Mot-clefdémocratie

su­jet

« Kôtoku Shûsui : socialiste et anarchiste japonais »

éd. du Monde libertaire, coll. Graine d’ananar, Paris

éd. du Monde li­ber­taire, coll. Graine d’ananar, Pa­ris

Il s’agit de « Dis­cus­sion sur la “ré­vo­lu­tion vio­lente” à par­tir de ma pri­son » (« Go­ku­chû yori “bô­ryoku ka­ku­mei” wo ronzu »1) et autres trai­tés de Kô­toku Shû­sui2, in­tel­lec­tuel, père de l’anarchisme ja­po­nais, condamné à mort en 1910 pour at­ten­tat sur la per­sonne de l’Empereur et exé­cuté en 1911. Dis­ciple et bio­graphe de Na­kae Chô­min, Kô­toku s’appuya, d’abord, sur les prin­cipes de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise avant de mettre toute sa foi dans le com­mu­nisme li­ber­taire et l’anarchie. En 1903, op­posé fer­me­ment à la guerre russo-ja­po­naise, il quitta avec quelques col­lègues la ré­dac­tion du « Yo­rozu Chôhô »3 (« Les Dix mille Nou­velles du ma­tin »4) et il fonda le cercle Hei­min­sha5 (So­ciété du peuple) avec, pour or­gane, l’hebdomadaire « Hei­min Shim­bun »6 (« Jour­nal du peuple »), dont le nu­méro inau­gu­ral pa­rut la même an­née. De nom­breux autres nu­mé­ros furent in­ter­dits. Kô­toku rê­vait de ci­toyens libres, exer­çant des droits sou­ve­rains. En ce dé­but de siècle où il n’y avait ni suf­frage uni­ver­sel, ni as­sem­blée re­pré­sen­ta­tive, où un abîme sé­pa­rait le peuple de la po­li­tique, il pro­posa « l’action di­recte » (« cho­ku­setsu kôdô »7) comme moyen pour ob­te­nir des droits ou sim­ple­ment du pain. La ré­pres­sion d’État était très sé­vère, la conscience so­ciale — peu dé­ve­lop­pée, l’union entre tra­vailleurs — in­exis­tante. D’autre part, une mi­no­rité di­ri­geante, consti­tuée de mi­li­ta­ristes et d’impérialistes, « en­tra­vait la vie de la ma­jo­rité du peuple, fai­sait fondre toute son épargne, em­por­tait des vies hu­maines pour bâ­tir un grand Em­pire »8. Non seule­ment ce dis­cours de « l’action di­recte » fut dé­formé par les di­ri­geants, qui l’identifièrent avec un pré­tendu com­plot pour as­sas­si­ner l’Empereur, mais il donna lieu, à par­tir de 1910, à des rafles po­li­cières, abou­tis­sant à plus d’une cen­taine d’arrestations parmi les mi­li­tants de gauche. Les au­to­ri­tés dé­pen­saient pour la sur­veillance du seul Kô­toku cent yens par mois ; deux-trois po­li­ciers étaient pos­tés en fac­tion de­vant chez lui et le sur­veillaient jour et nuit. Elles avaient tendu un fi­let ; il ne leur res­tait qu’à abattre les oi­seaux qui s’y étaient pris. Elles avaient creusé une trappe ; il ne leur res­tait qu’à ache­ver le gi­bier qui y était tombé. C’est ce qui ar­riva au plus fa­meux pro­cès de l’histoire du Ja­pon — le pro­cès dit « Kô­toku ji­ken »9 (« af­faire Kô­toku ») ou « tai­gyaku ji­ken »10 (« af­faire du crime de lèse-ma­jesté »11).

  1. En ja­po­nais « 獄中より暴力革命を論ず ». Haut
  2. En ja­po­nais 幸徳秋水. Haut
  3. En ja­po­nais « 萬朝報 ». Haut
  4. Par­fois tra­duit « Le Jour­nal du Ma­tin » ou « Toutes les nou­velles du ma­tin ». Haut
  5. En ja­po­nais 平民社. Haut
  6. En ja­po­nis « 平民新聞 ». Par­fois trans­crit « Hei­min Shin­bun ». Haut
  1. En ja­po­nais 直接行動. Haut
  2. « L’Impérialisme : le spectre du XXe siècle », p. 163. Haut
  3. En ja­po­nais « 幸徳事件 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 大逆事件 ». Haut
  5. Par­fois tra­duit « af­faire de la grande ré­bel­lion », « af­faire de haute tra­hi­son », « af­faire du com­plot de lèse-ma­jesté » ou « af­faire du grand sou­lè­ve­ment ». Haut

