Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefroman japonais : sujet

Kawabata, « Première Neige sur le mont Fuji et Autres Nouvelles »

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Traductions, Paris

Il s’agit d’« En silence » (« Mugon » *), « Première Neige sur le mont Fuji » (« Fuji no hatsuyuki » **) et autres œuvres de Yasunari Kawabata ***, écrivain japonais qui mérite d’être placé au plus haut sommet de la littérature moderne. « Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma petitesse je ne puis que les vénérer de loin, comme le jeune berger qui, regardant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute », dit M. Yukio Mishima dans une lettre adressée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami ****. Kawabata naquit en 1899. Son père, médecin lettré, mourut de tuberculose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur disparurent à leur tour, emportées par la même maladie. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son dernier et unique parent. Là, dans un village de cinquante et quelques habitations, il passa une enfance solitaire, toute de silence et de mélancolie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satisfaire ses fonctions naturelles, tiraillé entre la compassion et le dégoût. Puis, il montait sur un arbre du jardin et, assis entre les grandes branches, il lisait « jusqu’à ce que vînt à passer une voiture ou un chien qui aboyait » ***** ; ou alors, un carnet à la main, il écrivait à ses parents défunts des lettres d’une érudition et d’une maturité de pensée qu’on s’étonne de rencontrer chez un enfant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous laisser, à moi et à ma sœur encore innocente, une sorte de testament écrit. Vous avez tracé les idéogrammes de “Chasteté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tandis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Cocteau :

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu’au nadir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.

En fait, le poème reste un peu obscur… Mais si l’on arrive tout simplement à graver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne grandira-t-il pas, finalement, lui aussi ? » Lisez la suite›

* En japonais « 無言 ».

** En japonais « 富士の初雪 ».

*** En japonais 川端康成.

**** « Correspondance », p. 61-62.

***** « L’Adolescent : récits autobiographiques », p. 45.

Nosaka, « Nosaka aime les chats »

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit de « Nosaka aime les chats » (« Wagahai wa neko ga suki » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « 吾輩は猫が好き ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Kawabata, « Barques en bambou, “Sasabune” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 85-89

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 85-89

Il s’agit de « Barques en bambou » (« Sasabune » *) de Yasunari Kawabata **, écrivain japonais qui mérite d’être placé au plus haut sommet de la littérature moderne. « Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma petitesse je ne puis que les vénérer de loin, comme le jeune berger qui, regardant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute », dit M. Yukio Mishima dans une lettre adressée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami ***. Kawabata naquit en 1899. Son père, médecin lettré, mourut de tuberculose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur disparurent à leur tour, emportées par la même maladie. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son dernier et unique parent. Là, dans un village de cinquante et quelques habitations, il passa une enfance solitaire, toute de silence et de mélancolie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satisfaire ses fonctions naturelles, tiraillé entre la compassion et le dégoût. Puis, il montait sur un arbre du jardin et, assis entre les grandes branches, il lisait « jusqu’à ce que vînt à passer une voiture ou un chien qui aboyait » **** ; ou alors, un carnet à la main, il écrivait à ses parents défunts des lettres d’une érudition et d’une maturité de pensée qu’on s’étonne de rencontrer chez un enfant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous laisser, à moi et à ma sœur encore innocente, une sorte de testament écrit. Vous avez tracé les idéogrammes de “Chasteté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tandis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Cocteau :

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu’au nadir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.

En fait, le poème reste un peu obscur… Mais si l’on arrive tout simplement à graver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne grandira-t-il pas, finalement, lui aussi ? » Lisez la suite›

* En japonais « 笹舟 ».

** En japonais 川端康成.

*** « Correspondance », p. 61-62.

**** « L’Adolescent : récits autobiographiques », p. 45.

Kawabata, « La Grenade, “Zakuro” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 79-84

