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Mot-clefvie spirituelle

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Iqbal, «La Métaphysique en Perse»

éd. Actes Sud, coll. Bibliothèque de l’islam, Arles

éd. Actes Sud, coll. Biblio­thèque de l’islam, Arles

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

Iqbal, «Reconstruire la pensée religieuse de l’islam»

éd. du Rocher-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Monaco-Paris

éd. du Rocher-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives, Mona­co-Paris

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome IV»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome III»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Roûmî, «“Mathnawî” : la quête de l’absolu»

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Mona­co

Il s’agit du «Math­nawî»* de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «مثنوی». Par­fois trans­crit «Mes­né­vi», «Mes­ne­wi», «Meth­né­vi», «Mes­na­vi», «Mas­na­vi», «Mas­na­wi», «Maṯ­nawī» ou «Math­na­vi». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut

«Le “Kojiki”, Chronique des choses anciennes»

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. Références, Paris

éd. G.-P. Mai­son­neuve et Larose, coll. Réfé­rences, Paris

Il s’agit du «Koji­ki»*Chro­nique des choses anciennes»), le plus vieux monu­ment de la lit­té­ra­ture japo­naise. «[C’est] une épo­pée confuse, une espèce de recueil de folk­lore et de tra­di­tions, conte­nant vrai­sem­bla­ble­ment, au milieu d’une cos­mo­go­nie naïve et embrouillée, quelques par­celles de véri­té his­to­rique», dit Paul Clau­del**. Pro­je­té dès le VIIe siècle et mené à terme au VIIIe siècle apr. J.-C., le «Koji­ki» est l’ouvrage qui décrit le mieux la reli­gion indi­gène du Japon; car le désir de mettre en avant le pas­sé natio­nal, qui a pré­si­dé à sa rédac­tion, fait peu de place à l’arrivée du boud­dhisme et du confu­cia­nisme. On peut donc le consi­dé­rer comme le livre cano­nique de la reli­gion shin­tô, en même temps que l’épopée d’une nation insu­laire qui a tou­jours aimé à se rap­pe­ler ses ori­gines. Les faits et gestes mythiques des dieux s’y mêlent à l’histoire réelle des pre­miers Empe­reurs, sou­vent rema­niée dans le des­sein de raf­fer­mir l’autorité du trône impé­rial et de pro­fes­ser la doc­trine du droit divin. Par­mi toutes les croyances que l’on découvre en lisant le «Koji­ki», la plus signi­fi­ca­tive est la véné­ra­tion envers les «kamis»***, qui sont les dif­fé­rentes divi­ni­tés du ciel et de la terre qu’on trouve dans le shin­toïsme. Non seule­ment des êtres humains, mais aus­si des cerfs et des loups, des lacs et des mon­tagnes — tout ce qui sort de l’ordinaire et qui est supé­rieur, tout ce qui nous ins­pire l’émerveillement s’appelle «kami» : le soleil, par exemple, en tant que source de vie, per­son­ni­fié par Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel; ou les arbres, sou­vent ceux de grande taille ou d’une forme par­ti­cu­lière, qui sont dou­ble­ment sacrés en tant que «kamis» et en tant que lieux de rési­dence pour les «kamis». «Rien de plus net­te­ment océa­nien et de plus étran­ger à l’esprit mora­li­sa­teur et pédan­tesque des Chi­nois», dit Paul Clau­del****. «Dès ce moment, s’affirme l’originalité pro­fonde de cet esprit et de cet art japo­nais qu’on a si sot­te­ment contes­tée.»

