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Tu Fu, «Œuvre poétique. Tome III. Au bout du monde (759)»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque chi­noise, Paris

Il s’agit de l’«Œuvre poé­tique» de Tu Fu* qui se défi­nit par la sobrié­té des sen­ti­ments et l’exact réa­lisme des tableaux. Sans se per­mettre des com­men­taires trop per­son­nels, s’effaçant, dis­pa­rais­sant en tant qu’auteur devant ses poé­sies qui parlent d’elles-mêmes, Tu Fu peint les scènes fami­lières de la vie cou­rante, les misères du petit peuple en proie à la guerre, à la famine et aux injus­tices. Son «Œuvre poé­tique» adopte un ton égal et appa­rem­ment impas­sible, mais qu’un détail vient tout à coup rendre vivant, voire poi­gnant, grâce au choix de deux ou trois mots («der­rière les portes de laque rouge, viandes et vins empestent; sur les che­mins, les affa­més laissent leurs os gelés») aux­quels l’auteur sait don­ner leur valeur entière, et qu’on dirait écrits pour l’éternité. Tu Fu est, à ce titre, le plus clas­sique des poètes chi­nois, même s’il y en a d’autres dont le génie est supé­rieur au sien**. «Le trait prin­ci­pal de son talent, celui qui domine l’œuvre et vient le pre­mier à l’esprit cher­chant une impres­sion géné­rale, c’est le carac­tère conscient et comme réflé­chi de ses œuvres. Tu Fu est un artiste tou­jours sûr et conscient de ses moyens, sachant tou­jours par­fai­te­ment le but auquel il tend. Il n’a guère d’élans impré­vus, de digres­sions dues à des émo­tions spon­ta­né­ment écloses; il règle ses œuvres et leur effet avec la per­fec­tion d’un méca­nisme infaillible, ne lais­sant rien au hasard, n’omettant rien d’essentiel, n’ajoutant rien de super­flu… Mais ce sont là, pré­ci­sé­ment, les traits essen­tiels des prin­cipes de l’école clas­sique, les qua­li­tés idéales aux­quelles tend… la men­ta­li­té artis­tique des Tang***, période du clas­si­cisme chi­nois», dit M. Georges Mar­gou­liès.

* En chi­nois 杜甫. Par­fois trans­crit Du Fu, Dou-fou, Thou-fou, Thu Fu ou Tou Fou. Haut

** Li Po et Bai Juyi. Haut

*** De l’an 618 à l’an 907. Haut

Ôgai, «Vengeance sur la plaine du temple Goji-in et Autres Récits historiques»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit des «Der­niers Mots» («Sai­go no ikku»*), «Ven­geance sur la plaine du temple Goji-in» («Gojiin­ga­ha­ra no kata­kiu­chi»**) et autres nou­velles de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «最後の一句». Haut

** En japo­nais «護持院原の敵討». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Le Testament d’Okitsu Yagoemon, “Okitsu Yagoemon no isho”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 155-175

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 155-175

Il s’agit du «Tes­ta­ment d’Okitsu Yagoe­mon» («Okit­su Yagoe­mon no isho»*) de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «興津弥五右衛門の遺書». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «La Danseuse»

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

éd. du Rocher, coll. Nou­velle, Mona­co

Il s’agit de «La Dan­seuse»*Mai­hime»**) de Mori Ôgai***, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Bal­le­rine». Haut

** En japo­nais «舞姫». Haut

*** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

**** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

***** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

****** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «L’Intendant Sanshô : récits»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit du «Clan Abe»*Abe ichi­zo­ku»**) et de «L’Intendant San­shô»***San­shô dayû»****) de Mori Ôgai*****, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»******. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il*******, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»********) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* Par­fois tra­duit «La Famille Abe» ou «La Famille des Abe». Haut

** En japo­nais «阿部一族». Haut

*** Par­fois tra­duit «Le Com­man­dant San­shô». Haut

**** En japo­nais «山椒大夫». Haut

***** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

****** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

******* «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

******** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Le Jeune Homme : roman»

éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco

éd. du Rocher, coll. Série japo­naise, Mona­co

Il s’agit du «Jeune Homme» («Sei­nen»*) de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «青年». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Chimères»