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 79-84

Il s’agit de « La Grenade » (« Zakuro » *) de Yasunari Kawabata **, écrivain japonais qui mérite d’être placé au plus haut sommet de la littérature moderne. « Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma petitesse je ne puis que les vénérer de loin, comme le jeune berger qui, regardant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute », dit M. Yukio Mishima dans une lettre adressée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami ***. Kawabata naquit en 1899. Son père, médecin lettré, mourut de tuberculose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur disparurent à leur tour, emportées par la même maladie. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son dernier et unique parent. Là, dans un village de cinquante et quelques habitations, il passa une enfance solitaire, toute de silence et de mélancolie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satisfaire ses fonctions naturelles, tiraillé entre la compassion et le dégoût. Puis, il montait sur un arbre du jardin et, assis entre les grandes branches, il lisait « jusqu’à ce que vînt à passer une voiture ou un chien qui aboyait » **** ; ou alors, un carnet à la main, il écrivait à ses parents défunts des lettres d’une érudition et d’une maturité de pensée qu’on s’étonne de rencontrer chez un enfant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous laisser, à moi et à ma sœur encore innocente, une sorte de testament écrit. Vous avez tracé les idéogrammes de “Chasteté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tandis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Cocteau :

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu’au nadir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.

En fait, le poème reste un peu obscur… Mais si l’on arrive tout simplement à graver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne grandira-t-il pas, finalement, lui aussi ? » Lisez la suite›

* En japonais « ざくろ ».

** En japonais 川端康成.

*** « Correspondance », p. 61-62.

**** « L’Adolescent : récits autobiographiques », p. 45.

Kawabata, « Au fond de l’être, “Ningen no naka” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 83-92

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 83-92

Il s’agit d’« Au fond de l’être » (« Ningen no naka » *) de Yasunari Kawabata **, écrivain japonais qui mérite d’être placé au plus haut sommet de la littérature moderne. « Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma petitesse je ne puis que les vénérer de loin, comme le jeune berger qui, regardant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute », dit M. Yukio Mishima dans une lettre adressée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami ***. Kawabata naquit en 1899. Son père, médecin lettré, mourut de tuberculose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur disparurent à leur tour, emportées par la même maladie. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son dernier et unique parent. Là, dans un village de cinquante et quelques habitations, il passa une enfance solitaire, toute de silence et de mélancolie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satisfaire ses fonctions naturelles, tiraillé entre la compassion et le dégoût. Puis, il montait sur un arbre du jardin et, assis entre les grandes branches, il lisait « jusqu’à ce que vînt à passer une voiture ou un chien qui aboyait » **** ; ou alors, un carnet à la main, il écrivait à ses parents défunts des lettres d’une érudition et d’une maturité de pensée qu’on s’étonne de rencontrer chez un enfant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous laisser, à moi et à ma sœur encore innocente, une sorte de testament écrit. Vous avez tracé les idéogrammes de “Chasteté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tandis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Cocteau :

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu’au nadir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.

En fait, le poème reste un peu obscur… Mais si l’on arrive tout simplement à graver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne grandira-t-il pas, finalement, lui aussi ? » Lisez la suite›

* En japonais « 人間のなか ».

** En japonais 川端康成.

*** « Correspondance », p. 61-62.

**** « L’Adolescent : récits autobiographiques », p. 45.

Nosaka, « Le Moine-Cigale, “Iro hôshi” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 125-144

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 125-144

Il s’agit du « Moine-Cigale » (« Iro hôshi » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « 色法師 ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Kyôka, « La Ronde nocturne de l’agent de police, “Yakô junsa” »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 89-106

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 89-106

Il s’agit de « La Ronde nocturne de l’agent de police » (« Yakô junsa » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 夜行巡査 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « Les Noix glacées, “Kurumi” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 15-22

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 15-22

Il s’agit des « Noix glacées » (« Kurumi » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 胡桃 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « Une Femme fidèle : récits »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit d’« Une Femme fidèle » (« Bake ichô » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 化銀杏 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « La Femme ailée : récits »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit de « La Femme ailée » (« Kechô » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 化鳥 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Akutagawa, « Jambes de cheval »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

Il s’agit de « Jambes de cheval » (« Uma no ashi » *) et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 馬の脚 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Ichiyô, « Le Trente et un Décembre, “Ôtsugomori” »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 45-64

