Mot-clefmusique

su­jet

« Les Minnesingers. Walther von der Vogelweide (1190-1240) »

dans « Bulletin de la Société littéraire de Strasbourg », vol. 2, p. 29-62

dans « Bul­le­tin de la So­ciété lit­té­raire de Stras­bourg », vol. 2, p. 29-62

Il s’agit de « Sous les tilleuls… » (« Un­der der lin­den… »1), « Hé­las ! Comme toutes mes an­nées se sont éva­po­rées »2 (« Owê ! War sint vers­wun­den al­liu mî­niu jâr ») et autres chants de Wal­ther von der Vo­gel­weide, dit Wal­ther de la Vo­gel­weide, le pre­mier grand poète de langue al­le­mande. « Qu’avez-vous fait », de­manda-t-on une fois à Henri Heine3, « le pre­mier jour de votre ar­ri­vée à Pa­ris ? Quelle fut votre pre­mière course ? » On s’attendait à l’entendre nom­mer la place de la Concorde ou bien le Pan­théon. « Tout de suite après mon ar­ri­vée », dit Heine, « j’étais allé à la Bi­blio­thèque royale (l’actuelle Bi­blio­thèque na­tio­nale de France) et je m’étais fait mon­trer par le conser­va­teur le ma­nus­crit des “Min­ne­sin­gers”… Et c’est vrai : de­puis des an­nées, je dé­si­rais voir de mes yeux les chères feuilles qui nous ont conservé les poé­sies de Wal­ther de la Vo­gel­weide, le plus grand ly­rique al­le­mand. » À la fin du XIIe siècle, Vienne, ville aux confins de l’aire ger­ma­nique, en de­vint la mé­tro­pole ar­tis­tique. Elle s’ennoblit par les chants des trou­ba­dours cé­lèbres — les min­ne­sin­gers (chantres d’amour) — dont l’Alsacien Rein­mar de Ha­gue­nau, qui y trans­porta les formes et l’esprit de la poé­sie cour­toise fran­çaise. C’est sous sa di­rec­tion que Vo­gel­weide fit son ap­pren­tis­sage de poète. L’élève sur­passa bien­tôt ses contem­po­rains et son maître ; et c’est mer­veille de voir à quel point, entre ses mains ha­biles, le vieux haut-al­le­mand s’assouplit et se ra­dou­cit. Ce­pen­dant, mal­gré ses ser­vices et sa no­blesse, Vo­gel­weide était pauvre, et à la mort du duc Fré­dé­ric Ier d’Autriche, il resta sans pro­tec­teur. Il dut se ré­soudre à quit­ter Vienne et à me­ner une exis­tence va­ga­bonde. Cette date marque un tour­nant dans la lit­té­ra­ture al­le­mande. Au contact des éco­lâtres iti­né­rants, go­liards, jon­gleurs, Vo­gel­weide éten­dit la forme du « min­ne­lied » (« chan­son d’amour ») à l’amour de la pa­trie, de la beauté, aux ré­flexions mo­rales, aux sen­ti­ments plus per­son­nels et plus vil­la­geois aussi, les jeunes pay­sannes rem­pla­çant les châ­te­laines : « De l’Elbe jusqu’au Rhin », dit-il4, « et de là jusqu’aux fron­tières de Hon­grie, se ren­contrent bien les meilleures que j’aie vues… Si j’ai bon œil et bon ju­ge­ment pour la beauté, pour la grâce, de par Dieu, je ju­re­rais bien que chez nous les simples femmes valent mieux qu’ailleurs les grandes dames ». Une des com­po­si­tions les plus gra­cieuses et les plus fraîches de Vo­gel­weide est sa pas­tou­relle « Sous les tilleuls… », où une jeune femme dé­crit, avec pu­deur et sim­pli­cité, les joies qu’elle a éprou­vées dans les bras de son amant, à l’ombre des arbres té­moins.

