Aller au contenu

Isocrate, «Œuvres complètes. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«À Démo­ni­cus» («Pros Dêmo­ni­kon»*) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, célèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fabrique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment enri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses enfants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par lequel l’homme mon­trait sa supé­rio­ri­té et son mérite : «Grâce à [ce] don qui nous est accor­dé de nous per­sua­der mutuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos volon­tés», dit Iso­crate**, «non seule­ment nous avons pu nous affran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, inven­té des arts; et c’est ain­si que nous devons à la parole le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre esprit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande facul­té de l’homme, rien n’est fait avec intel­li­gence sans le secours de la parole; elle est le guide de nos actions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un esprit supé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages.» Ces réflexions et d’autres sem­blables déter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa timi­di­té insur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent jamais de par­ler en public, du moins devant les grandes foules. Les assem­blées publiques, com­po­sées quel­que­fois de six mille citoyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et sonore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il déci­da de l’apprendre aux autres et ouvrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa répu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dési­rer, il disait avec un véri­table regret : «Je prends dix mines pour mes leçons, mais j’en paye­rais volon­tiers dix mille à celui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix». Et quand on lui deman­dait com­ment, n’étant pas capable de par­ler, il en ren­dait les autres capables : «Je suis», disait-il***, «comme la pierre à rasoir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la faci­li­té de cou­per».

Ne pou­vant par­ler lui-même, il déci­da de l’apprendre aux autres et ouvrit une école à Athènes

Les ouvrages d’Isocrate ne sont pas sans défaut. Il faut avouer que l’art s’y montre trop à décou­vert; que l’orateur ne dis­si­mule pas avec assez de soin les figures qu’il emploie et qu’il pousse quel­que­fois trop loin. «Iso­crate, dans l’ambition qu’il a de vou­loir tout ampli­fier par l’éloquence, est, je ne sais com­ment, tom­bé dans une faute de petit éco­lier. L’objet [de son] “Pané­gy­rique” est de mon­trer que la cité d’Athènes a ren­du plus de ser­vices à la Grèce que [Sparte]; eh bien, voi­ci son début : “Puisqu’il est dans la nature même de l’éloquence de déve­lop­per diver­se­ment les mêmes sujets, de rabais­ser ce qui est grand, de don­ner de la gran­deur à ce qui en est pri­vé, de pré­sen­ter sous une forme nou­velle les faits anciens, de revê­tir les faits nou­veaux d’une appa­rente anti­qui­té…”**** Est-ce donc ain­si, Iso­crate, dira quelqu’un, que tu vas chan­ger les rap­ports entre [Sparte] et Athènes? En effet, un pareil éloge de l’éloquence est presque une exhor­ta­tion, un exorde pour invi­ter l’auditoire à se défier des paroles de l’orateur», dit l’auteur du livre «Du sublime». Mais ces méca­nismes de l’éloquence qu’Isocrate n’a pas su cacher à ses lec­teurs dans ses ouvrages, il les a admi­ra­ble­ment expli­qués à ses dis­ciples dans son école. Il a for­mé non seule­ment de grands ora­teurs, mais éga­le­ment des écri­vains habiles, de fameux poli­tiques, d’excellents maîtres en tout genre, qui allaient por­ter à leur tour dans les dif­fé­rentes villes «de la Sicile, du Pont et d’autres contrées grecques»***** d’où ils étaient venus l’entendre, le goût de l’éloquence et le fruit de ses ins­truc­tions. «Son école», dit Cicé­ron, «sem­blable au che­val de Troie, semble n’avoir enfan­té que des héros.»****** Ailleurs, le même Cicé­ron com­pare la mai­son d’Isocrate «à un gym­nase, à un ate­lier de paroles ouvert à toute la Grèce»*******. Sans avoir été un homme de génie, Iso­crate a été donc un homme de talent qui a déblayé et ouvert les voies, et qui a pré­pa­ré et réuni les maté­riaux de l’avenir : «Il a dres­sé le moule où d’admirables artistes feront ensuite cou­ler à flots le métal en fusion, le bronze de leurs immor­telles sta­tues», dit très bien un hel­lé­niste********.