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 45-64

Il s’agit du « Trente et un Décembre » (« Ôtsugomori » *) de Higuchi Ichiyô **, écrivaine japonaise (XIXe siècle), orpheline à dix-sept ans, morte à vingt-quatre ans, et qui malgré la brièveté de sa vie, fut un des auteurs les plus intéressants de sa génération, annonçant avec éclat le retour des femmes sur la scène littéraire de l’Empire du Soleil levant. De son vrai nom Higuchi Natsu *** ou Higuchi Natsuko ****, elle montra un goût très précoce pour la littérature, et suivit, dès 1886, les classes d’une école de poésie traditionnelle de Tôkyô. Elle donnait déjà mieux que des espérances, lorsqu’en 1889, la mort de son père, suivie de celle de son frère aîné, mit sa famille dans la misère. Devenue l’unique soutien de sa mère et de sa sœur cadette, Ichiyô s’essaya, pour gagner de quoi vivre, à écrire des récits sous forme de feuilletons dans la presse quotidienne. Son initiateur à ce genre assez nouveau au Japon fut un journaliste littéraire de l’« Asahi Shimbun » ***** (« Le Journal du Soleil levant »), avec lequel elle entretenait une relation amoureuse ; mais, trahie et abandonnée par ce dernier, elle songea un moment à renoncer à tout. Entre-temps, pour donner aux siens un peu de pain, elle vendait des cahiers dans les ruelles des universités, et des balais aux portes du quartier mal famé du Yoshiwara. Elle fût morte de faim si, en 1893, les romantiques du « Bungakukai » ****** (« Le Monde littéraire ») ne s’étaient aperçus de son génie, et ne lui avaient ouvert les colonnes de leur revue. Elle y publia, en l’espace de quatre ans, une quinzaine de récits et de romans, avant d’être emportée par la tuberculose. Ces œuvres, qui avaient pour caractéristique commune de traiter du malheur des femmes et de leur impuissance à échapper à leur destin, furent chaleureusement accueillies, en particulier par l’écrivain Mori Ôgai, qui leur prédit beaucoup de succès : « On se moquera peut-être de moi », dit-il *******, « en disant que je suis un adorateur d’Ichiyô, peu importe, je ne crains pas d’attribuer à celle-ci le titre de vrai poète ». On peut dire, en effet, qu’Ichiyô était un vrai poète en prose. Fille prodige, elle avait tout appris dans les poèmes classiques, n’ayant pas eu le temps de rien connaître par elle-même. Ses œuvres renvoient abondamment aux grandes anthologies d’autrefois, et quand elle écrit par exemple : « Durant l’hiver de ma quinzième année, alors que j’ignorais tout encore des choses de l’amour, les vents froids apportèrent avec eux une rumeur. Bientôt… on racontait ici et là que j’étais amoureuse… Les rumeurs nous brisent comme les vagues d’une rivière… et nous éclaboussent » ; elle transpose, avec un cœur d’autant plus pur et plus délicat que les facultés rationnelles sont, chez elle, moins développées, le poème suivant du « Kokin-shû » : « À travers le Michinoku coule la Rivière des Rumeurs ; moi j’ai acquis la réputation de séducteur sans même avoir rencontré l’être aimé ; voilà qui m’est pénible ! » Lisez la suite›

* En japonais « 大つごもり ».