  1. On ren­contre aussi la gra­phie « Un­ter den lin­den… ». Haut
  2. Par­fois tra­duit « Hé­las ! Où sont al­lées toutes mes an­nées », « Hé­las ! Que sont de­ve­nues toutes mes an­nées », « Ô tris­tesse ! Par où s’est-elle dis­per­sée, la gerbe de mes an­nées », « Hé­las ! Où sont-ils, mes ans éva­nouis », « Com­ment ont passé mes an­nées », « Mal­heur à moi ! Com­ment se sont éva­nouies, où se sont en­fuies les an­nées de ma vie », « Las, où sont-elles en al­lées, toutes mes an­nées ? », « Hé­las ! Où sont en­glou­ties toutes mes an­nées ? » ou « Hé­las ! Où donc ont-elles dis­paru, toutes mes an­nées ? ». Haut
  1. « Sa­tires et Por­traits », p. 121. Haut
  2. « Les Min­ne­sin­gers. Wal­ther von der Vo­gel­weide », p. 47. Haut

« Les Aïnous des îles Kouriles »

dans « Journal of the College of Science, Imperial University of Tokyo », vol. 42, p. 1-337

dans « Jour­nal of the Col­lege of Science, Im­pe­rial Uni­ver­sity of To­kyo », vol. 42, p. 1-337

Il s’agit de contes tra­di­tion­nels des Aï­nous1. À l’instar des Amé­rin­diens, ce qui reste aujourd’hui du peuple aï­nou, au­tre­fois si re­mar­quable et si épris de li­berté, est ex­clu­si­ve­ment et mi­sé­ra­ble­ment can­tonné dans les ré­serves de l’île de Hok­kaidô ; il est en voie d’extinction, aban­donné à un sort peu en­viable, qu’il ne mé­rite pas. Avant l’établissement des Ja­po­nais, le ter­ri­toire aï­nou s’étendait de l’île de Hok­kaidô, ap­pe­lée Ezo, jusqu’aux deux pro­lon­ge­ments de cette île, égre­nés comme des cha­pe­lets, se dé­ployant l’un vers le Nord-Ouest, l’autre vers le Nord-Est : l’île de Sa­kha­line, ap­pe­lée Kita-Ezo2 (« Ezo du Nord ») ; et l’archipel des Kou­riles, ap­pelé Oku-Ezo3 (« Ezo des confins »). Ce n’est qu’au dé­but du XVIIe siècle que l’État ja­po­nais in­ves­tit un daï­mio à Mat­su­mae, mais ce­lui-ci se conten­tait en quelque sorte de mon­ter la garde contre les Aï­nous. Il n’avait au­cune idée sé­rieuse du ter­ri­toire de ces « hommes poi­lus » (« ke­bito »4) dont il igno­rait tout ou à peu près tout, et il in­ter­di­sait à ses su­jets de s’y aven­tu­rer loin ou d’y en­tre­prendre quoi que ce soit, rap­porte le père de An­ge­lis. Terres par­fai­te­ment né­gli­geables et né­gli­gées, ces îles furent la seule par­tie du globe qui échappa à l’activité in­fa­ti­gable du ca­pi­taine Cook. Et à ce titre, elles pro­vo­quèrent la cu­rio­sité de La Pé­rouse, qui, de­puis son dé­part de France, brû­lait d’impatience d’être le pre­mier à y avoir abordé. En 1787, les fré­gates sous son com­man­de­ment mouillèrent de­vant Sa­kha­line, et les Fran­çais, des­cen­dus à terre, en­trèrent en contact avec « une race d’hommes dif­fé­rente de celle des Ja­po­nais, des Chi­nois, des Kamt­cha­dales et des Tar­tares dont ils ne sont sé­pa­rés que par un ca­nal »5. C’étaient les Aï­nous. Quoique n’ayant ja­mais abordé aux Kou­riles, La Pé­rouse éta­blit avec cer­ti­tude, d’après la re­la­tion de Kra­ché­nin­ni­kov et l’identité du vo­ca­bu­laire com­posé par ce Russe avec ce­lui qu’il re­cueillit sur place, que les ha­bi­tants des Kou­riles, ceux de Sa­kha­line et de Hok­kaidô avaient « une ori­gine com­mune ». Leurs ma­nières douces et graves et leur in­tel­li­gence éten­due firent im­pres­sion sur La Pé­rouse, qui les com­para à celles des Eu­ro­péens ins­truits : « Nous par­vînmes à leur faire com­prendre que nous dé­si­rions qu’ils fi­gu­rassent la forme de leur pays et de ce­lui des Mand­chous. Alors, un des vieillards se leva, et avec le bout de sa pique, il fi­gura la côte de Tar­ta­rie à l’Ouest, cou­rant à peu près [du] Nord [au] Sud. À l’Est, vis-à-vis et dans la même di­rec­tion, il fi­gura… son propre pays ; il avait laissé entre la Tar­ta­rie et son île un dé­troit, et se tour­nant vers nos vais­seaux qu’on aper­ce­vait du ri­vage, il mar­qua, par un trait, qu’on pou­vait y pas­ser… Sa sa­ga­cité pour de­vi­ner toutes nos ques­tions était ex­trême, mais moindre en­core que celle d’un se­cond in­su­laire, âgé à peu près de trente ans, qui, voyant que les fi­gures tra­cées sur le sable s’effaçaient, prit un de nos crayons avec du pa­pier. Il y fi­gura son île [et traça] par des traits le nombre de jour­nées de pi­rogue né­ces­saire pour se rendre du lieu où nous étions [jusqu’à] l’embouchure du Sé­ga­lien6 »