Il n’existe pas moins de dix tra­duc­tions fran­çaises d’«À Démo­ni­cus», mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle d’Aimé-Marie-Gaspard, duc de Cler­mont-Ton­nerre.

«Οὐ μὴν ἀλλὰ καὶ τὰς τοῦ πατρὸς προαιρέσεις ἀναμνησθεὶς οἰκεῖον καὶ καλὸν ἕξεις παράδειγμα τῶν ὑπ’ ἐμοῦ (σοι) λεγομένων. Οὐ γὰρ ὀλιγωρῶν τῆς ἀρετῆς οὐδὲ ῥᾳθυμῶν διετέλεσε τὸν βίον, ἀλλὰ τὸ μὲν σῶμα τοῖς πόνοις ἐγύμναζεν, τῇ δὲ ψυχῇ τοὺς κινδύνους ὑπέμενεν… Ἐπιλίποι δ’ ἂν ἡμᾶς ὁ πᾶς χρόνος εἰ πάσας τὰς ἐκείνου πράξεις καταριθμησαίμεθα. Ἀλλὰ τὸ μὲν ἀκριϐὲς αὐτῶν ἐν ἑτέροις καιροῖς δηλώσομεν, δεῖγμα δὲ τῆς Ἱππονίκου φύσεως νῦν ἐξενηνόχαμεν, πρὸς ὃν δεῖ ζῆν σ’ ὥσπερ πρὸς παράδειγμα, νόμον μὲν τὸν ἐκείνου τρόπον ἡγησάμενον, μιμητὴν δὲ καὶ ζηλωτὴν τῆς πατρῴας ἀρετῆς γιγνόμενον· αἰσχρὸν γὰρ τοὺς μὲν γραφεῖς ἀπεικάζειν τὰ καλὰ τῶν ζῴων, τοὺς δὲ παῖδας μὴ μιμεῖσθαι τοὺς σπουδαίους τῶν γονέων.»
— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

«Conser­vez le sou­ve­nir des prin­cipes qui ont gui­dé votre père, et vous aurez, pour appuyer mes conseils, un noble exemple pris dans votre propre mai­son. Hip­po­ni­cus n’a pas accom­pli sa vie dans l’oisiveté et dans l’indifférence; mais il for­ti­fiait son corps par le tra­vail et déve­lop­pait l’énergie de son âme dans les dan­gers aux­quels il s’exposait… Le temps me man­que­rait, si je vou­lais énu­mé­rer toutes les actions d’Hipponicus, et j’aurai d’autres occa­sions de les expo­ser avec détail. Aujourd’hui j’ai seule­ment tra­cé une esquisse de son carac­tère, afin qu’elle pût vous ser­vir de modèle pour votre vie, et que, regar­dant ses mœurs comme votre loi, vous devins­siez l’imitateur et l’émule des ver­tus de votre père. Lorsque les peintres s’attachent à repré­sen­ter, par­mi les êtres vivants, ceux dont les formes sont les plus belles, il serait hon­teux pour les enfants de ne pas repro­duire, en les imi­tant, l’image des hommes ver­tueux qui leur ont don­né le jour.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion du duc de Cler­mont-Ton­nerre