éd. Payot & Rivages, coll. Rivages poche-Petite Bibliothèque, Paris

éd. Payot & Rivages, coll. Rivages poche-Petite Biblio­thèque, Paris

Il s’agit du «Ser­pent» («Hebi»*), «Chi­mères»**Môsô»***) et autres nou­velles de Mori Ôgai****, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»*****. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il******, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*******) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «». Haut

** Par­fois tra­duit «Rêve­ries». Haut

*** En japo­nais «妄想». Par­fois trans­crit «Môzô». Haut

**** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

***** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

****** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

******* En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «Vita sexualis, ou l’Apprentissage amoureux du professeur Kanai Shizuka»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «Vita sexua­lis»* de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «ヰタ・セクスアリス». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

Ôgai, «L’Oie sauvage»

éd. Cambourakis, Paris

éd. Cam­bou­ra­kis, Paris

Il s’agit de «L’Oie sau­vage» («Gan»*) de Mori Ôgai**, méde­cin mili­taire, haut fonc­tion­naire, tra­duc­teur et homme de lettres. Aucun intel­lec­tuel de l’ère Mei­ji ne résume peut-être mieux qu’Ôgai les chan­ge­ments radi­caux qui bou­le­ver­sèrent la socié­té japo­naise en l’espace de quelques décen­nies, entre la fin du XIXe siècle et le début du sui­vant. L’œuvre d’Ôgai et les évé­ne­ments mêmes de sa vie peuvent être lus comme un témoi­gnage du pro­ces­sus dou­lou­reux qui trans­for­ma le pays d’un régime semi-féo­dal, tel qu’il était encore à la chute du shô­gu­nat, en une nation capable de riva­li­ser de plain-pied avec les puis­sances mon­diales. Se retrouvent chez lui tous les traits typiques de «l’homme nou­veau» de Mei­ji par­ta­gé entre ser­vice scru­pu­leux de l’État, héri­tage de la morale du pas­sé et engoue­ment pour les modèles de pen­sée impor­tés d’Europe. Son séjour d’étude en Alle­magne, ain­si que les arrêts qu’il fit en France, coïn­ci­dèrent avec sa décou­verte d’une autre concep­tion des connais­sances humaines : «Tout ce qui est humain [trouve] comme un écho en nous; de sorte que, si des idées nou­velles, des théo­ries nou­velles sur­gissent sur la scène du monde et y deviennent actives, dans la mesure où la plus nova­trice même de ces théo­ries est le pro­duit des connais­sances humaines… aus­si extra­va­gante soit-[elle], nous en nous en por­tons peu ou prou les germes au cœur de nos [propres] pen­sées»***. De retour au Japon, l’engagement constant d’Ôgai à dif­fu­ser lit­té­ra­tures, sciences et phi­lo­so­phies étran­gères montre quelle empreinte inef­fa­çable l’universalisme euro­péen avait lais­sée en ce des­cen­dant d’une lignée de samou­raïs. Ses lourdes obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles (il cumu­la les fonc­tions d’inspecteur géné­ral des Ser­vices de san­té et de direc­teur du Bureau médi­cal du minis­tère de l’Armée de terre) ne l’empêchèrent pas de se dévouer, avec le plus noble esprit d’altruisme et une éner­gie infa­ti­gable, à la tra­duc­tion d’innombrables nou­velles, poé­sies, pièces de théâtre (Dau­det, Gœthe, Schnitz­ler, Schmidt­bonn, Heine, Lenau, Byron, Poe, Ibsen, Strind­berg, Kouz­mine, Tour­gué­niev, Ler­mon­tov, Andreïev, Dos­toïevs­ki, Tol­stoï…) : «À pré­sent», se féli­ci­ta-t-il****, «la lit­té­ra­ture raf­fi­née de l’Ouest est entrée dans nos terres en même temps que ses prin­cipes phi­lo­so­phiques ultimes». Bien que fidèle au régime impé­rial, Ôgai en sou­hai­tait l’évolution. Il par­ta­geait l’inquiétude et défen­dait l’audace des intel­lec­tuels, comme en témoignent son pam­phlet «La Tour du silence» («Chim­mo­ku no tô»*****) et les conseils qu’il osa don­ner à Hiraide Shû, l’avocat des accu­sés de l’affaire Kôto­ku qui, comme l’affaire Drey­fus en France, sus­ci­ta la répro­ba­tion géné­rale. Il fut, enfin, le pre­mier grand auteur du Japon moderne.