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Aï­nos et Ainu. Ce terme si­gni­fie « être hu­main » dans la langue du même nom. Haut
  2. En ja­po­nais 北蝦夷. Haut
  3. En ja­po­nais 奥蝦夷. Par­fois trans­crit Oku-Yezo, Oko-Ieso ou Okou-Yesso. Haut
  1. En ja­po­nais 毛人. Haut
  2. « Le Voyage de La­pé­rouse (1785-1788). Tome II », p. 387. Haut
  3. L’actuel fleuve Amour. Haut

« Tombent, tombent les gouttes d’argent : chants du peuple aïnou »

éd. Gallimard, coll. L’Aube des peuples, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Aube des peuples, Pa­ris

Il s’agit de chants tra­di­tion­nels des Aï­nous1. À l’instar des Amé­rin­diens, ce qui reste aujourd’hui du peuple aï­nou, au­tre­fois si re­mar­quable et si épris de li­berté, est ex­clu­si­ve­ment et mi­sé­ra­ble­ment can­tonné dans les ré­serves de l’île de Hok­kaidô ; il est en voie d’extinction, aban­donné à un sort peu en­viable, qu’il ne mé­rite pas. Avant l’établissement des Ja­po­nais, le ter­ri­toire aï­nou s’étendait de l’île de Hok­kaidô, ap­pe­lée Ezo, jusqu’aux deux pro­lon­ge­ments de cette île, égre­nés comme des cha­pe­lets, se dé­ployant l’un vers le Nord-Ouest, l’autre vers le Nord-Est : l’île de Sa­kha­line, ap­pe­lée Kita-Ezo2 (« Ezo du Nord ») ; et l’archipel des Kou­riles, ap­pelé Oku-Ezo3 (« Ezo des confins »). Ce n’est qu’au dé­but du XVIIe siècle que l’État ja­po­nais in­ves­tit un daï­mio à Mat­su­mae, mais ce­lui-ci se conten­tait en quelque sorte de mon­ter la garde contre les Aï­nous. Il n’avait au­cune idée sé­rieuse du ter­ri­toire de ces « hommes poi­lus » (« ke­bito »4) dont il igno­rait tout ou à peu près tout, et il in­ter­di­sait à ses su­jets de s’y aven­tu­rer loin ou d’y en­tre­prendre quoi que ce soit, rap­porte le père de An­ge­lis. Terres par­fai­te­ment né­gli­geables et né­gli­gées, ces îles furent la seule par­tie du globe qui échappa à l’activité in­fa­ti­gable du ca­pi­taine Cook. Et à ce titre, elles pro­vo­quèrent la cu­rio­sité de La Pé­rouse, qui, de­puis son dé­part de France, brû­lait d’impatience d’être le pre­mier à y avoir abordé. En 1787, les fré­gates sous son com­man­de­ment mouillèrent de­vant Sa­kha­line, et les Fran­çais, des­cen­dus à terre, en­trèrent en contact avec « une race d’hommes dif­fé­rente de celle des Ja­po­nais, des Chi­nois, des Kamt­cha­dales et des Tar­tares dont ils ne sont sé­pa­rés que par un ca­nal »5. C’étaient les Aï­nous. Quoique n’ayant ja­mais abordé aux Kou­riles, La Pé­rouse éta­blit avec cer­ti­tude, d’après la re­la­tion de Kra­ché­nin­ni­kov et l’identité du vo­ca­bu­laire com­posé par ce Russe avec ce­lui qu’il re­cueillit sur place, que les ha­bi­tants des Kou­riles, ceux de Sa­kha­line et de Hok­kaidô avaient « une ori­gine com­mune ». Leurs ma­nières douces et graves et leur in­tel­li­gence éten­due firent im­pres­sion sur La Pé­rouse, qui les com­para à celles des Eu­ro­péens ins­truits : « Nous par­vînmes à leur faire com­prendre que nous dé­si­rions qu’ils fi­gu­rassent la forme de leur pays et de ce­lui des Mand­chous. Alors, un des vieillards se leva, et avec le bout de sa pique, il fi­gura la côte de Tar­ta­rie à l’Ouest, cou­rant à peu près [du] Nord [au] Sud. À l’Est, vis-à-vis et dans la même di­rec­tion, il fi­gura… son propre pays ; il avait laissé entre la Tar­ta­rie et son île un dé­troit, et se tour­nant vers nos vais­seaux qu’on aper­ce­vait du ri­vage, il mar­qua, par un trait, qu’on pou­vait y pas­ser… Sa sa­ga­cité pour de­vi­ner toutes nos ques­tions était ex­trême, mais moindre en­core que celle d’un se­cond in­su­laire, âgé à peu près de trente ans, qui, voyant que les fi­gures tra­cées sur le sable s’effaçaient, prit un de nos crayons avec du pa­pier. Il y fi­gura son île [et traça] par des traits le nombre de jour­nées de pi­rogue né­ces­saire pour se rendre du lieu où nous étions [jusqu’à] l’embouchure du Sé­ga­lien6 »

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Aï­nos et Ainu. Ce terme si­gni­fie « être hu­main » dans la langue du même nom. Haut
  2. En ja­po­nais 北蝦夷. Haut
  3. En ja­po­nais 奥蝦夷. Par­fois trans­crit Oku-Yezo, Oko-Ieso ou Okou-Yesso. Haut
  1. En ja­po­nais 毛人. Haut
  2. « Le Voyage de La­pé­rouse (1785-1788). Tome II », p. 387. Haut
  3. L’actuel fleuve Amour. Haut

Judith Gautier, « Œuvres complètes. Tome II »

éd. Classiques Garnier, coll. Bibliothèque du XIXᵉ siècle, Paris

éd. Clas­siques Gar­nier, coll. Bi­blio­thèque du XIXe siècle, Pa­ris

Il s’agit de « Fleurs d’Orient » et autres œuvres de Ju­dith Gau­tier1, femme de lettres fran­çaise (XIXe-XXe siècle). Fille de Théo­phile Gau­tier, elle fut peut-être le chef-d’œuvre de son père. Ce der­nier fa­çonna cette âme d’enfant, comme on fa­çonne l’argile, et l’embellit de toute la pu­reté ro­ma­nesque et de toute la chas­teté fière dont il prô­nait le culte. De son sa­lon, qui réunis­sait tout ce que Pa­ris avait de poètes et de ro­man­ciers, il lui fit une sorte de ber­ceau, au fond du­quel il se plut à la voir gran­dir. En­fin, il pré­dis­posa cette âme au rêve, en lui ou­vrant les livres de l’orientalisme. En ce temps, l’Orient, soit comme image soit comme pen­sée, était de­venu une oc­cu­pa­tion gé­né­rale pour les sa­vants au­tant que pour les ar­tistes, comme ex­plique Hugo2 : « Les études orien­tales n’ont ja­mais été pous­sées si avant. Au siècle de Louis XIV, on était hel­lé­niste ; main­te­nant on est orien­ta­liste. Il y a un pas de fait. Ja­mais tant d’intelligences n’ont fouillé à la fois ce grand abîme de l’Asie ». Très vite, Ju­dith re­con­nut l’Orient comme une se­conde pa­trie, dont les images, les cadres, la mu­sique, la so­no­rité des noms vinrent em­preindre toutes ses pen­sées, toutes ses rê­ve­ries. Chez les poètes de la Chine et chez les prêtres de l’Inde, elle dé­cou­vrait sa phi­lo­so­phie ca­chée, sa propre phi­lo­so­phie, qu’elle ne s’était pas dite en­core ; et dans les ré­cits de voyage au Ja­pon, elle re­voyait ses rêves et tout un Éden déjà presque fa­mi­lier. Alors, elle peu­pla cet Éden d’amantes et d’amants aux cœurs aussi purs que le sien et de nobles fi­gures ir­réelles. Hugo, au­quel elle en­voya son pre­mier ro­man, écrit ceci de­puis l’exil : « J’ai lu votre “Dra­gon im­pé­rial”. Quel art puis­sant et gra­cieux que le vôtre !… Al­ler en Chine, c’est presque al­ler dans la lune ; vous nous faites faire ce voyage si­dé­ral. On vous suit avec ex­tase, et vous fuyez dans le bleu pro­fond du rêve, ai­lée et étoi­lée ». Elle vé­cut dans un tel monde étoilé, à me­sure qu’elle le créait. Du nôtre, elle ne connut rien ou n’en vou­lut rien connaître. « Pa­ris est pour elle une ca­pi­tale loin­taine qu’elle n’a même point le dé­sir de vi­si­ter un jour. Les formes y manquent de splen­deur et de mys­tère ; les mai­sons en sont grises ; la foule en est terne… Elle ignore ; mais par une in­tui­tive conscience de pro­phé­tesse, elle de­vine des lai­deurs qu’elle veut igno­rer, et s’en dé­tourne comme d’un ruis­seau, pour évi­ter la boue… Elle est ja­lou­se­ment en­fer­mée dans une sorte de cloître qu’elle a for­ti­fié d’indifférence », ra­conte Ed­mond Ha­rau­court.

  1. Éga­le­ment connue sous le sur­nom de Ju­dith Wal­ter, ainsi que sous le nom de femme ma­riée de Ju­dith Men­dès (1866-1874). Haut
  1. « Les Orien­tales ». Haut

Judith Gautier, « Œuvres complètes. Tome I »

éd. Classiques Garnier, coll. Bibliothèque du XIXᵉ siècle, Paris

éd. Clas­siques Gar­nier, coll. Bi­blio­thèque du XIXe siècle, Pa­ris

Il s’agit du « Dra­gon im­pé­rial » et autres œuvres de Ju­dith Gau­tier1, femme de lettres fran­çaise (XIXe-XXe siècle). Fille de Théo­phile Gau­tier, elle fut peut-être le chef-d’œuvre de son père. Ce der­nier fa­çonna cette âme d’enfant, comme on fa­çonne l’argile, et l’embellit de toute la pu­reté ro­ma­nesque et de toute la chas­teté fière dont il prô­nait le culte. De son sa­lon, qui réunis­sait tout ce que Pa­ris avait de poètes et de ro­man­ciers, il lui fit une sorte de ber­ceau, au fond du­quel il se plut à la voir gran­dir. En­fin, il pré­dis­posa cette âme au rêve, en lui ou­vrant les livres de l’orientalisme. En ce temps, l’Orient, soit comme image soit comme pen­sée, était de­venu une oc­cu­pa­tion gé­né­rale pour les sa­vants au­tant que pour les ar­tistes, comme ex­plique Hugo2 : « Les études orien­tales n’ont ja­mais été pous­sées si avant. Au siècle de Louis XIV, on était hel­lé­niste ; main­te­nant on est orien­ta­liste. Il y a un pas de fait. Ja­mais tant d’intelligences n’ont fouillé à la fois ce grand abîme de l’Asie ». Très vite, Ju­dith re­con­nut l’Orient comme une se­conde pa­trie, dont les images, les cadres, la mu­sique, la so­no­rité des noms vinrent em­preindre toutes ses pen­sées, toutes ses rê­ve­ries. Chez les poètes de la Chine et chez les prêtres de l’Inde, elle dé­cou­vrait sa phi­lo­so­phie ca­chée, sa propre phi­lo­so­phie, qu’elle ne s’était pas dite en­core ; et dans les ré­cits de voyage au Ja­pon, elle re­voyait ses rêves et tout un Éden déjà presque fa­mi­lier. Alors, elle peu­pla cet Éden d’amantes et d’amants aux cœurs aussi purs que le sien et de nobles fi­gures ir­réelles. Hugo, au­quel elle en­voya son pre­mier ro­man, écrit ceci de­puis l’exil : « J’ai lu votre “Dra­gon im­pé­rial”. Quel art puis­sant et gra­cieux que le vôtre !… Al­ler en Chine, c’est presque al­ler dans la lune ; vous nous faites faire ce voyage si­dé­ral. On vous suit avec ex­tase, et vous fuyez dans le bleu pro­fond du rêve, ai­lée et étoi­lée ». Elle vé­cut dans un tel monde étoilé, à me­sure qu’elle le créait. Du nôtre, elle ne connut rien ou n’en vou­lut rien connaître. « Pa­ris est pour elle une ca­pi­tale loin­taine qu’elle n’a même point le dé­sir de vi­si­ter un jour. Les formes y manquent de splen­deur et de mys­tère ; les mai­sons en sont grises ; la foule en est terne… Elle ignore ; mais par une in­tui­tive conscience de pro­phé­tesse, elle de­vine des lai­deurs qu’elle veut igno­rer, et s’en dé­tourne comme d’un ruis­seau, pour évi­ter la boue… Elle est ja­lou­se­ment en­fer­mée dans une sorte de cloître qu’elle a for­ti­fié d’indifférence », ra­conte Ed­mond Ha­rau­court.

  1. Éga­le­ment connue sous le sur­nom de Ju­dith Wal­ter, ainsi que sous le nom de femme ma­riée de Ju­dith Men­dès (1866-1874). Haut
  1. « Les Orien­tales ». Haut

Malot, « Le Docteur Claude. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Doc­teur Claude » d’Hector Ma­lot, ro­man­cier fran­çais (XIXe siècle), dont la grande mal­chance fut d’avoir surgi entre Bal­zac et Zola, deux gé­nies qui firent de l’ombre au sien. « Mais par la puis­sance de son ob­ser­va­tion, par sa com­pré­hen­sion de la vie, ses lu­mi­neuses et fé­condes idées d’équité, de vé­rité et d’humanité, par l’habile en­chaî­ne­ment de ses ré­cits… il est leur égal à tous deux », dit une jour­na­liste1, « et la pos­té­rité — si elle est juste et si elle en a le loi­sir — le met­tra à sa vé­ri­table place, sur le même som­met qu’occupent l’historien de la “Co­mé­die hu­maine” et ce­lui des “Rou­gon-Mac­quart”. Et puis, quel ferme et su­perbe ca­rac­tère que Ma­lot ! Quel dés­in­té­res­se­ment ! » Ma­lot na­quit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était no­taire, le des­ti­nait à la même car­rière. C’est mi­racle que les ma­nuels de ju­ris­pru­dence qu’il fai­sait ava­ler à son fils ne l’aient pas à ja­mais dé­goûté de la lec­ture. Heu­reu­se­ment, dans un gre­nier de la mai­son, je­tés en tas, se trou­vaient de vieux clas­siques, qu’avait re­lé­gués là leur cou­ver­ture usée : le « Ro­land fu­rieux » de l’Arioste ; le « Gil Blas » de Le­sage ; un Mo­lière com­plet ; un tome de Ra­cine. Et ceux-là, un jour que Ma­lot en avait ou­vert un au ha­sard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des ma­nuels de ju­ris­pru­dence. « Com­bien d’heures », dit-il2, « ils m’ont fait pas­ser sous l’ardoise sur­chauf­fée ou gla­cée, charmé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination al­lu­mée par une étin­celle qui ne s’est pas éteinte ! Sans eux, au­rais-je ja­mais fait des ro­mans ? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont donné l’idée d’en écrire pour ceux qui pou­vaient souf­frir, comme je l’avais souf­fert moi-même, le sup­plice des livres en­nuyeux. »

  1. Sé­ve­rine (pseu­do­nyme de Ca­ro­line Rémy) dans Cim, « Le Dî­ner des gens de lettres », p. 23. Haut
  1. « Le Ro­man de mes ro­mans », p. 24-25. Haut

Malot, « Le Docteur Claude. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Doc­teur Claude » d’Hector Ma­lot, ro­man­cier fran­çais (XIXe siècle), dont la grande mal­chance fut d’avoir surgi entre Bal­zac et Zola, deux gé­nies qui firent de l’ombre au sien. « Mais par la puis­sance de son ob­ser­va­tion, par sa com­pré­hen­sion de la vie, ses lu­mi­neuses et fé­condes idées d’équité, de vé­rité et d’humanité, par l’habile en­chaî­ne­ment de ses ré­cits… il est leur égal à tous deux », dit une jour­na­liste1, « et la pos­té­rité — si elle est juste et si elle en a le loi­sir — le met­tra à sa vé­ri­table place, sur le même som­met qu’occupent l’historien de la “Co­mé­die hu­maine” et ce­lui des “Rou­gon-Mac­quart”. Et puis, quel ferme et su­perbe ca­rac­tère que Ma­lot ! Quel dés­in­té­res­se­ment ! » Ma­lot na­quit en 1830 près de Rouen. Son père, qui était no­taire, le des­ti­nait à la même car­rière. C’est mi­racle que les ma­nuels de ju­ris­pru­dence qu’il fai­sait ava­ler à son fils ne l’aient pas à ja­mais dé­goûté de la lec­ture. Heu­reu­se­ment, dans un gre­nier de la mai­son, je­tés en tas, se trou­vaient de vieux clas­siques, qu’avait re­lé­gués là leur cou­ver­ture usée : le « Ro­land fu­rieux » de l’Arioste ; le « Gil Blas » de Le­sage ; un Mo­lière com­plet ; un tome de Ra­cine. Et ceux-là, un jour que Ma­lot en avait ou­vert un au ha­sard, l’empêchèrent de croire que tous les livres étaient des ma­nuels de ju­ris­pru­dence. « Com­bien d’heures », dit-il2, « ils m’ont fait pas­ser sous l’ardoise sur­chauf­fée ou gla­cée, charmé, ravi, l’esprit éveillé, l’imagination al­lu­mée par une étin­celle qui ne s’est pas éteinte ! Sans eux, au­rais-je ja­mais fait des ro­mans ? Je n’en sais rien. Mais ce que je sais bien, c’est qu’ils m’ont donné l’idée d’en écrire pour ceux qui pou­vaient souf­frir, comme je l’avais souf­fert moi-même, le sup­plice des livres en­nuyeux. »

  1. Sé­ve­rine (pseu­do­nyme de Ca­ro­line Rémy) dans Cim, « Le Dî­ner des gens de lettres », p. 23. Haut
  1. « Le Ro­man de mes ro­mans », p. 24-25. Haut

Ôé, « Le Centre de recherches sur la jeunesse en déroute »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome I. Jeunesse » (éd. du Rocher, coll. Série japonaise, Monaco)

dans « An­tho­lo­gie de nou­velles ja­po­naises contem­po­raines. Tome I. Jeu­nesse » (éd. du Ro­cher, coll. Sé­rie ja­po­naise, Mo­naco)

Il s’agit de la nou­velle « Le Centre de re­cherches sur la jeu­nesse en dé­route » (« Kô­tai sei­nen ken­kyûjo »1) de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 後退青年研究所 ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut

Ôé, « Tribu bêlante, “Ningen no hitsuji” »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris)

dans « An­tho­lo­gie de nou­velles ja­po­naises contem­po­raines. [Tome I] » (éd. Gal­li­mard, coll. Du monde en­tier, Pa­ris)

Il s’agit de la nou­velle « Tribu bê­lante » (« Nin­gen no hit­suji »1, lit­té­ra­le­ment « Hommes de­ve­nus mou­tons ») de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 人間の羊 ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut

Ôé, « Une Famille en voie de guérison »

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion in­di­recte du ro­man « Une Fa­mille en voie de gué­ri­son » (« Kai­fuku suru ka­zoku »1) de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 恢復する家族 ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut

Ôé, « “Seiji shônen shisu”, Mort d’un jeune militant »

dans Antonin Bechler, « “Ceci est mon corps” : l’économie de la violence chez Ôé Kenzaburô » (éd. électronique), p. 545-601

dans An­to­nin Be­chler, « “Ceci est mon corps” : l’économie de la vio­lence chez Ôé Ken­za­burô » (éd. élec­tro­nique), p. 545-601