«Si pro­di­gieux que soient ces exemples, si tu te sou­viens des prin­cipes qui gui­dèrent ton père, tu auras à ton propre foyer un noble témoi­gnage de la véri­té de mes affir­ma­tions : il n’a pas pas­sé sa vie dans l’indifférence pour la ver­tu ni dans la mol­lesse; au contraire, il for­ti­fiait son corps par la pra­tique de l’effort et sou­met­tait son âme à l’épreuve du dan­ger… La durée tout entière du temps ne nous suf­fi­rait pas, si nous ten­tions le dénom­bre­ment de toutes ses grandes actions; mais nous en mon­tre­rons le détail dans d’autres cir­cons­tances. Aujourd’hui, nous avons déga­gé comme une esquisse de sa nature, vers laquelle tu dois te tour­ner pour régler ta vie comme vers un exemple. Prends pour loi ses prin­cipes et deviens l’imitateur, l’émule des ver­tus pater­nelles. Il serait indigne, quand les artistes repro­duisent les belles formes de la vie, que les enfants n’imitent pas leurs parents lorsqu’ils sont ver­tueux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Georges Mathieu et Émile Bré­mond (éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris)

«Tu n’as d’ailleurs qu’à te rap­pe­ler les sen­ti­ments de ton père, et tu trou­ve­ras, dans ta mai­son même, un bel exemple des ver­tus que je t’enseigne. Car jamais dans sa vie il n’a négli­gé la ver­tu ni suc­com­bé à la mol­lesse; mais il exer­çait ses forces par le tra­vail, et son âme — en affron­tant les dan­gers… Nous n’aurions jamais le temps de finir, si nous vou­lions te rap­pe­ler toute sa vie; mais dans un autre moment, nous t’en ferons une pein­ture exacte. Ici nous t’avons seule­ment tra­cé une esquisse du carac­tère d’Hipponique, sur qui tu dois prendre modèle pour te conduire : c’est à toi de régler ta vie sur la sienne, d’imiter et d’ambitionner la ver­tu de ton père. Il y aurait de la honte, en effet, quand les peintres repré­sentent les beau­tés de la créa­tion, à ne pas s’appliquer à repro­duire les ver­tus de ses parents.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Charles Lepré­vost (XIXe siècle)

«Mais, sans recou­rir ailleurs, rap­pelle-toi le plan de conduite que s’était tra­cé ton père, et tu y trou­ve­ras un bel exemple domes­tique de ce que je te dis. Ce n’est ni dans l’oubli de la ver­tu ni dans l’indolence qu’il a pas­sé sa vie; mais il accou­tu­ma son corps à sup­por­ter les tra­vaux, et son âme — à sou­te­nir les périls… Nous n’aurions point assez de temps, si nous vou­lions énu­mé­rer toutes ses actions. Nous t’en don­ne­rons un détail plus exact dans d’autres moments; pour le pré­sent, nous nous sommes bor­né à te pré­sen­ter un échan­tillon du carac­tère d’Hipponique, sur lequel tu dois régler ta vie, comme sur un modèle, regar­dant sa conduite comme une loi et te ren­dant l’imitateur et le rival de la ver­tu pater­nelle. Il est hon­teux, en effet, que les peintres copient ce qu’il y a de beau dans les ani­maux, et que les enfants n’imitent point les qua­li­tés de leurs parents.»
— Pas­sage dans une tra­duc­tion ano­nyme (XIXe siècle)

«Mais, sans sor­tir de votre famille, ô Démo­nique, rap­pe­lez-vous la conduite de votre père : c’est le plus bel exemple qu’on puisse vous pro­po­ser à suivre. Fidèle à la ver­tu, on ne le vit jamais s’abandonner à l’oisiveté. En même temps qu’il for­ti­fiait son corps par le tra­vail, il sut affer­mir son âme par l’habitude des périls… Le temps me man­que­rait, si je vou­lais entrer ici dans tous les détails de sa vie. Peut-être un jour je pour­rai l’entreprendre; qu’il me suf­fise main­te­nant de vous avoir pré­sen­té cette faible esquisse, qui peut vous ser­vir de modèle. Oui, Démo­nique, vous devez regar­der les ver­tus pater­nelles comme votre règle, et vous mon­trer jaloux de les imi­ter. Eh quoi! si, par leurs cou­leurs, les peintres peuvent bien réus­sir à repré­sen­ter les plus beaux traits des êtres vivants, ne serait-ce pas une honte que des enfants ne sussent point retra­cer, par leurs actions, le tableau des ver­tus de leurs pères?»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de l’abbé Atha­nase Auger (XVIIIe siècle)