* En japo­nais «». Haut

** En japo­nais 森鷗外. De son vrai nom Mori Rin­ta­rô (森林太郎). Haut

*** «Chaos; trad. Emma­nuel Loze­rand». Haut

**** «“Shi­ga­ra­mi zôshi” no koro»(«「柵草紙」のころ»), c’est-à-dire «Le Ter­ri­toire propre de “Notes à contre-cou­rant”», inédit en fran­çais. Haut

***** En japo­nais «沈黙の塔». Par­fois trans­crit «Chin­mo­ku no tô». Haut

«Contes et Légendes annamites»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la lit­té­ra­ture popu­laire du Viêt-nam. Long­temps dédai­gnée par les let­trés, parce qu’elle ne menait pas aux car­rières man­da­ri­nales, cette lit­té­ra­ture avait tou­jours été culti­vée par l’effort ano­nyme du peuple. Ain­si donc, à côté de la lit­té­ra­ture offi­cielle, qui chan­tait en vers savants les hommes et les choses de la Chine, il exis­tait une lit­té­ra­ture popu­laire, en grande par­tie orale, qui expri­mait sous une forme tan­tôt naïve et simple, tan­tôt nar­quoise et volon­tiers humo­ris­tique, l’âme popu­laire du Viêt-nam. «Tan­dis que les let­trés s’enfermaient dans leur tour d’ivoire et se plai­saient à com­po­ser des vers chi­nois qui, ici, res­semblent bien aux vers latins, ou à com­men­ter les vieux clas­siques, le peuple tra­vaillait à for­mer la langue et à pro­duire cette riche lit­té­ra­ture popu­laire com­po­sée de dic­tons, de pro­verbes, de sen­tences, de dis­tiques, de phrases, locu­tions et expres­sions plus ou moins asso­nan­cées por­tant des allu­sions aux faits du pas­sé ou aux cou­tumes locales, et sur­tout de chan­sons, de ces belles et douces chan­sons qui s’élèvent les nuits d’été du fond des paillotes ou de l’immensité des rizières et des étangs et semblent se réper­cu­ter dans l’espace jusqu’à la cime fris­son­nante des bam­bous. Elles sont, ces chan­sons, d’un charme infi­ni, d’une sua­vi­té pro­fonde. Qui­conque a enten­du une fois chan­ter par des repi­queuses de riz du del­ta ton­ki­nois ou des sam­pa­nières de la rivière de Huê des chan­sons comme celle-ci :

Mon­tagne, ô mon­tagne, pour­quoi êtes-vous si haute?
Vous cachez le soleil et vous me cachez le visage de mon bien-aimé!

n’oubliera jamais cet accent d’indéfinissable mélan­co­lie lamar­ti­nienne qui révèle le fonds de poé­sie de la race, en même temps qu’il montre l’excellence de la langue capable d’exprimer de tels sen­ti­ments», dit très bien Phạm Quỳnh

Pham Duy Khiêm, «Ma Mère : roman»

manuscrit

manus­crit

Il s’agit de «Ma Mère» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut

«Les Aïnous des îles Kouriles»

dans « Journal of the College of Science, Imperial University of Tokyo », vol. 42, p. 1-337

dans «Jour­nal of the Col­lege of Science, Impe­rial Uni­ver­si­ty of Tokyo», vol. 42, p. 1-337

Il s’agit de contes tra­di­tion­nels des Aïnous*. À l’instar des Amé­rin­diens, ce qui reste aujourd’hui du peuple aïnou, autre­fois si remar­quable et si épris de liber­té, est exclu­si­ve­ment et misé­ra­ble­ment can­ton­né dans les réserves de l’île de Hok­kai­dô; il est en voie d’extinction, aban­don­né à un sort peu enviable, qu’il ne mérite pas. Avant l’établissement des Japo­nais, le ter­ri­toire aïnou s’étendait de l’île de Hok­kai­dô, appe­lée Ezo, jusqu’aux deux pro­lon­ge­ments de cette île, égre­nés comme des cha­pe­lets, se déployant l’un vers le Nord-Ouest, l’autre vers le Nord-Est : l’île de Sakha­line, appe­lée Kita-Ezo**Ezo du Nord»); et l’archipel des Kou­riles, appe­lé Oku-Ezo***Ezo des confins»). Ce n’est qu’au début du XVIIe siècle que l’État japo­nais inves­tit un daï­mio à Mat­su­mae, mais celui-ci se conten­tait en quelque sorte de mon­ter la garde contre les Aïnous. Il n’avait aucune idée sérieuse du ter­ri­toire de ces «hommes poi­lus» («kebi­to»****) dont il igno­rait tout ou à peu près tout, et il inter­di­sait à ses sujets de s’y aven­tu­rer loin ou d’y entre­prendre quoi que ce soit, rap­porte le père de Ange­lis. Terres par­fai­te­ment négli­geables et négli­gées, ces îles furent la seule par­tie du globe qui échap­pa à l’activité infa­ti­gable du capi­taine Cook. Et à ce titre, elles pro­vo­quèrent la curio­si­té de La Pérouse, qui, depuis son départ de France, brû­lait d’impatience d’être le pre­mier à y avoir abor­dé. En 1787, les fré­gates sous son com­man­de­ment mouillèrent devant Sakha­line, et les Fran­çais, des­cen­dus à terre, entrèrent en contact avec «une race d’hommes dif­fé­rente de celle des Japo­nais, des Chi­nois, des Kamt­cha­dales et des Tar­tares dont ils ne sont sépa­rés que par un canal»*****. C’étaient les Aïnous. Quoique n’ayant jamais abor­dé aux Kou­riles, La Pérouse éta­blit avec cer­ti­tude, d’après la rela­tion de Kra­ché­nin­ni­kov et l’identité du voca­bu­laire com­po­sé par ce Russe avec celui qu’il recueillit sur place, que les habi­tants des Kou­riles, ceux de Sakha­line et de Hok­kai­dô avaient «une ori­gine com­mune». Leurs manières douces et graves et leur intel­li­gence éten­due firent impres­sion sur La Pérouse, qui les com­pa­ra à celles des Euro­péens ins­truits : «Nous par­vînmes à leur faire com­prendre que nous dési­rions qu’ils figu­rassent la forme de leur pays et de celui des Mand­chous. Alors, un des vieillards se leva, et avec le bout de sa pique, il figu­ra la côte de Tar­ta­rie à l’Ouest, cou­rant à peu près [du] Nord [au] Sud. À l’Est, vis-à-vis et dans la même direc­tion, il figu­ra… son propre pays; il avait lais­sé entre la Tar­ta­rie et son île un détroit, et se tour­nant vers nos vais­seaux qu’on aper­ce­vait du rivage, il mar­qua, par un trait, qu’on pou­vait y pas­ser… Sa saga­ci­té pour devi­ner toutes nos ques­tions était extrême, mais moindre encore que celle d’un second insu­laire, âgé à peu près de trente ans, qui, voyant que les figures tra­cées sur le sable s’effaçaient, prit un de nos crayons avec du papier. Il y figu­ra son île [et tra­ça] par des traits le nombre de jour­nées de pirogue néces­saire pour se rendre du lieu où nous étions [jusqu’à] l’embouchure du Séga­lien******»

* On ren­contre aus­si les gra­phies Aïnos et Ainu. Ce terme signi­fie «être humain» dans la langue du même nom. Haut

** En japo­nais 北蝦夷. Haut

*** En japo­nais 奥蝦夷. Par­fois trans­crit Oku-Yezo, Oko-Ieso ou Okou-Yes­so. Haut

**** En japo­nais 毛人. Haut

***** «Le Voyage de Lapé­rouse (1785-1788). Tome II», p. 387. Haut

****** L’actuel fleuve Amour. Haut

«Tombent, tombent les gouttes d’argent : chants du peuple aïnou»

éd. Gallimard, coll. L’Aube des peuples, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Aube des peuples, Paris