** En japonais 樋口一葉. Autrefois transcrit Higoutchi Itchiyo.

*** En japonais 樋口奈津.

**** En japonais 樋口夏子.

***** En japonais 朝日新聞.

****** En japonais 文學界.

******* Dans Claire Dodane, « Postface à “La Treizième Nuit” ».

Ichiyô, « Qui est le plus grand ? : roman »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit de « Qui est le plus grand ? » (« Takekurabe » *) de Higuchi Ichiyô **, écrivaine japonaise (XIXe siècle), orpheline à dix-sept ans, morte à vingt-quatre ans, et qui malgré la brièveté de sa vie, fut un des auteurs les plus intéressants de sa génération, annonçant avec éclat le retour des femmes sur la scène littéraire de l’Empire du Soleil levant. De son vrai nom Higuchi Natsu *** ou Higuchi Natsuko ****, elle montra un goût très précoce pour la littérature, et suivit, dès 1886, les classes d’une école de poésie traditionnelle de Tôkyô. Elle donnait déjà mieux que des espérances, lorsqu’en 1889, la mort de son père, suivie de celle de son frère aîné, mit sa famille dans la misère. Devenue l’unique soutien de sa mère et de sa sœur cadette, Ichiyô s’essaya, pour gagner de quoi vivre, à écrire des récits sous forme de feuilletons dans la presse quotidienne. Son initiateur à ce genre assez nouveau au Japon fut un journaliste littéraire de l’« Asahi Shimbun » ***** (« Le Journal du Soleil levant »), avec lequel elle entretenait une relation amoureuse ; mais, trahie et abandonnée par ce dernier, elle songea un moment à renoncer à tout. Entre-temps, pour donner aux siens un peu de pain, elle vendait des cahiers dans les ruelles des universités, et des balais aux portes du quartier mal famé du Yoshiwara. Elle fût morte de faim si, en 1893, les romantiques du « Bungakukai » ****** (« Le Monde littéraire ») ne s’étaient aperçus de son génie, et ne lui avaient ouvert les colonnes de leur revue. Elle y publia, en l’espace de quatre ans, une quinzaine de récits et de romans, avant d’être emportée par la tuberculose. Ces œuvres, qui avaient pour caractéristique commune de traiter du malheur des femmes et de leur impuissance à échapper à leur destin, furent chaleureusement accueillies, en particulier par l’écrivain Mori Ôgai, qui leur prédit beaucoup de succès : « On se moquera peut-être de moi », dit-il *******, « en disant que je suis un adorateur d’Ichiyô, peu importe, je ne crains pas d’attribuer à celle-ci le titre de vrai poète ». On peut dire, en effet, qu’Ichiyô était un vrai poète en prose. Fille prodige, elle avait tout appris dans les poèmes classiques, n’ayant pas eu le temps de rien connaître par elle-même. Ses œuvres renvoient abondamment aux grandes anthologies d’autrefois, et quand elle écrit par exemple : « Durant l’hiver de ma quinzième année, alors que j’ignorais tout encore des choses de l’amour, les vents froids apportèrent avec eux une rumeur. Bientôt… on racontait ici et là que j’étais amoureuse… Les rumeurs nous brisent comme les vagues d’une rivière… et nous éclaboussent » ; elle transpose, avec un cœur d’autant plus pur et plus délicat que les facultés rationnelles sont, chez elle, moins développées, le poème suivant du « Kokin-shû » : « À travers le Michinoku coule la Rivière des Rumeurs ; moi j’ai acquis la réputation de séducteur sans même avoir rencontré l’être aimé ; voilà qui m’est pénible ! » Lisez la suite›

* En japonais « たけくらべ ».

** En japonais 樋口一葉. Autrefois transcrit Higoutchi Itchiyo.

*** En japonais 樋口奈津.

**** En japonais 樋口夏子.

***** En japonais 朝日新聞.

****** En japonais 文學界.

******* Dans Claire Dodane, « Postface à “La Treizième Nuit” ».

Ichiyô, « La Treizième Nuit et Autres Récits »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

Il s’agit de « La Treizième Nuit » (« Jûsan Ya » *) et autres récits de Higuchi Ichiyô **, écrivaine japonaise (XIXe siècle), orpheline à dix-sept ans, morte à vingt-quatre ans, et qui malgré la brièveté de sa vie, fut un des auteurs les plus intéressants de sa génération, annonçant avec éclat le retour des femmes sur la scène littéraire de l’Empire du Soleil levant. De son vrai nom Higuchi Natsu *** ou Higuchi Natsuko ****, elle montra un goût très précoce pour la littérature, et suivit, dès 1886, les classes d’une école de poésie traditionnelle de Tôkyô. Elle donnait déjà mieux que des espérances, lorsqu’en 1889, la mort de son père, suivie de celle de son frère aîné, mit sa famille dans la misère. Devenue l’unique soutien de sa mère et de sa sœur cadette, Ichiyô s’essaya, pour gagner de quoi vivre, à écrire des récits sous forme de feuilletons dans la presse quotidienne. Son initiateur à ce genre assez nouveau au Japon fut un journaliste littéraire de l’« Asahi Shimbun » ***** (« Le Journal du Soleil levant »), avec lequel elle entretenait une relation amoureuse ; mais, trahie et abandonnée par ce dernier, elle songea un moment à renoncer à tout. Entre-temps, pour donner aux siens un peu de pain, elle vendait des cahiers dans les ruelles des universités, et des balais aux portes du quartier mal famé du Yoshiwara. Elle fût morte de faim si, en 1893, les romantiques du « Bungakukai » ****** (« Le Monde littéraire ») ne s’étaient aperçus de son génie, et ne lui avaient ouvert les colonnes de leur revue. Elle y publia, en l’espace de quatre ans, une quinzaine de récits et de romans, avant d’être emportée par la tuberculose. Ces œuvres, qui avaient pour caractéristique commune de traiter du malheur des femmes et de leur impuissance à échapper à leur destin, furent chaleureusement accueillies, en particulier par l’écrivain Mori Ôgai, qui leur prédit beaucoup de succès : « On se moquera peut-être de moi », dit-il *******, « en disant que je suis un adorateur d’Ichiyô, peu importe, je ne crains pas d’attribuer à celle-ci le titre de vrai poète ». On peut dire, en effet, qu’Ichiyô était un vrai poète en prose. Fille prodige, elle avait tout appris dans les poèmes classiques, n’ayant pas eu le temps de rien connaître par elle-même. Ses œuvres renvoient abondamment aux grandes anthologies d’autrefois, et quand elle écrit par exemple : « Durant l’hiver de ma quinzième année, alors que j’ignorais tout encore des choses de l’amour, les vents froids apportèrent avec eux une rumeur. Bientôt… on racontait ici et là que j’étais amoureuse… Les rumeurs nous brisent comme les vagues d’une rivière… et nous éclaboussent » ; elle transpose, avec un cœur d’autant plus pur et plus délicat que les facultés rationnelles sont, chez elle, moins développées, le poème suivant du « Kokin-shû » : « À travers le Michinoku coule la Rivière des Rumeurs ; moi j’ai acquis la réputation de séducteur sans même avoir rencontré l’être aimé ; voilà qui m’est pénible ! » Lisez la suite›

* En japonais « 十三夜 ».

** En japonais 樋口一葉. Autrefois transcrit Higoutchi Itchiyo.

*** En japonais 樋口奈津.

**** En japonais 樋口夏子.

***** En japonais 朝日新聞.

****** En japonais 文學界.

******* Dans Claire Dodane, « Postface à “La Treizième Nuit” ».

Nosaka, « Les Embaumeurs : roman »

éd. Actes Sud, coll. Lettres japonaises, Arles

éd. Actes Sud, coll. Lettres japonaises, Arles

Il s’agit des « Embaumeurs » (« Tomuraishitachi » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « とむらい師たち ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Nosaka, « La Tombe des lucioles »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit de « La Tombe des lucioles » (« Hotaru no haka » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « 火垂るの墓 ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Nosaka, « Les Pornographes : roman »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit des « Pornographes » (« Erogotoshitachi » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « エロ事師たち ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Nosaka, « Contes de guerre »

éd. du Seuil, Paris

éd. du Seuil, Paris

Il s’agit des « Contes de guerre » (« Sensô dôwashû » *) de M. Akiyuki Nosaka **, écrivain japonais de talent, mais qui, harcelé par le sentiment de culpabilité, a semé dans presque toutes les pages de ses récits l’obscénité la plus grotesque et la plus animale. Ce sentiment de culpabilité est né en lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand il a vu mourir sa sœur âgée d’un an et quatre mois, toute décharnée après des mois de famine : « Quand je pense comment ma sœur, qui n’avait plus que les os et la peau, ne parvenait plus à relever la tête ni même à pleurer, comment elle mourut seule, comment enfin il ne restait que des cendres après sa crémation, je me rends compte que j’avais été trop préoccupé par ma propre survie. Dans les horreurs de la famine, j’avais mangé ses parts de nourriture » ***. Son travail d’écrivain s’est entièrement construit sur cette expérience qu’il a cependant travestie, narrée en se faisant plaisir à lui-même, dans « La Tombe des lucioles ». Car, en vérité, il n’était pas aussi tendre que l’adolescent du récit. Il était cruel : c’est en mangeant le dû de sa sœur qu’il a survécu, et c’est en refoulant cette cruauté qu’il a écrit « La Tombe des lucioles » qui lui a permis par la suite de gagner sa vie : « J’ai triché avec cette souffrance — la plus grande, je crois, qui se puisse imaginer — celle d’[un parent plongé] dans l’incapacité de nourrir son enfant. Et moi qui suis plutôt d’un naturel allègre, j’en garde une dette, une blessure profonde, même si les souvenirs à la longue s’estompent » ****. C’est cette blessure infectée, saturée d’odeurs nauséabondes, que M. Nosaka ouvre au soleil dans ses récits et qu’il met sous le nez de son public, en criant aussi haut qu’il peut, la bouche encore amère des absinthes humaines : Regardez ! Lisez la suite›

* En japonais « 戦争童話集 ».