«Et c’est de quoi vous ver­rez aus­si un illustre exemple dans votre père, si vous vous remet­tez devant les yeux quelle a été toute la conduite de sa vie. Car il ne s’est jamais ni détour­né de la ver­tu, ni lais­sé aller à l’oisiveté; mais il s’est for­ti­fié le corps par le tra­vail, il s’est affer­mi l’âme par la vue des périls… Le temps me man­que­rait, si j’entreprenais de vous entre­te­nir de toutes ses bonnes actions; je le ferai quelque jour. Main­te­nant je ne vous donne que le por­trait de ses mœurs, afin que vous y confor­miez les vôtres, et qu’en admi­rant ses ver­tus, vous tâchiez de les imi­ter. Car puisque les peintres imitent si bien les dif­fé­rentes beau­tés de la nature, ne serait-il pas hon­teux que les enfants ne s’efforçassent pas d’imiter les bonnes qua­li­tés de leurs pères?»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de l’abbé Fran­çois-Séra­phin Regnier-Des­ma­rais (XVIIIe siècle)

«Si vous rap­pe­lez dans votre mémoire la glo­rieuse vie et les belles actions de votre père, vous pour­rez trou­ver dans votre mai­son un excellent exemple des choses que je vous écris. Car il n’a pas vécu de telle sorte qu’il ait mepri­sé les exer­cices de la ver­tu et qu’il se soit adon­né à l’oisiveté et à la mol­lesse. Au contraire, il a tou­jours exer­cé son corps et son âme pour les accou­tu­mer, l’un à sup­por­ter les fatigues, et l’autre à mépri­ser les dan­gers… Il n’est point de temps qui ne fût trop court, si nous vou­lions faire le dénom­bre­ment de toutes ses actions ver­tueuses; ce sera à une autre occa­sion que nous les met­trons plus soi­gneu­se­ment et plus ample­ment en évi­dence. Pour cette heure, nous nous conten­te­rons de vous avoir pro­po­sé comme une pein­ture de son natu­rel, sur laquelle il faut que vous tiriez votre vie comme sur un par­fait patron de ver­tu : afin que ses mœurs vous tenant lieu de lois et de pré­ceptes de bien vivre, vous les imi­tiez et les ayez en admi­ra­tion. Car les peintres étant curieux, comme ils sont, de repré­sen­ter au vif les beau­tés des ani­maux, ce serait une honte que les enfants ne fussent point soi­gneux d’imiter les ver­tus et les qua­li­tés excel­lentes de leurs pères.»
— Pas­sage dans une tra­duc­tion ano­nyme, revue par Antoine Dubre­ton (XVIIe siècle)

«Et si tu te veux res­sou­ve­nir de la vie et des actions de ton père, tu auras en lui un beau et fami­lier exemple des choses que je viens de dire. D’autant que ce n’a point été celui qui ait fait peu de compte des exer­cices de ver­tu ou qui se soit adon­né à oisi­ve­té et mol­lesse; mais bien qui a tou­jours duit et exer­ci­té********* son corps à sup­por­ter les choses pénibles, son âme — à mépri­ser les dan­ge­reuses… Il n’est point de temps qui ne fût trop court, si nous vou­lions faire un dénom­bre­ment de toutes ses actions ver­tueuses; ce sera à une autre occa­sion que plus exac­te­ment nous les met­trons en évi­dence. Pour cette heure, nous nous conten­te­rons d’avoir pro­po­sé comme une pein­ture de son natu­rel, après laquelle il faut que tu contre­tires ta vie, ayant ses mœurs pour patron et pour règle, et sa ver­tu comme chose à laquelle tu dois por­ter jalou­sie. Car ce serait une honte de voir les peintres être soi­gneux de tirer et repré­sen­ter au vif les beau­tés des ani­maux, et que les enfants ne s’étudiassent point d’imiter les per­fec­tions et louables mœurs de leurs pères.»
— Pas­sage dans une tra­duc­tion ano­nyme (XVIe siècle)

