverain en personne tenait en main le texte des anciennes traductions des soûtras, y relevant les erreurs, s’enquérant de la signification générale du passage, et contribuant ainsi à éclairer les doctrines de la secte »********. On prétend aussi que les membres présents, qui recevaient la traduction et le commentaire, étaient transportés de bonheur, éprouvant le sentiment de se trouver sur les sommets des montagnes Kunlun par une belle journée claire, regardant le monde s’étendant sous leurs pieds.

* En chinois « 注維摩詰經 ». Haut

** En sanscrit कुमारजीव (Kumārajīva), en chinois 鳩摩羅什 (Jiumoluoshi). Haut

*** En chinois 僧肇. Autrefois transcrit Seng-tchao ou Seng-chao. Haut

**** En chinois 道生. Autrefois transcrit Tao-cheng ou Tao-sheng. Haut

***** Aujourd’hui Xi’an (西安). Haut

****** La Sérinde correspond à l’actuelle Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Haut

******* « Le Bouddhisme en Chine », p. 60. Haut

******** Dans « Le Bouddhisme en Chine », p. 62. Haut

Lessing, « Choix des plus belles fables »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Fables » (« Fabeln ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Ernst et Falk : causeries pour francs-maçons »

éd. Dervy, coll. Petite Bibliothèque de la franc-maçonnerie, Paris

éd. Dervy, coll. Petite Bibliothèque de la franc-maçonnerie, Paris

Il s’agit d’« Ernst et Falk : causeries pour francs-maçons » (« Ernst und Falk : Gespräche für Freimaurer ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Dramaturgie de Hambourg »

éd. Klincksieck, coll. Germanistique, Paris

éd. Klincksieck, coll. Germanistique, Paris

Il s’agit de la « Dramaturgie de Hambourg » (« Hamburgische Dramaturgie ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Du Laocoon, ou Des limites respectives de la poésie et de la peinture »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Laocoon, ou Des limites respectives de la poésie et de la peinture » (« Laokoon, oder Über die Grenzen der Malerei und Poesie ») de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Théâtre complet. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Philotas » et autres pièces de théâtre de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut

Lessing, « Théâtre complet. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « Minna de Barnhelm » (« Minna von Barnhelm ») et autres pièces de théâtre de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain hostile aux conventions en vogue, aux préjugés de classe, à l’esprit de servilité et de routine, à tout ce qui paralysait le génie allemand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a mérité que Heinrich Heine dise de lui : « Lessing, de tous les écrivains allemands, est celui que je chéris le plus »* a certes le droit d’être considéré comme l’un des pères de cette Allemagne triomphante où, selon le mot de la baronne de Staël**, « [même] les écrivains du second et du troisième ordre ont encore des connaissances assez approfondies pour être chefs ailleurs ». Il fut tour à tour philosophe, critique, traducteur, dramaturge, fabuliste, secrétaire d’un général, bibliothécaire d’un duc, ouvrant dans toutes les directions des voies nouvelles, poursuivant partout la vérité. Car Lessing eut une passion pour la vérité. Il la chercha « avec caractère, avec énergique constance », comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la chercher qu’à la trouver, comme le chasseur qui prend plus de plaisir à courir le lièvre qu’à l’attraper. « Si Dieu », dit Lessing****, « tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l’effort infatigable vers la vérité… et qu’il me disait : “Choisis !”, je m’inclinerais avec désespoir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne ! La pure vérité n’est que pour toi seul !” » Tel Luther, Lessing fut un émancipateur, qui ne se contentait pas de sa liberté personnelle, mais qui souhaitait également celle de ses lecteurs. Il pensait tout haut devant eux et leur donnait envie de penser. Il estimait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opinions et leurs goûts. « La liberté fut l’âme de tous ses ouvrages ; on citerait difficilement une ligne de lui qui ne vise quelque servitude », explique Victor Cherbuliez*****. En religion, il lutta pour l’avènement d’une religion humanitaire et universelle. Il imagina une grande famille humaine, une franc-maçonnerie de tous les croyants unis plutôt dans la pratique de la vertu que dans celle du culte. En littérature, il affranchit son pays de la rigidité, de l’imitation servile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène allemande que des adaptations de pièces françaises, elles-mêmes imitées du grec ; il fit voir le ridicule de cette fausse Antiquité, empruntée de seconde main. Il contribua au contraire à révéler au public les tragédies de Shakespeare, dont le caractère terrible avait infiniment plus de rapport avec celui des Allemands. Il assura que Shakespeare seul pouvait susciter un théâtre original et populaire ; et que, si Shakespeare ignorait Aristote, que Corneille avait si bien étudié, des deux tragédiens c’est Shakespeare qui l’avait le mieux suivi ! Cependant, quels que fussent les paradoxes auxquels Lessing se laissa entraîner par l’ardeur et par les nécessités de la controverse, il sema des vues neuves, des aperçus féconds.

* « De l’Allemagne. Tome I », p. 204. Haut

** « De l’Allemagne », part. 3, ch. 7. Haut

*** En allemand « durch seinen Charakter, durch sein Festhalten ». Haut

**** « Eine Duplik » (« Une Duplique »), inédit en français. Haut

***** « Études de littérature et d’art », p. 20. Haut