Kôtoku, « L’Impérialisme : le spectre du XXe siècle »

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), coll. Réseau Asie, Paris

éd. du Centre na­tio­nal de la re­cherche scien­ti­fique (CNRS), coll. Ré­seau Asie, Pa­ris

Il s’agit du traité « L’Impérialisme : le monstre du XXe siècle » (« Ni­jû­seiki no kai­butsu : tei­ko­ku­shugi »1) de Kô­toku Shû­sui2, in­tel­lec­tuel, père de l’anarchisme ja­po­nais, condamné à mort en 1910 pour at­ten­tat sur la per­sonne de l’Empereur et exé­cuté en 1911. Dis­ciple et bio­graphe de Na­kae Chô­min, Kô­toku s’appuya, d’abord, sur les prin­cipes de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise avant de mettre toute sa foi dans le com­mu­nisme li­ber­taire et l’anarchie. En 1903, op­posé fer­me­ment à la guerre russo-ja­po­naise, il quitta avec quelques col­lègues la ré­dac­tion du « Yo­rozu Chôhô »3 (« Les Dix mille Nou­velles du ma­tin »4) et il fonda le cercle Hei­min­sha5 (So­ciété du peuple) avec, pour or­gane, l’hebdomadaire « Hei­min Shim­bun »6 (« Jour­nal du peuple »), dont le nu­méro inau­gu­ral pa­rut la même an­née. De nom­breux autres nu­mé­ros furent in­ter­dits. Kô­toku rê­vait de ci­toyens libres, exer­çant des droits sou­ve­rains. En ce dé­but de siècle où il n’y avait ni suf­frage uni­ver­sel, ni as­sem­blée re­pré­sen­ta­tive, où un abîme sé­pa­rait le peuple de la po­li­tique, il pro­posa « l’action di­recte » (« cho­ku­setsu kôdô »7) comme moyen pour ob­te­nir des droits ou sim­ple­ment du pain. La ré­pres­sion d’État était très sé­vère, la conscience so­ciale — peu dé­ve­lop­pée, l’union entre tra­vailleurs — in­exis­tante. D’autre part, une mi­no­rité di­ri­geante, consti­tuée de mi­li­ta­ristes et d’impérialistes, « en­tra­vait la vie de la ma­jo­rité du peuple, fai­sait fondre toute son épargne, em­por­tait des vies hu­maines pour bâ­tir un grand Em­pire »8. Non seule­ment ce dis­cours de « l’action di­recte » fut dé­formé par les di­ri­geants, qui l’identifièrent avec un pré­tendu com­plot pour as­sas­si­ner l’Empereur, mais il donna lieu, à par­tir de 1910, à des rafles po­li­cières, abou­tis­sant à plus d’une cen­taine d’arrestations parmi les mi­li­tants de gauche. Les au­to­ri­tés dé­pen­saient pour la sur­veillance du seul Kô­toku cent yens par mois ; deux-trois po­li­ciers étaient pos­tés en fac­tion de­vant chez lui et le sur­veillaient jour et nuit. Elles avaient tendu un fi­let ; il ne leur res­tait qu’à abattre les oi­seaux qui s’y étaient pris. Elles avaient creusé une trappe ; il ne leur res­tait qu’à ache­ver le gi­bier qui y était tombé. C’est ce qui ar­riva au plus fa­meux pro­cès de l’histoire du Ja­pon — le pro­cès dit « Kô­toku ji­ken »9 (« af­faire Kô­toku ») ou « tai­gyaku ji­ken »10 (« af­faire du crime de lèse-ma­jesté »11).

  1. En ja­po­nais « 廿世紀之怪物:帝国主義 ». Par­fois trans­crit « Ni-jis­seiki no kai­butsu » ou « Ni­jus­seiki no kai­butsu ». Haut
  2. En ja­po­nais 幸徳秋水. Haut
  3. En ja­po­nais « 萬朝報 ». Haut
  4. Par­fois tra­duit « Le Jour­nal du Ma­tin » ou « Toutes les nou­velles du ma­tin ». Haut
  5. En ja­po­nais 平民社. Haut
  6. En ja­po­nis « 平民新聞 ». Par­fois trans­crit « Hei­min Shin­bun ». Haut
  1. En ja­po­nais 直接行動. Haut
  2. « L’Impérialisme : le spectre du XXe siècle », p. 163. Haut
  3. En ja­po­nais « 幸徳事件 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 大逆事件 ». Haut
  5. Par­fois tra­duit « af­faire de la grande ré­bel­lion », « af­faire de haute tra­hi­son », « af­faire du com­plot de lèse-ma­jesté » ou « af­faire du grand sou­lè­ve­ment ». Haut

Chômin, « La Source des droits, “Kenri no minamoto” (1882) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

dans « Cent Ans de pen­sée au Ja­pon. Tome II » (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 33-37

Il s’agit de « La Source des droits » (« Kenri no mi­na­moto »1) de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 権利の源 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Idées sur la société, “Shasetsu” (1881) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 27-31

dans « Cent Ans de pen­sée au Ja­pon. Tome II » (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 27-31

Il s’agit d’« Idées sur la so­ciété » (« Sha­setsu »1) de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 社説 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Écrits sur Rousseau et les droits du peuple »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit de « Sur les droits du peuple » (« Min­ken-ron »1) et autres œuvres de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 民権論 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Un An et demi • Un An et demi, suite »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Non fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Ja­pon-Sé­rie Non fic­tion, Pa­ris

Il s’agit d’« Un An et demi » (« Ichi­nen yû­han »1) et « Un An et demi, suite » (« Zoku ichi­nen yû­han »2) de Na­kae Chô­min3, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »4. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »5, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »6). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 一年有半 ». Haut
  2. En ja­po­nais « 続一年有半 ». Haut
  3. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  1. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  2. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  3. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Dialogues politiques entre trois ivrognes »

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), coll. Réseau Asie, Paris

éd. du Centre na­tio­nal de la re­cherche scien­ti­fique (CNRS), coll. Ré­seau Asie, Pa­ris

Il s’agit de « Dia­logues po­li­tiques entre trois ivrognes »1 (« San­sui­jin kei­rin mondô »2) de Na­kae Chô­min3, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »4. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »5, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »6). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. Par­fois tra­duit « Col­loque po­li­tique de trois bu­veurs » ou « L’Entretien des trois bu­veurs sur le gou­ver­ne­ment de l’État ». Haut
  2. En ja­po­nais « 三酔人経綸問答 ». Haut
  3. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  1. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  2. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  3. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Dis­cours sur la per­mu­ta­tion » (« Peri tês an­ti­do­seôs »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Περὶ τῆς ἀντιδόσεως ». Cette œuvre n’est connue en en­tier que de­puis l’édition don­née, en 1812, par An­dré Mous­toxy­dis. Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Éloge d’Hélène » (« He­le­nês En­kô­mion »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Ἑλένης Ἐγκώμιον ». Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, « Œuvres complètes. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’« À Dé­mo­ni­cus » (« Pros Dê­mo­ni­kon »1) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, cé­lèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fa­brique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment en­ri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses en­fants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par le­quel l’homme mon­trait sa su­pé­rio­rité et son mé­rite : « Grâce à [ce] don qui nous est ac­cordé de nous per­sua­der mu­tuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos vo­lon­tés », dit Iso­crate2, « non seule­ment nous avons pu nous af­fran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, in­venté des arts ; et c’est ainsi que nous de­vons à la pa­role le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre es­prit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande fa­culté de l’homme, rien n’est fait avec in­tel­li­gence sans le se­cours de la pa­role ; elle est le guide de nos ac­tions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un es­prit su­pé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages. » Ces ré­flexions et d’autres sem­blables dé­ter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa ti­mi­dité in­sur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent ja­mais de par­ler en pu­blic, du moins de­vant les grandes foules. Les as­sem­blées pu­bliques, com­po­sées quel­que­fois de six mille ci­toyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et so­nore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il dé­cida de l’apprendre aux autres et ou­vrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa ré­pu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dé­si­rer, il di­sait avec un vé­ri­table re­gret : « Je prends dix mines pour mes le­çons, mais j’en paye­rais vo­lon­tiers dix mille à ce­lui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix ». Et quand on lui de­man­dait com­ment, n’étant pas ca­pable de par­ler, il en ren­dait les autres ca­pables : « Je suis », di­sait-il3, « comme la pierre à ra­soir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la fa­ci­lité de cou­per ».

  1. En grec « Πρὸς Δημόνικον ». Éga­le­ment connu sous le titre de « Pros Dê­mo­ni­kon Pa­rai­ne­sis » (« Πρὸς Δημόνικον Παραίνεσις »), c’est-à-dire « Conseils à Dé­mo­ni­cus ». Haut
  2. « Ni­co­clès à ses su­jets », sect. 3. Haut
  1. Plu­tarque, « Vies des dix ora­teurs grecs », vie d’Isocrate. Haut