«Et néan­moins, regar­dant à la vie hon­nête que menait votre père, [vous] aurez chez vous un bel exemple de tout ce que j’ai déli­bé­ré vous dire. Car il n’a pas en son vivant mépri­sé [la] ver­tu, ni s’est adon­né à [l’]oisiveté, ains********** a ren­du son corps plus robuste par exer­cice, et l’esprit plus endu­rant par périls et dan­gers… Ce ne serait jamais fait, si nous arrê­tions à réci­ter tous ses actes louables. Mais quelque occa­sion s’offrira pour en par­ler une autre fois plus à plein et mieux à pro­pos. Seule­ment je vous ai bien vou­lu, en pas­sant, faire entendre quelle était la nature de feu votre père, selon laquelle il vous convient régler votre vie, pre­nant ses mœurs pour lois, et pareille­ment vous ren­dant imi­ta­teur et ému­la­teur de sa ver­tu. Il serait mal­séant que les peintres repré­sen­tassent ce qu’ils voient de beau ès ani­maux, et que les enfants n’ensuivissent leurs parents ver­tueux.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Loys Le Roy (XVIe siècle)

«Que si tu te remets en mémoire la bonne manière de vivre de feu ton père, n’auras-tu pas vu un bel exemple domes­tique des choses que j’ai envie de te dire? Car il a pas­sé ses jours non en oisi­ve­té, mais fai­sant grand cas de ver­tu, il accou­tu­mait son corps au tra­vail, et son cou­rage — à ne craindre les dan­gers… Le temps nous défau­drait si nous vou­lions nous mettre à racon­ter par le menu toutes ses actions, des­quelles nous par­le­rons une autre fois plus ample­ment. Nous avons ici pro­po­sé le natu­rel d’Hipponicus, ton père, selon lequel tu dois diri­ger tout le cours de vie, y pre­nant exemple tout ain­si qu’à un bon et excellent patron, te pro­po­sant ses mœurs pour [loi] en étant vrai imi­ta­teur et ama­teur de la ver­tu de ton père. Car [ne] serait-il [pas] indigne que les peintres sussent si bien contre­faire tant [de] beaux ani­maux, et que les enfants ne [pussent] ensuivre la bon­té de leurs parents?»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jean Cher­pont (XVIe siècle)

«Quin et patris vitæ ins­ti­tu­tum recor­da­tus, domes­ti­cum ac pul­chrum exem­plum habe­bis eorum quæ a me dicun­tur. Vitam enim ad exi­tum usque per­egit, ita ut nec vir­tu­tem contem­ne­ret, nec socor­diam age­ret : sed cor­pus qui­dem labo­ri­bus exer­cuit, ani­mo autem per­icu­la sus­ti­nuit… Nos vero omne tem­pus defi­ce­ret, si omnes ipsius actiones enu­me­ra­ve­ri­mus. Verum ex iis quid­quid exac­tius des­cri­bi potest, per occa­sio­nem alias decla­ra­bi­mus. Spe­ci­men vero naturæ Hip­po­ni­ci jam pro­tu­li­mus, ad quod tan­quam ad exem­plar (respi­cien­tem) te opor­tet vivere; ipsius qui­dem mores pro lege haben­tem, imi­ta­to­rem vero et æmu­lum paternæ vir­tu­tis fac­tum. Turpe enim (fue­rit), pic­tores qui­dem ex ani­ma­li­bus ea quæ sunt pul­chra expri­mere : libe­ros vero parentes eos qui pro­bi sunt non imi­ta­ri.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de William Bat­tie (XVIIIe siècle)