Il s’agit de la nou­velle « Mort d’un jeune mi­li­tant » (« Seiji shô­nen shisu »1) de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 政治少年死す ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut

Ôé, « Une Affaire personnelle : roman »

éd. Stock, coll. Nouveau Cabinet cosmopolite, Paris

éd. Stock, coll. Nou­veau Ca­bi­net cos­mo­po­lite, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion in­di­recte du ro­man « Une Af­faire per­son­nelle » (« Ko­jin­teki na tai­ken »1) de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 個人的な体験 ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut

Ôé, « Une Vie de chien »

dans Stéphane Nadaud, « Les Japons de Kenzaburô Ôé » (éd. Demopolis, Paris), p. 141-162

dans Sté­phane Na­daud, « Les Ja­pons de Ken­za­burô Ôé » (éd. De­mo­po­lis, Pa­ris), p. 141-162

Il s’agit de la nou­velle « Une Vie de chien » (« Ki­myô na shi­goto »1, lit­té­ra­le­ment « Un Drôle de tra­vail ») de M. Ken­za­burô Ôé2, un des der­niers re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture d’après-guerre. Il na­quit dans une pé­ri­phé­rie du monde ap­pe­lée Ja­pon, et qui plus est, dans un vil­lage pé­ri­phé­rique de ce pays. C’était un beau vil­lage perdu au cœur des grandes fo­rêts de l’île de Shi­koku, où sa fa­mille ha­bi­tait de­puis des cen­taines d’années sans que per­sonne ne s’en fût ja­mais éloi­gné ; son père ve­nait d’y mou­rir. « L’angoisse de la mort et de la fo­lie m’avait saisi pour ne plus me lâ­cher, de­puis la mort sou­daine de mon père », dit-il3. À dix-sept ans, dans un ou­vrage d’un pro­fes­seur de Tô­kyô in­ti­tulé « Fu­ransu ru­ne­sansu dan­shô »4 (« Frag­ments de la Re­nais­sance fran­çaise »), M. Ôé dé­cou­vrait, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant, les hu­ma­nistes et le com­bat qu’ils avaient mené pour ré­pandre leurs idées. Et c’est pour étu­dier ces idées-là — ca­pables, pen­sait-il, de le pro­té­ger des ten­ta­tions ni­hi­listes d’un Mi­shima — qu’il quitta les fo­rêts na­tales et qu’il se ren­dit en ville pour prendre un train de nuit pour Tô­kyô. L’idée de de­ve­nir le dis­ciple de M. Ka­zuo Wa­ta­nabé5, ce pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise dont il fai­sait d’ores et déjà son maître à pen­ser pour la vie, était là pour le sou­te­nir dans l’épreuve que re­pré­sen­tait ce voyage. Dans l’immense mé­tro­pole, M. Ôé se mon­tra un étu­diant brillant, mais ren­fermé, so­li­taire, et bé­gayant à cause de son ac­cent pro­vin­cial dont il avait honte. La nuit, l’ennui le dé­pri­mait, et tout en pre­nant des tran­quilli­sants avec du whisky, il fai­sait des es­quisses de ro­mans. « Quand j’ai com­mencé à écrire des ro­mans, je me suis dit qu’un jour ils se­raient pu­bliés en fran­çais par les édi­tions Gal­li­mard et que j’offrirais ce­lui qui me sem­ble­rait le mieux tra­duit à mon pro­fes­seur. Tout en gar­dant cette idée à l’esprit, j’ai tenté di­verses ex­pé­riences d’écriture ro­ma­nesque… C’est ce que j’ai tou­jours tenté de faire, et je ne le re­grette pas, mais j’ai aussi tou­jours eu le sen­ti­ment en pa­ral­lèle de ne ja­mais [avoir écrit] un ro­man li­béré de cette ob­ses­sion, équi­li­bré, bien construit », dit-il

  1. En ja­po­nais « 奇妙な仕事 ». Haut
  2. En ja­po­nais 大江健三郎. Haut
  3. « L’Homme, être fra­gile » (« 壊れものとしての人間 »), in­édit en fran­çais. Haut
  1. En ja­po­nais « フランス・ルネサンス断章 ». Haut
  2. En ja­po­nais 渡辺一夫. Haut