* En japo­nais «古事記». Haut

** «Extrême-Orient. Tome II», p. 396. Haut

*** En japo­nais . Haut

**** «Extrême-Orient. Tome II», p. 396. Haut

Roûmî, «Roubâ’yât»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Qua­trains» («Rubayat»*) de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «رباعیات». Par­fois trans­crit «Rubaiat», «Robāïates», «Roubâ’yât», «Robaiyat», «Roba’yat», «Rou­bayyat», «Robái­j­ját», «Rou­baïyat» ou «Rubâi’yât». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut

«Les “Vers dorés” des pythagoriciens»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «“Vers d’or” des pytha­go­ri­ciens» («Ta “Chry­sa epê” tôn Pytha­go­reiôn»*), l’une des rares traces écrites du pytha­go­risme. L’école de Pytha­gore était réel­le­ment une sorte de cloître monas­tique, où il ne fal­lait lais­ser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incer­ti­tudes à son sujet. Cette école com­men­çait par un rude novi­ciat. Tous ceux qui enta­maient les leçons de Pytha­gore pas­saient cinq ans sans avoir la per­mis­sion de par­ler, afin d’apprendre la ver­tu du silence : «On apprend aux hommes à par­ler; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dis­sipe la pen­sée, la médi­ta­tion l’accumule»**. Ils ne por­taient que des habits de lin; ils ne man­geaient pas de viande. De plus, ils met­taient leurs biens en com­mun et ne fai­saient qu’une même bourse. Après cette indis­pen­sable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils rece­vaient de la bouche même du Maître les véri­tés occultes. Les pres­crip­tions morales tenaient une grande place dans ce caté­chisme pytha­go­ri­cien qui consi­dé­rait la vie comme un effort pour arri­ver par degrés à la ver­tu et pour se rendre, par là même, sem­blable à Dieu. L’essentiel de ces pres­crip­tions nous a été conser­vé dans une sorte de petit bré­viaire ou d’extrait de bré­viaire, inti­tu­lé les «Vers d’or», ain­si que dans le savant com­men­taire que nous en a lais­sé Hié­ro­clès. L’époque tar­dive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous por­ter à dépré­cier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique tou­chant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hié­ro­clès assure «qu’ils sont la doc­trine du corps entier des pytha­go­ri­ciens et comme [le cri] de toutes leurs assem­blées»***. Il ajoute qu’il exis­tait un usage qui ordon­nait à tous les dis­ciples le matin, en se levant, et le soir, en se cou­chant, de se faire réci­ter ces «Vers» comme autant d’oracles infaillibles que le Maître «Lui-même a dits» («Autos epha»****). Ceux qui les trans­met­taient ain­si et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû chan­ger peu de chose au conte­nu ori­gi­nal. «Le res­pect pieux, la véné­ra­tion sainte pour la parole du Maître, ont dû pro­té­ger — sinon contre toute alté­ra­tion, du moins contre toute alté­ra­tion pro­fonde — ce dépôt sacré de véri­tés qu’ils consi­dé­raient comme éma­nées de la bouche d’un dieu (“pan­toias theou phô­nas”*****)», explique Antelme-Édouard Chai­gnet. Véri­tables com­man­de­ments d’une phi­lo­so­phie sacrée, qui fai­sait de la science une mys­tique, et de la mys­tique une science, et qui était, tout entière, domi­née, gui­dée et cou­ron­née par l’idée de Dieu, les «Vers d’or» peuvent se résu­mer dans cette grande maxime : «La vie par­faite n’est et ne peut être qu’une imi­ta­tion du par­fait, c’est-à-dire de Dieu».

* En grec «Τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων». Haut

** Vol­ney, «Leçons d’histoire». Haut

*** «Épi­logue». Haut

**** En grec «Αὐτὸς ἔφα». Haut

***** Réfé­rence à Dio­gène Laërce, «Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres» : «Pytha­gore était tel­le­ment admi­ré qu’on appe­lait ses dis­ciples “mul­tiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς)». Haut

Hiéroclès, «Commentaire sur les “Vers d’or” des pythagoriciens»