«Atque adeo, si quod vitæ ins­ti­tu­tum patris tui fue­rit recor­dere, domes­ti­cum et illustre exem­plum habe­bis eorum quæ a me dicun­tur. Nec enim sic exe­git æta­tem, ut vel vir­tu­tem negli­ge­ret, vel igna­viæ se dede­ret; sed et cor­pus labo­ri­bus exer­cuit, et ani­mum ad per­icu­la para­tum habuit… Defi­ce­ret nos omne tem­pus si omnes illius actiones libe­ret enu­me­rare. Sed de his accu­ra­tius alio tem­pore sumus dic­tu­ri : nunc spe­ci­men Hip­po­ni­ci indo­lis exhi­bui­mus, quod tan­quam exem­plar in vita degen­da pro­po­si­tum tibi esse debet, ita ut mores illius pro legi­bus habeas, paternæque vir­tu­tis admi­ra­tor sis et æmu­lus. Nam quum pic­tores pul­cher­ri­ma ani­man­tia peni­cil­lo expri­mant, libe­ris turpe fue­rit parentes vir­tute præs­tantes non imi­ta­ri.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Hie­ro­ny­mus Wolf, revue par l’abbé Atha­nase Auger (XVIIIe siècle)

«Atque adeo, si quod vitæ ins­ti­tu­tum patris tui fue­rit recor­dere, domes­ti­cum et illustre habe­bis exem­plum eorum quæ a me dicun­tur. Nec enim sic exe­git æta­tem, ut vel vir­tu­tem negli­ge­ret, vel igna­viæ sese dede­ret; sed et cor­pus labo­ri­bus exer­cuit, et ani­mum per­icu­lis sub­je­cit… Defi­ce­ret nos omne tem­pus si omnes illius actiones enu­me­ra­re­mus. Sed illas accu­ra­tius alias expli­ca­bi­mus : nunc spe­ci­men Hip­po­ni­ci naturæ exhi­bui­mus, quod tan­quam exem­plar in vita degen­da pro­po­si­tum tibi esse debet, ut mores illius pro legi­bus habeas pater­namque vir­tu­tem admi­re­ris et æmu­le­ris. Nam quum pic­tores pul­chras ani­mantes expri­mant, libe­ris turpe fue­rit parentes vir­tute præs­tantes non imi­ta­ri.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Hie­ro­ny­mus Wolf (XVIe siècle)

«Quin etiam et patris ins­ti­tu­ta recor­da­tus, domes­ti­cum et pul­chrum habe­bis exem­plum a me dic­to­rum. Neque enim negli­gens vir­tu­tis, neque pigri­tans per­egit vitam : sed qui­dem cor­pus labo­ri­bus exer­ce­bat, vero ani­mo per­icu­la sus­ti­ne­bat… Relin­quat enim nos omne tem­pus, si omnes illius actiones dinu­me­ra­vi­mus, sed qui­dem exqui­si­tam ratio­nem ipsa­rum in aliis tem­po­ri­bus decla­ra­bi­mus, spe­ci­men vero Hip­po­ni­ci naturæ nunc exhi­bui­mus, ad quod opor­tet vivere te tam­quam ad exem­plar : legem qui­dem illius mores ratum, imi­ta­to­rem vero et æmu­lum paternæ vir­tu­tis fac­tum. Turpe enim, qui­dem pic­tores effin­gere pul­chra ani­ma­lium, filios vero non imi­ta­ri bonos paren­tum.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Jean Tarin (XVIIe siècle)

«Verum enim vero et patris ins­ti­tu­ta recor­da­tus domes­ti­cum et bonum habe­bis exem­plum a me dic­to­rum. Neque enim negli­gens vir­tu­tem, neque socors exis­tens tran­se­git vitam, sed cor­pus qui­dem labo­ri­bus exer­ce­bat, ani­ma vero per­icu­la subiit… Defi­ce­ret autem nos omne tem­pus, si omnes actiones enu­me­ra­ve­ri­mus, sed evi­den­tiam eorum aliis occa­sio­ni­bus mani­fes­ta­bi­mus. Spe­ci­men vero Hip­po­ni­ci naturæ nunc pro­duxi­mus, ad quod decet vivere te, tan­quam ad exem­plum, legem qui­dem et illius morem arbi­tran­tem, imi­ta­to­rem vero et æmu­la­to­rem paternæ vir­tu­tis fac­tum. Turpe enim pic­tores qui­dem effin­gere bona ani­ma­lium : libe­ros vero non imi­ta­ri bonos paren­tum. Exis­ti­ma vero nul­lum pugi­lum ita decere adver­sus adver­sa­rios se exer­cere, ut tibi videre, ut simi­lis patriis stu­diis fias.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Johann Ger­lach Wil­hel­mi (XVIIe siècle)

«Sed et tu quoque memor patris tui viven­di sectæ, nonne habe­bis pul­chrum ac domes­ti­cum eorum, quæ a me tibi dicen­tur, exem­plum? Neque enim par­vi vir­tu­tem faciens, neque socor­diæ dedi­tus egit æta­tem, sed cor­pus labo­ri­bus exer­ce­bat, ani­mo per­icu­la subi­bat… Tem­pus in præ­sen­tia nos defi­ce­ret, si omnes illius actiones enu­me­rare per­ga­mus, exac­teque de illis nobis alio erit loco dis­se­ren­dum. Nunc signum quod­dam Hip­po­ni­ci sus­tu­li­mus naturæ, ad quem velut exem­plar vitam formes opor­tet, legemque tibi mores illius putes, et imi­ta­to­rem te æmu­lumque vir­tu­tis paternæ præ­beas. Turpe nanque fue­rit pic­tores pul­cher­ri­ma quæque expri­mere ani­man­tium, et libe­ros non imi­ta­ri indus­triam paren­tum.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Rudolf Agri­co­la (XVIe siècle)

«Sed et tu patris sec­ta­tor memi­ne­ris domes­ti­co­rum exem­plo­rum quæ pul­chram eorum quæ a me dicen­tur sum­mam conti­nent. Neque enim is par­vi­fa­ciens vir­tu­tem, neque secor­diæ dedi­tus egit æta­tem, sed cor­pus labo­ri­bus exer­ce­bat, ani­moque per­icu­la subi­bat… Defi­ce­ret nos pro­fec­to tem­pus, si omnes illius actiones enu­me­rare per­ga­mus, sed exac­tius de illis alio tem­pore dif­fe­re­mus. Signum Hip­po­ni­ci nunc naturæ sus­tu­li­mus, cujus tibi viven­dum est velu­ti exem­plo. Legem itaque illius mores arbi­tre­ris. Imi­ta­to­rem atque æmu­lum paternæ te exhi­bens vir­tu­tis. Turpe equi­dem pic­tores fue­rit opti­ma quæque expri­mere ani­man­tium, libe­ros denique non imi­ta­ri indus­triam paren­tum.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine d’Ottmar Nacht­gall, dit Otto­ma­rus Lus­ci­nius (XVIe siècle)

«Quan­quam et patris tui stu­dio­rum recor­da­tus, domes­ti­cum ac pul­chrum habe­bis exem­plum a me dic­to­rum. Non enim par­vi­pen­dens vir­tu­tem, neque tor­pes­cens, tran­se­git vitam; sed cor­pus qui­dem labo­ri­bus exer­cuit, ani­mo autem per­icu­la sus­ti­nuit… Defi­ce­ret autem nos omne tem­pus, si omnes illius actiones dinu­me­ra­re­mus; sed dili­gen­ter ipsas alio tem­pore decla­ra­bi­mus; exem­plum autem Hip­po­ni­ci naturæ nunc extu­li­mus, ad quod opor­tet vivere te, tam­quam ad exem­plar, legem qui­dem, illius morem exis­ti­man­tem, imi­ta­to­rem vero et æmu­lum paternæ vir­tu­tis fac­tum. Turpe enim est pic­tores qui­dem effin­gere pul­chra ani­ma­lia, filios autem non imi­ta­ri stu­dio­sos parentes.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Bar­to­lo­meo Mar­lia­ni (XVIe siècle)

