Marie de l’Incarnation, « Écrits spirituels et historiques. Tome II »

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action so­ciale, Pa­ris-Qué­bec

Il s’agit de la « Re­traite de 1634 » et autres écrits de la mère Ma­rie de l’Incarnation1, la pre­mière en date, comme la pre­mière en gé­nie, parmi les femmes mis­sion­naires ve­nues évan­gé­li­ser le Ca­nada (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans souci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de ca­rac­tère qui était, en vé­rité, une na­ture d’exception et qui, en as­so­ciant son âme di­rec­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dé­pen­dance par rap­port aux hommes. Sa piété cou­ra­geuse et son saint en­thou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait ap­pe­lée « la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde »2. « Au Ca­nada, ses œuvres sont un tré­sor de fa­mille », ex­plique dom Al­bert Ja­met. « Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent sa­voir que ses œuvres sont toutes leurs aussi, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, no­tait Sainte-Beuve3, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours as­sez soi­gneux ou fiers de nos ri­chesses.” À Tours, où elle na­quit en 1599, Ma­rie de l’Incarnation fut éle­vée aux su­blimes états d’oraison qui la font al­ler de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle ar­riva en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit du­rant les trente-deux an­nées qui lui res­taient en­core à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur in­di­vis des deux France. »

Dieu lui dit ces pa­roles : « C’est le Ca­nada que je t’ai fait voir ; il faut que tu y ailles »

Née Ma­rie Guyard, elle n’avait qu’environ sept ans lorsqu’une nuit, en son som­meil, il lui sem­bla qu’elle était, avec une de ses com­pagnes, dans la cour d’une école cham­pêtre, où elle jouait à quelque jeu in­no­cent. Ayant levé les yeux vers le ciel, elle le vit ou­vert, et de cette ou­ver­ture, Jé­sus-Christ en forme hu­maine, qui sor­tait et qui des­cen­dait vers elle. Le voyant, elle s’écria à sa com­pagne : « Ah ! Voilà notre Sei­gneur ! C’est à moi qu’il vient ! »4 Après son ré­veil, son cœur se sen­tit si ravi de cette in­signe fa­veur qu’elle la ra­con­tait naï­ve­ment à tous ceux qui vou­laient bien l’écouter. L’effet que pro­dui­sit cette vi­site fut un at­trait pour la vie cloî­trée. Les cir­cons­tances qui la dé­ci­dèrent en­fin à em­bras­ser cette vie, et l’abandon dans le­quel elle laissa, pour en­trer au mo­nas­tère de Tours, son fils âgé de douze ans à peine ré­cla­me­raient ici des dé­ve­lop­pe­ments trop éten­dus. Il suf­fit de dire qu’elle de­meu­rait dans le­dit mo­nas­tère lorsqu’un jour, étant en orai­son de­vant le saint sa­cre­ment, son es­prit fut (de nou­veau) ravi en Dieu pen­dant un mo­ment où un grand pays lui fut re­pré­senté. Alors, Dieu lui dit ces pa­roles : « C’est le Ca­nada que je t’ai fait voir ; il faut que tu y ailles faire une mai­son à Jé­sus et à Ma­rie ». Il n’y avait ni à hé­si­ter ni à ré­flé­chir ; la ré­ponse sui­vit le com­man­de­ment, la vo­lonté de notre re­li­gieuse ayant été à ce mo­ment unie à celle de Dieu : « Ô mon grand Dieu », dit-elle5, « Vous pou­vez tout, et moi je ne puis rien ; s’il vous plaît de m’aider, me voilà prête. Je vous pro­mets de vous obéir. Faites en moi et par moi votre très ado­rable vo­lonté ! » Au même mo­ment où elle fit ce vœu, toutes les dou­leurs qu’elle éprou­vait se re­ti­rèrent, et une paix sa­vou­reuse et fé­conde l’envahit, sans la­quelle elle n’aurait pu avoir les forces né­ces­saires pour exé­cu­ter ce qu’il avait plu au ciel de lui com­man­der. Bien­tôt, ayant adressé un deuxième adieu à son fils, elle en­tama, avec une autre re­li­gieuse6, un loin­tain voyage pour al­ler ser­vir Dieu au Ca­nada.

Voici un pas­sage qui don­nera une idée du style de la « Re­traite de 1634 » : « Je voyais la beauté du so­leil et la gran­deur du monde, et tout cela ne pa­rais­sait à mon es­prit que comme de la fange et comme rien, en com­pa­rai­son de la beauté et de la gran­deur de Dieu. Je consi­dé­rais l’éclat et la pompe des rois de la terre, qui est la plus belle image que notre es­prit se puisse for­mer de Dieu ; et toute leur gloire me pa­rais­sait moins qu’une ombre, en com­pa­rai­son de cette su­prême et in­com­pré­hen­sible Ma­jesté »7.

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  1. À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui en­tra éga­le­ment en re­li­gion sous le nom de Ma­rie de l’Incarnation. Elle vé­cut un siècle plus tôt. Haut
  2. « Ins­truc­tion sur les états d’oraison », liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : « J’ai vu, de­puis peu, la vie de la mère Ma­rie de l’Incarnation… Tout y est ad­mi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] ex­traits pour vous en ser­vir » (« Lettres à la sœur Cor­nuau », lettre CIII). Haut
  3. « Port-Royal », liv. I. Haut
  4. « La Re­la­tion de 1654 », p. 160. Haut
  1. id. p. 316. Haut
  2. la mère Ma­rie de Saint-Jo­seph. Haut
  3. p. 29-30. Haut