Il s’agit de chants tra­di­tion­nels des Aïnous*. À l’instar des Amé­rin­diens, ce qui reste aujourd’hui du peuple aïnou, autre­fois si remar­quable et si épris de liber­té, est exclu­si­ve­ment et misé­ra­ble­ment can­ton­né dans les réserves de l’île de Hok­kai­dô; il est en voie d’extinction, aban­don­né à un sort peu enviable, qu’il ne mérite pas. Avant l’établissement des Japo­nais, le ter­ri­toire aïnou s’étendait de l’île de Hok­kai­dô, appe­lée Ezo, jusqu’aux deux pro­lon­ge­ments de cette île, égre­nés comme des cha­pe­lets, se déployant l’un vers le Nord-Ouest, l’autre vers le Nord-Est : l’île de Sakha­line, appe­lée Kita-Ezo**Ezo du Nord»); et l’archipel des Kou­riles, appe­lé Oku-Ezo***Ezo des confins»). Ce n’est qu’au début du XVIIe siècle que l’État japo­nais inves­tit un daï­mio à Mat­su­mae, mais celui-ci se conten­tait en quelque sorte de mon­ter la garde contre les Aïnous. Il n’avait aucune idée sérieuse du ter­ri­toire de ces «hommes poi­lus» («kebi­to»****) dont il igno­rait tout ou à peu près tout, et il inter­di­sait à ses sujets de s’y aven­tu­rer loin ou d’y entre­prendre quoi que ce soit, rap­porte le père de Ange­lis. Terres par­fai­te­ment négli­geables et négli­gées, ces îles furent la seule par­tie du globe qui échap­pa à l’activité infa­ti­gable du capi­taine Cook. Et à ce titre, elles pro­vo­quèrent la curio­si­té de La Pérouse, qui, depuis son départ de France, brû­lait d’impatience d’être le pre­mier à y avoir abor­dé. En 1787, les fré­gates sous son com­man­de­ment mouillèrent devant Sakha­line, et les Fran­çais, des­cen­dus à terre, entrèrent en contact avec «une race d’hommes dif­fé­rente de celle des Japo­nais, des Chi­nois, des Kamt­cha­dales et des Tar­tares dont ils ne sont sépa­rés que par un canal»*****. C’étaient les Aïnous. Quoique n’ayant jamais abor­dé aux Kou­riles, La Pérouse éta­blit avec cer­ti­tude, d’après la rela­tion de Kra­ché­nin­ni­kov et l’identité du voca­bu­laire com­po­sé par ce Russe avec celui qu’il recueillit sur place, que les habi­tants des Kou­riles, ceux de Sakha­line et de Hok­kai­dô avaient «une ori­gine com­mune». Leurs manières douces et graves et leur intel­li­gence éten­due firent impres­sion sur La Pérouse, qui les com­pa­ra à celles des Euro­péens ins­truits : «Nous par­vînmes à leur faire com­prendre que nous dési­rions qu’ils figu­rassent la forme de leur pays et de celui des Mand­chous. Alors, un des vieillards se leva, et avec le bout de sa pique, il figu­ra la côte de Tar­ta­rie à l’Ouest, cou­rant à peu près [du] Nord [au] Sud. À l’Est, vis-à-vis et dans la même direc­tion, il figu­ra… son propre pays; il avait lais­sé entre la Tar­ta­rie et son île un détroit, et se tour­nant vers nos vais­seaux qu’on aper­ce­vait du rivage, il mar­qua, par un trait, qu’on pou­vait y pas­ser… Sa saga­ci­té pour devi­ner toutes nos ques­tions était extrême, mais moindre encore que celle d’un second insu­laire, âgé à peu près de trente ans, qui, voyant que les figures tra­cées sur le sable s’effaçaient, prit un de nos crayons avec du papier. Il y figu­ra son île [et tra­ça] par des traits le nombre de jour­nées de pirogue néces­saire pour se rendre du lieu où nous étions [jusqu’à] l’embouchure du Séga­lien******»

* On ren­contre aus­si les gra­phies Aïnos et Ainu. Ce terme signi­fie «être humain» dans la langue du même nom. Haut

** En japo­nais 北蝦夷. Haut

*** En japo­nais 奥蝦夷. Par­fois trans­crit Oku-Yezo, Oko-Ieso ou Okou-Yes­so. Haut

**** En japo­nais 毛人. Haut

***** «Le Voyage de Lapé­rouse (1785-1788). Tome II», p. 387. Haut

****** L’actuel fleuve Amour. Haut