Mot-clefTokutomi Roka (Tokutomi Kenjirô)

auteur

Tokutomi, « Plutôt la mort : roman japonais »

éd. L’Action sociale, Québec

Il s’agit du roman japonais « Hototogisu »* de Tokutomi Roka**, de son vrai nom Tokutomi Kenjirô***. Étant le frère cadet de Tokutomi Sohô, directeur du « Kokumin shimbun »**** (« Journal de la nation »), c’est dans les colonnes de ce quotidien que Tokutomi publia ses premiers articles sur la littérature étrangère, qui mirent en vue son pseudonyme littéraire de Roka (« fleur de roseau »*****). En outre, dans les mêmes colonnes, paraissait en feuilleton en 1898-1899 son « Hototogisu » (« Le Coucou »). Réuni ensuite en volume, ce roman connut un succès phénoménal et fut traduit en vingt langues européennes sous les titres plus ou moins fantaisistes de « Nami-ko » et de « Plutôt la mort ». Le thème de ce roman roulait sur une histoire vraie, à laquelle étaient venues s’ajouter les broderies de Tokutomi. Il se dénouait dans un Japon aux victoires retentissantes, où tout ou presque était devenu occidentalisé et moderne — réseaux télégraphiques, chemins de fer, armée, marine de guerre — tout, à l’exception de la condition de la femme qui restait dans beaucoup de cas, en vertu de préjugés cruels et surannés, l’esclave de la belle-famille où elle entrait par le mariage. L’héroïne principale de « Hototogisu » se nomme Nami-ko. Elle est épousée par Takeo, jeune lieutenant de vaisseau, qui s’en va combattre au loin en la laissant au pouvoir terrible de sa belle-mère. Celle-ci, apprenant que Nami-ko est phtisique, décide de la faire répudier et oblige le père de la jeune fille, l’illustre général Kataoka, à la reprendre. S’ensuit l’indignation du général qui recueille chez lui sa fille, et la construction qu’il fait faire d’un pavillon, dans un endroit tranquille de son parc, pour y soigner la phtisique, laquelle meurt moins de sa maladie que de ses illusions perdues. Revenu des manœuvres militaires, Takeo, qui aime Nami-ko, vient pleurer sur sa tombe. Il n’a d’autre consolation que de relire la lettre d’adieu qu’elle lui a écrite, et dans laquelle elle l’assure de son amour : « Mon corps va redevenir poussière. Quant à mon esprit, il sera toujours auprès de toi ». Incapable de surmonter sa douleur, le malheureux se tient là, lorsque le vieux général survient. À sa vue, Takeo se recule : « Mais, à l’instant même, une main fébrile s’emparait violemment de la sienne ; il leva les yeux et vit le général Kataoka le visage baigné de larmes. Ils se regardèrent, muets, quelques instants. “Takeo-san, moi aussi, j’ai bien souffert !” Ils se tenaient l’un près de l’autre, la main dans la main, et leurs larmes à tous deux coulèrent sur le bord de la tombe »******. Les deux soldats, laissant au cimetière l’objet de leurs regrets, s’en vont ensemble en devisant ; et c’est un dénouement tout à fait ingénu, subtil et profond.

* En japonais « 不如帰 ». Autrefois transcrit « Fujoki », « Hototojisu » ou « Hototoghiçou ». Haut

** En japonais 徳富蘆花. Autrefois transcrit Tokutomi Rokwa. Haut

*** En japonais 徳富健次郎. Autrefois transcrit Tokoutomi Kennjirô. Haut

**** En japonais « 國民新聞 ». Parfois transcrit « Kokumin shinbun ». Haut

***** Autrefois traduit « fleur de ronce ». Haut

****** p. 281. Haut