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«Textes mathématiques babyloniens»

éd. E. J. Brill, Leyde

éd. E. J. Brill, Leyde

Il s’agit de textes mathé­ma­tiques méso­po­ta­miens. La masse impo­sante de tablettes mathé­ma­tiques cunéi­formes, déchif­frée, tra­duite et com­men­tée dans les décen­nies 1920-1940 en fran­çais par Fran­çois Thu­reau-Dan­gin et en alle­mand par Otto Eduard Neu­ge­bauer, reste assez mécon­nue en dehors du cercle res­treint des spé­cia­listes. Pour­tant, ces tablettes mathé­ma­tiques sont un fait cultu­rel unique et pro­di­gieux eu égard à leur anti­qui­té, qui remonte le plus sou­vent à l’ère paléo­ba­by­lo­nienne (2004-1595 av. J.-C.) et par­fois avant. Elles témoignent, dans le manie­ment des nombres, d’un immense savoir arith­mé­tique et algé­brique, qui ne sera redé­cou­vert qu’au IIIe siècle apr. J.-C. par Dio­phante, le «Baby­lo­nien hel­lé­ni­sé», qui lui impo­se­ra le moule de la logique grecque pour en créer l’algèbre; celle-ci sera à son tour reprise et por­tée à sa per­fec­tion par les Arabes au VIIIe-IXe siècle. Ain­si, la mai­son de la sagesse de Bag­dad suc­cé­de­ra, par-delà les siècles, à des mai­sons de la sagesse méso­po­ta­miennes, dis­pa­rues sous les sables ira­kiens. «Ce n’est pas dans les milieux pytha­go­ri­ciens de la Grèce antique, au VIe siècle av. J.-C., que sont nées la théo­rie des nombres et l’arithmétique théo­rique. C’est à Baby­lone, au cœur de l’Irak actuel…»* Com­ment expli­quer que la tra­di­tion grecque soit muette à ce sujet? Autant elle se plaît à faire hon­neur aux Égyp­tiens et à leur dieu-scribe Thoth, aux­quels elle attri­bue à tort l’invention «des nombres, du cal­cul, de la géo­mé­trie et de l’astronomie, des jeux [de dames] et de l’écriture»**; autant elle ne dit rien des Méso­po­ta­miens, qui en sont les pre­miers maîtres et les véri­tables ins­ti­ga­teurs. Sans doute les Mèdes, puis les Perses, en pre­nant pos­ses­sion de la Méso­po­ta­mie dès le VIIe siècle av. J.-C., en ont-ils inter­dit l’accès aux Grecs his­to­ri­que­ment, géo­gra­phi­que­ment. Sans doute ces der­niers, éprou­vés par leur guerre de défense contre l’Empire perse, ont-ils été por­tés à jeter le dis­cré­dit sur le savoir des enva­his­seurs. Il n’empêche que l’aventure numé­rique débute à Sumer, Akkad et Baby­lone, et nulle part ailleurs.

* Roger Cara­ti­ni, «Les Mathé­ma­ti­ciens de Baby­lone», p. 174. Haut

** Pla­ton, «Phèdre», 274d. Haut

«Poètes turcs des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles»

éd. Ari, coll. Ankara Üniversitesi Yayımları-Edebi İncelemeler, Istanbul

éd. Ari, coll. Anka­ra Üni­ver­si­te­si Yayım­ları-Ede­bi İnc­el­em­el­er, Istan­bul

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la poé­sie otto­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fini­ra par l’emporter à l’époque otto­mane, mais dont la seconde triom­phe­ra entiè­re­ment dans la Tur­quie moderne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des cita­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bour­ré d’arabe et de per­san les manières lit­té­raires de ces deux grandes langues musul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­ti­té longue et brève des syl­labes; de l’autre, celle des pay­sans et des nomades, peut-être moins savants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue mater­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons popu­laires, qui entre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­li­té et leur pen­sée selon le génie natio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le secours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de renom, qui deviennent ain­si «des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pédants, vivant en vase clos et de façon arti­fi­cielle, cou­pés du reste de la nation»*. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan Soli­man coïn­cide, comme de juste, la matu­ri­té de la poé­sie otto­mane, incar­née par Bâkî**. Poète de génie, Bâkî doit à son seul talent une brillante répu­ta­tion et une haute for­tune; car s’il débute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il finit sa car­rière comme vizir. «Ses gha­zels — courts poèmes lyriques de ton géné­ra­le­ment léger — où ce grave ecclé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs ortho­doxes assurent qu’ils sont sym­bo­liques, sont par­mi les plus célèbres»***. Je leur pré­fère, cepen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son «Orai­son funèbre du sul­tan Soli­man»****, laquelle évoque avec un grand art cette période où l’Empire otto­man était sans doute le plus puis­sant du monde

* Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

** Autre­fois trans­crit Bâqî ou Baqui. Haut

*** Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

**** En turc «Mer­siye-i sul­tân Süley­mân». Haut

«La Muse ottomane, ou Chefs-d’œuvre de la poésie turque»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la poé­sie otto­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fini­ra par l’emporter à l’époque otto­mane, mais dont la seconde triom­phe­ra entiè­re­ment dans la Tur­quie moderne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des cita­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bour­ré d’arabe et de per­san les manières lit­té­raires de ces deux grandes langues musul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­ti­té longue et brève des syl­labes; de l’autre, celle des pay­sans et des nomades, peut-être moins savants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue mater­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons popu­laires, qui entre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­li­té et leur pen­sée selon le génie natio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le secours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de renom, qui deviennent ain­si «des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pédants, vivant en vase clos et de façon arti­fi­cielle, cou­pés du reste de la nation»*. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan Soli­man coïn­cide, comme de juste, la matu­ri­té de la poé­sie otto­mane, incar­née par Bâkî**. Poète de génie, Bâkî doit à son seul talent une brillante répu­ta­tion et une haute for­tune; car s’il débute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il finit sa car­rière comme vizir. «Ses gha­zels — courts poèmes lyriques de ton géné­ra­le­ment léger — où ce grave ecclé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs ortho­doxes assurent qu’ils sont sym­bo­liques, sont par­mi les plus célèbres»***. Je leur pré­fère, cepen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son «Orai­son funèbre du sul­tan Soli­man»****, laquelle évoque avec un grand art cette période où l’Empire otto­man était sans doute le plus puis­sant du monde

* Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

** Autre­fois trans­crit Bâqî ou Baqui. Haut

*** Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

**** En turc «Mer­siye-i sul­tân Süley­mân». Haut

«De cent poètes un poème : poèmes»

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, Aurillac

Il s’agit de l’anthologie «Ogu­ra Hya­ku­nin Isshu»*, plus connue sous le titre abré­gé de «Hya­ku­nin Isshu»**De cent poètes un poème»***). Peu de recueils ont joui et jouissent tou­jours au Japon d’une vogue égale à celle de l’anthologie «Hya­ku­nin Isshu». On en attri­bue la pater­ni­té à l’aristocrate Fuji­wa­ra no Tei­ka. Dans un jour­nal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le «Mei­get­su-ki»****Jour­nal de la lune claire»*****), en date du 27 mai 1235, Tei­ka dit avoir cal­li­gra­phié cent mor­ceaux sur des papiers de cou­leur pour en déco­rer les cloi­sons mobiles d’une mai­son de cam­pagne à Ogu­ra. Le plus éton­nant est que ces cent poèmes ont fini par deve­nir le recueil fami­lier de chaque mai­son japo­naise. Dès la fin du XVIIe siècle, en effet, nous les voyons employés comme livre pour édu­quer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amu­ser la famille en géné­ral. Ce jeu de «cartes poé­tiques» («uta-garu­ta»******) consiste à devi­ner la fin d’un poème que récite un meneur : «On prend pour cela un paquet de deux cents cartes [tirées du] “Hya­ku­nin Isshu”. Cent de ces cartes portent, cha­cune, un poème dif­fé­rent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syl­labes com­po­sées par des poètes et des poé­tesses célèbres d’autrefois — et, en géné­ral, le por­trait de l’auteur : elles servent à la lec­ture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux der­niers vers de chaque poème : elles servent au jeu pro­pre­ment dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes ran­gées à même le tata­mi ou natte de paille, en scru­tant le tas pour s’emparer rapi­de­ment de celle qui cor­res­pond au poème qu’on vient de lire», explique M. Shi­geo Kimu­ra

* En japo­nais «小倉百人一首». Haut

** En japo­nais «百人一首». Autre­fois trans­crit «Hya­kou-nin-is-syou» ou «Hya­kou­ninn-isshou». Haut

*** Par­fois tra­duit «Cent poé­sies par cent poètes», «De cent hommes une poé­sie», «De cent hommes cha­cun un poème» ou «Col­lec­tion des cent poètes». Haut

**** En japo­nais «明月記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Méig­hét­sou-ki». Haut

***** Par­fois tra­duit «Notes (jour­na­lières) de la claire lune». Haut

****** En japo­nais 歌がるた. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome IV»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome III»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome II»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome I»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Un Haïku satirique : le “senryû”»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Bibliothèque japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Biblio­thèque japo­naise, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Haïku érotiques : extraits de la “Fleur du bout” et du “Tonneau de saule”»

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Courtisanes du Japon»

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Anthologie grecque, d’après le manuscrit palatin. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«Antho­lo­gie grecque» d’après le manus­crit pala­tin du Xe siècle apr. J.-C. Le terme «antho­lo­gie», com­po­sé d’«anthos»*fleur») et de «legô»**cueillir»), signi­fie un choix, un bou­quet de com­po­si­tions légères qui nous charment par leurs ins­pi­ra­tions, trop courtes, d’ailleurs, pour jamais nous fati­guer; mais plus par­ti­cu­liè­re­ment et par excel­lence, ce terme désigne dans la langue des clas­si­cistes l’«Antho­lo­gie grecque». C’est une immense col­lec­tion de quatre mille petits poèmes, for­mant une chaîne non inter­rom­pue depuis les temps héroïques jusqu’aux der­niers temps du Bas-Empire. On y voit les chan­ge­ments opé­rés, de siècle en siècle, dans les foyers de la culture grecque épar­pillés un peu par­tout en Europe, en Afrique et en Asie. Méléagre*** (IIe-Ie siècle av. J.-C.) est l’un des poètes qui a four­ni à l’«Antho­lo­gie» le plus de poèmes; mais ce qui lui fait hon­neur encore davan­tage, c’est d’avoir eu l’idée de la pre­mière «Antho­lo­gie» connue. Il lui don­na le titre simple et élé­gant de «Guir­lande» ou «Cou­ronne» («Ste­pha­nos»****), parce qu’il la regar­da comme une cou­ronne de fleurs et qu’il sym­bo­li­sa chaque auteur par une fleur assor­tie : telle poé­tesse par un lys, telle autre par un iris, Sap­pho par une rose, Archi­loque le sati­rique par la feuille d’acanthe «aux piquants redou­tables» et ain­si de suite. Phi­lippe de Thes­sa­lo­nique***** (IIe siècle apr. J.-C.) et Aga­thias****** (VIe siècle apr. J.-C.) firent publier des recueils d’après le même pro­cé­dé. Enfin, Constan­tin Cépha­las******* s’empara de ces antho­lo­gies, pour en coor­don­ner une nou­velle, dont l’unique exem­plaire sera décou­vert dans la pous­sière de la Biblio­thèque pala­tine, à Hei­del­berg. De là, le nom de «manus­crit pala­tin». Napo­léon le récla­me­ra pour la Biblio­thèque natio­nale de France en 1797; les Alliés le remet­tront à l’Allemagne en 1816.

* En grec ἄνθος. Haut

** En grec λέγω. Haut

*** En grec Μελέαγρος. Par­fois trans­crit Méléa­gros. «Méléa­gros est un bien étrange poète, qui naquit en Judée, près du lac de Géné­sa­reth. Juif? ou Syrien? ou Grec? On ne sait. Mais amou­reux des femmes hébraïques et des poètes de l’Hellas», explique Pierre Louÿs («Lettre à Paul Valé­ry du 31.X.1891» dans Suzanne Lar­nau­die, «Paul Valé­ry et la Grèce», éd. Droz, Genève, p. 38). Haut

**** En grec «Στέφανος». Haut

***** En grec Φίλιππος ὁ Θεσσαλονικεύς. Haut

****** En grec Ἀγαθίας. Haut

******* En grec Κωνσταντῖνος ὁ Κεφαλᾶς. Haut

«Une Journée de nô»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «Sane­mo­ri»* et autres nô. Les Japo­nais ont le rare pri­vi­lège de pos­sé­der, en propre, une forme de drame lyrique — le «»** (XIVe-XVe siècle apr. J.-C.) — qui mal­gré la dif­fé­rence abso­lue des tra­di­tions, des sujets et de cer­tains modes d’expression, peut être com­pa­rée, sans trop de para­doxe, à la tra­gé­die grecque du siècle de Péri­clès. Comme cette tra­gé­die, le nô fut tout d’abord le déve­lop­pe­ment et comme l’annexe des chants, danses et chœurs qui accom­pa­gnaient la célé­bra­tion des céré­mo­nies reli­gieuses. Une déesse, disent les Japo­nais, inau­gu­ra cette forme théâ­trale, et voi­ci dans quelles cir­cons­tances, si l’on en croit le «Koji­ki». Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel, irri­tée des méchan­ce­tés de son frère, déci­da, un jour, de se cacher dans la grotte rocheuse du ciel dont elle bar­ra la porte. De ce fait, le ciel et la terre furent plon­gés dans de pro­fondes ténèbres. Et cha­cun, on le pense bien, était fort inquiet. Les huit mil­lions de dieux se ras­sem­blèrent alors sur les bords de la Voie lac­tée, pour déli­bé­rer des mesures qu’il conve­nait de prendre, afin de faire ces­ser cette situa­tion cri­tique. Confor­mé­ment à leur avis, on essaya bien des ruses pour for­cer Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel à sor­tir de sa grotte, mais aucune ne réus­sit. C’est alors que Majes­té-Fémi­nine-Uzu-Céleste eut l’idée d’exécuter une danse ori­gi­nale : «Se coif­fant de branches de fusain céleste… elle ren­ver­sa un fût vide devant la porte de la grotte et cla­qua des talons. Tout en dan­sant jusqu’au paroxysme elle décou­vrit sa poi­trine et bais­sa la cein­ture de son vête­ment jusqu’à son sexe. Alors la Haute-Plaine-du-Ciel devint bruyante, et les huit mil­lions de “kamis” se mirent à rire»***. Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel, intri­guée, entr’ouvrit la porte de sa pri­son volon­taire. La lumière repa­rut au ciel et sur terre. Le diver­tis­se­ment divin de ce temps-là fut, dit-on, le pre­mier des nô.

* En japo­nais «実盛». Haut

** En japo­nais . Par­fois trans­crit «noh» ou «nou». Haut