«Præ­te­rea et patris ad memo­riam revo­cans volun­ta­tem atque stu­dia, et domes­ti­cum et pul­chrum habe­bis eorum quæ nunc a me dicun­tur exem­plum : neque enim vir­tu­tem non magni­fa­ciens, tor­pensve vitæ suæ cur­sum fini­vit, cæte­rum cor­pus labo­ri­bus exer­ci­tum, ani­mum autem per­icu­lo­rum tole­ran­tem habuit… Des­ti­tuat antea uni­ver­sum tem­pus per­cu­pien­tem me omnia illius præ­cla­ra com­me­mo­rare fac­ta : at exqui­si­tio­ra horum oppor­tu­nius alias ape­rie­mus : indi­cium dun­taxat Hip­po­ni­ci patris tui naturæ, quod exem­pla­ris in morem viven­do te sequi opor­teat, in medium pro­tu­li­mus, utpote qui illius mores tibi legem exis­times, imi­ta­tor et æmu­la­tor pater­na­rum vir­tu­tum fac­tus. Quod si pic­tores, quæ in ani­man­ti­bus pul­chra sunt, expri­mere pos­sunt, turpe pro­fec­to fue­rit, libe­ros paren­tum non imi­ta­ri stu­dia.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Johann Loni­cer (XVIe siècle)

«Verum enim­ve­ro si consi­lia pater­na mente revo­ca­ve­ris horum a me tibi dic­to­rum domes­ti­cum pul­chrumque habe­bis exem­plum. Ete­nim vir ille neque vir­tu­tem neglexit, neque socor­dia vitam tra­duxit suam; sed cor­pus exer­ce­bat labo­ri­bus; ala­cri ani­mo per­icu­la sus­ten­ta­bat… Tem­pus me ipsum defi­ce­ret si omnes illius viri vir­tutes recen­sere vel­lem : proinde quæ de illo accu­ra­tius dici pos­sunt in aliud tem­pus dif­fe­ra­mus. Inter­im pro­tu­li­mus naturæ Hip­po­ni­ci exem­plum, quod te imi­ta­ri opor­tet, ac tan­quam ad exem­plar vitam tuam ins­ti­tuere, exis­ti­man­tem illius mores esse legem, ac tibi conve­nire imi­ta­to­rem atque æmu­lum esse patritæ vir­tu­tis. Siqui­dem tur­pis­si­mum esset pic­tores quæ pul­chra sunt ani­ma­lia imi­tan­do effin­gere, filios vero ne imi­ta­ri qui­dem egre­gios parentes velle.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Filip­po Beroal­do le Jeune (XVIe siècle)

Téléchargez ces œuvres imprimées au format PDF

Voyez la liste com­plète des télé­char­ge­ments Voyez la liste complète des téléchargements

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

* En grec «Πρὸς Δημόνικον». Éga­le­ment connu sous le titre de «Pros Dêmo­ni­kon Parai­ne­sis» («Πρὸς Δημόνικον Παραίνεσις»), c’est-à-dire «Conseils à Démo­ni­cus». Haut

** «Nico­clès à ses sujets», sect. 3. Haut

*** Plu­tarque, «Vies des dix ora­teurs grecs», vie d’Isocrate. Haut

**** «Pané­gy­rique», sect. 2. Haut

***** «Dis­cours sur la per­mu­ta­tion», sect. 26 (19). Haut

****** En latin «Cujus e ludo, tam­quam ex equo Tro­ja­no, meri prin­cipes exie­runt». Haut

******* En latin «Cujus domus cunctæ Græ­ciæ qua­si ludus qui­dam patuit atque offi­ci­na dicen­di». Haut

******** Georges Per­rot. Haut

********* C’est-à-dire dres­sé et exer­cé. Haut

********** «Ains» signi­fie «mais plu­tôt, mais au contraire». Haut