éd. L’Artisan du livre, Paris

éd. L’Artisan du livre, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire sur les “Vers d’or” des pytha­go­ri­ciens» («Eis ta “Chry­sa epê” tôn Pytha­go­reiôn»*) d’Hiéroclès d’Alexandrie**, l’une des rares traces écrites du pytha­go­risme. L’école de Pytha­gore était réel­le­ment une sorte de cloître monas­tique, où il ne fal­lait lais­ser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incer­ti­tudes à son sujet. Cette école com­men­çait par un rude novi­ciat. Tous ceux qui enta­maient les leçons de Pytha­gore pas­saient cinq ans sans avoir la per­mis­sion de par­ler, afin d’apprendre la ver­tu du silence : «On apprend aux hommes à par­ler; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dis­sipe la pen­sée, la médi­ta­tion l’accumule»***. Ils ne por­taient que des habits de lin; ils ne man­geaient pas de viande. De plus, ils met­taient leurs biens en com­mun et ne fai­saient qu’une même bourse. Après cette indis­pen­sable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils rece­vaient de la bouche même du Maître les véri­tés occultes. Les pres­crip­tions morales tenaient une grande place dans ce caté­chisme pytha­go­ri­cien qui consi­dé­rait la vie comme un effort pour arri­ver par degrés à la ver­tu et pour se rendre, par là même, sem­blable à Dieu. L’essentiel de ces pres­crip­tions nous a été conser­vé dans une sorte de petit bré­viaire ou d’extrait de bré­viaire, inti­tu­lé les «Vers d’or», ain­si que dans le savant com­men­taire que nous en a lais­sé Hié­ro­clès. L’époque tar­dive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous por­ter à dépré­cier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique tou­chant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hié­ro­clès assure «qu’ils sont la doc­trine du corps entier des pytha­go­ri­ciens et comme [le cri] de toutes leurs assem­blées»****. Il ajoute qu’il exis­tait un usage qui ordon­nait à tous les dis­ciples le matin, en se levant, et le soir, en se cou­chant, de se faire réci­ter ces «Vers» comme autant d’oracles infaillibles que le Maître «Lui-même a dits» («Autos epha»*****). Ceux qui les trans­met­taient ain­si et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû chan­ger peu de chose au conte­nu ori­gi­nal. «Le res­pect pieux, la véné­ra­tion sainte pour la parole du Maître, ont dû pro­té­ger — sinon contre toute alté­ra­tion, du moins contre toute alté­ra­tion pro­fonde — ce dépôt sacré de véri­tés qu’ils consi­dé­raient comme éma­nées de la bouche d’un dieu (“pan­toias theou phô­nas”******)», explique Antelme-Édouard Chai­gnet. Véri­tables com­man­de­ments d’une phi­lo­so­phie sacrée, qui fai­sait de la science une mys­tique, et de la mys­tique une science, et qui était, tout entière, domi­née, gui­dée et cou­ron­née par l’idée de Dieu, les «Vers d’or» peuvent se résu­mer dans cette grande maxime : «La vie par­faite n’est et ne peut être qu’une imi­ta­tion du par­fait, c’est-à-dire de Dieu».

* En grec «Εἰς τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων». Haut

** En grec Ἱεροκλῆς ὁ Ἀλεξανδρεύς. Haut

*** Vol­ney, «Leçons d’histoire». Haut

**** «Épi­logue». Haut

***** En grec «Αὐτὸς ἔφα». Haut

****** Réfé­rence à Dio­gène Laërce, «Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres» : «Pytha­gore était tel­le­ment admi­ré qu’on appe­lait ses dis­ciples “mul­tiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς)». Haut

Roûmî, «Odes mystiques, “Dîvân-e Shams-e Tabrîzî”»

éd. du Seuil-UNESCO, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil-UNES­CO, coll. Points-Sagesses, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Diwân-e-Shams»* de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «دیوان شمس». Par­fois trans­crit «Divan-i Shams», «Dîvân-ı Şems» ou «Divân-ê Chams». Éga­le­ment connu sous le titre de «Diwân kabir» («دیوان کبیر») et de «Kûl­liyât-e-Shams» («کلیات شمس»). Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut

Roûmî, «Rubâi’yât»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes-Soufisme, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes-Sou­fisme, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Qua­trains» («Rubayat»*) de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «رباعیات». Par­fois trans­crit «Rubaiat», «Robāïates», «Roubâ’yât», «Robaiyat», «Roba’yat», «Rou­bayyat», «Robái­j­ját», «Rou­baïyat» ou «Rubâi’yât». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut

Roûmî, «Lettres»

éd. J. Renard, Paris

éd. J. Renard, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Lettres» («Mak­tû­bât»*) de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «مکتوبات». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut