Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

« Kôtoku Shûsui : socialiste et anarchiste japonais »

éd. du Monde libertaire, coll. Graine d’ananar, Paris

éd. du Monde libertaire, coll. Graine d’ananar, Paris

Il s’agit de « Discussion sur la “révolution violente” à partir de ma prison » (« Gokuchû yori “bôryoku kakumei” wo ronzu » *) et autres traités de Kôtoku Shûsui **, intellectuel japonais condamné à mort en 1910 pour attentat sur la personne de l’Empereur et exécuté en 1911. Fidèle disciple et biographe de Nakae Chômin, Kôtoku s’appuya, d’abord, sur les principes de la Révolution française avant de mettre toute sa foi dans le communisme libertaire et l’anarchie. Il rêvait le citoyen libre, s’épanouissant sans contrainte. À une époque où il n’y avait ni suffrage universel, ni assemblée représentative, et où un gouffre séparait le peuple de la politique, Kôtoku proposa « l’action directe » (« chokusetsu kôdô » ***), à savoir le mouvement direct des travailleurs sans l’intermédiaire des politiciens, comme moyen pour obtenir des droits ou simplement du pain. La répression d’État était alors très sévère, la conscience sociale — peu développée, et l’union entre travailleurs — presque inexistante ; d’autre part, une minorité dirigeante, constituée de militaristes et d’impérialistes, « entravait la vie de la majorité du peuple, faisait fondre toute son épargne, emportait des vies humaines pour bâtir un grand Empire » ****. Non seulement ce discours sur « l’action directe » fut déformé par les autorités, qui l’identifièrent avec un prétendu complot pour assassiner l’Empereur, mais il donna lieu à un des plus célèbres procès dans l’histoire du Japon moderne — le procès dit « Kôtoku jiken » ***** (« Affaire Kôtoku ») ou « Taigyaku jiken » ****** (« Affaire du crime de lèse-majesté ») — lequel fut mené au pas de charge, et aboutit à la condamnation à mort de Kôtoku ainsi que celle de ses sympathisants et de sa compagne Kanno Suga. Ordre fut également donné de retirer des bibliothèques son livre « L’Impérialisme : le monstre du XXe siècle », œuvre visionnaire qui avait précédé de plus de quinze ans celle de Lénine. Et plus tard, l’interdiction fut renouvelée sous l’occupation américaine de 1945 à 1952, preuve que cette œuvre n’avait rien perdu, ni de son tranchant, ni de son lustre, aux yeux des nouveaux censeurs venus instaurer la démocratie au Japon.

Il rêvait le citoyen libre, s’épanouissant sans contrainte

Voici un passage qui donnera une idée du style de « Discussion sur la “révolution violente” à partir de ma prison » : « Il est… cruel et déraisonnable d’accuser un jeune de militer pour l’assassinat de l’Empereur ou pour la lutte armée, alors que l’on parle [simplement] de mouvement révolutionnaire, de notre espoir et de notre revendication de la révolution. Les réunions que nous organisons et les journaux que nous distribuons sur nos théories, c’est ce que nous appelons communément, nous compagnons anarchistes, le mouvement révolutionnaire… La société impériale romaine est morte de sa décadence pour ne pas avoir trouvé de nouvelles idées et un nouveau système. En France, la dynastie des Bourbons était à l’apogée de sa décadence, mais la révolution a remplacé la mort, parce que les idées de Rousseau, Voltaire et Montesquieu avaient préparé une nouvelle vie ; une nouvelle France est née » *******.

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* En japonais « 獄中より暴力革命を論ず ».

** En japonais 幸徳秋水.

*** En japonais 直接行動.

**** « L’Impérialisme : le spectre du XXe siècle », p. 163.

***** En japonais « 幸徳事件 ».

****** En japonais « 大逆事件 ».

******* p. 79-80.