** En japonais 野坂昭如.

*** Akiyuki Nosaka, « 五十歩の距離 » (« La Distance de cinquante pas »), inédit en français.

**** Philippe Pons, « “Je garde une blessure profonde” : un entretien avec le romancier ».

Kawabata, « Les Pissenlits : roman [inachevé] »

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Traductions, Paris

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Traductions, Paris

Il s’agit des « Pissenlits » (« Tanpopo » *) de Yasunari Kawabata **, écrivain japonais qui mérite d’être placé au plus haut sommet de la littérature moderne. « Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma petitesse je ne puis que les vénérer de loin, comme le jeune berger qui, regardant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute », dit M. Yukio Mishima dans une lettre adressée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami ***. Kawabata naquit en 1899. Son père, médecin lettré, mourut de tuberculose en 1901 ; sa mère, sa grand-mère et sa sœur disparurent à leur tour, emportées par la même maladie. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son dernier et unique parent. Là, dans un village de cinquante et quelques habitations, il passa une enfance solitaire, toute de silence et de mélancolie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satisfaire ses fonctions naturelles, tiraillé entre la compassion et le dégoût. Puis, il montait sur un arbre du jardin et, assis entre les grandes branches, il lisait « jusqu’à ce que vînt à passer une voiture ou un chien qui aboyait » **** ; ou alors, un carnet à la main, il écrivait à ses parents défunts des lettres d’une érudition et d’une maturité de pensée qu’on s’étonne de rencontrer chez un enfant : « Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous laisser, à moi et à ma sœur encore innocente, une sorte de testament écrit. Vous avez tracé les idéogrammes de “Chasteté” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tandis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Cocteau :

Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu’au nadir ;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.

En fait, le poème reste un peu obscur… Mais si l’on arrive tout simplement à graver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne grandira-t-il pas, finalement, lui aussi ? » Lisez la suite›

* En japonais « たんぽぽ ».

** En japonais 川端康成.

*** « Correspondance », p. 61-62.

**** « L’Adolescent : récits autobiographiques », p. 45.

Rohan, « La Pagode à cinq étages et Autres Récits »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

Il s’agit de « La Pagode à cinq étages » * (« Gojûnotô » **), « Face au crâne » *** (« Taidokuro » ****) et autres œuvres de Kôda Shigeyuki *****, plus connu sous le surnom de Kôda Rohan ******, feuilletoniste japonais (XIXe-XXe siècle). Fortement marqué par le bouddhisme, il fut surtout un indépendant et un solitaire. Durant son séjour en Hokkaidô, ayant abandonné son poste avantageux d’ingénieur-télégraphe, il s’était lié d’amitié avec un moine, et peu après son retour à Tôkyô, s’étant rasé les cheveux, il s’était si souvent plongé dans la lecture de soûtras que ses parents avaient cru un moment qu’il se ferait moine. Voici en quels termes il se décrit ******* : « Je ne claironne pas mes goûts artistiques. Je ne suis qu’un simple escargot de cinq pieds qui ne peut tenir en place, et rampe du nord au sud et d’est en ouest, poussé par le désir de voir autant du monde que permettent les yeux incertains de ses antennes… “Loin des villages, dormons avec la rosée, sur un oreiller d’herbes”. C’est un poème que je composai une nuit où je m’étais arrêté épuisé dans un coin de campagne lors d’un voyage en solitaire dans le Michinoku. Dès lors, je pris le nom de Rohan [“compagnon de la rosée”] ******** ». Au temple de Tennô à Tôkyô, connu pour sa pagode à cinq étages, il vit, un jour, une beauté qui visitait une tombe, un chrysanthème à la main. Il pensa à elle une bonne semaine, se la représentant en déesse Kishimojin, une grenade à la main. Sorte de sculpture bouddhique vivante, elle devint le sujet du « Bouddha d’Amour » ********* (« Fûryû-butsu » **********), son premier feuilleton. Le 19 octobre 1889, Uchida Roan, critique célèbre, salua la venue de cette œuvre qui ne laissait voir que peu de signes extérieurs d’influence occidentale dans une période d’occidentalisation forcenée : « Ah ! pour la première fois après la mort de Saikaku il y a deux cents ans, ce style splendide… le Ciel ne l’a pas encore détruit ! » Lisez la suite›

* Parfois traduit « La Pagode aux cinq toits » ou « La Pagode à cinq niveaux ».

** En japonais « 五重塔 ».

*** Parfois traduit « Tête-à-tête avec le squelette ».

**** En japonais « 対髑髏 ». Également connu sous le titre d’« Engaien » (« 縁外縁 »), c’est-à-dire « Liaison contre destin ».

***** En japonais 幸田成行. Parfois transcrit Nariyuki Koda ou Kôda Nariyouki.

****** En japonais 幸田露伴.

******* « Face au crâne », ch. 1.

******** Il y a aussi, dans le choix de ce nom de « compagnon de la rosée », une allusion aux « Vies des sages éminents » (« 高士傳 »), inédites en français : « Guang dut dormir avec la rosée et affronter l’hiver… Il s’allongea et ne bougea plus. Les gens le tinrent pour mort. Lorsqu’ils le regardèrent, il était comme avant ».

********* Parfois traduit « Le Bouddha sculpté par Amour », « Un Bouddha en ce monde », « Un Bouddha dans ce monde », « Bouddha d’élégance » ou « Bouddha élégant ».

********** En japonais « 風流仏 ».

Yamamoto, « Barberousse : roman »

éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco

éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco

Il s’agit de « L’Étrange Histoire du dispensaire de Barberousse » (« Akahige shinryôtan » *) de M. Satomu Shimizu **, romancier japonais, plus connu sous le surnom de Shûgorô Yamamoto ***. M. Shimizu naquit en 1903. Faute de moyens financiers, il abandonna ses études secondaires et entra en tant que commis dans une librairie de Tôkyô, dont le patron le prit en affection et lui permit d’étudier chaque soir. Mais le grand tremblement de terre de 1923 contraignit la librairie à fermer ses portes. Après un séjour à Ôsaka, où il fit ses débuts dans un journal local, M. Shimizu regagna Tôkyô et décida de se consacrer à l’écriture. Une nouvelle inspirée de son séjour et intitulée « Au bord du temple de Suma » (« Sumadera fukin » ****) marqua son entrée dans le monde littéraire. Une faute de l’éditeur attribua pourtant cette nouvelle à Shûgorô Yamamoto, le défunt patron de la librairie, que M. Shimizu considérait comme son père spirituel. L’écrivain gardera désormais ce surnom. À la manière d’Émile Zola, M. Shimizu savait remuer longuement et tristement tous les dessous de la société humaine ; ramasser des têtes éparses en une masse formidable ; mettre la foule en mouvement : « Il s’attarde aux bas-fonds de la bête humaine, au jeu des forces du sang et des nerfs en ce qu’elles ont de plus insultant pour l’orgueil humain. Il fouille et étale les laideurs secrètes de la chair et ses malfaisances… Il y a dans presque tous ses romans, autour des protagonistes, une quantité de personnages secondaires, un “servum pecus” ***** qui souvent marche en bande, qui fait le fond de la scène, et qui s’en détache et prend la parole par intervalles, à la façon du chœur antique » ******. Ce sont, dans « L’Étrange Histoire du dispensaire de Barberousse », le chœur des malades et celui des laissés pour compte ; dans « Le Quartier sans saisons » (« Kisetsu no nai machi » *******), le chœur des misérables et celui des sans-le-sou ; dans « Le Sapin, seul, est resté » (« Momi no ki wa nokotta » ********), le chœur des chefs provinciaux intimidés par le shôgun ; dans le « Conte du bateau de pêche bleu » (« Aobeka monogatari » *********), le chœur des pêcheurs. Par eux, les figures du premier plan se trouvent mêlées à une large portion d’humanité ; et comme cette humanité est mêlée elle-même à la vie des choses, il se dégage de ces vastes ensembles une impression de fourmilière immense, profonde, grouillant dans l’ombre ou, au contraire, pétillant au soleil, déroulant des vies qui se suivent sans fin. Lisez la suite›

* En japonais « 赤ひげ診療譚 ».

** En japonais 清水三十六.

*** En japonais 山本周五郎.

**** En japonais « 須磨寺附近 », inédit en français.

***** Un « troupeau servile ».

****** Jules Lemaître, « Les Contemporains. Tome I ».

******* En japonais « 季節のない街 », inédit en français.

******** En japonais « 樅ノ木は残った », inédit en français.

********* En japonais « 青べか物語 », inédit en français.